La Trilogie de Licanius, tome 1 : l’Ombre du Savoir Perdu – James Islington

Xapur
, 17/10/2021 | Source : Les Lectures de Xapur

La Trilogie de Licanius - Tome 1 - L'Ombre du savoir perdu James Islington

Lors de mon passage à OctoGônes, j’ai pu acheter en avant-première ce premier tome de la Trilogie de Licanius, qui fait partie du plan ambitieux de parutions que les éditions Leha ont dévoilé il y a quelques mois. Et pour une fois, je ne l’ai pas laissé prendre la poussière dans ma PAL mais l’ai lu dans la foulée. Et il y a longtemps que je n’avais pas été aussi énervé contre un livre…

Résumé

(source éditeur)

Vingt ans se sont écoulés depuis la fin de la guerre. Les Augures dictatoriaux – autrefois considérés comme des dieux – ont été renversés et anéantis pendant le conflit, leurs pouvoirs tant redoutés les ayant mystérieusement abandonnés. Ceux qui avaient régné sous leurs ordres, des hommes et des femmes dotés d’une capacité moindre connue sous le nom de Don, n’ont évité le sort des Augures qu’en se soumettant aux lois de la rébellion.
Une représentation de ces lois est maintenant inscrite dans la chair de quiconque utilise le Don, forçant ceux qui sont ainsi marqués à une obéissance absolue. En tant qu’élève des Talentés, Davian subit les conséquences d’une guerre menée – et perdue – avant sa naissance. Méprisé par la plupart des gens au-delà des murs de l’école, lui et ceux qui l’entourent sont pratiquement prisonniers de leur tentative d’apprendre à contrôler le Don.
Pire encore, alors que Davian se débat avec ses études, il craint les terribles conséquences d’un échec aux redoutées Epreuves. Mais en découvrant sa capacité d’exercer le pouvoir interdit des Augures, Davian va déclencher une série d’événements qui vont bouleverser les terres d’Andarra et au-delà. Au nord, un ancien ennemi que l’on croyait vaincu depuis longtemps se réveille. Et à l’ouest, un jeune homme dont le destin est lié à celui de Davian reprend connaissance dans la forêt, couvert de sang et sans aucun souvenir de qui il est…

Editeur : Leha – Traduction : Sarah Doke – Date de parution : 15/10/2021 – 640 pages

L’Auteur

(source éditeur et Babélio)

James Islington est né et a grandi dans le sud de Victoria, en Australie. Il a été influencé dans son enfance par les récits de Raymond E. Feist et de Robert Jordan, mais ce n’est que plus tard, lorsqu’il a lu la série Fils-des-brumes de Brandon Sanderson – suivie peu après par Le nom du vent de Patrick Rothfuss – qu’il a finalement eu envie de s’asseoir et d’écrire ses propres romans. La Trilogie de Licanius, éditée par Orbit et dont le 3e et dernier tome a été publié fin 2019, est un succès international avec près de 400 000 exemplaires vendus. James Islington vit aujourd’hui avec sa femme et ses deux enfants dans la péninsule de Mornington, dans le Victoria.

Mon avis

Commençons par le premier aperçu avec le livre, de bon poids (grâce ou à cause de ses 640 pages) et avec une belle couverture (identique à celle de l’édition V.O. – ce qui permet d’ailleurs de savoir à quoi vont ressembler celles des suites). Un bon a priori donc, qui va hélas être rapidement douché dès les premières pages.

Parlons donc des choses qui fâchent, entre le style (pauvre) de l’auteur et le travail d’édition dans lequel j’engloberai la traduction et la relecture, ne sachant pas où est exactement le problème chez Léha. Il est rare que je me plaigne de ce dernier point mais là, j’ai fréquemment tiqué et failli abandonner le livre après moins de 100 pages. Et si je pinaille sans doute un peu, je serai curieux de lire les retours d’autres lecteurs pour savoir si cela ne vient que de moi…

