Le cauchemar d'Innsmouth - Tanabe d'après Lovecraft

Gromovar
, 17/10/2021 | Source : QUOI DE NEUF SUR MA PILE ?


Quelques mots, encore une fois, sur le dernier volume paru de l'adaptation des œuvres de Lovecraft par Gou Tanabe. "Le cauchemar d'Innsmouth", écrit en 1931 et publié en 1936, est de tous les écrits de Lovecraft le seul qui fut publié au format ouvrage (donc pas en revue) de son vivant, c'est aussi l'un des plus célèbres. Il sort aujourd'hui au format manga et rejoint une collection qui commence à devenir tout à fait intéressante par sa taille et sa sélection de textes.

L'histoire de la ville d'Innsmouth et de son visiteur impromptu est connue ; on peut aussi la découvrir en cliquant ici (conseil : la version anglaise de la page est bien meilleure), ou, mieux, en lisant le manga.
Je ne reviens donc pas sur l'intrigue et parlerai ici de l'adaptation.
Un seul mot : MAGNIFIQUE. Je me demande si ce n'est pas la meilleure de la série, alors même que le niveau de la compétition est très haut.

Dans "Le cauchemar d'Innsmouth", pas d'indicible ou de protoplasme primordial, pas d'angle impossible à décrire ou de couleur que nul n'a jamais vue. Le mur auquel se heurte les adaptateurs de Lovecraft, ce mur que Tanabe a franchi brillamment plusieurs fois et échoué d'autres fois à passer, n'existe pas ici. Restait donc seulement pour Tanabe à faire la démonstration de son talent, en usant d'encre et de papier pour faire vivre dans le regard du lecteur le monde tourmenté de Lovecraft sans se demander si l'incommensurable pouvait être transmis par l'image.
En effet, rien de non euclidien ici. Ici, il s'agit d'un jeune homme que sa curiosité amène là où il ne devrait pas, d'une ville portuaire dont la déliquescence est presque complète (et non, ce n'est pas Marseille, même s'il est difficile de...), d'une population qui ne veut pas être dérangée dans ses sinistres secrets, d'un bus qu'il ne faut pas prendre même pour aller dans la sulfureuse Arkham (mais qu'allait-on faire à Arkham d'abord ?).

Et montrer cela, montrer la chute d'Innsmouth comme il y en eut une de la maison Usher, montrer la perdition (encore à venir dans ce tome 1 mais annoncée dès la première page) d'un homme, Tanabe le fait à merveille, améliorant par l'image le texte d'Oncle Theobald.
Pour la première fois tu verras de tes yeux, lecteur, la ville d'Innsmouth, de la route du haut, avec son port et sa baie, qui semble belle de loin mais devient vite si laide de près. Tu verras ses rues crasseuses bordées de bâtiments classiques de Nouvelle Angleterre à demi effondrés. Tu sentiras le malaise qu'elles inspirent et la crainte diffuse que génère le fait de les arpenter. Tu verras la tiare d'Innsmouth, parfaite techniquement et si inhumainement hideuse à la fois, et aussi le « masque d'Inssmouth », ce faciès hideux qu'arborent les membres abâtardies des plus vieilles familles de la ville. Tu t'arrêteras devant la somptueuse demeure de la famille Marsh, et tu n'attarderas sûrement pas devant l'entrée du temple de l'Ordre ésotérique de Dagon, car là se tient un prêtre aussi peu humain que puisse l'être un humanoïde – et ne parlons même pas de ce qu'on peut deviner du Récif du Diable, au large. Tu préféreras te réfugier au Gilman House, ton hôtel, le seul de la ville, bien vieillot et à la réputation douteuse. Tu te diras enfin, quand l'alcoolique Zadok Allen t'auras raconté l'histoire de la ville, que tu aurais peut-être mieux fait de ne pas y venir – mais maintenant, comme le narrateur, tu es là.

Hélas, ce premier tome se terminera et il te faudra attendre je ne sais combien de temps pour lire la suite et connaitre le dénouement de l'affaire. Patience, lecteur. Depuis des éons sans nombre Cthulhu rêve et attend. Il te montre, par son exemple même, ce qu'est la patience.

