L’Enfant de la prochaine aurore – Louise Erdrich

Lhisbei
, 17/04/2021 | Source : RSF Blog

L’Enfant de la prochaine aurore De Louise Erdrich Albin Michel Terres d’Amérique – 416 pages. Traduction d’Isabelle Reinharez Une douce fin du monde USA, futur très proche. Cedar Hawk Songmaker, amérindienne a été adoptée à la naissance par un couple progressiste de Minneapolis (donc écolos et vegans). Elle ne connaît pas ses parents et s’est forgé au fil du temps tout un...

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La Machine : Terre de sang et de sueur - Katia Lanero Zamora

Yogo
, 17/04/2021 | Source : Les Lectures du Maki

Pas plus de Fantasy que de surprises

La Machine est un dyptique de Katia Lanero Zamora dont le premier opus intitulé Terre de sang et de sueur a été publié il y a quelques semaines aux éditions ActuSF. Ce roman ne relève des littératures de l'imaginaire que par la création d'un monde très inspiré de l'Espagne des années 30. Ne cherchez pas ici le surnaturel, la magie ou le (retro)futurisme, il n'y en a point. La Machine est un roman politique autour de la lutte des classes et des révolutions possibles.

L'action se déroule à Panim, quelque temps après la chute de la Royauté au bénéfice d'une République. Les fondations ne sont pas encore très stables, certains aimeraient voir le retour du Roi quand les autres n'aspirent qu'à une démocratie bien plus égalitaire. Les premiers, soutenus par les nobles, les riches et l'église c'est-à-dire ceux qui ont l'argent, les terres et le pouvoir face à ceux qui cultivent les terres ou exploite les mines encouragés par La Machine, parti politique en passe de peser aux prochaines élections.

Katia Lanero Zamora nous fait vivre cette période historique tumultueuse à travers l'histoire de deux frères (Vian et Andres) de la famille Cabayol. Ancien prolétaire, le grand-père a su s'émanciper pour devenir l'un des grands propriétaires bourgeois de la famille. Les deux frères ont toujours été très proches mais leurs idéaux créent des tensions. Andres, l'ainé, extraverti, a embrassé la cause des Machinistes, il aime, boire, danser et fréquenter les "ongles sales" quand son frère, plus introverti, cherche la reconnaissance de sa famille et s'engage dans l'armée pour combattre les ennemis de Panim.

J'ai beaucoup aimé ce roman malgré ses nombreux défauts. Le premier étant qu'il n'y a aucune surprise dans l'histoire, on se doute des grandes lignes dès le début et l'on sent tout de suite comment cela va se terminer. L'autrice arrive quand même à nous passionner, le roman est très agréable à lire, fluide et plutôt efficace. L'autre souci est l'opposition des deux frères, leurs tempéraments et leurs vies stéréotypés au possible. Par exemple le cadet, dans l'ombre de son frère, est réservé, homosexuel et s'engage dans l'armée.

Le roman est également trop linéaire. Il y a bien quelques flash-back qui reviennent sur l'enfance des deux garçons et permettent d'expliciter certaines situations ou d'introduire de nouveaux personnages mais cela reste très classique. Et c'est bien ces protagonistes secondaires qui sont les plus intéressants, bien campés avec leurs rêves, leurs fêlures, leurs idéaux et surtout leurs a priori, ils mettent en lumière les nuances des vies.

Au niveau politique, l'autrice ne tombe pas dans le piège manichéen de certains. Des deux côtés les avis sont tranchés mais il y a de la place pour un questionnement et surtout il y a une majorité qui ne se trouve pas représentée. Elle dévoile les espoirs et les doutes de chacun.

Au final La Machine est à la fois une allégorie politique et une histoire de famille. Par le biais de deux frères que tout oppose et que tout rapproche, Katia Lanero Zamora nous interroge sur notre monde actuel. Roman, intelligent, frais et riche on passera à l'autrice les quelques clichés et une histoire bien trop convenue. Il va de soi que je lirai la suite.