Style pauvre, donc, disais-je, avec des descriptions le plus souvent laconiques. Si je ne suis pas fan des détails s’étalant sur trois pages à chaque porte ou maison que les personnages voient, j’aime quand même pouvoir en apprendre un minimum sur l’univers de l’auteur. Là, c’est plus que succinct. Exemple : une bibliothèque millénaire dans une cité perdue, voire hantée, et on nous dit quasiment uniquement qu’il y a beaucoup de livres ! Je veux bien que l’Ombre du Savoir Perdu soit un premier roman, mais il faut quand même faire un petit peu d’effort. Les lieux sont génériques, les palais « immenses », les pièces réduites à un peu de mobilier. Niveau style toujours, on trouve des phrases avec des soucis de ponctuation, l’auteur confondant point et virgule pour essayer de donner du rythme et de la nervosité à son récit, sans doute, mais cela cause surtout des enchaînements malheureux (« Wirr ne bougea pas, ne tenta pas d’entrer, habituellement joyeux, il était mal à l’aise et le ventre de Davian se serra »). Il a aussi une fâcheuse manie de mettre des majuscules un peu partout, ce qui donne des phrases comme, j’exagère à peine : « Les Talentés sont soumis aux Préceptes car les Administrateurs se méfient des Augures qui peuvent les Lire en utilisant l’Essence ». Souvent justifié par le contexte, sans doute, mais assez grandiloquent voire pénible avec leur répétition sur des centaines de pages, un peu plus de subtilité aurait été appréciable. James Islington a aussi une forte tendance à décrire les actions en les plaçant dans des parenthèses au milieu des dialogues, je n’en suis pas fan. Ni de l’interjection « Destin ! » utilisée à tour de page. Quant au guerrier dont « le cœur manque un battement » toutes les deux lignes en présence de sa belle, comment dire, il risque de succomber à l’amour avant d’être tué par le moindre ennemi…

Concernant le travail d’édition, j’ai tiqué à de multiples reprises et failli abandonner la lecture plusieurs fois tant elle manque de fluidité. Exemple dès la première page : « Rien n’y poussait, y compris le feuillage […] ». C’est moi, ou un simple « pas même » aurait été préférable ? Bon, disons que je pinaille et allons plus loin avec « il connaissait chaque centimètre des lieux » (hum, j’aurais ajouté un « carré » quelque part, moi). S’il y a ici ou là quelques fautes d’orthographe, ce n’est rien par rapport aux répétitions (le dictionnaire des synonymes devait être en vacances) et aux tournures de phrases qui laissent pantois (« Asha regardait mollement le plafond », « Il marcha vers les portes de l’école dans un silence sidéré et incrédule », « […] avant qu’aucun d’entre eux ne se rende compte de ce qu’il se passait et tout sembla se passer au ralenti […] »). De façon plus anecdotique, quand un mage « libère les gardes » qui protègent une porte, il ne s’agit pas de personnes donc je pense qu’on pourrait y substituer « sceaux » ou « protections » de façon plus heureuse.

Passons, quand même, au fond pour lequel j’ai eu du mal à me motiver à lire tant la forme m’a parue pénible. On découvre une école de magie où les apprentis, pardon les Talentés, suivent des études. L’un d’eux, Davian, est accompagné de son meilleur ami, Wirr et d’une jeune femme qui l’attire, Ashalia. Davian n’est pas doué du tout, il redoute l’épreuve finale, et comme il a vécu un traumatisme dans le passé, qui l’a laissé balafré. Tout ça me rappelle quelque chose, non d’un choixpeau ! Heureusement, avant qu’on ne s’oriente vers un récit young adult poudlardesque de plus, tout le monde est massacré ! Hum, j’exagère, car Davian a décidé de fuir l’épreuve et son pot de colle de copain de Wirr l’accompagne, dans une quête mystérieuse consistant à suivre le chemin tracé par un objet magique, pardon un Réceptacle, en direction du Nord. Une fuite et une quête qui leur ont donc sauvé la vie. A leur insu, Ashalia, elle, a été mystérieusement épargnée mais c’est seulement pour voir ses pouvoirs magiques annulés, la transformant en Ombre, état dégradant témoignant de son ancienne condition.