Le cauchemar d'Innsmouth, tome 1, Gou Tanabe d'après Lovecraft

Le dieu venu du centaure

Unknown
, 16/10/2021 | Source : Le post-it sfff

288 pages 

Quatrième de couverture :

Qui est Palmer Eldritch ?
Un aventurier parti dix ans plus tôt découvrir les richesses de Proxima du Centaure, aujourd’hui de retour dans le Système solaire.
Un nabab de l’industrie qui s’apprête à lancer le K-Priss, une drogue destinée à remplacer le D-Liss, et à lui assurer le monopole du juteux marché des colons martiens.
Un dieu omniprésent qui s’incarne dans chacun de vos trips.
Un organisme extraterrestre venu prendre le contrôle de la Terre.
Oui, tout cela, et peut-être plus encore.

Mon Post-it :

La Terre est brûlante (80°c), plus d'un million d'expatriés involontaires se sont répartis sur quatre planètes et des satellites. Pour supporter d'y vivre, ils ont recours à une drogue hallucinogène illégale, la gomme D-Liss qui permet d'entrer en translation via un combiné (une sorte de maison de poupée pour enfants). L'expérience désinhibe totalement les participants, Philip K. Dick nous fait très bien vivre ces moments de transformation, cette échappatoire dans un univers de fantasmes. Mais voilà, une drogue extraterrestre concurrente, la gomme K-Priss va faire son apparition, elle est arrivée en même temps que le retour de Palmer Eldritch de son séjour de Proxima du Centaure. L'histoire va être une bataille commerciale entre Léo (D-Liss) et Palmer (K-Priss), deux drogues fonctionnant différemment, entre transe et monde imaginaire, réalité confuse, de réel et d'irréel, futur insaisissable parfois, c'est puissant et vraiment bien rendu, visuel et j'ai adoré cet univers hallucinatoire à tiroirs. On comprend mieux le concept mis en place par cette entité, qui à travers Palmer Eldritch et sa puissante drogue veut prendre le contrôle du système solaire, par l'esprit, mais tout n'est pas aussi simple, la situation est parfois confuse, je pense que c'est un peu typique de l'auteur de nous mener sur des terrains par toujours faciles, ici, des réflexions métaphysiques (dieu, l'âme, la mort, la réalité ...) et probablement d'autres choses qui m'ont échappé.
On sent également que PKD à beaucoup d'idées (les super-cognitifs, évolthérapie, homéojournaux, minifications, vidphone, etc.), le récit est assez touffu pour un roman finalement court, il faut néanmoins rester concentré par ne pas perdre le fil, par contre ça se lit facile.

On sent que le texte a vieilli, l'histoire n'est pas exceptionnelle en soi, mais les réflexions sont par contre tout à fait réussi. Cette part de réel et d'imaginaire bien réalisée.


Ma note :  8,5/10

D'autres avis :  n'hésitez pas à me faire part du vôtre en m'envoyant votre lien.






The Book of all Skies - Greg Egan

Gromovar
, 16/10/2021 | Source : QUOI DE NEUF SUR MA PILE ?


Imaginez un monde « coupé » en un très grand nombre de morceaux. Des morceaux qui, chacun, semblent un monde à part entière ou au moins un pays, dotés chacun d'un nom, d'une population (souvent), d'une « ambiance » physique ou zoologique, d'une plus ou moins grande proximité avec son étoile.

On passe de l'un à l'autre de ces morceaux à travers un « anneau » ou « cerceau », accessible depuis un point géographique précis du monde présent dans chaque morceau, ce qui fait de ce monde un espace multiplement connecté. Si on utilise l'anneau dans un sens on atteint un certain morceau (« ciel », d’où le titre) qu'on peut se représenter comme « au-dessus », et si on l'utilise dans l'autre sens on atteint le « ciel » qui serait « en-dessous » – tout ceci hors de toute verticalité physique bien entendu. De saut en saut on ferait – si tout était optimal – une boucle sans fin qui finirait par ramener le voyageur à son point de départ.


Sous l'un de ces cieux – à la technologie pré-électrique – vit et travaille Del, une conservatrice de musée. Elle vient enfin d'acquérir pour son établissement le mythique Book of all Skies (le Livre de tous les cieux), vestige archéologique écrit par une population disparue qui aurait réussi à atteindre tous les cieux du monde (autrement dit à en visiter tous les morceaux). Cet exploit revêt un caractère fabuleux car le cluster de cieux auquel appartient celui de Del est doublement borné : d'un côté par une montagne qui empêche tout usage de l'anneau en le bloquant de fait, de l'autre par la fin des cieux quand celui qui suit le dernier accessible ne contient plus que du vide. Trouver un moyen de visiter tous les cieux par un chemin caché sous la montagne est donc une quête constante pour nombre d' aventuriers du cluster, d'autant qu'il est question d'un ciel distant qui serait le plus prospère et le plus généreux de tous ; le livre, en l’occurrence, représente l'espoir qu'un tel voyage soit possible.


