Paul McAuley - Cowboy Angels

Baroona
, 13/04/2021 | Source : 233°C

Cowboy Angels, Paul McAuley, 2007, 467 pages

En 1966, les États-Unis sont parvenus à créer des "portes de Turing", des portails vers des mondes parallèles où l'Histoire a suivi un cours différent. Cette découverte a amené la création d'une nouvelle force secrète, la Compagnie, visant à unir les États-Unis des différents mondes. Retraité de cette unité, Adam Stone va devoir reprendre du service quand un ancien équipier, à qui il doit la vie, est accusé d'avoir assassiné la même femme dans six univers différents.

Cowboy Angels est un roman qui coche un paquet de cases, en traitant à la fois d'uchronies, d'univers parallèles et de voyages dans le temps. Le mélange est globalement réussi, avec pas mal de bonnes idées, et sert de cadre à une intrigue entre roman d'action et thriller d'espionnage qui parvient à rester claire de bout en bout.

Si le récit est efficace, les deux premiers tiers ne sont pourtant pas vraiment satisfaisants. Un peu longuets, le problème vient surtout des personnages, absolument lambdas et ne créant aucune émotion. Heureusement, la dernière partie est bien plus prenante et se termine sur une fin plus humaine et un peu plus profonde que tout ce qui a précédé. Dommage qu'il faille passer par une première partie désespérément froide pour en arriver là.

Couverture : ? / Traduction : Bernard Sigaud

Maus (format original) - Art Spiegelman

Gromovar
, 13/04/2021 | Source : QUOI DE NEUF SUR MA PILE ?


Maus, format original chez Flammarion. Un coffret, deux albums petits formats, un livret bonus de 16 pages (avec un graphique important qu'on verra dessous).

Je ne vais pas ici chroniquer une œuvre déjà ancienne, multiprimée dans le monde entier, qui a été analysée sous toutes les coutures jusqu'à de nombreux travaux universitaires, et qui, de surcroît, raconte une Histoire que nul n'ignore (quoique).
Je vais donc simplement dire deux ou trois choses :

  • Maus raconte deux histoires : celle de Vladek Spiegelman et des siens, emportés par les vents mauvais de l'Histoire de Częstochowa en Pologne à Auschwitz et jusqu'aux marches de la mort ; et celle d'une longue conversation à New York entre Art Spiegelman, né en 1948 en Suède, et son père Vladek, dix ans après le suicide de Anja, mère d'Art et seul vrai amour de Vladek. De cette conversation naît, sur de nombreuses années, le double album Maus et une meilleure compréhension entre le père et le fils.

  • Maus raconte l'histoire générale de la Shoah à travers celle de Vladek et des siens. Une histoire aussi générique qu'elle est particulière. Ce qui arriva aux Spiegelman arriva à tous les Juifs de Pologne (et d'ailleurs) mais les formes particulières de cette odyssée furent celles des Spiegelman et d'eux seuls.

  • Maus montre le meurtre brutal permis par la disparition complète de tout surmoi individuel dans un Etat où la parole du Führer est le seul surmoi possible, cohabitant avec la rationalité froide et efficiente du processus industriel de l'extermination (des dizaines de pages racontent Vladek à Auschwitz).

  • Maus montre la déshumanisation complète dont témoigne plus que tout le fait que le tabou du meurtre d'impulsion disparait complètement, que le Juif. On peut tuer le Juif par énervement, agacement, ennui. On peut le tuer tout simplement. Who needs a reason ?

  • Maus montre, à la fin de tout, la folie exterminatrice qui ne cesse pas, l'acharnement à cacher la vérité des camps et et à tuer ceux qui étaient à la fois des témoins et des victimes désignées.

  • Maus montre que, même sortis des camps, personne n'en sortit vraiment jamais.

  • Maus met en scène la culpabilité de ceux qui ont survécu et la culpabilité de ceux, venus après, qui n'ont pas même pas eu la malchance de survivre.

  • Maus montre comment, pour les Juifs de Pologne, l'enfer commença bien avant les camps, entre ghettos et exécutions sommaires,  comment tant d'entre eux n'eurent même pas l'occasion de vivre jusqu'à voir les camps.