On découvrira ensuite petit à petit le continent où l’action se situe, et son histoire. Une barrière, le Bord du Monde, retient en effet des monstres issus d’un âge perdu (hum, ça me dit encore quelque chose, nom d’un Stark !) mais elle s’effrite et bien sûr les mages, pardon les Augures, qui l’avaient élevé ont tous été exécutés. C’est ballot, non ? Tandis que les mages de l’époque actuelle, donc les Talentés, détestés par la population, sont strictement surveillés et parfois obligés de porter un Fer, sorte de bracelet qui annule leurs pouvoirs. Davian et Wirr vont finir pour localiser un jeune homme, Caeden, couvert de sang et sans doute coupable du massacre des habitants d’un village. Pour autant, il est amnésique (ce qui est toujours bien pratique) et ne semble pas maléfique.

Le petit groupe qui se constitue voyage en direction d’une capitale et d’une académie de magie, en compagnie de personnages plus ou moins fiables, jusqu’à ce que Davian disparaisse. Islington le projette à une autre époque, dans un environnement mystérieux afin d’affiner ses pouvoirs mais on peut alors se demander si le jeune homme est vraiment le héros du récit puisque Wirr dévoile ses secrets et monte en puissance, de même que Caeden. Et Ashalia est prise entre deux factions ennemies, qui jouent un jeu diplomatique dangereux. Tout le monde se rejoindra pour une bataille finale face à l’Armée aveugle, ainsi nommée à cause de ses guerriers aux casques sans visière, qui plus est dotés d’armures qui résistent aussi bien aux épées qu’à la magie. Le tout a souvent des airs de Fort-le-Cor, avec des vagues d’ennemis inarrêtables et des défenseurs vite submergés. Heureusement, Ashalia veille et trouve des renforts magiques. Les origines de Caeden sont ensuite partiellement dévoilées et on découvre tout un pan de son caractère qui jure avec ce qu’on a pu lire précédemment, et qui sera sans aucun doute exploré dans les tomes suivants. De même qu’on en saura plus sur le ou la fameuse Licanius, dont c’est quand même la trilogie (sic) et dont on apprend l’existence, surprenante, dans les derniers chapitres. La fin de la bataille souffre par contre d’une brièveté étonnante et aurait gagnée à être un peu plus détaillée.

Je conseillerai de lire l’Ombre du Savoir Perdu d’une traite, sans trop faire de pauses car l’auteur a en effet multiplié les personnages secondaires et brouillé les pistes pour que le lecteur ne sache pas en qui les héros peuvent avoir confiance. C’est sans doute un peu trop confus par moment et, si le procédé sonne artificiel, il est du coup plutôt efficace car le doute règne. Plusieurs renversements de situation, quelques allusions à des évènements passés ou à des pouvoirs supérieurs, ponctuent la fin de ce premier tome et peuvent donner envie de lire les deux suivants. Peut-être pas en V.F. en ce qui me concerne à cause de tout ce que j’ai relevé plus haut, mais d’autres lecteurs seront peut-être moins sensibles à cet aspect que moi, j’attends vos avis.

Mélange de dark fantasy, avec quelques louchées de magie épique par moments, ce premier tome de la trilogie de Licanius, s’il manque a priori sensiblement d’originalité, laisse entrevoir un autre aspect dans ses dernières dizaines de pages, pouvant donner envie d’en savoir plus et de découvrir si l’auteur, James Islington, a pu s’affranchir de ses modèles pour bâtir un univers plus personnel. Dommage que ce premier tome d’exposition souffre d’un style plutôt médiocre, aggravé par une version française perfectible (je conseillerai de feuilleter le début pour vous faire un avis, il est en ligne sur Actualitté), qui peuvent rebuter le lecteur et le convaincre de passer son chemin – ou de le lire en V.O. s’il le peut.

Le tome 2, Un Echo du Futur, est prévu pour le printemps 2022 tandis que le troisième et dernier, Au Bord du Monde, est annoncé pour fin 2022, début 2023.

D’autres avis

Sur la V.O. : L’Ours Inculte (version audio) – De Livre en Livres – …

Les Enigmes de l’Aube, tome 2 : Les Quatre Vérités – Thomas C Durand

Snow
, 17/10/2021 | Source : Bulle de Livre

Synopsis :
Anyelle a un don très particulier, du genre de ceux qu’il lui faut apprendre à maîtriser de toute urgence. Mais les écoles de magie sont des endroits peu ouverts aux filles, surtout si elles ne viennent pas de familles riches. Pourtant, pas de quoi remettre en cause sa détermination à rentrer dans le collège de magie qu’elle souhaite intégrer !