Mais sitôt arrivé au musée, le livre est volé. Très peu de temps après, Del est contactée par un « savant » qui pense que la voie sous la montagne est illusoire et qu'il y a sûrement un moyen de franchir le vide au-delà du dernier ciel pour rejoindre les cieux en regard de celui-ci et atteindre donc la moitié inaccessible du monde en faisant une boucle complète, grâce à la construction d'un pont à la structure étrange dont la fonction sera de relier le dernier ciel du cluster de Del avec le premier du cluster inconnu en franchissant autant de cieux de vide que nécessaire. Commence pour Del et quelques autres une expédition qui va les amener à valider une théorie, à atteindre un « monde » perdu, à faire un grand détour anthropologique, et à apprendre la vérité sur l'histoire du monde et des anneaux.


Monde peu satisfaisant, investigations scientifiques (ici le gros de le réflexion se fait autour de l'électrostatique et de la gravité), projet grandiose de construction d'un équipement gigantesque inédit qui permettrait de rallier un monde vivable ou simplement meilleur, folie douce de scientifiques qui se dressent contre l'incrédulité de leurs contemporains, "The Book of all Skies" ressemble à beaucoup de textes de Greg Egan, de l'excellente trilogie Orthogonal à la novella Phoresis en passant par le très pénible Dichronauts. Le lecteur se retrouve donc en terrain connu – pour le meilleur ou pour le pire.

La première moitié n'est guère engageante, personnages, mondes, lieux ne sont que très légèrement décrits, hors-sol et presque cookie-cutter. Même les scènes du vol du livre, de la poursuite du voleur, de l'attaque au camp (et les autres aussi qui pourraient ou devraient inquiéter) sont si étiques dans leur description et si peu dynamiques dans leur déroulement que, si on y ajoute le crépuscule permanent du ciel de Del, on se croirait véritablement dans un strip de Tom Gauld – une impression qui ne m'a jamais vraiment quitté.

Puis arrive la seconde moitié – meilleure car corrigeant, en partie seulement, les défauts ci-dessus – dans laquelle est atteinte l'autre moitié du monde par Del et sa compagne de voyage Imogen. Et là, c'est une société radicalement différente qui se donne à voir, à tous égards, semble-t-il, meilleure que celle qu'elles ont quittée. Passée la méfiance (d'Imogen surtout), passé le délicat apprentissage d'une nouvelle langue, Del et Imogen s'y intégreront sans grande difficulté même si la volonté de rentrer chez elle et de mettre en relation les deux sociétés ne les quitte jamais. Jusqu'à un retour qui leur apprendra de bien vilaines choses sur certains des membres de leur cluster d'origine.


Avec "The Book of all Skies", Egan ne fait pas que retrouver des pénates habituelles, il traite comme dans beaucoup de ses textes récents la question des migrations, de l'isolement volontaire, de la xénophobie, de l'intégration, et de l'ouverture à l'autre. Il décrit aussi une société « idéale » dans laquelle c'est la coopération volontaire et spontanée qui l'emporte toujours sur la concurrence et l'organisation, et dans laquelle l'abondance ne vient pas, comme chez Banks par exemple, du progrès technologique mais, ici, de la bonne volonté constante que chacun met à faire, donner, mettre à disposition.


Pourquoi pas ?