La Machine a plutôt été bien accueilli chez : Ombresbones, Célindanaé, Yuyine, Boudicca


The Conceptual Shark – Rich Larson

FeydRautha
, 17/04/2021 | Source : L'épaule d'Orion

Le magazine américain Asimov’s science fiction, qui est de nos jours un bimensuel, publie depuis 1977 à peu de choses près ce qui se fait de mieux en science-fiction en format court. La liste des auteurs publiés par ASF va d’Arthur C. Clarke à Greg Egan, en passant par Octavia Butler, William Gibson, Nancy Kress, Frederik Pohl, Ursula K. Le Guin ou encore Lucius Shepard. Si l’on aime la SF et qu’on lit un peu l’anglais, il est donc intéressant de garder un œil sur ce qui pousse entre ses pages. Le magazine propose chaque année à ses abonnés d’élire les meilleurs textes publiés sur les 12 derniers mois, et a la bonne idée de rendre les textes finalistes accessibles gratuitement. Tout le monde peut ainsi lire une sélection des nouvelles qui se sont distinguées auprès des lecteurs pour leur qualité sur cette page.

On y trouvera la nouvelle The Conceptual Shark de Rich Larson. Ce dernier est un jeune prodige à l’imagination et à la productivité hors norme dont je vous ai déjà parlé à l’occasion de la publication de différentes nouvelles (voir ici), et dont un formidable recueil a été récemment publié chez le Bélial’ sous le titre La Fabrique des lendemains. Et comme ces gens-là ont de la suite dans les idées, l’auteur sera aussi au sommaire du prochain numéro de la revue Bifrost avec une nouvelle intitulée Demande d’extraction. Je l’avais lu en VO. Elle n’est pas très drôle. Oh, je ne dis pas qu’elle n’est pas bonne, au contraire, elle est même excellente. Mais pas drôle. C’est d’ailleurs le cas de la plupart des nouvelles de Rich Larson. Son univers est souvent sombre, violent à l’occasion, et ses textes ont tendance à piquer un peu entre les côtes. Mais l’auteur est quelqu’un de très sympathique (pour le rencontrer, je vous recommande d’aller voir son interview, en français !, menée par son traducteur Pierre-Paul Durastanti) et a beaucoup d’humour. Cela se retrouve dans certains textes facétieux, comme la micronouvelle hilarante 123456.

The Conceptual Shark est un texte humoristique, qui part d’une idée tordue, enchaine les dialogues absurdes, et se conclut par une chute qui lui donne toute sa profondeur. Le narrateur, Adam, a un souci. Il se fait attaquer dans sa salle de bain par un requin surgi de la tuyauterie. Nora, sa psy, tente de le convaincre qu’il ne s’agit là que d’un « requin conceptuel », d’une hallucination qui donne forme à une peur enfouie.

“Sharks don’t talk, Nora.”

Nora raises her eyebrows. “Sharks don’t live in bathroom plumbing.”

Mais rien n’y fait, Adam se fait attaquer chaque fois qu’il approche de l’eau, et manque de se faire dévorer. La folie va croissante. Une solution sera trouvée de manière inattendue dans le bureau de Nora, mais l’ouverture de la boite de Pandore a toujours des conséquences.

On pourra voir, et c’est mon cas, The Conceptual Shark comme une critique de la psychanalyse. Quoi qu’il en soit, le texte est très drôle, la chute vertigineuse, et il est surtout très bien écrit. Voilà donc une très bonne manière de découvrir à la fois l’écriture et une face de l’univers de Rich Larson. Je vous le recommande chaleureusement.

The Mermaid Astronaut - Yoon Ha Lee

Gromovar
, 17/04/2021 | Source : QUOI DE NEUF SUR MA PILE ?

