Le dévouement du suspect X - Keigo Higashino

Yogo
, 22/04/2021 | Source : Les Lectures du Maki

Une logique implacable

Après l'étonnant Les miracles du bazar Namiya, je voulais lire un autre roman de Keigo Higashino. L'auteur japonais est plutôt prolifique et mon choix s'est porté sur Le dévouement du suspect X, un thriller qui tourne autour de la logique et des mathématiques. 

Ishigami un professeur de mathématiques est secrètement amoureux de sa voisine Yasuko, une divorcée qui élève seule sa fille. Après plusieurs mois de silence, son mari la retrouve et la harcèle jusque chez elle. Devant la brutalité de son ex, Yasuko se défend et finit par le tuer. Ishigami qui a tout entendu, lui propose son aide afin qu'elle ne soit pas impliquée dans ce meurtre. Un plan se dessine dans son esprit, il décide d'user de sa logique pour résoudre le problème...

Keigo Higashino nous tient en haleine sur les 300 pages de ce thriller très original. Classique dans sa conception, on connaît l'assassin et les complicités dès les premières pages comme un véritable épisode de Colombo. Par contre avec Le dévouement du suspect X, l'auteur écrit une histoire atypique. D'un côté Ishigami qui construit la défense et l'alibi de ses voisines et de l'autre les policiers chargés de l'enquête qui essayent de trouver un mobile et les coupables. Une mise en place efficace qui désoriente le lecteur jusqu'aux révélations finales. 

Après un début tonitruant, il y a une légère baisse de rythme au coeur de l'histoire, à croire que l'auteur cherche où il veut nous emmener, quelques longueurs rendent la lecture un peu pénible mais en fait ce n'est que pour mieux nous préparer au final grandiose. Généralement dans ce genre de thriller la fin est toujours tirée par les cheveux et se conclut sur des invraisemblances qui gâchent souvent le plaisir. Ici ce n'est pas le cas bien au contraire. La logique de l'auteur est infaillible et fait mouche.

Le seul bémol reste une écriture et des personnages assez froids. Une différence culturelle ou une traduction moyenne, je ne sais pas mais cela importe peu. Le dévouement du suspect X vaut la lecture pour sa construction bluffante et son surprenant épilogue. 


« Deadcop », de Nicolas Texier

Alias
, 22/04/2021 | Source : Planète SF – Blog à part

« Deadcop », de Nicolas Texier

Il y a des fois où la subtilité paye. Et il y a des fois où tu as juste envie d’avoir un flic zombie qui flingue des gens plus pourris que lui. J’imagine que c’est ce qu’a dû se dire Nicolas Texier en écrivant ces aventures de Deadcop, sous-titrées « Les Atlantes sont parmi nous ».

Le Deadcop du titre, c’est Franck Hadès, un flic de Miami dans les années huitante (insérez ici synthwave et voitures de sport), buté par des narcotrafiquants qui l’ont bourré de drogues et balancé dans un marais hanté pendant une tempête. Tant qu’à faire.

Revenu à la vie, ou peu s’en faut, Franck a été recueilli par Mama Duke, une vieille femme pas tout à fait vivante non plus et un peu (OK: beaucoup) sorcière sur les bords. Depuis, il est devenu Deadcop, un zombie de trois cents livres sur une énorme moto, qui sème la mort avec des flingues magiques tout en croquant des quantités invraisemblables de drogues diverses comme si c’était de l’homéopathie.

Subtil, donc.

Alors oui, je pourrais vous dire que, dans cette histoire, Deadcop va affronter une secte d’adorateurs de créatures des profondeurs avec des tentacules non euclidiennes (les Atlantes) et des narcotrafiquants tous plus barrés les uns que les autres, qu’il va renouer avec un amour de jeunesse devenu procureure, mais au final, c’est assez peu important.

Deadcop, c’est de l’action superlative et hyperbolique, des flingues qui font des dégâts d’obusiers de marine (et le minigun, je n’en parle même pas), des poursuites invraisemblables dans les rues de Miami, du surnaturel et des gens qui explosent.

