Sourdough and Other Stories - Slatter Angela

Gromovar
, 14/05/2021 | Source : QUOI DE NEUF SUR MA PILE ?


J'avais été impressionné tant par les qualités narratives que par l'écriture du All the Murmuring Bones d'Angela Slatter. Le roman prenant place dans le monde imaginée par Slatter dans ses recueils "Sourdough and Other Stories" et The Bitterwood Bible, je me suis procuré le premier des deux ouvrages pour une nouvelle virée dans l'imaginaire de la dame. Bien m'en a pris.


"Sourdough and Other Stories" contient seize nouvelles, liées entres elles par leurs personnages récurrents qui semblent s'insinuer d'une histoire à l'autre, précédées d'une introduction de Rob Shearman et suivies d'une postface dans laquelle Jeff Vandermeer himself dit tout le bien qu'il pense de Slatter. On peut rêver pire patronage.

Seize histoires qui sont résolument des contes de fée, et tout aussi résolument des contes de fées contemporains, réinterprétés par une femme qui leur donne une modernité de très bon aloi sans jamais tomber dans le didactisme – et sans jamais non plus renier son matériau d'inspiration, allant jusqu'à reprendre parfois des noms ou des situations de contes de fée bien connus.


Que sont donc ces contes qu'on dira slatterisés ?

D'abord, Slatter n'hésite pas à noircir les récits, à décrire sans que sa plume tremble des assassins, des voleurs, des bordels, des choix difficiles ou des ruptures biographiques radicales – avortement, abandon d'enfant, ou pire. Elle dit les choses brutes sans les métaphoriser.

Certes, on sait bien que les contes ont été écrits et réécrits et que certaines versions des contes classiques sont déjà dures et cruelles. C'est le partie aussi que prend Slatter dans ses récits qui, nonobstant leur familiarité, sont tous des créations originales et pas de simples transcriptions dark – aucune ambiguïté là-dessus. Tu ne retrouveras pas, lecteur, les personnages ou les histoires que tu connais fardés du noir à lèvres des collégiens « gothiques ». Non. Ce sont de nouvelles histoires, de nouveaux personnages, mais la filiation est évidente, même si, ici, on va plus loin dans l'explicite de situations humainement très pénibles – la reine chassée par une intrigante ne part pas vivre sa déchéance loin du regard des hommes et des lecteurs, elle doit vivre et travailler dans un bordel au vu et au su de tous sans jamais perdre la force morale de protéger son enfant quand ça deviendra nécessaire, un exemple parmi d'autres.


Le monde de Slatter est logiquement un monde bien plus crédible que celui des contes. Elle t'invite, lecteur, dans un univers pétri de violences et d'inégalités, ça se sent même si les descriptions ne s'attardent pas dessus.

Pour ce qui est de la violence, même si les textes ne sont pas gores, elle est claire comme de l'eau de roche : dans "Sourdough", on meurt, on est mutilé, on accepte un destin pire que la mort, on voit mourir des proches qu'on espérait sauver.

Pour ce qui est des inégalités, elles aussi sont « discrètement criantes ». Il y a des rois et des pauvres, comme dans les contes classiques, mais on sent bien à des détails que la pauvreté n'est pas une situation qu'on pourrait aimer pour peu qu'on y mette un peu de bonne humeur ou de ce carré de sucre qui aide, dit-on, la médecine à couler. Les humains vivent en cercles concentriques autour des puissants ; ils reposent selon la même organisation au cimetière de la capitale. Et si on n'est pas plus heureux au centre, la vie y est au moins beaucoup plus facile.


C'est aussi un monde où les forces païennes de la nature sont présentes partout, jusqu'au cœur des villes, voire de familles qui ne le soupçonnent pas jusqu'à ce qu'il soit trop tard. Un monde où des chiens-fantômes gardent les cathédrales, où des enfants disparaissent nuitamment, où on peut enchanter du pain, où on utilise des morceaux d'âme pour donner vie à des poupées, où des demi-trolles sont les fruits cachés d'unions bien peu naturelles. Et il y a la sorcellerie. Presque omniprésente. Toutes les femmes la connaissent, la sentent, l’utilisent ; beaucoup la pratiquent, à des degrés divers de maîtrise.


De fait, si les deux sexes sont bien présents dans les histoires de Slatter, c'est d'abord un monde de femmes qui est décrit – ou plus précisément les histoires de certaines des femmes qui l'habitent, chacune unique dans sa biographie plus ou moins périlleuse et en même temps chacune vivant certaines expériences communes qui sont celles de toutes les femmes.

Et je dis bien des femmes, pas des princesses ni des bergères – si certaines le sont dans la lettre, aucune ne l'est dans l'esprit. Trop de passivité dans ces deux figures pour les héroïnes de Slatter ; ses femmes luttent pour s'affirmer et suivre leurs inclinations, elles ne rêvent ni de se marier ni de reconquérir un amour perdu : « Within my grasp is my past, my former life. It slips and slides under my fingertips like treacherous silk. And here once again is my husband, who is beautiful still for all his flaws. Memories of before conjure rich flavours: Stellan before, our love and lust before; luxury and leisure, never knowing want or hardship. If I just stretch out my hand it can yet be mine. But there is a sour aftertaste; there is what happened, and what was done. There was loss and betrayal and it can never be erased. I shake my head. ‘No. Better we take our chances among the whores and thieves. They’re more honest, more loyal.’ »

Les héroïnes de Slatter, qu'elles fassent le bien ou le mal, sont (ou pas) des humaines, pleines de passions humaines, de noblesse ou de vilenie. Leurs buts s'entrechoquent, leurs désirs s'opposent, les méfaits des unes doivent être – et seront – punis par celles-là même qui eurent à les subir. Pas de chevalier servant salvateur ici. Parfois la famille ou le groupe aide, parfois même pas, et il faut se débrouiller seule.