Mais le problème est que le roman n'est jamais convaincant. Sur les personnages et les décors j'ai dit au-dessus ce qu'ils inspirent. Mais, si on doit ajouter des clous au cercueil, on dira que :

  • le fonctionnement des anneaux est parfois obscur quand on ne maîtrise pas la topologie – certains moments rappellent un peu Dichronauts, en beaucoup moins pénibles néanmoins
  • les systèmes culturels ou politiques des divers cieux sont tout juste esquissés, donnant une impression d'irréalité, de récit suspendu dans un espace vide
  • l'intrigue du livre volé (là je spoile) est inutile et vite abandonnée
  • les sauts temporels qui accélèrent le déroulement d'une aventure linéaire au long cours en supprimant les temps morts desservent plutôt l'appropriation des personnages et l'approfondissement de leurs relations
  • la fin est si rushée qu'elle semble coupée et montre juste, comme rarement, ce qu'était le point véritable du récit par-delà les fioritures science-fictives
  • le couple Del/Imogen représente trop évidement les deux attitudes possibles par rapport à l'ouverture culturelle – même s'il évolue au fil du texte
  • la technologie avancée du cluster découvert est, au mieux, fragmentaire dans sa caractérisation
  • le modèle de société du cluster découvert paraît difficilement viable d'un point de vue scientifique ou économique


Voilà, fermons le ban. "The Book of all Skies" est un court roman auquel manquent une vraie intrigue un tant soit peu palpitante (là, c'est un peu Histoire d'un aller et retour sans dragon ni anneau magique) et un dispositif descriptif qui permette d'entrer vraiment dans la complexité du monde et pas seulement dans celle de la physique des anneaux envisagés comme portes. A lire seulement si on est complétiste.


The Book of all Skies, Greg Egan

[drama] entrez dans un manhwa avec Extra-ordinary you

Marguerite
, 16/10/2021 | Source : Chez l'aventurier des rêves

Extra-ordinary you Fantastique, 2019, 16 épisodes Basée sur le webtoon "July Found by Chance" de Moo Ryuyee Comme je vous l'ai déjà raconté brièvement lors de ma dernière vidéo vlog culturel , nous suivons l'histoire d'Eun Dan-oh, une lycéenne qui se...

Estelle Faye - Brouillard sur la baie

Baroona
, 15/10/2021 | Source : 233°C

Brouillard sur la baie, Estelle Faye, 2016/2017, 37 pages

Brouillard sur la baie est un recueil de deux nouvelles d'Estelle Faye, Bal de brume (Asclépios) et Les Anges Tièdes, parues précédemment dans des anthologies. Il est offert par Albin Michel Imaginaire pour fêter la sortie de Widjigo de la même autrice, et disponible ici. Les deux nouvelles ont pour point commun la ville de San Francisco et son cadre brumeux.

Les Anges Tièdes est une bonne nouvelle de science-fiction qui renverse le principe de plongée dans un univers virtuel puisque, dans un futur où toute l'humanité vit littéralement en ligne, l'héroïne s'est déconnectée pour retrouver la terre ferme. Une ode simple à la vie telle qu'elle est, où le bonheur n'est possible que s'il existe une possibilité de malheur. Une nouvelle sans grande surprise mais joliment narrée par Estelle Faye. Bien, mais pas autant que l'excellente Bal de brume (Asclépios).

Gael est un étudiant en cinéma français. Il s'apprête à se rendre à un bal d'Halloween chez Daniel Moranges, grand antiquaire de renom avec qui il s'est lié d'amitié dans l'avion qui l'emmenait aux États-Unis. Un personnage charismatique entouré d'une aura mystérieuse qui semble renfermer un secret.

Bal de brume (Asclépios) est une nouvelle qui peut paraitre un peu lambda. Mais malgré sa relative simplicité et son sujet assez commun - avec tout de même un petit twist, lui aussi tout en simplicité, bien amené -, elle fonctionne parfaitement. Car le pouvoir d'évocation d'Estelle Faye dans ce récit est incroyable. La visualisation est très claire pour une atmosphère puissante et immersive. Mais l'autrice ne s'en contente pas et parvient à rendre tout autant une ambiance que des émotions, avec à la clé une nouvelle qui se regarde et se vit autant qu'elle se lit.
« Voilà pourquoi je suis devenu réalisateur. Pour capter ces vies, ces émotions vouées à disparaitre, et les transmettre aux spectateurs à venir. »
Ainsi parle Gael. Et ainsi est Estelle Faye, autrice hors pair pour saisir et transmettre le moment. Et qui prouve avec ce recueil que l'important n'est pas forcément tant ce que l'on raconte que comment on le raconte.

Couverture : ?
D'autres avis : FeydRautha, ...

❤ Vers Mars de Mary Robinette Kowal

Lune
, 15/10/2021 | Source : Un papillon dans la Lune

"Ma fiche de poste avait beau mentionner calculatrice, j'étais une pin-up des étoiles." 