Alors oui, c’est pas mal trash. Violence à gogo, un peu de sexe pour faire bonne mesure, des gros plans sur des éléments d’anatomie qui reprennent une indépendance exotherme, plus le couplet sur la ville qui est toupourrite, corruption et tutti quanti.

Ce n’est pas très gênant, parce que c’est assez dans le style des Saisons de l’Étrange. Honnêtement, dans les années huitante, j’ai lu bien pire. Disons cependant que l’ensemble aurait peut-être mérité un peu plus d’humour autre que second degré.

Ce qui me gêne plus, ce sont des défauts de mise en page assez flagrants, genre des paragraphes coupés au milieu d’une phrase ou des italiques en folie. Si j’étais médisant, je dirais que ça fait aussi partie de l’expérience pulp, mais ça agace pas mal mon œil de professionnel.

Cela dit, j’ai été plutôt plaisamment surpris par ce Deadcop – déçu en bien, pour reprendre une expression régionale. C’est enlevé, ça ne se prend pas vraiment la tête. Enfin, pas du lecteur; les protagonistes, c’est autre chose.

Et puis y’a du Yes sur la bande-son, je ne vais pas trop me plaindre.

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Chevauche-Brumes, tome 3 : L’appel des grands cors de Thibaud Latil-Nicolas

Célinedanaë
, 22/04/2021 | Source : Au pays des cave trolls

L’appel des grands cors est le troisième et dernier tome de la série Chevauche-brumes de Thibaud Latil-Nicolas. Cette trilogie avait débuté en février 2019 avec Chevauche-Brumes puis s’était poursuivie avec Les flots sombres en mai 2020. Une trilogie qui se termine, c’est une page qui se tourne, mais j’espère que ce n’est pas la dernière pour Thibaud Latil-Nicolas qu’on espère lire à nouveau très bientôt.

Bien entendu, cette chronique portant sur un troisième tome, elle risque de contenir des spoilers sur les 2 précédents. D’ailleurs, quelle excellente idée de la part de l’éditeur et de l’auteur de nous proposer un résumé des 2 précédents tomes! Cela permet de se remettre vite dans le bain. Depuis leurs précédentes aventures en contrée maritime, les chevauche-brumes se sont établis à Barberon. Jerod espère trouver de l’aide, ou du moins une piste de solution à Crevet, suite à ses visions magiques. Surtout que la situation avec les mélampyges ne s’est pas améliorée bien au contraire, les créatures de l’ombre continuent de menacer les différents royaumes. Pendant ce temps là, la menace de l’Enochdil devient encore plus prégnante que celle des mélampyges car le jeune roi du Bleu-Royaume ne semble plus y voir très clair dans ce qui se passe. Au lieu d’une alliance qui fasse front contre les hordes de créatures d’encre, les hommes se laissent contrôler par le chaos et les haines personnelles, laissant le royaume dans une situation terrible et effrayante.

Thibaud Latil-Nicolas continue les principaux arcs narratifs développés précédemment et y adjoint les membres du royaume de l’Eterlandd. Les personnages sont très nombreux mais toujours aussi bien construits et attachants. Les nouveaux venus sont du même acabit, et j’ai particulièrement aimé le Baron Berak et sa fille Emélia, très émouvante dans sa différence et sa force de caractère. Ces personnages sont vraiment la grande force du roman. On s’attache à eux, on souffre pour eux, on tremble pour eux, on voudrait en baffer certains, en consoler d’autres, en rebaffer d’autres (oui Juxs c’est bien à toi que je pense, même si en bon fanatique qu’il est, il le fait parfois seul). Et que dire de ces personnages féminins? Les doryactes sont plus développées dans ce tome et nous offrent quelques moment épiques. Les batailles sont nombreuses dans cet opus, ce qui n’est pas étonnant vu le nombre d’enjeux dramatiques. Et les Mélampyges n’apparaissent pas comme forcément la plus grande menace, le fanatisme absolu concurrençant franchement les sales bestioles d’encre.