Les hommes, eux, sont plus spectateurs ou jouets qu'acteurs véritables des situations. Ils tentent souvent de contrôler les femmes et n'y parviennent quasiment jamais, à l'extérieur qu'ils sont des petits détails qui connectent les femmes à la nature alors que les hommes, eux, ne se concernent que de ce qui est humain – se rendant ainsi aveugle à la moitié au moins de la réalité.


Tous ces personnages – surtout les femmes – se débattent pour accomplir leur destin dans un monde très construit que Slatter dévoile par petites touches, d'une histoire à l'autre, posant un nom, un lieu, une anecdote, sans avoir l'air d'y toucher. C'est un monde noir qui ne ressemble pas à celui, trop lumineux, des versions classiques des contes. Un monde dans lequel vivent, aux marges, des créatures fabuleuses, des trolls bien sûr, mais aussi des rusalkas vengeresses ou des fantômes d'enfants accompagnés de renards magiques.


L'ensemble crée une bien belle toile sur laquelle Slatter peint des personnages qui ne le sont pas moins, jusque dans leurs laideurs. Comme dans tout recueil, on aime plus ou moins tel ou tel texte, mais l’ensemble est globalement très bon, sublimé par les liens existant entre les nouvelles, certaines histoires sont vraiment excellentes, et quel plot twist final... A lire.


Sourdough and Other Stories, Angela Slatter

La guerre contre le Rull – A.E. van Vogt

Apophis
, 14/05/2021 | Source : Le culte d'Apophis

Combattre le feu par le feu, c’est prendre le risque de s’y brûler Une version modifiée de cette critique est parue dans le numéro 98 de Bifrost (si vous ne connaissez pas ce périodique : clic). Vous pouvez retrouver toutes mes recensions publiées dans le magazine sous ce tag.  S’il n’a pas l’aura des plus grands livres ou cycles de […]

CR Adventures in Middle-Earth : La Mort d'Ingomer (1/1)

Nébal
, 14/05/2021 | Source : Welcome to Nebalia

On poursuit la campagne d'*Adventures in Middle-Earth* - diffusée en live en principe tous les vendredis 21h sur la chaîne Twitch du camarade Bran : https://... Suite de notre campagne d’ Adventures in Middle-Earth ! Nous retournons à la Mirkwood Campaign...

La fontaine des âges, de Nancy Kress

Lorhkan
, 14/05/2021 | Source : Lorhkan et les mauvais genres

Nancy Kress, malgré tout son talent de nouvelliste (pour s’en convaincre, il faut lire le recueil “Danses aériennes” ou bien la superbe novella “L’une rêve, l’autre pas”), semble avoir du mal à toucher le lectorat en France comme elle le devrait. Heureusement, les éditions du Bélial’ continuent de soutenir l’autrice comme le montre l’arrivée de “La fontaine des âges”, novella qui parait en “Une heure-lumière”, son deuxième texte dans cette collection après “Le nexus du Docteur Erdmann”.

 

Quatrième de couverture :

Max Feder est riche. Immensément. Une fortune aux origines troubles, mais après tout, qu’importe ? Car Max Feder va mourir. Et dans ses vieux jours, ses derniers mois, le plus précieux de ses trésors se résume à une bague et ce qu’elle contient, le symbole d’un amour aussi ancien qu’absolu. Éternel, littéralement, puisque l’objet de son amour perdu ne peut pas mourir… Or il semble bien que pour Max Feder, au crépuscule d’une vie tumultueuse, le temps soit venu d’entreprendre un ultime voyage, celui de toutes les remises en question, de tous les possibles…

 

Une bague qui allume la mèche (de cheveux)

Max Feder est un riche malfrat. Vieux, à la retraite (c’est son fils Geoffrey qui gère les affaires de sa société, en les “assainissant” aux yeux de la loi), pas loin de la fin de sa vie, mais un malfrat quand même, et extrêmement riche. Il a largement les moyens de s’offrir le traitement D, révolution de bio-ingénierie qui n’a certes pas tenu toutes ses promesses mais permet tout de même de s’offrir 20 ans de vie supplémentaire sans vieillir un jour de plus. Pourtant, Max Feder a décidé de finir ses jours à l’institut Silver Star. La visite de son fils et de ses petits enfants turbulents va pourtant tout changer, suite à un malheureux incident qui le voit perdre l’un des objets auquel il tenait le plus : une bague dans laquelle sont insérés une mèche de cheveux et une empreinte de lèvres sur un morceau de papier…

Fidèle à ses habitudes, Nancy Kress met en place une révolution de bio-ingénierie qui permet ni plus ni moins que d’arrêter le vieillissement. Évidemment réservé aux personnes les plus riches, c’est malgré tout une vrai avancée scientifique, à même de bouleverser la société et les mœurs de ceux qui y ont accès. Mais plutôt que de s’attarder sur cet élément qui sert à la fois de cadre et de moteur du récit, l’autrice s’intéresse plus particulièrement au parcours de Max Feder, petit malfrat devenu riche, qui n’a jamais oublié un amour de jeunesse, a mené une vie personnelle triste à ses yeux malgré une femme et un enfant (qu’il dénigre régulièrement), et a fait fructifié des affaires dont il n’est pas vraiment responsable, du moins pas au début.