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"The Mermaid Astronaut" est une nouvelle de Yoon Ha Lee, sélectionnée Hugo 2021 (quoi que ça puisse signifier) lisible en cliquant ici. C'est un très joli texte, touchant, à mi-chemin entre le conte et la SF


Essarala est une sirène. Elle vit sur un monde où son peuple cohabite en bonne intelligence avec des humains standards. Elle rêve aux milliers de mondes et d'espèces qui se trouvent dans les cieux et espère secrètement pouvoir un jour accompagner les marchands qui visitent régulièrement sa planète.

Et voilà que des marchands sont là. Que sa soeur, Kiovasa, lui donne le courage d'aller trouver la sorcière au fond de la mer. Que la sorcière lui offre un couteau magique qui, au prix de grande souffrance, ouvre sa queue pour en faire émerger deux jambes. Que les marchands acceptent l'enrôlement d'Essarala.

Des années de voyage. Des années d'exploration et de découverte. Des peuples, des stations, et des mondes comme s'il en pleuvait. Un rêve réalisé au-delà de toute espérance. Mais il y a toujours un prix à payer pour les petites sirènes aventureuses. Ici le prix est un prix SF, voilà pourquoi je t'en parle, lecteur.


Cosmos incarné

Anudar
, 17/04/2021 | Source : La Grande Bibliothèque d'Anudar

Ce roman est le troisième et dernier volet de La Fleur de Dieu, cycle d'inspiration dunienne signé par Jean-Michel Ré. Sa lecture m'a été facilitée par la gentillesse de son éditeur Gilles Dumay grâce auquel j'ai pu accéder à l'oeuvre en avant-première. Cette chronique est le retour de celle que j'avais remise il y a quelques mois à la revue Bifrost.
Résumé : 
L'Empereur et ses clones sont morts et le chaos se répand dans tout l'espace humain : voies de communication rompues, affrontements généralisés signent le nouveau quotidien des sujets impériaux. Le Seigneur de la Guerre n'exulte pourtant pas encore : sa victoire n'est pas totale... et son duel contre l'Enfant lui a montré qu'elle pourrait bien ne l'être jamais. Très au-delà des frontières de l'Empire, l'Enfant a isolé des groupes humains selon des règles qu'il est encore le seul à comprendre. Sur l'un de ces mondes reculés, Kobayashi rencontre les autres protégés auquel l'Enfant l'a remis : une tâche dangereuse l'attend, qui promet d'être porteuse de transformations pour lui, pour le groupe qui l'accueille et sans doute même pour l'espèce humaine... Le moment s'approche pourtant où il devra revenir au cœur de l'Empire ou de ce qu'il en reste - et d'y trouver le Seigneur de la Guerre de Latroce. Trouvera-t-il comment l'amener à jouer le rôle que le Destin lui a prescrit ?
Terminer une trilogie est parfois le moment le plus délicat pour un auteur, en SF comme en d’autres genres : au-delà du travail qui consiste à nouer les fils d’intrigue, il s’agit de lever le voile sur le schéma d’ensemble de l’œuvre – soit donc en quelque sorte à sortir de l’ambiguïté pour de bon, et à dire plutôt qu’à faire allusion. Dans les deux précédents tomes de La Fleur de Dieu, Jean-Michel Ré semblait relire le Dune de Frank Herbert de façon idéaliste et même spiritualiste : reprenant un propos confinant parfois au mystique, il donnait l’impression de suivre la lecture d'Alexandro Jodorowsky plutôt que le matérialisme herbertien. La question était donc posée de savoir s’il était possible que La Fleur de Dieu finisse par tracer un trait d’union entre ces deux visions.