Mon avis :
Après un premier tome truculent, j’avais hâte de retrouver les aventures de la (très) jeune Anyelle dans son univers quasi exclusivement masculin

Un petit côté Harry Potter en mieux
On retrouve avec plaisir Anyelle qui a changé d’école de magie à la rentrée (parce que son don a besoin d’un meilleur enseignement). Elle est une fois encore la seule fille de l’école (enfin côté élève ! ) Aucun obstacle pour elle ou presque. Elle se fait des amis mais aussi des ennemis. de nouvelles énigmes à résoudre… Bref, une année somme toute ordinaire dans une école de magie.
Petit point qui me fait tiquer parfois lors de ma lecture. Anyelle a 9-10ans mais parfois on dirait bien plus ! Sans doute l’école de magie l’a changé.

Un humour toujours bien présent
On retrouve bien la patte du précédent tome, avec comme toujours des petites pics par ci ou par là et des notes de bas de pages indispensables pour la compréhension du texte 😉

Un sport incompréhensible pour le commun des mortels
Il y a comme dans toute école de magie qui se respecte, un sport national. Ici c’est le Métaball, et bien clairement je n’y saisi rien et on suit un match durant tout un chapitre… que j’ai lu avec beaucoup de mal… ce fut long et laborieux, parce que je n’y entends vraiment rien !

Conclusion,
Un tome 2 toujours aussi savoureux. On suit avec plaisir l’évolution d’Anyelle (et on sent bien qu’elle grandit ! ) dans un univers totalement décalé où les hommes sont le centre du monde et où une petite fille doit faire sa place et résoudre des énigmes toujours plus complexes

Article associé : Tome 1 : Premier Souffle
D’autres avis chez : Les Pipelettes en Parlent,
Pour aller plus loin : Le livre chez l’éditeur, une ITW de l’auteur sur ce second tome

Qu’y a-t-il dans ta Ludothèque ? (2/?)

Lutin82
, 17/10/2021 | Source : Albédo

Les jeux de dés. Lors du précédent article, j’évoquais les bienfaits aussi bien ludiques que cognitifs des jeux dits de société, ou jeux de plateau. Aujourd’hui je vous propose de nous pencher sur mes jeux de dé; à priori, c’est la catégorie qui demande le moins de concentration, de prises de décision et de réflexion. … Lire la suite de Qu’y a-t-il dans ta Ludothèque ? (2/?)

Apophis Box – Octobre 2021

Apophis
, 17/10/2021 | Source : Le culte d'Apophis

L’Apophis Box est une série d’articles… n’ayant pas de concept. Enfin presque. Bâtie sur le modèle des « box » cadeau, vous y trouverez à chaque fois trois contenus / sujets en rapport avec la SFFF, qui peuvent être identiques ou différents entre eux, et qui peuvent être identiques ou différents de ceux abordés dans […]

Concours de Nouvelles Visions du futur 2022

Lhisbei
, 17/10/2021 | Source : RSF Blog

Le Club Présences d’esprits lance son concours annuel de nouvelles « Visions du futur » 2022. Quelques conseils préalables : relisez-vous, prenez le temps de corriger avant d’envoyer, orthographe et syntaxe sont nos amis… Et puis, lâchez-vous, soyez originaux, drôles, tendres, grinçants, tragiques, mais soyez-le jusqu’au bout! (merci également de respecter toutes les consignes!) Cette année, les textes soumis devront s’inspirer d’un (et seulement...

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Le cauchemar d'Innsmouth - Tanabe d'après Lovecraft

Gromovar
, 17/10/2021 | Source : QUOI DE NEUF SUR MA PILE ?