  • Maus montre ce que devient l'homme quand il ne veut plus que survivre, quand plus rien n'existe que l'instinct de survie.

  • Maus montre à quel point survivre devait bien plus à la chance qu'à une quelconque habileté, même si un peu d'habileté aidait assurément.

  • Maus illustre le spectre complet de la réalité humaine : de l'héroïsme gratuit à la bassesse la plus immonde ; il montre aussi que les deux cohabitent parfois dans la même personne.

  • Maus est infiniment touchant car il est l'histoire d'un homme et des siens, anéantis par les vents de l'Histoire, qu'il met l'Histoire à portée de perception humaine.

C'est donc brillant, sous quelque angle qu'on regarde. C'est très accessible parce que c'est en BD, et c'est aussi profondément humain que vrai parce que c'est une histoire qu'un père raconte à son fils, parce que c'est la transmission la plus simple et le plus directe qui se puisse imaginer. Art Spiegelman donne au monde son passé au fur et à mesure qu'il le découvre lui-même. Un passé que seul son père peut lui raconter car :


    Maus (format orginal), Art Spiegelman

    Abattre les barrières mentales

    F.
    , 13/04/2021 | Source : Weirdaholic

    Il faudrait pour grandir oublier la frontière de Sébastien Juillard Il y a peu, je parlais ici de Big Girls, une bande dessinée de Jason Howard qui met l'accent sur la nécessité, pour réconcilier deux pôles apparemment opposés, de les percevoir plutôt comme faisant partie d'un même continuum que comme deux entités séparées ; la même réflexion court d'un bout à l'autre de

    « L’ange déchu », Chris BROOKMYRE

    Brize
    , 13/04/2021 | Source : Sur mes brizées

    Max Temple, pater familias respecté et universitaire réputé pour ses études sur les théories du complot, vient de mourir. Son épouse, Célia, veut rassembler sa famille autour d’elle, dans la maison qu’ils possèdent au Portugal, pour y disperser ses cendres. L’occasion de revoir enfin celle qui les a fuis depuis maintenant plusieurs années, coupant les... Lire la Suite →

    Le jour où l’humanité a niqué la fantasy de Karim Berrouka

    Célinedanaë
    , 13/04/2021 | Source : Au pays des cave trolls

    Février 2021, perdu dans la jungle entre Chambéry et Tamanrasset, les éditions Actusf décident malgré une situation ambiante morose de publier le dernier roman de Karim Berrouka sobrement intitulé Le jour où l’humanité à niqué la fantasy. Pour palier la morosité, ils décident de lui offrir un bel écrin dans les tonalités de violet et rose foncé, un choix osé mais fort à propos pour un roman parlant de fées, de lutins mais aussi de punks.

    Petite scène introductive: une prise d’otages a lieu dans une bibliothèque, jusque là rien d’anormal, mais un zoom sur les preneurs d’otages permet de voir qu’ils ont un message à formuler : » vous avez niqué la fantasy ! ». Scène suivante : Olga semble avoir des problèmes avec le mec qu’elle a ramené chez elle, problème de type fumée et feu, elle appelle sa meilleure amie Margo à l’aide. Petit décalage dans le temps pour suivre 3 personnes aux coiffures et looks étranges affublés des noms Jex, Skrook et Pils qui se rendent au Festival du gouffre où ils sont accueillis très chaleureusement par les habitants du coin. Voici les premières scènes de ce roman ébouriffant et ébouriffé. Pour la suite, je vous invite chaleureusement à le lire.

    Mais comme je suis payée au mot, je vais faire un petit effort et vous dire ce que vous pourrez rencontrer dans ce roman. Vous y trouverez:

    • de l’aventure avec des arcs narratifs concernant plusieurs personnages.
    • des personnages variés et fort barrés pour certains
    • des punks, des vrais comme seul Karim Berrouka peut nous les décrire
    • des personnages féminins bien dans leurs baskets et leur époque
    • des inspecteurs de l’étrange en rappelant d’autres cherchant la vérité où qu’elle soit
    • des bananes flambées œuvres d’un certain lutin un peu trop euphorique
    • des guest stars de luxe
    • un éditeur mis à rude épreuve
    • des lutins d’1m80 et même un tout petit peu plus grand atteignant 1m82 (au doux sobriquet de lutin 82)
    • des lutins parlant un langage que eux seuls comprennent réellement
    • des merguez frites
    • des créatures féériques
    • de la rébellion voire une véritable révolution
    • de l’humour, du vrai, pas seulement celui qui fait bouger le haut des lèvres, non celui qui fait recracher sa soupe ou son lait
    • une plume ciselée
    • des clins d’œil
    • un puzzle narratif incroyable que seuls les plus grands adeptes de logique et de sudoku endiablés seront résoudre
    • une énigme à résoudre sans l’aide de Gandalf
    • de l’imaginaire en folie
    • des règles à respecter ou non
    • une forêt où il ne fait pas bon fureter, surtout sans coupe-ongles
    • de la passion
    • du rythme
    • Et bien plus encore!

    Vous l’aurez certainement compris le nouveau roman de Karim Berrouka est tout à fait dans la lignée de l’excellent Le Club des punks contre l’apocalypse zombie. L’humour et surtout l’écriture tout en délire et finesse avec toujours le choix de la formule juste apportent du piquant à une histoire loufoque avec toutefois des réflexions sur pas mal de choses. Un livre qui fait vraiment du bien au moral, et franchement par ces temps troublés, ça fait du bien de rire!

    Autres avis: L’ours inculte, Yuyine, Les pipelettes en parlent, Un bouquin sinon rien, Ombrebones,

    L’acheter chez un libraire (sans aucun frais supplémentaire):

    En papier

    En numérique

    Auteur: Karim Berrouka

    Édition: Actusf

    Parution: 19/02/2021

    Au départ, il y a un lutin qui hurle « Vous avez niqué la fantasy ! » alors qu’il retient en otage plusieurs personnes dans une bibliothèque. Et puis il y a le coup d’un soir d’Olga qui se met à déconner et à foutre le feu à son appartement, avant d’aller brouter les pissenlits par la racine. Et il y a aussi les trois punks Jex,
    Skrook et Pils qui doivent jouer au Festival du Gouffre tandis qu’il se passe de drôles de trucs dans la forêt d’à côté.

    Montès – Isabelle Bauthian

    OmbreBones
    , 13/04/2021 | Source : OmbreBones

    8
    Montès
    est le nouveau roman fantasy de l’autrice française Isabelle Bauthian. Publié par ActuSF, vous trouverez ce roman partout en librairie au prix de 20.90 euros.
    Je remercie Jérôme Vincent et les éditions ActuSF pour ce service presse numérique.

    De quoi ça parle ?
    Depuis quarante ans, la paix règne sur Civilisation… Mais la guerre revient frapper aux portes de Montès, baronnie martiale dirigée depuis peu par un homme souffrant de folie des grandeurs (c’est la façon polie de dire que c’est un c*****d). En effet, les mi-hommes envahissent la troisième province de Montès pour se venger des visées expansionnistes du nouveau Baron. Pour empêcher cette guerre de coûter encore plus de vie, Oditta, la ministre des frivolités, décide d’agir dans le dos de son souverain, accompagnée par nul autre que Thélman, le redoutable chef de la guilde des épiciers qui est aussi son plus vieil ennemi. Commence alors un long périple Outre-Civilisation…

    Avant d’aller plus loin, je me dois de signaler que l’autrice a écrit deux autres romans dans le même univers que celui-ci, avec des personnages qu’on retrouve parfois de l’un à l’autre, tout en réussissant l’exploit de les rendre véritablement indépendants. Je n’ai lu ni Grish-Mère, ni Anasterry (ce qui va changer sous peu !) et cela ne m’a pas empêché de comprendre la totalité de ce texte. À l’heure où beaucoup d’éditeurs proposent de faux one-shot, je pense important de préciser que Montès en est bien un. J’en profite pour, du coup, saluer le travail de l’autrice à ce sujet. 