Vers Mars est un space-opera de Mary Robinette Kowal qui fait suite à Vers les étoiles, paru chez Denoël dans la collection Lunes d'encre. 

Dans le même univers, vous pouvez lire Lady Astronaute, un recueil de nouvelles paru chez Folio SF.

Alors qu’une sonde robotisée se pose sur Mars, prélude à une première mission habitée vers la planète rouge, Elma York embarque à bord de la navette qui la ramènera sur Terre après une affectation de trois mois sur la Lune. Mais le retour ne se passe pas comme prévu : un groupe de terroristes appartenant au mouvement Earth First profite de l’atterrissage en catastrophe du vaisseau pour prendre l’ensemble des passagers en otage. Leurs revendications sont simples : l’arrêt de la conquête spatiale et la réaffectation du budget à la survie sur Terre.
La Lady Astronaute parviendra-t-elle à leur faire entendre raison et, surtout, réalisera-t-elle son rêve : fouler, un jour, le sol martien ?

👉 Un vrai plaisir de lire à nouveau les aventures d'Elma York dans sa conquête de l'espace et des droits des femmes. C'était un peu comme regarder la seconde saison d'une super série, et retrouver des personnages et thématiques très familiers !

Ah Elma ! Ses angoisses, son univers uchronique de l'espace, son mari d'amour et les discriminations auxquelles elle fait face, ainsi que celles auxquelles font face les autres et qu'elle découvre lentement ! On peut dire que Mary Robinette Kowal a trouvé la recette qui fonctionne, en tous les cas pour moi :

  • Conquête de l'espace
  • Uchronie
  • Féminisme
  • Amour (oui ça m'arrive de temps en temps d'aimer ça)

Je dois bien avouer qu'à un moment, j'ai cru que ça allait être trop long, mais en fait paaaaaas du tout, j'ai pris mon pied ! 

Elma est embauchée pour partir vers Mars, dans la toute première mission du genre ! Super ! Sauf que sur Terre, des personnes questionnent violemment le programme spatial et qu'elle est prise en otage... 

Cerise sur le gâteau, pour lui faire intégrer la mission, dont elle sera l'image officielle, la pin-up de l'espace comme elle dit, il a fallu éjecter une autre scientifique, son amie. L'équipage ne va pas tellement apprécier et elle devra vivre avec eux dans une boîte de conserve un vaisseau pendant 3 ans ! Autant dire que ça promet.

Donc un seul conseil : lisez Mary Robinette Kowal et cette série sur la Lady Astronaute :

J'espère que les autres volumes seront traduits, même si le diptyque forme un tout qui peut suffire au lecteur et à la lectrice (mais pas à moiiiii, je veux encore lire Elma). 

C'est disponible chez Denoël dans la collection Lunes d'encre pour les romans, et chez Folio SF pour le recueil.

Vers Mars
de Mary Robinette Kowal
Denoël - Lunes d'encre - Octobre 2021
445 pages
Traduit par Patrick Imbert
Papier : 24€ / Numérique : 16,99€
Titre original : The Fated sky - 2018


 

Une BD : Le Cauchemar d’Innsmouth, tome 1 – Gou Tanabe

FeydRautha
, 15/10/2021 | Source : L'épaule d'Orion

Lorsqu’adolescent j’ai découvert les écrits d’Howard Phillips Lovecraft, Le Cauchemar d’Innsmouth est l’un des textes qui m’avaient le plus marqué, voir effrayé, et il est devenu l’une de mes nouvelles préférées de l’auteur. Le texte a été écrit en 1931, mais Lovecraft le trouvant de mauvaise qualité, notamment au niveau du style, ne souhaita pas le soumettre pour publication. C’est August Derleth qui l’envoya à Weird Tales en 1933, où il fut rejeté. Il ne fut finalement imprimé qu’en 1936 à 200 exemplaires, bourrés de fautes, et constitue le seul livre publié du vivant de l’auteur. Il est depuis considéré comme l’un des textes classiques de Lovecraft, et est l’un des plus connus.

Depuis 2015, le mangaka Gou Tanabe s’est lancé dans une adaptation des « chefs-d’œuvre » de Lovecraft. En France, ses productions ont été publiées chez Ki-oon sous des traductions de Sylvain Chollet.