Thibaud Latil-Nicolas, comme dans les précédents romans, nous plonge directement dans l’ambiance, et c’est clairement l’épopée qui est mise à l’honneur. Les batailles sont épiques, on perçoit très bien la tension, le désespoir présent. Il faut dire que la plume de l’auteur manie les mots avec précision et les combats sont parfaitement décrits, on les visualise parfaitement. Il arrive très bien également à faire ressortir les liens très forts qu’entretiennent les membres des chevauche-brumes et la solidarité qui les unit. L’auteur parle ainsi de l’amitié, de solidarité, de guerres, de fanatisme.

Avec L’appel des grands cors, Thibaud Latil-Nicolas conclue avec brio une excellente trilogie de fantasy. C’est épique, immersif, prenant, très bien écrit, avec des personnages attachants et justes. Tout ce qu’il faut pour faire passer son lecteur par de nombreuses émotions et reposer son livre à regret. Un grand bravo à Thibaud Latil-Nicolas et à Mnémos pour cette série qui décoiffe.

Autres avis: L’ours inculte, Yuyine, Dup, Le bibliocosme,

L’acheter chez un libraire (sans aucun frais supplémentaire):

En papier

En numérique

Auteur: Thibaud Latil-Nicolas

Éditeur: Mnémos

Parution:19/03/2021

Le Bleu-Royaume n’a jamais été aussi menacé. Pourtant, face à l’ennemi qui les met en péril, les grands seigneurs sont incapables de lui opposer un front uni. Dispersés dans des entreprises contraires, les royaumes des hommes tentent de nouer des alliances fragiles tandis qu’ailleurs, des hordes de créatures d’encre déferlent sur les contrées, ravageant villes et villages. Le chaos s’empare du pays et le culte d’Enoch, loin de rassembler les peuples, les dresse les uns contre les autres. Seuls les Chevauche-brumes seraient capables d’opposer une résistance efficace contre le chaos qui s’empare du pays. Mais leurs forces suffiront-elles ?

News de l’Imaginaire – Épisode 124

Anne-Laure - Chut Maman Lit
, 22/04/2021 | Source : Chut Maman Lit !

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124e épisode des News de l’Imaginaire. J’ai essayé de vous dénicher plein de petites nouveautés cette semaine : de belles cover reveal, des interviews passionnantes, des financements participatifs qui claquent, un extrait et plein de podcasts. Je vous laisse découvrir ce nouvel épisode, enjoy !

Numérique de Marina et Sergueï Diatchenko. Couverture réalisée par Raphaël Defossez, Lauréline Reynaud et Dorian Danielsen.

Des interviews à découvrir :

Chez Numerama, Marcus Dupont-Besnard parle de l’adaptation audio de Sandman de Gaiman qui vient de sortie chez Audible.

Sur le site, Le Point Pop, Lloyd Chéry et Phalène de la Valette parle de Le sang de la cité, tome 1 de la trilogie la capitale du Sud de Guillaume Chamanadjian : « Le Sang de la cité », un nouvel espoir pour la fantasy française

Les éditions Critic et Les humanoïdes associés présentent leur prochaine parution commune : Peaux-épaisses de Laurent Genefort, Serge Le Tendre et Pasquale Frisenda.

Prix Bob Morane : Sélection du premier trimestre 2021 à retrouver sur le site du prix.

Le trailer de la semaine : LOVE DEATH + ROBOTS Saison 2

Un concours sur la page Facebook des éditions Albin Michel Imaginaire pour gagner les deux romans de Tom Swerterlitsch : Terminus et Demain et le jour d’après.

C’est plus que de la SF : #65 L’Attaque des Titans – Benjamin Benoit

C’est plus que de la SF : #66 Au Carrefour des Etoiles – Pierre-Paul Durastanti

Une nouvelle histoire commence : Lien de sang d’Octavia Butler

Le monde d’Elhyandra : Sorties littéraires – Avril 2021


Ru de Camille Leboulanger : le premier chapitre lu par l’auteur.