Cosmos incarné propose tout d’abord une clarification en accordant enfin son statut de personnage capital au Seigneur de la Guerre de Latroce, antagoniste absolu qui au terme du second tome parvenait en partie à ses fins en éliminant le pouvoir impérial de l’échiquier galactique : de la sorte, l’ensemble de la trilogie peut s’apparenter à une série d’échanges et de relations pas toujours pacifiées mais pas toujours conflictuelles non plus entre trois personnages capitaux distincts. L’Enfant est le premier apparu et défini en tant que tel : post-humain ou ahumain, il témoigne de l’irruption – ou de la persistance – d’une forme de transcendance du corps et de l’esprit au plus fort d’une époque matérialiste. Kobayashi apparaît lui aussi capital peu de temps après : choisi par l’Enfant qui lui enseigne à « voir » au-delà des apparences, il montre que l’on peut choisir de s’engager sur la voie de la transcendance. Le Seigneur de la Guerre de Latroce, personnage pétri d'hybris comme on en rencontre peu, s’affirme ici à ce statut malgré la débauche de technologie qui lui donne une forme d’immortalité : cette transcendance-là est perverse par nature, et ce qui fait de lui un personnage capital c’est sa capacité à comprendre qu’une autre transcendance est possible et même désirable. Dans Cosmos incarné, les symboles sont omniprésents : l’enjeu de cette intrigue est celle de l’acceptation par l’être humain de la transcendance – mais aussi de la possibilité d’une rédemption. Certains personnages importants ou secondaires persistent à vouloir jouer selon les anciennes règles : leur destin montre que le monde matérialiste est bel et bien condamné.

Si l’écriture chargée de symboles et si l’importance accordée à la transcendance peuvent déplaire – et même apparaître comme autant de faux-sens aux yeux des lecteurs herbertiens – il faut reconnaître que les enjeux de La Fleur de Dieu et de son dernier tome en particulier vont au-delà d’un simple appel lyrique à construire un monde plus idéaliste. L’Empire galactique de cet univers est appelé à s’effondrer – les épigraphes qui l’évoquent le faisant souvent à travers une expression transparente, celle de « Premier Empire » – mais l’espèce humaine, pourtant, n’est pas condamnée à la régression ou à la barbarie. Le travail de dispersion entrepris par l’Enfant est décrit comme donnant lieu à de nouvelles civilisations isolées, dont la redécouverte future promet à chaque fois de redéfinir la compréhension des événements décrits dans la trilogie. C’est ici que Jean-Michel Ré parvient à réintroduire des conceptions herbertiennes et donc matérialistes : avec d’abord l’allusion (transparente elle aussi) à la Dispersion qui vient séparer L’Empereur-Dieu de Dune des Hérétiques de Dune ; et ensuite avec cette idée selon laquelle chaque civilisation humaine, au fond, doit jouer son propre rôle dans le concert universel et que toute uniformisation est synonyme de stagnation puis de décadence. L’entropie était l’ennemie dans le Cycle de Dune, elle l’est aussi dans La Fleur de Dieu, mais elle ne s’y exprime pas tout à fait de la même façon.

Cosmos incarné vient par conséquent conclure avec intelligence un cycle audacieux, qui ne touchera peut-être pas un lectorat nombreux, mais qui méritait bel et bien d’être écrit.

[ProjetOmbre #15] Aimer ce que l’on voit : un documentaire

Sabine C.
, 17/04/2021 | Source : Lectures – Fourbis & Têtologie

de Ted Chiang | ed. Denoël | SF | Nouvelletirée du recueil La Tour de Babylone Je termine, avec Aimer ce que l’on voit, l’excellent premier recueil de Ted Chiang. En faisant un petit bilan, il n’y a vraiment que deux nouvelles qui me sont passées à côté : Comprends et Division par zéro. Sur huit,… Lire la suite [ProjetOmbre #15] Aimer ce que l’on voit : un documentaire

[Chronique] La ville sans vent – livre 2, d’Eléonore Devillepoix

Sometimes a book
, 17/04/2021 | Source : Sometimes a book

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« Hormis quelques paquets de neige tombés des palmiers morts, aucun mouvement n’avait agité le patio du palais royal depuis plusieurs décades. Le froid semblait avoir figé l’écoulement du temps, donnant à l’édifice l’allure d’une scène vide. Et comme toute scène vide, il paraissait attendre un spectacle. »