    Quelques mots sur le contexte
    Le roman prend place en Civilisation, un rassemblement de plusieurs baronnies articulées autour de la Capitale (avec une majuscule donc). Montès est une baronnie à tendance martiale qui protège une large partie des frontières de Civilisation. Chaque baronnie possède un peu sa spécialité, sa particularité et ses coutumes. L’univers créé par l’autrice est ainsi d’une très grande richesse, ce qui lui permet de traiter beaucoup de thématiques sociales en les mettant en scène à travers les différences qui existent entre les baronnies.

    Dans Montès, c’est plus particulièrement l’opposition entre les mi-hommes et les humains qui est exploitée. Il s’agit donc d’aborder les thèmes de l’intégration, de la peur de l’inconnu, de la peur des autres cultures. Quand le nouveau baron prend les commandes à la mort de son père, il décide de rejeter tous les mi-hommes présents dans la société de Montès, les mettant dans le même sac que ceux qui attaquent sa province. Et si ça ne vous rappelle rien, que dites-vous de ceci ? Je surinterprète peut-être mais j’ai vu dans ce roman une métaphore de notre propre société : notre modernité s’est construite sur une économie de guerre, notre prospérité occidentale, nos avancées scientifiques, tout aurait pris beaucoup plus de temps en période de paix. Pourtant, la guerre coûte des vies, répand le malheur, on se bat contre elle tout en continuant à l’entretenir dans certaines régions du monde. C’est ce qu’on voit finalement dans Montès : le paradoxe de la guerre, qu’on veut stopper sans savoir quel type de société cela engendrera. Et comme on a peur de l’inconnu, on veut changer les choses mais pas trop quand même hein, faut pas déconner.

    On y évoque aussi le danger des généralités, le fait de mettre « dans le même sac » tous les individus issus d’un même endroit sans prendre en compte la multiplicité des cultures, des personnalités, des opinions. Certains mi-hommes veulent la guerre, d’autres espèrent la paix, et parmi ceux qui désirent la paix, certains la pensent possibles alors que d’autres se montrent cyniques à ce propos. Isabelle Bauthian dresse un tableau nuancé dont tout manichéisme est banni. Et quand on pense qu’elle va sauter à pied joins dans la facilité, elle esquive habilement l’écueil, apportant une sacrée dose de surprise et transformant son texte en page-turner. Personnellement, je n’ai rien vu venir à aucun moment et tout ce à quoi je m’attendais n’est pas arrivé. 

    L’autrice propose donc un roman de fantasy, oui. Mais comme beaucoup de bons romans de l’imaginaire, elle y aborde des thématiques modernes qu’on peut aisément transposer à notre propre monde. 

    Oditta, une protagoniste remarquable
    Isabelle Bauthian écrit à la troisième personne et se place presque exclusivement du point de vue d’Oditta, à l’exception de la lettre en début de roman et de l’épilogue. J’ai rarement rencontré un personnage aussi solide et aussi développé. L’alternance entre le passé et le présent permet de découvrir petit à petit comment la naïve ministre des frivolités gagne en maturité, montre son courage et sa détermination, sans jamais que cela ne me donne l’impression d’être trop ou mal équilibré. Oditta est attachante en tant que femme de bonne condition, élevée pour être une gentille fille, une bonne épouse, qui n’a pas forcément d’avis sur les questions d’importance mais qui apprend petit à petit à aiguiser son esprit, à devenir indépendante, à remettre son éducation en question sans pour autant se renier totalement. On sent en elle toute la contradiction de ceux qui aimeraient changer le monde sans réussir à assumer ou même imaginer les conséquences.

    Elle forme, avec Thélban, un duo délicieux. Cet homme est parti de rien et a réussi à s’élever tout au sommet du monde commercial de Montès, devenant très riche et pouvant se permettre de défendre ses convictions. Pour lui, les mi-hommes ne sont pas des sous créatures et il embarque Oditta dans une mission diplomatique alors même que tous les deux se détestent depuis des années. On comprend qu’il y a derrière cette situation des histoires de cœur, de jalousie, Oditta se sentant menacée par Thélban dans le cœur de son mari, mais on comprend aussi qu’il y a plus que cela. Les subtilités sont apportées petit à petit par l’autrice et vraiment bien distillées. J’ai apprécié que (surlignez pour dévoiler le spoiler) cela ne finisse pas en passion interdite ni même en triangle amoureux. D’ailleurs, il n’y a pas de romance dans Montès. Oditta est mariée, elle aime son mari, on les voit ensemble mais ce n’est pas le sujet du texte et j’ai trouvé ça vraiment rassénérant. 