Rise – Un Artbook collector, 10 ans d’illustrations, 300 pages par Chane

Allez découvrir le magnifique artbook fantasy de Chane sur Ulule : https://fr.ulule.com/the-art-of-chane/

Les articles hors chroniques :

Coté chroniques, on peut lire :

  • L’appel des grands cors de Thibaut Latil-Nicolas qui vient de paraitre aux éditions Mnémos : Fantasy à la carte, Le Bibliocosme,
  • Derniers jours d’un monde oublié de Chris Vuklisevic qui vient de paraitre chez Folio SF : Book en Stock,
  • Au carrefour des étoiles de Cliffort D. Simak qui vient d’être réédité chez J’ai Lu Imaginaire dans la collection Nouveaux Millénaires : L’épaule d’Orion,

J’espère que le contenu vous a plu.
N’hésitez pas à commenter et à partager ce nouvel épisode !

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Kra | Let the Crow(ley) talk

Tigger Lilly
, 21/04/2021 | Source : Le dragon galactique

Kra :  Dar Duchesne dans les ruines de l’Ymr est un roman écrit par John Crowley. Il a été publié en anglais en 2017. Traduit par Patrick Couton (aka le traducteur de Terry Pratchett), il… Plus

Fell - Ellis - Templesmith

Gromovar
, 21/04/2021 | Source : QUOI DE NEUF SUR MA PILE ?


Juste 2 ou 3 mots pour parler de la sortie récente de "Fell", en version complète cette fois, c'est à dire avec les neuf épisodes de la série (qui n'aura jamais de suite car Warren Ellis a perdu, mangé, jamais écrit - barrer la mention inutile - la suite).


"Fell", c'est une série de légende. Warren Ellis (qu'on ne présente plus) et Ben Templesmith (qu'on apprécia pour 30 Days of Night entre autres) s'abouchaient en 2005 pour créer un nouveau genre de comics, moins cher, plus court, plus compact. 16 pages par épisode pour 1$99, 9 cases par page le plus souvent, et toujours une grille 3x3 avec certaines cellules parfois fusionnées.

"Fell", c'est l'histoire de l'inspecteur Richard Hell, exilé pour une raison inconnue au commissariat de Snowtown, le coin le plus pourri de la ville et de très loin, où n'officient plus que 3 inspecteurs et demi en plus du nouveau venu, sous l'inexistante direction du larmoyant Lt Beard. Richard Hell, un très bon flic, aussi doué que Sherlock Holmes pour l'observation, tombé dans un véritable enfer - et pas seulement dans sa cuisine comme ce Matt Murdock auquel il peut faire penser. Un flic habité d'un sens exacerbé de la justice qui n'hésite pas à outrepasser la procédure quand il le faut. Un flic qui ne peut supporter l'idée d'être indifférent aux victimes. Un flic qui sera desservi par son esprit brillant dans une affaire particulièrement sordide (qui fait étrangement penser à l'affaire Sarah Halimi).

"Fell", c'est Mayko aussi, une barmaid flippée en quête d'amour qui devient peu à peu son amie.

"Fell", c'est une population cryptique qui se terre derrière d'étranges symboles cabalistiques. Un peuple oublié vivant au milieu de commerces fermés. Une communauté dont on ne voit rien si ce n'est les pires aspects, à travers les yeux d'un homme dont le métier en fait l'éboueur de la société.

"Fell", c'est donc l'histoire d'un homme intègre confronté de facto au summum du glauque. Enfant martyrisé, vieillards laissés à mourir par manque d'assurance santé, « flotteurs » qu'on repêche assassiné près des quais et dont on dispose sans même enquêter, prostituées battues, salopard shooté jusqu'aux yeux qui massacre une jeune fille, and again and again... C'est l'histoire d'un homme qui prend ces atrocités en charge, quels que soient les risques, sans abdiquer, contrairement à ses piètres collègues du commissariat local.


Pour rendre cette ambiance si particulière, Templesmith utilise un style tout de premier plan où ce qui n'est pas directement dans le focus est flou ou vague.