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La ville sans vent – Livre 2
Autrice :
Eléonore Devillepoix
Illustration : Guillaume Morellec
Éditeur : Hachette
Genre : Fantasy
Date de parution  :  14 octobre 2020
Nombre de pages : 398
Prix : 18 €
 
Synopsis
Alors que le froid s’abat sur Hyperborée, Lastyanax et Arka sont séparés. Le jeune mage a laissé derrière lui famille et amis pour se lancer à la recherche de sa disciple, partie retrouver ses racines loin du nord. Pendant ce temps, la conquête de la cité semble à portée de main pour le maître des lémures. Mais les projets mortifères de ses supérieurs vont faire vaciller ses plans… Parmi ces êtres aux destins entrelacés, qui prendra la tête de la ville sans vent ?
 

MON avis

J’avais eu un gros coup de cœur, assez inattendu, pour le premier tome de La ville sans vent (→ ma chronique) et je n’ai pas voulu trop tarder (pour une fois !) pour lire le deuxième et dernier tome de la série. Alors a-t-il été à la hauteur ? J’ai finalement envie de répondre oui et non à cette question puisque j’ai trouvé ce tome moins bon que le premier qui avait peut-être placé la barre un peu haut, mais il constitue tout de même une excellente fin à ce dyptique. Je vous explique tout ça plus en détails ! 

Une suite un peu moins convaincante que le premier tome…

(! attention la suite spoile la fin du tome 1 !)

Le tome 2 redémarre là ou l’action du premier s’était terminé et on retrouve Arka en chemin vers ses origines, la forêt des Amazones et Lastyanax sur ses traces. On continue également de suivre ce qu’il se passe à Hyperborée avec de nouveaux points de vue comme ceux de Pyrrha, d’Alcandre ou encore de Pétrocle depuis la prison où sont enfermés les mages. Ces multiples points de vue rendent une nouvelle fois le roman très riche en s’attardant sur des aspects politiques et sociétaux à Hyperborée, mais aussi sur le monde à l’extérieur de la ville, les conflits internes et externes et bien sûr les manigances des personnages. On en découvre plus sur les Amazones, un peuple très bien décrit dans leur ambiguïté. On comprend ainsi aisément la réputation cruelle de ce peuple, mais aussi l’amour qu’Arka peut leur porter. Grâce à ce voyage chez les Amazones, on en apprend plus sur le passé des personnages (notamment Arka et Alcandre) et les liens qu’ils ont entre eux, certaines révélations qui en découlent sont d’ailleurs assez savoureuses. C’est ainsi une nouvelle facette d’Arka que l’on découvre, différente de celle du tome 1, peut-être un peu plus mature, mais toujours aussi drôle et intrépide. La figure de l’antagoniste de l’histoire est également plus développée dans ce tome, ce qui est assez rare et casse le cliché du méchant sans âme uniquement capable de faire le mal.

Ce second tome apporte donc les réponses que l’on attend, mais il possède une intrigue beaucoup plus classique que le premier. Là où ce dernier pétillait d’inventivité et nous bouleversait à chaque page de péripéties et de rebondissements, le second tome est un peu plus convenu : les pages s’enchaînent avec moins de dynamisme que le premier et le dénouement est finalement amené assez vite sans beaucoup d’originalité. Il faut également dire que le fameux duo du premier tome : Arka et Lastyanax est séparé pendant toute la première moitié du roman. Si ces deux personnages fonctionnaient à merveille quand ils étaient ensemble en donnant énormément de peps au récit, ils sont moins lumineux séparément. Néanmoins, ces deux personnages sont toujours aussi attachants et la trame qui les concerne reste très intéressante, mais on perd une dynamique qui apportait beaucoup au tome 1 et qu’on peine à retrouver même une fois les deux personnages réunis. 