La perte de sa bague lui redonne une nouvelle raison de vivre, ou à tout le moins un dernier effort à faire pour retrouver celle qu’il aime, son souvenir, d’une manière ou d’une autre. Et c’est donc le parcours de ce escroc (gangster ? Mafieux ? Les choses ne sont pas très claires mais ne sont sans doute pas belles à voir…) en bout de course que nous donne à voir Nancy Kress, au temps présent alterné avec de nombreux flashbacks sur sa vie d’avant, en commençant par sa rencontre avec Daria, une jeune prostituée avec qui il eut le coup de foudre alors qu’il était jeune militaire. Des flashbacks qui, en plus d’éclairer la vie passée de Max Feder, l’origine de sa richesse, ses rencontres, etc, permettent également de mieux cerner certaines grandes étapes de la société développée par Nancy Kress, notamment en rapport avec ce fameux “traitement D” révolutionnaire.

Bien mené sur la forme, le fond peine quelque peu à vraiment embarquer le lecteur, qui ne sait trop quoi penser de cet homme vraisemblablement infréquentable mais qui a pourtant un petit côté… attendrissant ? Il est amusant de constater qu’après “Le nexus du Docteur Erdmann”, Nancy Kress se penche à nouveau sur le troisième âge, d’une manière toutefois très différente. On saluera la manière qu’elle a d’aborder la vie de Max Feder, sur un ton nostalgie voire parfois mélancolique,  des sentiments que Max Feder tente de masquer sous une grosse couche d’aigreur et d’assurance de soi. A ce titre, la fin du texte est réussie, entre désillusion et bonté d’âme, voire de repentance.

Peut-être pas le meilleur des textes parus en “Une heure-lumière”, mais “La fontaine des âges” a largement le standing pour y figurer dignement. Et c’est surtout une nouvelle preuve que Nancy Kress est une autrice qui compte sur le format novella. J’espère bien qu’on n’en restera pas là.

 

Lire aussi l’avis de Célindanaé, Feyd-Rautha, Le Chroniqueur, Soleil Vert, Angua, Laird Fumble, Yogo, Anne-Laure

Critique écrite dans le cadre du challenge “#ProjetOmbre” de OmbreBones.

 

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Numérique (brevis est) – Marina et Sergueï Diatchenko

OmbreBones
, 14/05/2021 | Source : OmbreBones

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Numérique
est le second volume des Métamorphoses, écrit par les auteurs russes Marina et Sergueï Diatchenko. Publié par l’Atalante, vous trouverez ce roman au prix de 23.90 euros partout en librairie à partir du 27 mai 2021.
Je remercie Emma et les éditions l’Atalante pour ce service presse numérique.

De quoi ça parle ?
Je vous ai parlé de Vita Nostra il y a quelques mois sur le blog, qui est le premier tome des Métamorphoses. En substance, je ne suis pas parvenue à écrire une chronique classique ou à en fournir une analyse littéraire parce que je considère que ce roman fait partie de ceux qui se vivent. De ceux qui provoquent des émotions, des questionnements conscients ou non. Ceux qui induisent un malaise qu’on cherche à identifier et qui nous retournent ensuite le cerveau. Bref, un chef-d’œuvre. C’est également le cas pour Numérique mais je l’ai trouvé plus accessible. À moins que l’opus précédent m’ait tout simplement bien préparée.

Vita Nostra avait placé la barre très haut et j’ai été surprise d’apprendre qu’on ne suivrait pas Sacha dans Numérique. Nouveau personnage, nouveau cadre, nouveau concept aussi puisque cette fois, on parle d’un adolescent hardcore gamer qui incarne Ministre, un personnage clé de « Bal Royal » (un jeu-vidéo type massivement multi-joueurs en ligne) et élève des chiens virtuels qu’il revend à prix d’or. Du haut de ses quatorze ans, Arsène est d’une redoutable intelligence et possède un talent rare qui lui vaudra de nombreux ennemis dans le jeu… et en dehors. Quand ses parents décident de vendre son ordinateur pour sortir leur fils de ce qu’ils considèrent comme une grave dépendance, Arsène s’enfuit et est approché par un homme mystérieux prénommé Maxime, un homme qui semble doté de certains pouvoirs… magiques ? Arsène accepte alors de passer des tests pour postuler au sein d’une entreprise nommée Les Nouveaux Jouets, que Maxime semble diriger. Des tests où il va être en concurrence avec des adultes. Il va devoir réussir différentes épreuves dans des jeux-vidéos pour décrocher le job de ses rêves et ainsi légitimer sa passion du jeu auprès de ses parents… Sauf que tout ne se passe pas comme prévu. Arsène va petit à petit évoluer, prendre conscience de certaines réalités. Je ne vous en dit pas plus, histoire de ne pas gâcher votre plaisir !

Un questionnement sur notre dépendance au virtuel.
Voilà grosso modo le fil conducteur de Numérique, comme peut le laisser sous-entendre son titre. Dès le départ, le lecteur rencontre Arsène, un adolescent qui préfère passer des heures devant son écran, à peaufiner des plans dans un univers qui « n’existe pas » mais revêt pour lui une grande importance. Il va jusqu’à sécher les cours, forçant ses parents à intervenir. Des parents qui, pourtant, souffrent eux-mêmes d’addiction numérique : sa mère à des blogs et son père à la télévision. La première passe des heures à échanger avec des personnes qu’elle ne connait pas, à vivre une autre vie derrière son écran, une vie dans laquelle elle s’investit énormément et qui compte beaucoup pour elle. Quant au second, il se nourrit des informations données à la télévision, reste des heures à regarder ce qui se passe dans le monde et à émettre son opinion sur tous ces sujets. Petit à petit, on se rend compte d’à quel point c’est notre société toute entière qui est questionnée sur ses habitudes. Avec un peu d’honnêteté, il est probable que le lecteur se retrouve au minimum dans l’un des trois profils précédemment décrit, ce qui risque de provoquer un certain malaise accompagné d’une fascination un brin morbide. Personnellement, c’est comme ça que je l’ai vécu. Je voulais savoir jusqu’où iraient les auteurs, comment Arsène allait évoluer, quel chemin prendrait cette histoire et surtout, quelle fin allaient-ils lui donner ? Comme si je lisais, en quelque sorte, une roman me décrivant mon futur.