Très beau, "Fell" est comme un cauchemar, un spectacle centré sur ses acteurs au coeur d'un background indistinct, le plus souvent nocturne, dont on voit juste assez pour savoir qu'il est menaçant. Comme l'est cette étrange nonne au masque de Nixon dont on ne saura hélas jamais plus, la série étant interrompue sine die.


Il faut supporter "Fell", mais l'émotion ressentie est à la hauteur. C'est beau, rude, ça sort de son petit confort (ainsi que des banalités convenues du temps) ; c'est pour ça qu'on lit des comics. Moi en tout cas. Et toi, lecteur ?


Fell, Ellis, Templesmith

Au carrefour des étoiles – Clifford D. Simak

FeydRautha
, 21/04/2021 | Source : L'épaule d'Orion

De Clifford D. Simak, vous connaissez très certainement Demain les chiens (1952), son roman – ou fixup – le plus célèbre, un classique parmi les classiques de la science-fiction. En ce mois d’avril 2021, les éditions J’ai lu ont eu la bonne idée de rééditer son roman primé aux Hugo en 1964 Au Carrefour des étoiles, sous une nouvelle traduction de Pierre-Paul Durastanti, fidèle admirateur de l’auteur. La précédente traduction, par Michel Deutsch, datait de 1964 et était basée sur la première version du texte, Here Gather the Stars, publiée dans la revue Galaxie, et non la version roman, Way Station, qui comporte quelques passages supplémentaires. La nouvelle traduction corrige cela, et livre désormais un texte complet. Pour en savoir plus sur ce travail de retraduction, je vous invite à écouter le podcast C’est plus que de la SF qui lui est consacré avec Pierre-Paul Durastanti comme invité.

Millville, Wisconsin, 1964. Enoch Wallace est un jeune homme âgé de 124 ans. Né en 1840 dans la ferme qu’il occupe toujours aujourd’hui, il a participé à la Guerre de Sécession et a bien failli y perdre la vie. S’il n’a pas vieilli d’un jour depuis, c’est qu’à son retour du champ de bataille il a rencontré Ulysse, un être devenu d’une autre planète qui l’a recruté pour être le gardien d’une station sur Terre. Une station, c’est un relais par lequel transitent les voyageurs membres de la grande Confédération Galactique à laquelle la Terre n’appartient pas, ignorant tout de son existence. Enoch Wallace est le seul humain a gardé ce secret depuis plus d’un siècle. Chaque jour ou presque, il accueille dans sa ferme transformée des voyageurs d’autres planètes, autant de formes de vie et de langages différents. Il confine méticuleusement toutes ces rencontres dans ses registres, pour le jour où, il l’espère, sa propre planète sera jugée digne de trouver sa place au sein de la Confédération.

« La situation se présente mal, hein ?

– Vous l’avez dit. »

Seulement, voilà, c’est loin d’être gagné. Nous sommes en 1964, seulement trois ans après le débarquement de la Baie des Cochons, deux ans après la crise des missiles de Cuba, et la guerre froide n’a jamais été aussi chaude. Ni Clifford D. Simak ni son personnage Enoch Wallace ne sont très confiants sur l’avenir du monde qui semble se tenir au bord du précipice et être agité de soubresauts incontrôlés. Le rôle catastrophique de la CIA dans l’affaire de la Baie des Cochons nous est connu. Moins connu est son rôle dans l’incident qui menace l’existence de la station d’Enoch Wallace et risque de faire s’envoler les chances de la Terre de rejoindre un jour la Confédération, ce qui la condamnerait à rester « ce trou paumé au fin fond de la Galaxie ». Tout débute le jour où Claude Lewis, agent de la CIA, décide de s’intéresser à cet homme vivant reclus dans sa ferme et qu’on dit avoir plus de 100 ans…