Comme pour Les Montagnes Hallucinées, il a été fait le choix de découper en deux volumes l’adaptation de Le Cauchemar d’Innsmouth. C’est un peu frustrant pour le lecteur, sachant que Dans l’abîme du temps atteignait tranquillement les 346 pages sans que cela ne semble particulièrement monstrueux. Ce premier tome de 204 pages est sorti le 14 octobre 2021.

L’histoire est celle racontée par le jeune Robert Olmstead qui s’offre un tour de la Nouvelle Angleterre pour fêter ses 18 ans. Amateur d’antiquités et de vielles histoires, il souhaite rejoindre Arkham (toujours une mauvaise idée dans les récits de Lovecraft). N’ayant pas les moyens de se payer le train, et malgré les recommandations inverses, il prend le vieux bus qui passe par Innsmouth. Intrigué par les racontars au sujet de cette ville qui autrefois fut riche, mais dont aujourd’hui les habitants sont décrits comme monstrueux, il décide de s’y arrêter pour en apprendre plus (toujours une mauvaise idée). Ce premier tome est consacré à sa découverte de la ville délabrée, de la rencontre de ses habitants dont l’hostilité envers les étrangers se manifeste ouvertement et sa rencontre avec le vieil alcoolique Zadok Allen qui lui raconte l’étrange histoire du capitaine Ober Marsh qui aurait selon lui pactisé avec d’anciennes divinités vivant sous les mers…

Comme avec les premiers volumes, l’adaptation est très fidèle au texte d’origine mais s’offre le luxe d’explorer visuellement en quelques planches des descriptions parfois sommaires. Graphiquement, je trouve que le style de Gou Tanabe s’affine depuis les premiers volumes de la collection. Le dessin qui a pu apparaître parfois un peu brouillon (comme dans La Couleur tombée du ciel) est là beaucoup plus précis dans le trait. Comme à son habitude, le mangaka brille plus dans les représentations architecturales (comme dans le très réussi Dans l’abîme du temps) que pour ses personnages qui semblent toujours figés et vides d’expression. Cette visite de la ville d’Innsmouth donne lieu à de très belles planches, lesquelles fourmillent de détails accentués par le trait de plume (comme dans Celui qui hantait les ténèbres). L’aspect délabré de la ville s’accentue alors qu’Olmstead parcourt les rues, tout comme l’aspect repoussant de ses habitants, et la mise en images accompagne la montée en tension progressive du récit. La normalité s’efface progressivement pour faire place à l’indicible.

Tout cela pour dire que j’ai trouvé ce premier tome vraiment très réussi, et je suis impatient de découvrir le second qui devrait plonger dans l’horreur d’Innsmouth et des révélations à venir. D’ici là : fhtagn !


  • Titre : Le Cauchemar d’Innsmouth, tome 1
  • Série : Les chefs-d’oeuvre de Lovecraft
  • Auteur : Gou Tanabe
  • Publication : 14 octobre 2021 chez Ki-oon
  • Traduction : Sylvain Chollet
  • Nombre de pages : 204
  • Format : papier et numérique

Titres de la série :

Lt. Leary / RCN Series, book 2: Lt. Leary, Commanding de David Drake

Lianne - De livres en livres
, 15/10/2021 | Source : De livres en livres

Baen Books, 556 pages, 2000, Science-fiction

C’est une série qui n’est absolument pas connue chez nous, vu qu’elle est déjà dans un sous genre peu apprécié mais en plus elle n’a pas été traduite.
Et pourtant je la trouve vraiment très accessible et très sympathique.
Je pense que si c’était une série tv ça serait le genre où on voudrait binge watcher l’ensemble d’une traite parce que ça passe tout seul et c’est prenant.

Comme pour le tome précédent je trouve difficile d’en faire un résumé parce qu’on est plus sur des aventures en série. Du coup ce qui est l’intrigue au départ n’est pas du tout représentant de ce qui se passera au final, et l’ensemble est entrecoupé de pas mal d’éléments qui changent la donne et de retournements de situation.

Bref, je vais quand même vous parler des prémisses.

Daniel Leary a été appointé commandant temporaire du vaisseau qu’il a réussi à « voler » au camp adverse dans le tome précédent.
Evidemment, maintenant que le vaisseau est retourné à quai chez lui dans la république de Cinnabar, il pense en être destitué rapidement. Il n’a ni le rang, ni l’ancienneté, ni l’influence nécessaire à ce genre de commandement et il y a des centaines d’autres officiers plus à même de l’obtenir qui font la queue pour avoir cet honneur avant lui. 