    La conclusion de l’ombre 
    Montès est un roman de fantasy tout à fait remarquable grâce auquel je prends contact pour la première fois avec la plume d’Isabelle Bauthian. Si ce texte se place dans le même univers que les deux autres romans de l’autrice (Anasterry et Grish-Mère), il est véritablement indépendant et peut se lire en premier ou en dernier, au choix du lecteur. Le travail effectué sur l’univers était déjà à lui seul remarquable mais Oditta, la protagoniste principale du roman, est l’un des personnages féminins les mieux construits que j’ai pu croiser dans ce genre littéraire. J’ai adoré chaque ligne de Montès que je recommande très chaudement !

    D’autres avis : l’ours inculte – vous ?

    printempsimaginaire2017
    Quinzième lecture – Pas de défi

    La lumière des Jedi, Propagande républicaine

    L'ours inculte
    , 13/04/2021 | Source : L'ours inculte

    C’est le grand remue-ménage dans l’univers Star Wars, une nouvelle ère se dévoile aux fans avec La haute république. Des romans adultes, Young adult, jeunesse, des BDs, la machine est lancée, et tout part de La lumière des Jedi, le premier roman de cette période inédite. Sautez dans vos Vectors et attachez vos ceintures, ça va remuer.

    Longtemps avant tout ce qu’on connait de l’univers Star Wars, la République était en paix et unissait des tas de planètes et de peuples. Les chevaliers Jedi sont un ordre puissant et respecté, ils contribuent à maintenir la paix dans les mondes les plus reculés. Dans ce contexte, une catastrophe théoriquement impossible va se produire : Un vaisseau se plante pendant un voyage hyperspatial et des débris menacent le système Hetzal. Les Jedi et la République se lancent dans une course contre la montre pour sauver des millions de vies, mais derrière cet accident, dans l’ombre, un nouvel ennemi rassemble ses forces.

    Parce que ça a son importance, précisons quand même que je ne suis pas un fan de Star Wars, j’ai vu les films (comme à peu près tout le monde), j’ai joué à quelques jeux, regardé The Mandalorian récemment mais je n’ai pas d’attachement particulier avec cet univers comme c’est le cas pour apparemment la moitié de ma génération, semble-t-il. J’ai voulu lire La haute république par curiosité, et parce que sur le papier ce genre de SF d’aventure légère semblait être tout à fait ma came littéraire. Le bouquin commence par cet « accident » monumental et pendant le premier tiers de ces 500 pages, Charles Soule donne le tempo sur un rythme infernal. C’est un livre-catastrophe où on change de point de vue tous les 5 à 10 pages pour aller d’une situation à l’autre de ce grand sauvetage, nous présentant tous les personnages dans la foulée. Avar Kriss coordonne les troupes grâce à sa maitrise de la force, sur le terrain Loden Greatstorm et son padawan Bell gèrent les situations les plus urgentes tandis que les pilotes de la République et les Jedi pilotent leurs vaisseaux pour intercepter les débris.

    Pour un lecteur comme moi, attaché au développement de personnages et à l’immersion, ce bouquin fait tout à l’envers. Aucun personnage n’est introduit correctement, on zappe sans arrêt d’un héros iconisé à la va-vite au suivant, pas le temps de découvrir leurs motivations, juste quelques dialogues posés à l’arrache pour les situer vaguement et pif paf badaboum on repart. C’était vraiment pénible. On se calme un peu quand on arrive à la seconde partie du bouquin et qu’on passe du sauvetage-catastrophe aux conséquences et à l’enquête qui suit, mais cette incapacité à approfondir les personnages demeure. C’est simple, à part quelques archétypes, j’ai oublié tous les personnages. Je me rappelle même plus leur nom, j’ai du lire un wiki pour faire le résumé au-dessus. Je me souviens de Super-Jedi qui coordonne tout le monde, de Grosorage et son padawan Bell, archétype de la relation Maître-Padawan sans aucune saveur particulière. Il y avait des pilotes aussi, me rappelle plus leur nom, c’était… des pilotes. Je me souviens du padawan Wookie qui était rigolo, du super-ingénieur qui bricole un super-ordinateur, ou de l’autre vieux bourrin pacifiste mais chacun n’apparait que quelques pages.