Quelques mots, encore une fois, sur le dernier volume paru de l'adaptation des œuvres de Lovecraft par Gou Tanabe. "Le cauchemar d'Innsmouth", écrit en 1931 et publié en 1936, est de tous les écrits de Lovecraft le seul qui fut publié au format ouvrage (donc pas en revue) de son vivant, c'est aussi l'un des plus célèbres. Il sort aujourd'hui au format manga et rejoint une collection qui commence à devenir tout à fait intéressante par sa taille et sa sélection de textes.

L'histoire de la ville d'Innsmouth et de son visiteur impromptu est connue ; on peut aussi la découvrir en cliquant ici (conseil : la version anglaise de la page est bien meilleure), ou, mieux, en lisant le manga.
Je ne reviens donc pas sur l'intrigue et parlerai ici de l'adaptation.
Un seul mot : MAGNIFIQUE. Je me demande si ce n'est pas la meilleure de la série, alors même que le niveau de la compétition est très haut.

Dans "Le cauchemar d'Innsmouth", pas d'indicible ou de protoplasme primordial, pas d'angle impossible à décrire ou de couleur que nul n'a jamais vue. Le mur auquel se heurte les adaptateurs de Lovecraft, ce mur que Tanabe a franchi brillamment plusieurs fois et échoué d'autres fois à passer, n'existe pas ici. Restait donc seulement pour Tanabe à faire la démonstration de son talent, en usant d'encre et de papier pour faire vivre dans le regard du lecteur le monde tourmenté de Lovecraft sans se demander si l'incommensurable pouvait être transmis par l'image.
En effet, rien de non euclidien ici. Ici, il s'agit d'un jeune homme que sa curiosité amène là où il ne devrait pas, d'une ville portuaire dont la déliquescence est presque complète (et non, ce n'est pas Marseille, même s'il est difficile de...), d'une population qui ne veut pas être dérangée dans ses sinistres secrets, d'un bus qu'il ne faut pas prendre même pour aller dans la sulfureuse Arkham (mais qu'allait-on faire à Arkham d'abord ?).

Et montrer cela, montrer la chute d'Innsmouth comme il y en eut une de la maison Usher, montrer la perdition (encore à venir dans ce tome 1 mais annoncée dès la première page) d'un homme, Tanabe le fait à merveille, améliorant par l'image le texte d'Oncle Theobald.
Pour la première fois tu verras de tes yeux, lecteur, la ville d'Innsmouth, de la route du haut, avec son port et sa baie, qui semble belle de loin mais devient vite si laide de près. Tu verras ses rues crasseuses bordées de bâtiments classiques de Nouvelle Angleterre à demi effondrés. Tu sentiras le malaise qu'elles inspirent et la crainte diffuse que génère le fait de les arpenter. Tu verras la tiare d'Innsmouth, parfaite techniquement et si inhumainement hideuse à la fois, et aussi le « masque d'Inssmouth », ce faciès hideux qu'arborent les membres abâtardies des plus vieilles familles de la ville. Tu t'arrêteras devant la somptueuse demeure de la famille Marsh, et tu n'attarderas sûrement pas devant l'entrée du temple de l'Ordre ésotérique de Dagon, car là se tient un prêtre aussi peu humain que puisse l'être un humanoïde – et ne parlons même pas de ce qu'on peut deviner du Récif du Diable, au large. Tu préféreras te réfugier au Gilman House, ton hôtel, le seul de la ville, bien vieillot et à la réputation douteuse. Tu te diras enfin, quand l'alcoolique Zadok Allen t'auras raconté l'histoire de la ville, que tu aurais peut-être mieux fait de ne pas y venir – mais maintenant, comme le narrateur, tu es là.

Hélas, ce premier tome se terminera et il te faudra attendre je ne sais combien de temps pour lire la suite et connaitre le dénouement de l'affaire. Patience, lecteur. Depuis des éons sans nombre Cthulhu rêve et attend. Il te montre, par son exemple même, ce qu'est la patience.