Redéfinir « réalité »
Le lecteur oscille donc tout du long entre l’univers numérique (au sens large, il n’y a pas que les jeux) et la réalité, jusqu’au moment où la frontière entre les deux se brouille. On en vient alors à questionner la notion même de réalité et à se demander s’il ne serait pas temps qu’elle évolue…
Et là, si vous avez lu Vita Nostra, certains liens évidents commencent à se créer dans votre esprit. Pendant toute ma lecture, j’ai cherché les indices, effectué des parallèles. Mon regret, c’est de ne pas avoir relu Vita Nostra juste avant pour que tout soit totalement frais dans ma tête. Pourquoi, me demanderez-vous ? Puisque les personnages n’ont rien avoir…

Tout simplement parce que si Numérique est très différent de Vita Nostra, il en est aussi assez proche par bien des aspects et la lecture de Vita Nostra me parait indispensable pour vraiment saisir l’essence du roman et des messages qui y sont dissimulés par les auteurs. On y retrouve d’ailleurs certains concepts connus et largement détaillés dans Vita Nostra. On commence à élaborer des hypothèses, aussi…. Parce que nous, lecteurs, possédons les clés pour comprendre le mystère qui entoure le personnage de Maxime, sans toutefois savoir jusqu’où vont nous emmener Marina et Sergueï Diatchenko.

Rien n’est à jeter dans Numérique. Les personnages dépeins sont complexes et travaillés, les interrogations autour de la technologie d’une effarante modernité… Marina et Sergueï Diatchenko vont loin mais vont-ils si loin que cela, si on balaie notre tendance naturelle à l’hypocrisie pour se poser véritablement la question ? Numérique pourrait appartenir au genre du fantastique, à moins qu’il ne glisse sur les premières notes d’une dystopie… Ou qu’il ne soit, tout simplement, qu’un reflet de notre réalité ?
Un nouvel OLNI, voilà ce qu’est Numérique.
Un OLNI que j’ai dévoré en deux jours à peine. Un OLNI qui retourne totalement le cerveau et qui mérite qu’on se pose un moment après sa lecture pour y réfléchir. Un OLNI qui mérite aussi qu’on le relise, parce que c’est clairement le genre de roman pour lequel de nouvelles significations apparaitront au fur et à mesure.

La conclusion de l’ombre :
Au cas où ce n’était pas clair, Numérique est un coup de cœur et même plus que cela. Cette expérience littéraire s’inscrit dignement dans la lignée de Vita Nostra tout en se démarquant, proposant ici une réflexion sur notre dépendance au virtuel et ses possibles dénouements. Je me languis déjà du troisième opus des Métamorphoses à paraître, je l’espère, l’année prochaine. Voilà une saga qui risque de laisser longtemps sa marque sur moi !

D’autres avis : Just a word – vous ?

Kurt Steiner - Le 32 juillet

TmbM
, 13/05/2021 | Source : Touchez mon blog, Monseigneur...

Kurt Steiner Le 32 juillet Fleuve Noir anticipation
Kurt Steiner 

Le 32 juillet 

Ed. Fleuve Noir 


Ken Broad, un agent des services secrets américains, est parachuté dans le sud de la France pour y espionner un scientifique. Mais à peine a-t-il rejoint son objectif que l'homme qu'il recherchait, après avoir tenu des propos nébuleux sur la disparition de son épouse et de son assistante ainsi que sur la distorsion du temps, disparaît à travers un halo lumineux...  Ignorant où mène ce passage mais n'écoutant que son courage, l'espion décide de s'y engouffrer également. Il est loin de se douter que ce jour, le 31 juillet, ne sera pas suivi d'un 1er août...
 
En faisant sauter le pas à son personnage, l'auteur propulse le lecteur dans la veine SF attendue. Mais si la scène d'ouverture était prometteuse et laissait augurer un bon divertissement sur les paradoxes temporels mâtiné d'un soupçon d’espionnage, la suite n'est malheureusement pas à la hauteur. C'est d'ailleurs peu de le dire.

De l'autre côté du halo, Ken Broad découvre une ville au décor visuel et organique. Il réalise rapidement que cette ville n'en est pas une : il est à l'intérieur d'un être vivant, un animal formidable et d'une taille démesurée ! Mais une fois planté le décor, retrouvées l'épouse et l’assistante disparues puis installé un semblant d'intrigue, Kurt Steiner n'assure plus le suivi romanesque. Il se contente de bâcler une trame faiblarde qui fera, au passage, dresser les cheveux sur la tête des féministes même les moins convaincues. On suit donc l'espion dans ce dédale viscéral et on assiste, blasé, aux scènes rétrogrades dans lesquelles, armé de son révolver, il protège la faible - et souvent hystérique - femme qui, en toute logique, tombe amoureuse de lui dans la minute où elle le rencontre. Comme dans la vraie vie, quoi.