    La lumière des Jedi a l’air de finalement se dérouler comme une BD, et c’est pas étonnant vu que Charles Soule est surtout scénariste de BD, un médium où on doit présenter les personnages en quelques cases iconiques, pas le temps de trainer. Dans un bouquin, avec moi ça ne fonctionne pas. Ces personnages-là jouent en plus clairement sur les archétypes qui peuplent l’univers Star Wars depuis 40 ans, et le lecteur adhérera si il a déjà un attachement particulier à toutes ces icones, projetant peut-être là-dedans tout son bagage émotionnel (coucou Elessar). Moi, en bon inculte qui n’a pas grand attachement pour la saga, j’ai rien à y investir de moi-même, j’attendais juste qu’on me raconte une bonne histoire, et en ça c’est un échec. Pourtant je comprends que ça génère un enthousiasme chez les fans, parce que La lumière des Jedi pose quelque chose, une première brique à un édifice où ils et elles pourront se projeter et découvrir, une excitation des choses à venir, et ça fonctionne dans cette optique. La lumière des Jedi est une brique posée au milieu d’un terrain vide, et on s’imagine déjà toute la maison qu’elle pourra devenir.

    Mais il y a autre chose qui a empêché mon immersion dans ce roman, c’est le ton de l’histoire qui présente les Jedi et la République avec une iconistation et une sacralisation irréaliste. Oui, c’est une époque de paix dans la république, et les Jedi en sont les héros, mais la vache, qu’est-ce que c’est pénible de lire « Nous sommes tous la République » toutes les dix pages. Ils en font tellement des caisses qu’on dirait un bouquin de propagande, regarder la couv’ avec cette idée en tête est assez rigolo d’ailleurs. Alors ça doit fonctionner quand on est déjà immergé dans Star Wars et que les Jedi sont effectivement un idéal, des icônes pour les fans, mais pour moi qui est extérieur à tout ça c’est assez grossier. Aucune dissonance, aucune ombre dans la lumière, la République est le gouvernement parfait (bon, c’est un empire hein, soyons honnête), les Jedi sont tous des super-héros qui veulent sauver les gentils fermiers dans tout un tas de situations assez caricaturales qu’on peut retrouver dans un Spider-Man (Le méchant riche qui veut pas aider les pauvres à prendre sa navette et les menace, la famille prise en otage par les pillards, etc…). Les méchants (parce qu’il y a des méchants quand même, à un moment) sont des méchants extrêmement caricaturaux qui sont méchants parce qu’ils sont méchants. C’était pourtant pas dur de poser un contexte où les Nihil auraient des griefs légitimes contre une République à première vue parfaite, mais… bof, non.

    Personnages à peine esquissés, rythme de comic-book qui prend jamais le temps de se poser, intrigue et univers manichéens sans nuance ni subtilité, cette première incursion dans les romans Star Wars fût un échec cuisant pour moi. Présenté comme le roman parfait pour plonger dans l’univers, je dirais qu’il faut quand même être au moins fidèle de la saga pour accrocher à ce défilé de péripétie et de bons sentiments sur-iconisés. Si vous n’êtes pas déjà adepte de la religion Jedi, ça va être compliqué.

    Roman reçu en Service Presse de la part de Pocket, merci à eux.

    Lire aussi l’avis de : Elessar (L’imaginarium électrique),

    Basketful of Heads - Joe Hill VF

    Gromovar
    , 12/04/2021 | Source : QUOI DE NEUF SUR MA PILE ?

     


    Sortie en VF chez Urban de l'excellent "Basketful of Heads", de Joe Hill, Leomacs et Stewart.

    Il était chroniqué il y a peu. Il est à lire avec délectation.