Le cauchemar d'Innsmouth, tome 1, Gou Tanabe d'après Lovecraft

Le dieu venu du centaure

Unknown
, 16/10/2021 | Source : Le post-it sfff

288 pages 

Quatrième de couverture :

Qui est Palmer Eldritch ?
Un aventurier parti dix ans plus tôt découvrir les richesses de Proxima du Centaure, aujourd’hui de retour dans le Système solaire.
Un nabab de l’industrie qui s’apprête à lancer le K-Priss, une drogue destinée à remplacer le D-Liss, et à lui assurer le monopole du juteux marché des colons martiens.
Un dieu omniprésent qui s’incarne dans chacun de vos trips.
Un organisme extraterrestre venu prendre le contrôle de la Terre.
Oui, tout cela, et peut-être plus encore.

Mon Post-it :

La Terre est brûlante (80°c), plus d'un million d'expatriés involontaires se sont répartis sur quatre planètes et des satellites. Pour supporter d'y vivre, ils ont recours à une drogue hallucinogène illégale, la gomme D-Liss qui permet d'entrer en translation via un combiné (une sorte de maison de poupée pour enfants). L'expérience désinhibe totalement les participants, Philip K. Dick nous fait très bien vivre ces moments de transformation, cette échappatoire dans un univers de fantasmes. Mais voilà, une drogue extraterrestre concurrente, la gomme K-Priss va faire son apparition, elle est arrivée en même temps que le retour de Palmer Eldritch de son séjour de Proxima du Centaure. L'histoire va être une bataille commerciale entre Léo (D-Liss) et Palmer (K-Priss), deux drogues fonctionnant différemment, entre transe et monde imaginaire, réalité confuse, de réel et d'irréel, futur insaisissable parfois, c'est puissant et vraiment bien rendu, visuel et j'ai adoré cet univers hallucinatoire à tiroirs. On comprend mieux le concept mis en place par cette entité, qui à travers Palmer Eldritch et sa puissante drogue veut prendre le contrôle du système solaire, par l'esprit, mais tout n'est pas aussi simple, la situation est parfois confuse, je pense que c'est un peu typique de l'auteur de nous mener sur des terrains par toujours faciles, ici, des réflexions métaphysiques (dieu, l'âme, la mort, la réalité ...) et probablement d'autres choses qui m'ont échappé.
On sent également que PKD à beaucoup d'idées (les super-cognitifs, évolthérapie, homéojournaux, minifications, vidphone, etc.), le récit est assez touffu pour un roman finalement court, il faut néanmoins rester concentré pour ne pas perdre le fil, mais ça se lit facile.

On sent que le texte a vieilli, l'histoire n'est pas exceptionnelle en soi, mais les réflexions sont par contre tout à fait réussi. Cette part de réel et d'imaginaire bien réalisée.


Ma note :  8,5/10

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The Book of all Skies - Greg Egan

Gromovar
, 16/10/2021 | Source : QUOI DE NEUF SUR MA PILE ?


Imaginez un monde « coupé » en un très grand nombre de morceaux. Des morceaux qui, chacun, semblent un monde à part entière ou au moins un pays, dotés chacun d'un nom, d'une population (souvent), d'une « ambiance » physique ou zoologique, d'une plus ou moins grande proximité avec son étoile.

On passe de l'un à l'autre de ces morceaux à travers un « anneau » ou « cerceau », accessible depuis un point géographique précis du monde présent dans chaque morceau, ce qui fait de ce monde un espace multiplement connecté. Si on utilise l'anneau dans un sens on atteint un certain morceau (« ciel », d’où le titre) qu'on peut se représenter comme « au-dessus », et si on l'utilise dans l'autre sens on atteint le « ciel » qui serait « en-dessous » – tout ceci hors de toute verticalité physique bien entendu. De saut en saut on ferait – si tout était optimal – une boucle sans fin qui finirait par ramener le voyageur à son point de départ.


Sous l'un de ces cieux – à la technologie pré-électrique – vit et travaille Del, une conservatrice de musée. Elle vient enfin d'acquérir pour son établissement le mythique Book of all Skies (le Livre de tous les cieux), vestige archéologique écrit par une population disparue qui aurait réussi à atteindre tous les cieux du monde (autrement dit à en visiter tous les morceaux). Cet exploit revêt un caractère fabuleux car le cluster de cieux auquel appartient celui de Del est doublement borné : d'un côté par une montagne qui empêche tout usage de l'anneau en le bloquant de fait, de l'autre par la fin des cieux quand celui qui suit le dernier accessible ne contient plus que du vide. Trouver un moyen de visiter tous les cieux par un chemin caché sous la montagne est donc une quête constante pour nombre d' aventuriers du cluster, d'autant qu'il est question d'un ciel distant qui serait le plus prospère et le plus généreux de tous ; le livre, en l’occurrence, représente l'espoir qu'un tel voyage soit possible.