Mais une conclusion satisfaisante 

Il était finalement difficile d’égaler la qualité du premier tome et si je relève quelques défauts à ce second tome, c’est que mes exigences étaient assez élevées. SI je l’ai un peu moins aimé, il m’a quand même fait passer un très bon moment de lecture et m’a offert une conclusion très satisfaisante à ce diptyque. La plume d’Eléonore Devillepoix est toujours très agréable à lire et assez travaillée nous entraînant à tourner les pages avec beaucoup d’addictivité. Comme je le disais, elle continue de développer son univers lui apportant toujours beaucoup de richesse en étoffant les descriptions d’Hyperborée, mais aussi en décentrant son intrigue de la ville pour nous montrer ce qu’il se passe à l’extérieur. L’autrice en profite pour faire passez quelques messages avec beaucoup d’intelligence. Tout d’abord, la place de la femme est très bien mise en avant dans ce tome 2, particulièrement grâce au personnage de Pyrrha et à sa lutte pour bouleverser la société patriarcale d’Hyperborée. Une deuxième thématique, un peu plus étonnante, se cache dans ces pages et concerne l’endoctrinement. Ce n’est pas énormément développé dans le récit, l’autrice pose simplement des questions autour de l’endoctrinement laissant le lecteur à sa réflexion, ce que j’ai trouvé très à propos et très bien amené. D’autres thématiques bien adaptées à la cible du roman sont présents comme des notions d’amitié, de pardon, de choix et de sacrifice, par exemple. Si on tourne les pages de ce second tome très rapidement, c’est finalement avec un pincement au cœur qu’on les referme. Difficile de laisser derrière nous ces personnages hauts en couleur qui nous ont emmenés dans de savoureuses aventures, preuve de la qualité de ce dyptique et du fait qu’on n’aurait finalement peut-être pas dit non à un troisième tome ! 


Conclusion


Ce second tome reprend là où le premier nous avait laissé et on retrouve avec grand plaisir les personnages d’Arka, de Lastyanax, de Pyrrha, sans oublier Le Nabot ! A travers les multiples points de vue, l’autrice continue de développer son univers très riche, aussi bien en ce qui concerne la ville d’Hyperborée elle-même, mais aussi l’extérieur et notamment le clan des Amazones. Ce second tome possède néanmoins une intrigue beaucoup plus classique et convenue que le premier. La séparation du duo Arka/Lastyanax fait perdre un peu de peps et de dynamisme à l’intrigue même si les pages défilent toujours aussi vite. Ce second tome est donc globalement moins bon que le premier, qui avait placé la barre très haut. Il était ainsi difficile de l’égaler et ce second tome offre tout de même une conclusion très satisfaisante à l’intrigue si bien qu’il est difficile de quitter les personnages qui nous ont emmenés dans de savoureuses aventures. 

TB lecture

D’autres avis : Ombrebones – ?

Podcast : Sorties littéraires d’avril 2021

Elhyandra
, 16/04/2021 | Source : Le monde d'Elhyandra

Coucou,

Voici mon repérage des sorties de ce mois pour les T1 et livres indépendants des divers maisons d’éditions de ma connaissance.

Vous avez des tentations ?

Retrouvez Littérature SFFF sur tous les lecteurs de podcast, il vous suffit soit de faire une recherche avec le nom de la chaine (iTunes pour IOS, Podcast addict pour Androïd mais également SpotifyDeezer et Google Podcast) soit de chercher le lien RSS sur le mini site dédié sur Podcloud (cliquez sur Voir les liens) pour l’inclure dans votre lecteur. La plateforme Talkers disponible sur IOS et Androïd l’a intégré également à sa base de données.

Le lien vers Itunes : clic

Bonne écoute
Elhyandra

Ouroboros - Dean-Paul Stephens

Gromovar
, 16/04/2021 | Source : QUOI DE NEUF SUR MA PILE ?

Image non contractuelle


Petite discussion hier avec l'ami Feyd Rautha. On a toujours intérêt à discuter avec l'ami Feyd Rautha. La preuve, il m'a donné envie de lire trois nouvelles sur lesquelles je vais dire quelques mots ici. (3/3)


"Ouroboros" est une nouvelle de Dean-Paul Stephens lisible à cette adresse.