Au Carrefour des étoiles est un roman typiquement simakien : il se déroule dans le Wisconsin, état rural du middle-west, dans la ferme d’un héros issu d’un milieu modeste et paysan, sans grande éducation ni prétention sociale. C’est là une marque de fabrique chez Simak, qui va puiser le décor de ses nouvelles et romans dans sa propre jeunesse. Comme c’est le cas ici, les extra-terrestres sont très souvent amicaux chez Simak, même lorsqu’ils viennent coller une monstrueuse dérouillée à l’humanité comme dans la nouvelle Honorable adversaire (1956). Chacune des rencontres faites par Wallace est l’occasion d’une découverte. Simak se montre très créatif sur les formes de vie et de communication auxquelles Enoch Wallace se trouve confronté. Il imagine des cultures, des mathématiques, des philosophies… Il découvre aussi que la Confédération est un ensemble fragile au sein duquel les conflits inter-espèces peuvent rapidement ressurgir malgré des millénaires d’entente pacifique. Là où le texte étonne le plus pour son époque, c’est dans ses trouvailles. Si Simak avait déjà utilisé l’idée d’une maison devenant portail vers d’autres mondes dans la nouvelle La Grande cour du devant (1958), il se montre visionnaire dans le mode de transport utilisé par les voyageurs de la Confédération. Les déplacements ne sont pas soumis aux limitations de la vitesse de la lumière, car les corps sont tout simplement détruits lors du transfert et recyclés dans des cuves. Seules les informations sur leur ADN et leur personnalité sont transmises. Ils sont ainsi décomposés, puis recomposés ailleurs. Beam me up, Scotty !

Je le disais plus haut, Simak se montre volontiers pessimiste sur les chances de l’humanité de se construire un avenir dans la paix. Mais tout n’est pas si sombre, et Simak veut voir un espoir, celui que l’humanité puisse être malgré elle une solution plus qu’un problème. C’est finalement ce que propose Au Carrefour des étoiles. Enoch Wallace sera amené à questionner son allégeance, à choisir entre la Terre à laquelle il n’appartient déjà plus et la Confédération à laquelle il n’appartient pas encore tout à fait. L’autre n’est-il pas jamais qu’un miroir de nous-même ? Il en résulte un texte marqué par un profond humanisme et une véritable poésie de l’altérité, ainsi que par une mélancolie typiquement simakienne.

PS : Un mot sur la nouvelle traduction. Je ne connais pas l’ancienne, mais parce que je m’intéresse à la question, j’ai lu Au Carrefour des étoiles tout en écoutant la version audio de Way Station. Je vous déconseille de le faire, c’est lent et lassant, mais c’était très instructif quant aux mérites de cette retraduction. Ayant lu de nombreuses traductions de P.-P. Durastanti, je connais bien son style qui se montre en adéquation parfaite avec le style économe de Clifford D. Simak. C’est une écriture qui va à l’essentiel, et ne s’embarrasse pas de tours et de détours. Il y a aussi une façon de moderniser la traduction pour rendre le texte fluide et particulièrement agréable à lire, tout en recherchant un vocabulaire précis et d’époque qui conserve la patine du texte. C’est très réussi.


D’autres avis : Un Papillon dans la Lune, Les lectures du Maki,


  • Titre : Au Carrefour des étoiles
  • Auteur : Clifford D. Simak
  • Publication : 7 avril 2021, J’ai Lu, coll. Nouveaux Millénaires
  • Traduction : Pierre-Paul Durastanti
  • Nombre de pages : 256
  • Format : papier et numérique

King of Scars, tome 2 : Le règne des loups - Leigh Bardugo

May
, 21/04/2021 | Source : The BooksHowl


King of Scars, tome 2 : Le règne des loupsLeigh Bardugo

Le roi démon. En voulant se débarrasser du démon qui sommeillait en lui, Nikolai a réveillé un mal plus terrible encore : un ennemi que tous pensaient mort, une menace pour le royaume de Ravka. Alors que son pays est encerclé par les armées de Fjerda, le jeune monarque sait qu'il devra faire appel aux ténèbres en lui s'il veut à nouveau réaliser l'impossible et sauver Ravka. La fille des éclairs et du tonnerre. Zoya Nazyalensky, générale de la Seconde Armée, connaît trop bien les ravages provoqués par la guerre. Détentrice de nouveaux pouvoirs extraordinaires, la jeune femme est prête à devenir l'arme dont son pays a besoin. Quel que soit le prix à payer. La reine des sanglots. Chargée d'une mission d'espionnage en plein territoire fjerdan, Nina pense pouvoir déstabiliser l'ennemi en s'infiltrant au plus près du pouvoir. Les motivations de l'espionne semblent cependant aller bien au-delà du simple patriotisme... Un roi. Une générale. Une espionne. Trois destins capables de façonner l'avenir d'un pays. Ou d'en provoquer la chute.