Mais sitôt arrivé au musée, le livre est volé. Très peu de temps après, Del est contactée par un « savant » qui pense que la voie sous la montagne est illusoire et qu'il y a sûrement un moyen de franchir le vide au-delà du dernier ciel pour rejoindre les cieux en regard de celui-ci et atteindre donc la moitié inaccessible du monde en faisant une boucle complète, grâce à la construction d'un pont à la structure étrange dont la fonction sera de relier le dernier ciel du cluster de Del avec le premier du cluster inconnu en franchissant autant de cieux de vide que nécessaire. Commence pour Del et quelques autres une expédition qui va les amener à valider une théorie, à atteindre un « monde » perdu, à faire un grand détour anthropologique, et à apprendre la vérité sur l'histoire du monde et des anneaux.


Monde peu satisfaisant, investigations scientifiques (ici le gros de le réflexion se fait autour de l'électrostatique et de la gravité), projet grandiose de construction d'un équipement gigantesque inédit qui permettrait de rallier un monde vivable ou simplement meilleur, folie douce de scientifiques qui se dressent contre l'incrédulité de leurs contemporains, "The Book of all Skies" ressemble à beaucoup de textes de Greg Egan, de l'excellente trilogie Orthogonal à la novella Phoresis en passant par le très pénible Dichronauts. Le lecteur se retrouve donc en terrain connu – pour le meilleur ou pour le pire.

La première moitié n'est guère engageante, personnages, mondes, lieux ne sont que très légèrement décrits, hors-sol et presque cookie-cutter. Même les scènes du vol du livre, de la poursuite du voleur, de l'attaque au camp (et les autres aussi qui pourraient ou devraient inquiéter) sont si étiques dans leur description et si peu dynamiques dans leur déroulement que, si on y ajoute le crépuscule permanent du ciel de Del, on se croirait véritablement dans un strip de Tom Gauld – une impression qui ne m'a jamais vraiment quitté.

Puis arrive la seconde moitié – meilleure car corrigeant, en partie seulement, les défauts ci-dessus – dans laquelle est atteinte l'autre moitié du monde par Del et sa compagne de voyage Imogen. Et là, c'est une société radicalement différente qui se donne à voir, à tous égards, semble-t-il, meilleure que celle qu'elles ont quittée. Passée la méfiance (d'Imogen surtout), passé le délicat apprentissage d'une nouvelle langue, Del et Imogen s'y intégreront sans grande difficulté même si la volonté de rentrer chez elle et de mettre en relation les deux sociétés ne les quitte jamais. Jusqu'à un retour qui leur apprendra de bien vilaines choses sur certains des membres de leur cluster d'origine.


Avec "The Book of all Skies", Egan ne fait pas que retrouver des pénates habituelles, il traite comme dans beaucoup de ses textes récents la question des migrations, de l'isolement volontaire, de la xénophobie, de l'intégration, et de l'ouverture à l'autre. Il décrit aussi une société « idéale » dans laquelle c'est la coopération volontaire et spontanée qui l'emporte toujours sur la concurrence et l'organisation, et dans laquelle l'abondance ne vient pas, comme chez Banks par exemple, du progrès technologique mais, ici, de la bonne volonté constante que chacun met à faire, donner, mettre à disposition.


Pourquoi pas ?