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Et pour suivre l’avancée du projet Objectif "231", cliquez sur la fusée !
FNA n°146

 

Demain et le jour d’après, Tom SWETERLITSCH

lenocherdeslivres
, 13/05/2021 | Source : Le nocher des livres

Premier roman de Tom Sweterlitsch, auteur du très remarqué Terminus, Demain et le jour d’après nous plonge en pleine enquête numérique : dans une ville détruite par un attentat terroriste particulièrement violent, reconstituée de façon virtuelle comme un vaste mausolée, avec ses habitants errant, fantômes numériques, Dominic va tenter de démêler le faux du vrai, de trouver les coupables de disparitions ou de meurtres non résolus.

Un enquêteur « épave »

John Dominic Blaxton est le prototype du personnage complètement déglingué, qui va aller de mal en pis tout au long de l’enquête. Alcool et drogue, menaces, tabassages, enlèvement, toute la panoplie. Le héros typique, ballotté d’une souffrance à une autre, pas toujours conscient de ce qui lui arrive. Ça, on l’a déjà vu et lu des centaines de fois. Alors, certes, celui-ci n’est pas détective, mais tout comme, puisqu’il enquête pour une compagnie privée, chargée de faire la lumière sur la disparition de femmes et d’hommes lors de la catastrophe qui a rasé la ville de Pittsburgh (une bombe nucléaire dans une valise) pour le compte des assurances (qui préfèrent payer le moins possible). Certes également, il est un ancien poète et éditeur de poésie, donc venant d’un autre milieu que les détectives des classiques policiers. Mais il leur ressemble beaucoup par sa déchéance et sa décrépitude : son épouse est mort lors de l’attentat et il ne s’en est pas remis. Il passe tout son temps dans l’Archive, la récréation virtuelle de la ville, à observer Thérésa, sa femme. Il vit avec son fantôme en quasi permanence. Et pour mieux y croire, il se drogue tant qu’il peut. Une épave humaine, donc.

Un monde autrement plus original

Ce qui fait la particularité et l’intérêt de ce roman de Tom Sweterlitsch, c’est le monde qu’il a inventé. On commence par cette idée de ville détruite par un attentat terroriste et totalement reconstituée de façon numérique (car le site est toujours en cours de nettoyage et hautement radioactif). En accédant à l’Archive, on peut se promener dans Pittsburgh avant la catastrophe. Grâce aux multiples caméras qui émaillent la ville et aux implants vidéos, des milliards de scènes ont été enregistrées et modélisées. Ainsi, avec le code de votre domicile, vous pouvez retourner dans votre appartement, revivre des moments vécus avec une personne décédée. C’est ce que Dominic passe son temps à faire, retournant avec sa défunte épouse encore et encore, enfermé dans un passé pixelisé.

La fin est arrivée très vite, cela au moins est vérifiable, et nul n’a souffert en dehors de ceux qui sont restés en vie. Cinq cent mille existences annihilées dans un éclair blanc aveuglant. Les ombres étirées, évoquant des traits de fusain, et la ville pareille à des cendres neigeuses qui, dans un souffle de vent, se dispersaient.

La connexion est essentielle

Et pour s’immerger totalement dans ce passé reconstitué, il utilise une autre invention de Tom Sweterlitsch, aussi fascinante que terrifiante : le neurospam. C’est un réseau de fils connecté directement à votre cerveau qui vous permet de vous connecter directement aux réseaux sans passer par un smartphone ou autre medium. Bien sûr, cette invention est fascinante, car vous êtes pleinement immergés dans ce que vous visualisez. On peut donc vivre parfaitement une scène. Mais la façon dont l’auteur nous la dépeint fait plutôt peur : imaginez tous les spams qui pourrissent votre navigateur et insérez-les dans votre cerveau. Le regard, sans cesse pollué par des publicités, des appels flattant vos instincts les plus bas, cernant vos réactions pour mieux vous proposer l’objet de vos fantasmes. Cela doit être rapidement infernal. Ou bien on s’habitue ? En tout cas, c’est un monde violent, qui agresse en permanence ses habitants avec des injonctions fortes : « ACHETEZ AMÉRICAIN !!! BAISEZ AMÉRICAIN !!! VENDEZ AMÉRICAIN !!! ». Cela rappelle un peu la trilogie de Jean Baret (deux tomes parus : BonheurTM et VieTM, aux éditions du Bélial’) et sa publicité omniprésente, tout comme le sexe mercantile. Et, dans une autre mesure, Vigilance, de Robert Jackson Bennett (l’auteur des Maitres enlumineurs), toujours au Bélial’, pour la présence abrutissante des médias et le peu de prix qu’ils attachent à la vie, simple variable d’ajustement dans l’obtention d’un programme plus efficace, plus rémunérateur.

Et l’enquête dans tout ça ?

Et oui, Demain et le jour d’après est, après tout, un polar. Futuriste pour le décor, certes, mais classique dans con contenu. Un tueur cinglé, une famille puissante, un gros soupçon de religion bien cramée et vous avez l’essentiel. Je ne dis pas que l’intrigue est creuse, loin de là. Le narrateur va mettre du temps à dérouler le fil des meurtres et, en tant que lecteur, je ne me suis pas ennuyé du tout. Je dis juste que ce n’est pas le principal intérêt de ce roman, qui m’a davantage intéressé pour son univers, sa construction, sa densité.

Lire Demain et le jour d’après a donc été pour moi un bon moment, distrayant, violent souvent, mais stimulant, car suffisamment riche et étoffé pour que je sois totalement immergé dans l’histoire. Et cela, sans neurospam !