Note : 4 / 5

La bataille pour sauver Ravka continue et se termine dans ce tome 2 (alors que j'étais persuadée que c'était une trilogie !), j'en suis toute retournée ! J'ai encore besoin d'un peu de réflexion au sujet de la fin, mais dans l'ensemble j'ai vraiment beaucoup aimé !

Ce deuxième tome est très noir, la quête pour le salut de Ravka semble impossible et perdue d'avance jusqu'à la toute fin. L'intrigue est beaucoup plus lente et complexe que les autres livres du grishaverse, l'auteure laisse vraiment le temps au désespoir de bien s'implanter et ça donne une ambiance vraiment pesante mais géniale au livre. Son univers, à force qu'il s'industrialise à cause des guerres à répétition, fait vraiment peur et commence avec horreur à refléter le nôtre... A cela s'ajoute la magie qui, elle aussi, est poussée par les guerres à faire toujours plus de ravage.

Je suis toujours aussi amoureuse du style de Leigh Bardugo (celui qu'elle a depuis Six of Crows, pas l'horreur à la première personne qu'est la trilogie Grisha) Les dialogues sont ultra pétillants (j'ai arrêté de mettre des post-it aux meilleurs passages car je pouvais en mettre à chaque page !), il y énormément d'émotion tout le long du livre et les scènes de batailles sont absolument géniales !! C'est épique, il y a des punchlines à gogo et c'est juste délicieux à lire quoi !

Et puis Leigh Bardugo a vraiment joué le fan service ici, on retrouve tous les personnages du grishaverse dans ce livre, même les personnages de Six of Crows (pour mon plus grand bonheur ! qu'est ce que j'ai couiné en revoyant mon chouchou pendant quelques chapitres !) Et tous ces personnages haut en couleur et si attachants, c'est clairement le gros point fort de Leigh Bardugo. Quand je repense à leurs évolutions et à quel point j'ai appris à aimer tous ces personnages et leurs particularités... ça me fait fondre d'amour !

Mais pour pouvoir vraiment vous donner mon avis sur ce livre, j'ai besoin de le spoiler un peu. Donc si vous n'avez pas encore lu le livre, je vous déconseille de lire la suite de ma critique.

Quand je dis que TOUS les personnages du grishaverse se retrouvent, c'est vrai : on recroise Mal et Alina (même s'ils servent pas à grand chose et qu'ils apparaissent dans 2 petite scènes -et heureusement car ce ne sont pas des personnages que j'apprécie particulièrement) mais également le Darkling qui est revenu d'entre les morts dans le tome précédent. Depuis sa résurrection, j'y croyais dur comme fer à sa rédemption (qui est la raison pour laquelle je n'aime pas spécialement Alina -pour moi le Darkling pouvait être sauvé !) mais je dois dire que cette fameuse rédemption arrive comme un cheveux sur la soupe à la fin de Rule of Wolves... Pour le coup, l'évolution de ce personnage n'est pas très bien amenée et je n'ai vraiment pas compris sa décision à la fin du livre... Mais bon, c'est grâce à son action que l'on va probablement avoir de nouveaux livres dans le grishaverse autour des personnages de Six of Crows ! du coup je vais laisser ça passer ahah

Je pensais que le livre serait plus centré sur Nikolai et son monstre, mais au final il a beaucoup plus vite appris à le contrôler et à vivre avec lui que ce que je pensais (et ça fait des scènes ultra épique !) LE personnage de ce deuxième tome, c'est clairement Zoya. Zoya et SON monstre. Car depuis son retour de cet étrange endroit hors du temps où ils ont rencontrés 3 Saints pour délivrer Nikolai de son monstre, Zoya est repartie avec les pouvoirs de Juris. A Zoya il lui en a fallut du temps avant d'accepter le dragon en elle. J'avais d'ailleurs deviné la fin mais j'en suis complètement satisfaite !