Mais le problème est que le roman n'est jamais convaincant. Sur les personnages et les décors j'ai dit au-dessus ce qu'ils inspirent. Mais, si on doit ajouter des clous au cercueil, on dira que :

  • le fonctionnement des anneaux est parfois obscur quand on ne maîtrise pas la topologie – certains moments rappellent un peu Dichronauts, en beaucoup moins pénibles néanmoins
  • les systèmes culturels ou politiques des divers cieux sont tout juste esquissés, donnant une impression d'irréalité, de récit suspendu dans un espace vide
  • l'intrigue du livre volé (là je spoile) est inutile et vite abandonnée
  • les sauts temporels qui accélèrent le déroulement d'une aventure linéaire au long cours en supprimant les temps morts desservent plutôt l'appropriation des personnages et l'approfondissement de leurs relations
  • la fin est si rushée qu'elle semble coupée et montre juste, comme rarement, ce qu'était le point véritable du récit par-delà les fioritures science-fictives
  • le couple Del/Imogen représente trop évidement les deux attitudes possibles par rapport à l'ouverture culturelle – même s'il évolue au fil du texte
  • la technologie avancée du cluster découvert est, au mieux, fragmentaire dans sa caractérisation
  • le modèle de société du cluster découvert paraît difficilement viable d'un point de vue scientifique ou économique


Voilà, fermons le ban. "The Book of all Skies" est un court roman auquel manquent une vraie intrigue un tant soit peu palpitante (là, c'est un peu Histoire d'un aller et retour sans dragon ni anneau magique) et un dispositif descriptif qui permette d'entrer vraiment dans la complexité du monde et pas seulement dans celle de la physique des anneaux envisagés comme portes. A lire seulement si on est complétiste.


The Book of all Skies, Greg Egan

[drama] entrez dans un manhwa avec Extra-ordinary you

Marguerite
, 16/10/2021 | Source : Chez l'aventurier des rêves

Extra-ordinary you Fantastique, 2019, 16 épisodes Basée sur le webtoon "July Found by Chance" de Moo Ryuyee Comme je vous l'ai déjà raconté brièvement lors de ma dernière vidéo vlog culturel , nous suivons l'histoire d'Eun Dan-oh, une lycéenne qui se...

Estelle Faye - Brouillard sur la baie

Baroona
, 15/10/2021 | Source : 233°C

Brouillard sur la baie, Estelle Faye, 2016/2017, 37 pages

Brouillard sur la baie est un recueil de deux nouvelles d'Estelle Faye, Bal de brume (Asclépios) et Les Anges Tièdes, parues précédemment dans des anthologies. Il est offert par Albin Michel Imaginaire pour fêter la sortie de Widjigo de la même autrice, et disponible ici. Les deux nouvelles ont pour point commun la ville de San Francisco et son cadre brumeux.

Les Anges Tièdes est une bonne nouvelle de science-fiction qui renverse le principe de plongée dans un univers virtuel puisque, dans un futur où toute l'humanité vit littéralement en ligne, l'héroïne s'est déconnectée pour retrouver la terre ferme. Une ode simple à la vie telle qu'elle est, où le bonheur n'est possible que s'il existe une possibilité de malheur. Une nouvelle sans grande surprise mais joliment narrée par Estelle Faye. Bien, mais pas autant que l'excellente Bal de brume (Asclépios).

Gael est un étudiant en cinéma français. Il s'apprête à se rendre à un bal d'Halloween chez Daniel Moranges, grand antiquaire de renom avec qui il s'est lié d'amitié dans l'avion qui l'emmenait aux États-Unis. Un personnage charismatique entouré d'une aura mystérieuse qui semble renfermer un secret.

Bal de brume (Asclépios) est une nouvelle qui peut paraitre un peu lambda. Mais malgré sa relative simplicité et son sujet assez commun - avec tout de même un petit twist, lui aussi tout en simplicité, bien amené -, elle fonctionne parfaitement. Car le pouvoir d'évocation d'Estelle Faye dans ce récit est incroyable. La visualisation est très claire pour une atmosphère puissante et immersive. Mais l'autrice ne s'en contente pas et parvient à rendre tout autant une ambiance que des émotions, avec à la clé une nouvelle qui se regarde et se vit autant qu'elle se lit.
« Voilà pourquoi je suis devenu réalisateur. Pour capter ces vies, ces émotions vouées à disparaitre, et les transmettre aux spectateurs à venir. »
Ainsi parle Gael. Et ainsi est Estelle Faye, autrice hors pair pour saisir et transmettre le moment. Et qui prouve avec ce recueil que l'important n'est pas forcément tant ce que l'on raconte que comment on le raconte.

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