Présentation de l’éditeur : John Dominic Blaxton, éditeur de poésie prometteur, a perdu sa femme enceinte dans l’attentat nucléaire qui a rasé la ville de Pittsburgh. Reconverti en enquêteur pour les assurances, il parcourt inlassablement l’Archive, cette recréation virtuelle de la cité via tous les documents, enregistrements publics et privés qui n’ont pas été corrompus par l’explosion. Un jour, il découvre le corps d’une disparue, Hannah Massey, à moitié enfoui dans la boue d’un parc public. Dans l’Archive, l’enregistrement de ce cadavre prouve que la jeune femme a été assassinée. Dans la réalité, il n’existe plus aucune preuve matérielle de ce crime. Pour trouver la force de continuer à vivre, John se lance dans une enquête dangereuse. Car rien ne dit que l’assassin de la jeune femme a péri dans l’attentat.

Albin Michel Imaginaire – 28 avril 2021 (roman inédit traduit de l’anglais [États-Unis] par Michel Pagel –Tomorrow and Tomorrow (2014)– 416 pages – 22,90 euros)

Merci aux éditions Albin Michel Imaginaire pour ce SP numérique.

D’autres lectures : Lune, Mélie, Gromovar (en V.O.), Yossarian, François Schnebelen (Yozone), Nicolas Winter (Just a word), Diaspora galactique, L’imaginarium électrique, Cédric Jeanneret, Alias (V.O.), De l’autre côté des livres, Célinedanaë (Au pays des Cave trolls),

Dévolution de Max Brooks

Célinedanaë
, 13/05/2021 | Source : Au pays des cave trolls

Après s’être intéressé au mythe du zombie dans World War Z en 2006, Max Brooks change de légendes mais pas de genre en choisissant cette fois la légende du Sasquatch, plus connu sous le petit nom de Bigfoot. Dévolution est un roman de survival horror paru chez Calmann-Lévy fin mars 2021.

Dévolution est le récit d’une catastrophe annoncée dès le départ, de l’échec d’une utopie technologique. L’histoire est racontée à postériori, la majorité étant tiré du journal d’une femme, Kate Holland. Tout débute quand Kate emménage avec son mari Dan à Greenloop. Greenloop est une petite communauté fondée au plus profond des forêts du Nord-Ouest des USA, à 1h30 de route environ de Seattle dans l’État de Washington. Greenloop a été fondée récemment dans le but d’expérimenter la vie au plus près de la nature, loin du stress de nos vies modernes. Cependant, les différentes maisons ont toutes le confort fourni par la technologie, le télétravail y est possible, les livraisons de nourriture sont assurées également. Le fondateur de cette communauté se nomme Tony Durant. Une dizaine de personnes s’installent à Greenloop, Kate et Dan sont les derniers arrivés dans ce petit village perdu au milieu des forêts, reprenant la maison que le frère de Kate ne pouvait plus garder. Les quelques jours passés après leur installation se passent pour le mieux et leur permettent de faire connaissance avec le reste de cette communauté écolo nouvelle. Malheureusement, peu de temps après, le mont Rainier, un des grands volcans de l’état, choisit de se réveiller et de projeter des coulées de lave dévastatrices sur les environs de Greenloop, qui va se retrouver coincé sans ravitaillement possible pendant une durée indéterminée.

Kate tenait un journal pour sa psychologue et celui-ci sera retrouvé par la police dans le village quelques temps après la catastrophe. Le mode de narration choisi par Max Brooks plonge le lecteur au plus près de la catastrophe, Kate faisant le récit au jour le jour de ce qui se produit. Son journal est complété par les déclarations d’une ranger suite à son enquête sur ce qui est advenu à Greenloop, et celles du frère de Kate. Ces 3 narrations sont en alternance tout au long du déroulement de l’intrigue. Cela renforce l’aspect terrifiant de l’histoire et donne un côté « film » à ce qui se passe. On a peu l’impression d’être dans un récit à la Blair witch par moments. L’explosion du mont Rainier marque le début de la catastrophe vécue par la communauté dont les membres se retrouvent ainsi perdus au milieu de nulle part sans aucun moyen de communication, sans moyen de locomotion car les routes sont coupées, et devant faire face avec les seules vivres à leur disposition. Surtout qu’un autre élément va apparaitre et vite changer la donne: la présence de monstres dont personne ne soupçonnait l’existence dans les sombres forêts bordant le petit village de Greenloop.

Le roman prend à partir de ce moment là une autre tournure et penche clairement vers l’horreur. Même si l’on sait très vite comment tout va se terminer, le récit tient le lecteur en haleine surtout dans la dernière partie du livre qui devient très intense. Le travail fait par l’auteur sur la psychologie des personnages est très réaliste, on voit bien les différentes réactions à la situation et on les comprend en se demandant comment on aurait soi même réagi à leurs places. On sent très bien la dimension de caricature sociale présente dans certains protagonistes et notamment dans les actes de certains. Comment réagir face à l’horreur, face au danger qui s’introduit dans vos demeures, en cas de situation extrême? Le roman s’intéresse à toutes ses questions et à l’évolution de plusieurs personnes confinées par la nature. De là à faire le rapprochement avec les confinements successifs que nous avons vécu, il n’y a pas loin…

Ainsi Dévolution est un roman de survival horror qui analyse les réactions d’une communauté face à une situation cauchemardesque. Le roman est brillamment mis en scène et la narration nous plonge au plus près de l’horreur.

Autres avis: Lune papillon,

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Auteur: Max Brooks

Édition: Calmann-Lévy

Parution: 31/03/2021

Bienvenue à Greenloop, près de Seattle, petite communauté écolo privilégiée permettant à des ultra-riches de vivre au plus près de la nature, mais avec une technologie de pointe. Quand un proche volcan entre en éruption, Greenloop est soudain coupée du monde, et ses habitants jetés dans une épreuve de survie au jour le jour.