Il se passe juste tellement de choses dans ce deuxième tome, le chemin parcourut est si long et les retournements de situations tellement nombreux ! Juste un dernier mot sur Nina car pour le coup j'ai rien vu arriver et je pensais qu'elle avait perdu l'amour de sa vie pour la deuxième fois (et ça m'a fait rire et pleurer à la fois, genre pas possible d'avoir autant la poisse quoi !) Mais c'est fou comme elle arrive toujours a se mettre dans des situations pas possibles, pour le coup ses aventures à elle ne sont pas terminées !

Fin de spoiler.

J'écris cette critique à chaud juste après avoir terminé le livre, j'ai le cœur vraiment gros, j'ai juste adoré et je ne m'en remets pas de toutes ces émotions. Par contre j'ai l'impression d'avoir oublié beaucoup de choses que je voulais dire. Je vais continuer à réfléchir un peu à cette lecture et si quelque chose me revient je l'ajouterais. En tout cas j'en reviens pas de l'aventure que nous fait vivre Leigh Bardugo avec son grishaverse. C'est juste tellement puissant !! Maintenant, la série a intérêt à gérer !


King of Scars, tome 2 : Le règne des loups
18,90€ / sortie en France le 26/05/21 / 9782408013745


Découvrez mes critiques de tous les livres du grishaverse :


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Le sang de la Cité de Guillaume Chamanadjian

Cédric Jeanneret
, 21/04/2021 | Source : Reflets de mes lectures

Premier tome d’une double trilogie (La Tour de garde, divisée entre capital du Sud écrit par Chamanadjian et capital du Nord écrit par Claire Duvivier), Le sang de la Cité se déroule dans une grande mégalopole, la Cité, de type renaissance, dont les différents quartiers sont sous le contrôle de clans qui se font parfois des guerres mortelles.

C’est le cas du clan de la Caouane (tortue de mer) qui a exterminé il y a de cela une dizaine d’année un clan adverse. Nox et sa sœur étaient alors enfants et on été trouvés, enfermés, dans une geôle. Recueilli par le Duc Servaint, le chef du clan de la Couane, ils font maintenant partie de son clan.

Nox est un jeune homme très sociable qui travaille comme commis dans une épicerie fine réputée de la Cité. Connaissant la ville et ses recoins de manière quasi surnaturelle il va se retrouver peu à peu embrigader dans les intrigues politiques de son clan qui veut ouvrir un canal traversant la ville.

Entre formation au jeu politique et à l’assassinat, Nox va découvrir peu à peu les secrets politiques et mystiques de la Cité…

Le sang de la Cité est un roman qui prend le temps de poser ses personnages, dont la Cité elle même, en déambulant dans les artères de la ville. A mon sens c’est sa grande force, celle de poser une ville avec sa vie quotidienne, mais aussi ses secrets mystiques et sa mythologie. Le personnage de Nox est attachant mais presque un peu benêt alliant une connaissance de la ville quasi surnaturelle à une naïveté naturelle qui le fait tomber dans des pièges politiques mortelles à plusieurs reprises. Je suis vraiment curieux de connaitre la suite et le premier tome de sa trilogie sœur.

Piranesi

Sabine C.
, 21/04/2021 | Source : Lectures – Fourbis & Têtologie

de Susanna Clarke | Bloomsbury Publishing | Fantastique | 243 pages | VO Piranesi lives in the House. Perhaps he always has. In his notebooks, day after day, he makes a clear and careful record of its wonders: the labyrinth of halls, the thousands upon thousands of statues, the tides that thunder up staircases, the… Lire la suite Piranesi