    Les Tiges - La guerre des chiffoneurs

    Le chien critique
    , 12/04/2021 | Source : Le chien critique

     



    Après le très bon Sous l’ombre des étoiles, je continue ma découverte du cycle “Planètes Pirates” avec Les tiges et La guerre des chiffoneurs. Cet ordre de lecture m'a été conseillé par l'auteur.



    Les Tiges
    Thomas Geha, in Destination univers, Griffe d’Encre, 2012, épuisé

    A l'occasion du premier confinement, Thomas Geha avait mis cette nouvelle à disposition sur le net, une histoire avec quelques humains après une guerre ayant entrainé la disparition de la Terre.
    En 26 pages, l'auteur arrive à faire rentrer tout un univers, physique, géopolitique et historique, une gageure réussie haut la main. Petit à petit, de manière déstructurée, on comprend les tenants de l'histoire jusqu'au point final qui nous glace les sangs. C'est un texte de space opera où l'auteur s'interroge sur l'évolution possible de l'humanité et d'autres espèces, très réaliste et basé scientifiquement. Je ne vous en dit pas plus, mais c'est vraiment très bon, à tel point qu'il a remporté
    le Prix Rosny aîné 2013.
    Il y a un gros défaut tout de même, je veux un roman de cet ampleur !!! Au boulot Thomas...



    La Guerre des ChiffonneursThomas Geha, Rivière blanche, 2011, 194 p., 17€ papier


    Présentation de l'éditeur :


    Dur d'être un Terrien élevé par le peuple Jadoin, des pirates... surtout quand on s'entiche d'une femme promise à son frère adoptif ! Marcus Mardel l'apprendra à ses dépends. Banni de son clan, il se retrouve sur la planète Tanope où il rencontre Raugri, un félin humanoïde bougon et asocial. Ensemble, dans le but de devenir prospecteurs, ils acquièrent un astronef, surnommé un soir de beuverie Le vieux mais joli lapin rose. Problème, pour le faire fonctionner, il lui faut un chiffonneur, et seul cet appareil permet la navigation intergalactique. Mais en ces temps troublés où certaines technologies se sont perdues, les chiffonneurs se font rares... de quoi déclencher, peut-être, la guerre des chiffonneurs...

     

    Mon ressenti :


    Parfois, il serait marrant de lire les romans sans connaître le nom de l'auteur et la date de parution et jouer à replacer le livre dans une chronologie.
    Si j'avais fait ce petit jeu, j'aurai dit que le roman était sorti dans les années 70 dans la collection Fleuve Noir Anticipation. Quand à l'auteur, jamais je n'aurai trouvé Thomas Geha.
    J'ai dû regarder à plusieurs reprises la date de parution : 2011.

    Même si ça se lit tout seul, qu'il n'y a aucun temps mort, nous sommes clairement dans de la littérature de gare. C'est court, c'est plein d'action, il y a de l'amour et de grosses ficelles.
    L'histoire : un humain adopté par un clan alien se fait lyncher suite à sa trahison : tromper son frère de lait. Il ne meurt pas. Bien entendu, une aventure rocambolesque va réunir ce petit monde. Un Space opéra d'aventure classique.

    Je n'ai rien contre les divertissements, j'en suis même friand, mais ici, qu'est ce que c'est vieillot. Si l'auteur a voulu faire une copie conforme des FNA, c'est réussi. Dans tous les autres cas, c'est loupé. Seul son chiffoneur, un moteur qui "chiffone" l'espace a éveillé un peu mon intérêt mais cela n'est guère développé, comme dans la nouvelle "les tiges"
    Seul point positif, Thomas Geha m'a offert un voyage dans le temps avec ce texte.

    Émissaires des morts, d’Adam-Troy Castro

    Herbefol
    , 12/04/2021 | Source : L'affaire Herbefol

    A part pour des livres que j’ai en réserve depuis bien longtemps ou quelques auteurs particuliers que j’ai découvert en français, je lis de plus en plus en anglais les auteurs anglophones. Mais il m’arrive encore de me laisser séduire par la traduction française, surtout si elle s’avère apporter quelques petits plus par rapport à … Continuer la lecture de « Émissaires des morts, d’Adam-Troy Castro »