Kate Holland relate dans son journal intime comment son petit coin de paradis devient un enfer, surtout quand s’abat sur les survivants un prédateur inattendu : le Bigfoot. Pour survivre, la communauté doit désapprendre tout ce que le monde moderne lui a inculqué.

Entre le journal de Kate et les nombreux témoignages extérieurs, nous reconstituons une ahurissante histoire de survival horror. À la fois conte horrifique et voyage scientifique, Dévolution est une lecture intense, qui questionne le conflit entre nature et monde civilisé

Pour quelques heures-lumières de plus…

Cédric Jeanneret
, 12/05/2021 | Source : Reflets de mes lectures

Récemment j’ai, enfin, trouvé le temps de rattraper près de trois ans de retard dans ma lecture des sorties de la collection de novellas “Une Heure-Lumière”. Voila mes impressions de lectures :

Waldo de Robert A. Heinlein est une novella écrite en 1942 qui propulse le lecteur dans un futur où l’énergie rayonnante est utilisée pour alimenter à distance l’ensemble des inventions de l’humanité. Lorsque des pannes à l’origine inconnue apparaissent, l’entreprise derrière la distribution de l’énergie doit faire appel à Waldo, un scientifique brillant mais misanthrope. Une histoire bien écrite mais un peu datée sur différentes manière de percevoir le monde et la science.

Acadie de Dave Hutchinson se déroule dans un futur lointain où l’humanité a essaimé dans l’espace. Dans la Colonie, une constellation d’habitats spatiaux cachée, Duke est un  humain normal vivant parmi ceux ayant décidé de modifier leurs génomes, chose interdite. Il est “président” et doit veiller à la sécurité de la Colonie. Lorsqu’une sonde semble les avoir trouvé, une course contre la montre se lance pour se sauver… Acadie est une novella intéressante à la chute bien amené et surprenante.

L’enfance attribuée de David Marusek se déroule à la fin du XXIe siècle alors que les traitements de régénération rendent les humains quasiment immortel et que les IA personnelles sont une réalité.  L’artiste Sam Harger tombe amoureux de Eleanor Starke, une politicienne ambitieuse . Ils filent le parfait amour et se voit proposés de devenir parent; un luxe dans un monde d’immortels. Mais quand un bug, ou une attaque, dans le système détruit la vie de Sam que reste-t-il ? Une novella intéressante mais qui, je trouve se perd un peu dans son propos entre son début et sa fin.

Abimagique de Lucius Shepard est une histoire d’amour malsaine racontée du point de vu de l’homme qui tombe amoureux de Abimagique (Abi). Il narre comment il est devenu fou de cette femme magnétique adepte de croyances new-age et de sexe tantrique. Mais lorsque ces croyances semble devenir une réalité et qu’il se retrouve pris dans une lutte mystique qui le dépasse saura-t-il faire les bons choix. Une novella fantastique un peu glauque comme Shepard sait si bien les écrire.

Le temps fut de Ian McDonald est une enquête menée par un bouquiniste qui découvre une étrange lettre dans un recueil de poésie. Il va découvrir une histoire d’amours à travers le temps. Cette novella d’histoire de voyage dans le temps est émouvante et fort sympathique.

La survie de Molly Southbourne de Tade Thompson fait suite à Les meurtres de Molly Southbourne. Elle suit Molly, enfin une copie de Molly car l’original est morte, qui découvre comme vivre, survivre seule dans le monde. Elle découvre aussi que Molly n’était pas la seule à créer des copies d’elle même depuis son sang et que plusieurs groupes s’intéressent de près à ce genre de pouvoir. Comme la première novella, ce récit est un thriller fantastique/weird fort sympathique.

Les agents de Dreamland de Caitlin R. Kiernan est un récit lovecraftien où deux agents de renseignements (US et UK) travaillent “ensemble” afin de comprendre et d’éviter une invasion d’entités venus d’au delà de Pluton. Entre enquête, fantastique et conspiration, Les agents de Dreamland  est une novella dense et brillante mettant en scène l’histoire réel, les mythes de Lovecraft et les théories conspirationnistes.

Vigilance de Robert Jackson Bennett est une novella brutale se déroulant dans un futur proche où l’Amérique sur le déclin assume sa violence avec une émission de télé-réalité, Vigilance, qui lance des citoyens armés dans un endroit du pays afin de tuer tous le monde ou d’être tué. Percutante, violente, sans espoirs, Vigilance est un novella qui laisse une trace.

Parue en 1938, La Chose de John W. Campbell est un classique dont est fortement inspiré le film Alien. Dans une station de l’Antarctique, une équipe de scientifique découvre une créature extraterrestre congelée. En voulant l’étudié, il l’a réveille et la créature “devient” une partie de l’équipe. Sans suite un huit clôt angoissant pour savoir qui est humain et qui ne l’est pas. Si le techno-jargon utilisé dans le récit a un mal vieillit, ce n’est pas le cas de l’intrigue et de l’écriture qui fait de La Chose un classique.

Ormeshadow de Priya Sharma est sans doute l’une des 3-4 meilleurs novellas de la collection. Il s’agit d’un récit d’apprentissage où l’imaginaire n’est que peu présent, et en même temps essentiel au récit. Fin du XIXe siècle, la famille du jeune Gideon Belman est ruinée et doit quitter Bath pour revenir dans la ferme familiale où vit son oncle et sa famille. Débute alors un récit d’entrée dans la vie adulte où se percute des rancœurs familiales, des styles de vie et des secrets. Le tout sous “l’ombre” de la légende des Belman qui veut que le bout de terre connus sous le nom de “Orme” et qui s’étend vers la mer est en fait un dragon endormi sous la garde de la famille Belman, mais ce n’est qu’une légende n’est-ce pas ? Ormeshadow est presque un roman par sa longueur et propose des portraits de personnages écrits avec justesse et émotion.