Imaginez un immense cylindre (un genre de Rama, ça tombe bien, c'est le nom du premier personnage parlant). Très armé, mais pacifique (je sais, c'est contradictoire). A l'intérieur, des IA aux noms de divinités. Seules à bord depuis la mort du dernier des Programmeurs, leurs créateurs. Formant une sorte de hive mind entre individualité marquée et esprit communal véritable.

Voyageant de monde en monde selon un cycle immuable entre les mondes Alpha et Omega, poursuivant la quête de la sapience léguée par les Programmeurs, les IA en cherchent les traces, se cherchant de facto de nouveau Créateurs (kind of, ersatz), dissertant comme des théologiens, des siècles durant, en camps opposés mais toujours amicaux, pour savoir si une espèce croisée récemment (à leur échelle) possède ou non la sapience, pourra ou non s'élever jusqu'à devenir un substitut acceptable des Créateurs.

Et si oui, que faire ? Contact ou pas ? Transfert de connaissances ou pas ? Endiguement ou pas ? Toute la sapience des IA ne permet pas de donner une réponse définitive à ces questions. Alors que, malheureusement pour elles, les IA n'ont pas le privilège des commentateurs qui peuvent faire à coût nul se succéder thèse et antithèse dans la même phrase, les IA, elles, doivent prendre des décisions.


Avec "Ouroboros", c'est d'éternel retour du même que parle Stephens. Auteur dont le prénom est composé de celui du fondateur politique du christianisme et d'un titre anglais souvent attribué à des religieux, Stephens semble porté par son onomastique.

On trouve donc dans ce texte une variation sur le thème de la Création, bien plus qu'un question d'interférence extérieure à la Il est difficile d'être un dieu.

Si les IA deviennent d'une certaine manière Dieu (après la mort de celui-ci), elles souffrent de la perte de leurs créateurs comme souffraient celles de Latium (le cardinal Ratzinger ne disait-il pas : « L'enfer, c'est vivre dans l'absence de Dieu. Là où Dieu n'existe pas, voilà l'enfer. »).

Il leur revient alors de surmonter le doute et de faire elles-mêmes œuvre créatrice. D'essaimer (d'initier une panspermie). Comme si la vie, la sapience (intelligence) et jusqu'à la sentience (conscience et volonté) ne pouvaient être autre chose qu'auto-réplicatrices. Essaimer, presque un impératif catégorique kantien - sauf qu'ici il ne l'est justement pas car c'est par libre arbitre qu'elles décident d'agir, un libre arbitre qui explique, depuis Saint Augustin au moins, l'existence du Mal en actes dans un univers créé par un Dieu bon ; l'histoire de la nouvelle le prouvera.

Création stricte mise à part (les créatures d'Omega existaient déjà et elles étaient sans doute déjà sapientes), on trouve dans le texte, une élévation, un "arbre" de la connaissance dont l'accès entraîne malheur et chute, un péché originel, une Incarnation, et le cycle peut recommencer. Entre Alpha et Omega, le début et la fin, mais sans début ni fin. Jusqu'à donc sans doute peut-être, qui sait, un nouveau cylindre, dans longtemps, créé par les Omegans.

Quand à toi, lecteur, tu t'interrogeras sur le cylindre, peut-être, qui est à l'origine de ta propre espèce sentiente. Ouroboros.


"Ouroboros" est un texte très dense, séduisant à lire, auquel on peut peut-être reprocher de contenir trop de concepts pour trop peu de mots. Néanmoins, et pour peu qu'on s'habitue vite au mode de communication particulier du hive mind, il est raisonnablement accessible, alors le défaut n'en est peut-être pas un. Beaucoup de peut-être, c'est un texte dialectique.


Ouroboros, Dean-Paul Stephens

Une Farouche liberté de Gisèle Halimi avec Annick Cojean

Lune
, 16/04/2021 | Source : Un papillon dans la Lune

Une Farouche liberté est un essai biographique écrit par Annick Cojean, suite à des entretiens avec Gisèle Halimi, avocate, militante et femme politique ayant marqué et changé son temps. 