Cependant, grâce à son amie et maintenant collègue Adele Mundy, devenue agente au service des renseignements, il va pouvoir en profiter un peu plus longtemps.
En effet la jeune femme se voit confier une mission d’observation indépendante de la situation chez un des alliés de la république de Cinnabar. Ses supérieurs ont besoin qu’elle soit sur place très rapidement et finalement le vaisseau de Daniel est la parfaite couverture pour la jeune femme car elle a joué le rôle de d’officier des communications dessus depuis qu’il est entre les mains de la république.

Daniel saute bien entendu sur l’occasion. Un façon de montrer qu’il est à même d’avoir ce poste sur le long terme et de prouver sa valeur.
Ils doivent rejoindre une force d’intervention qui se dirige actuellement vers l’allié en question et embarquent avec eux l’ambassadeur de ce pays qui rentre chez lui.

Mais évidemment, à trop vouloir faire du zèle Daniel va se mettre à dos l’amiral en charge de la force. Sans parler que le pays en question est à la veille d’un coup d’état et que la situation sur place n’est vraiment pas idéale …

Voila le début des aventures pour nos héros !

Entre espionnage, SF militaire, aventure, action … On n’a pas le temps de s’ennuyer dans ces livres. Le rythme est agréable avec un début en douceur et une accélération constante ensuite.

Les personnages sont attachants et avec plein de facettes différentes.

Pour ce qui est du duo principal, Daniel et Adèle, on a un duo que tout amateur de SF classique comparera facilement au fameux duo Capitaine Kirk – Spock (de Star Trek pour ceux qui ne connaissent pas) dans le type de personnage et leur relation amicale (oui, on a beau avoir une homme et une femme, il n’y a que de l’amitié entre les deux).

Daniel m’a fait tout de suite penser à Kirk. Il est fêtard (pour le coté social de son rang), drôle, très social, mais en même temps quand il est en mode commandant il est très sérieux et droit, et il a toujours de super idées pour sauver une situation difficile malgré un coté un peu poissard de toujours se retrouver la où il ne faut pas.
Adèle est sévère et sage comme Spock. Très peu sentimentale elle n’est régie que par la logique et les informations qu’elle collecte. Evidemment, peu à peu, grâce à sa relation avec Daniel, elle commence à s’ouvrir. Il y a déjà eu de l’évolution comparé à la Adèle du début du premier tome.

Franchement j’ai passé un excellent moment dans cette lecture. Comme le tome précédent il m’a fallu environ 70 pages pour vraiment réussir à rentrer dedans au début, mais je ne me suis pas ennuyée et je sens que cette série peut devenir une de mes chouchoute si elle continue sur sa lancée !





Mon avis sur les autres tomes de la série.

All Our Hidden Gifts t. 1 : La gouvernante, Caroline O’Donoghue

Lullaby
, 15/10/2021 | Source : SFFF – Magali Lefebvre

Quatrième de couverture Maeve Chambers s’est toujours sentie médiocre et peine à trouver sa place au lycée. Un jour, pourtant, elle tombe sur un vieux jeu de tarot divinatoire et se révèle très douée pour faire parler les cartes. Ses lectures sont toujours d’une étonnante justesse et, soudain, tout le lycée s’intéresse à elle. MaisLire la suite "All Our Hidden Gifts t. 1 : La gouvernante, Caroline O’Donoghue"

La survie de Molly Southbourne, de Tade Thompson

Lorhkan
, 15/10/2021 | Source : Lorhkan et les mauvais genres

La novella “Les meurtres de Molly Southbourne” avait été une belle surprise (parmi de nombreuses autres dans la collection “Une Heure-Lumière”), et l’auteur Tade Thompson a donc prolongé l’expérience avec cette nouvelle novella qui débute très exactement (au mot près !) là où s’arrêtait la précédente. Avant de m’y mettre, j’ai donc relu avec plaisir “Les meurtres de Molly Southbourne”. Place maintenant à sa survie.