 

Utopiales 2020 (anthologie)

Vert
, 12/05/2021 | Source : Nevertwhere

 
Normalement, cette introduction aurait dû commencer par « comme chaque année… », mais 2020 étant une année d’une constance incroyable dans ses déceptions, il n’y a pas eu de festival des Utopiales et c’est une anthologie orpheline, déconnectée de son évènement que j’ai tout de même acheté par habitude. Point de dédicaces à l’intérieur, mais un ouvrage qui garde la trace d’une édition fantôme dont le thème était juste les traces.

Au programme de cette anthologie : trois textes introductifs et dix nouvelles, sept auteurs et six autrices (tous francophones, sans surprise cette année) et un seul non inédit. Thématique intéressante, sommaire équilibré… voilà qui promet, n’est-ce pas ? Le résultat est hélas un peu mitigé. 2020, décidément…

Commençons par les textes d’introduction. La préface d’Ariel Kyrou est très riche mais m’a assez vite perdue route, d’autant plus qu’il commence par trois pages sur Damasio et son dernier roman (ça m’a pris un peu à rebrousse-poil cette manière de tout centrer autour de ce texte).

Viennent ensuite une contribution de Adélaïde Legrand sur le jeu et les traces (sympathique occasion de mettre en avant le travail du pôle ludique) et un texte de Caroline de Benedetti sur les traces dans le polar (surprenant de le trouver ici mais pourquoi pas). Les deux sont intéressants mais rien de mémorable non plus.

Passons ensuite aux nouvelles. Plutôt que de vous les présenter comme d’habitude dans l’ordre du menu, cette année je vais faire des catégories.

Tout d’abord, celles que je n’ai juste pas réussi à lire : soit le texte était incompréhensible, soit j'ai eu des difficultés à comprendre l’auteur voulait m’emmener. Comme je suis dans une période où je n’ai pas envie de me forcer à lire un texte, je les ai allègrement survolées voire passées. Désolé donc pour The Agony in the Ectasy de Sara Doke, Sommes-nous pieuvres ou vampires ? de Ïan Larue et T.H.R.A.C.E.S. de Christophe Dougnac.

Ensuite il y a celles que je qualifierais de sympa mais sans plus : Te retrouver de Joëlle Wintrebert fonctionne bien avec son sujet du double robotique, mais j’ai trouvé qu’il n’apportait pas grand-chose au sujet. Les Cinq Marques de Baptiste Beaulieu est vite oublié (je me rappelle juste qu’elle relève du fantastique). Enfin Le Premier Chapeau de Thomas C. Durand est sympathique et m’a parlé pour ce qu’il dit de l’archéologie, mais j’ai dû la reparcourir pour m’en souvenir.

Et puis quand même, heureusement il y a quatre textes remarquables qui font que je suis contente d’avoir lu cette anthologie.

Tout d’abord, le texte de Lionel Davoust qui ouvre le recueil. Une forme de démence n’est pas un texte inédit (dommage) mais il colle parfaitement à la thématique. Il met en scène une chercheuse embauchée pour mettre de l'ordre dans les papiers d'un écrivain qui se retrouve plongée dans des interrogations sur la façon dont on créé des univers, ou plutôt la façon dont ils s'expriment à travers nous. Superbe nouvelle qui me rappelle une fois encore qu’il faut vraiment que je lise plus de nouvelles de Lionel Davoust.

Ensuite, il y a La Piste des oiseaux, la nouvelle de Morgan Of Glencoe. C’est un très joli texte avec une ambiance post-apo qui nous raconte la vie d’un groupe de jeunes façon enfants perdus, qui essaye de survivre au milieu de nulle part, dans un futur où les autres humains ne sont pas forcément des alliés. L’ensemble est très plaisant, il va falloir que je regarde ce que cette autrice a écrit d’autre.

Nicolas Martin, avec sa nouvelle La Mémoire de l’Univers, offre un texte intéressant sur des chercheurs qui cherchent à repousser les limites du cerveau. C’est prenant et bien mené si on laisse de côté un enthousiasme débordant pour les termes techniques qui frise parfois l’indigestion (c’est là où on voit que je n’écoute pas assez les émisssions de La méthode scientifique qui parlent de physique !).

Enfin, le recueil se termine sur La Présence, une nouvelle de Claude Ecken (qui clôturait déjà l’anthologie de 2019). C’est un long texte sur un vieil homme persuadé qu'il reçoit de la visite dans sa maison la nuit. C’est un concept typique du genre fantastique, traité ici avec une approche très SF-scientifique. Le texte est un peu froid (bien qu’il parle aussi des relations de famille), mais c’est très joliment construit.

Voilà donc pour cette anthologie 2020. Il y a quelques très beaux textes qui valent le détour, mais en matière de découverte de nouveaux auteurs, j’avoue que je reste un peu sur ma faim. Mais 2020 ayant été une année particulière, j’imagine que cela a autant affecté la conception de cette anthologie que le reste du monde. J’espère que 2021 sera un meilleur cru !

Infos utiles :
Utopiales 2020 est une anthologie éditée par les éditions ActuSF dans le cadre du festival du même nom. La couverture qui reprend l’affiche du festival est signée Alex Alice. 390 pages

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Le Dragon galactique