Paru en version papier chez Grasset, il est aussi disponible en audio chez Audiolib. Cet entretien est suivi de la plaidoirie du procès de Bobigny prononcée en 1972.

Soixante-dix ans de combats, de passion et d’engagement au service de la justice et de la cause des femmes. Et toujours, la volonté de transmettre aux nouvelles générations le flambeau de la révolte.
Avec son amie Annick Cojean, Gisèle Halimi revient sur les épisodes marquants de son parcours rebelle. Son enfance en Tunisie dans une famille juive modeste ; son refus d’un destin assigné par son genre, son rêve ardent de devenir avocate ; sa défense indéfectible des militants des indépendances tunisienne et algérienne ; et bien sûr ses grands combats pour l’avortement, la répression du viol, la parité.

Comme d'autres, je connaissais le nom de Gisèle Halimi sans bien définir qui était cette dame. Et bien c'était sans aucun doute, une Dame, et une grande.

Sous forme d'une interview, cet essai revient sur les moments marquants de la vie de Gisèle Halimi, de son enfance jusqu'aux dernières années de sa vie. C'est son œuvre, en tant qu'avocate et militante, qui marque les mémoires.

C'est d'abord l'histoire d'une petite fille née en Tunisie en 1927. A l'époque, ses parents ont été désespérés d'avoir une fille ! Cela a donné l'envie et la force à Gisèle Halimi de montrer qu'une fille puis une femme pouvait étudier, réussir et changer la société.

Elle a féminisé le mot "avocat" ! Elle ne lâchait rien et ne laissait pas les juges l'appeler autrement qu'avocate, ce qui faisait scandale en 1949.

Chaque chapitre nous raconte une étape importante de sa vie et son combat pour les droits des femmes. Par exemple, le droit à l'avortement avec le Manifeste des 343 (elle était la seule avocate signataire) rédigé par Simone de Beauvoir puis au procès de Bobigny en 1972 (procès contre une jeune femme mineure accusée d'avoir avorté après un viol) dont la plaidoirie est disponible en fin d'ouvrage. Cette plaidoirie est forte et incroyable, quand on sait qu'elle s'adressait à des hommes magistrats et puissants, Gisèle Halimi leur balance leurs contradictions au visage, soulignant que jamais une femme ou une maîtresse de ces messieurs ne se retrouverait dans un procès pour avortement, et que c'était bien un souci de classe et non de mœurs ! Quel courage il fallait pour s'exprimer ainsi !

C'est aussi Gisèle Halimi qui a représenté Anne Tonglet et Araceli Castellano en 1978, ces deux jeunes femmes lesbiennes violées par trois hommes alors qu'elles faisaient du camping. Un procès difficile où les plaignantes sont vite devenues les accusées. On n'accuse alors les violeurs que de coups et blessures, mais l'avocate parvient à faire requalifier les faits et emmène tout ce monde aux Assises. Suite à ce procès, la loi sur le viol est changée en 1980 : il devient un crime passible de 15 ans de prison.

Elle est aussi entrée en politique, et juge Giscard d'Estaing plus progressiste que Mitterrand. On ne peut que plussoyer. Elle milite d'ailleurs pour la parité en politique dès le début des années 80.

Gisèle Halimi avait pour objectif de rendre ses procès politiques, pour faire changer les lois et évoluer les mentalités. Elle s'est battue pour les droits des femmes toute sa vie. Je vous conseille ce court livre, passionnant en tous points ! Une Farouche liberté est à découvrir en papier et numérique chez Grasset ou en audio chez Audiolib.

Une Farouche liberté
de Gisèle Halimi
Grasset -
2020
Audiolib - 2021
157 pages / 3h21
Papier : 14,90€ / Numérique : 10,99€
Audio :18,90€ / Audio dématérialisé : 16,95€