 

Quatrième de couverture :

Qui est Molly ? Une jeune femme frappée de la pire des malédictions, morte dans l’incendie de son domicile… Et pourtant là. Semblable mais différente. Qui est cette Molly ? Certains veulent la voir disparaître. D’autres brûlent de la capturer, de percer à jour les secrets de sa nature étrange.
L’objet d’enjeux qui la dépassent, voilà ce qu’est Molly. Condamnée à fuir, à tenter de survivre. Avant de peut-être, enfin, apprendre à vivre…

 

Une série qui ne Molly pas…

La fin de la novella qui a ouvert ce qu’il faut maintenant considéré comme une série (un troisième tome est d’ailleurs prévu par Tade Thompson) était pour le moins marquante. Et là, pour aller plus loin, je suis quand même bien obligé d’en parler.

** Attention donc, je vais spoiler la fin de “Les meurtres de Molly Southbourne” à partir d’ici, soyez donc prévenus ! **

Et donc, Molly n’est plus, vive Molly ! Ou du moins une molly, qui va tenter de prendre la relève de Molly et devenir Molly. Là, pour comprendre cette phrase, il est évident qu’il faut avoir lu “Les meurtres de Molly Southbourne” mais si vous avez passé l’avertissement au-dessus, on va considérer que c’est le cas.

Et donc, cette deuxième novella, en changeant le personnage de Molly pour la faire devenir une nouvelle Molly avec les mêmes règles que précédemment, prenait le risque de la redite. Tade Thompson a eu l’intelligence d’éviter cet écueil en changeant les règles du jeu avec sa nouvelle M(m)olly qui n’a pas les mêmes caractéristiques que la précédente, même si pour d’évidentes raison de discrétion et de vie quotidienne, elle va tenter de marcher dans les pas de sa prédécesseuse. Ainsi, on retrouve une nouvelle Molly qui connaît l’histoire de l’ancienne Molly, qui connaît les règles qu’on lui a inculquées, mais qui a décidé de ne pas les suivre. Et donc, là ou la Molly “Prime” s’astreignait à un mode de vie très “cadré”, une nécessité de par sa nature, la nouvelle Molly fait plutôt dans la rébellion : pas de suivi des règles, une vie plus ou moins dissolue, nombreux actes de contestation d’une quelconque autorité, etc…

Et si elle agit ainsi c’est aussi parce qu’elle n’est pas atteinte par la “malédiction” qui affligeait la Molly Prime : son sang ne crée pas de nouvelles mollys. En revanche, des apparition de mollys, il y en a, mais cela se passe dans sa tête. On a donc une molly contrainte de vivre dans les pas d’une autre, à travers une histoire qu’elle connaît mais qu’elle n’a pas vécu, et il en découle une sorte de paranoïa schizophrénique qui perpétue ces apparitions de mollys qui sont au coeur de cette série, mais sur un tout autre plan.

Ainsi donc, “La survie de Molly Southbourne” est à la fois très similaire aux “Meurtres de Molly Southbourne” dans le fond (un personnage qui se cherche, tente de trouver sa voie en fonction de ce qu’elle est et de ce qu’elle doit affronter) mais aussi très différent sur la forme (les réactions des deux Molly presque radicalement opposées).

Du côté de l’écriture, Tade Thompson reste dans la même veine : c’est rythmé, assez sec, tendu. Et toujours un peu sanglant (voire bien gore dans une scène très… salissante vers la fin !).

En parallèle, l’auteur développe un peu le contexte science-fictif de sa série avec notamment quelques nouvelles rencontres qui promettent beaucoup, mais pourtant, un peu comme dans le premier volume, je dois avouer que même si cela un ajoute un élément de mystère qui permet d’accrocher à une intrigue avec certains enjeux du type manipulations biologiques-armes secrètes militaires, ce n’est pas l’aspect le plus réussi du texte. J’imagine que les réponses définitives viendront avec le troisième tome. Wait and see.

En attendant, ne boudons pas notre plaisir avec cette “Survie de Molly Southbourne” qui rebat joliment les cartes distribuées dans “Les meurtres de Molly Southbourne” et dresse à nouveau un beau portrait d’une jeune femme complexe et perturbée (et comment ne pas l’être vu sa situation ?) forcée d’avancer dans une vie dont elle n’a pas vécu l’origine. A lire, à dévorer même, en espérant que le troisième tome ne tarde pas trop.

 

Lire aussi les avis de Yogo, Gromovar, Vert, Feyd-Rautha, Anne-Laure, Ombre-Bones, Xapur, TmbM, Anouchka, Célindanaé

 

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