La méthode scientifique : la science critique

Le chien critique
, 27/05/2019 | Source : Le chien critique





Son générique est reconnaissable entre mille, elle vulgarise l'actualité et les concepts scientifiques pour notre plus grand bonheur. Décrypter la relativité générale, voyager dans les trous noirs, explorer les lunes du système solaire, voguer dans l'espace lointain, faire rebondir le big bang est une routine quotidienne pour elle.
Les plus grands penseurs et scientifiques lui font l'honneur de leur présence. Macro ou micro, aucune théorie ne lui résiste. Elle taille dans le vif des sujets à l'aide de ses ciseaux Crispr-Cas9, elle affronte les sciences improbables et ose même côtoyer les mauvais genres.
Depuis trois ans, elle nous accompagne à l'heure du goûter et dissèque avec méthode, pédagogie et humour les sujets les plus variés.
"La méthode scientifique : la science critique" c’est le programme radiophonique qui est le nôtre pour l’heure qui vient.

Et pour nous parler de cette émission, nous avons l'immense plaisir d’accueillir la personne derrière la voix, la star des petits puits de science : Nicolas Martin. Bonjour







J'ai découvert La méthode scientifique grâce à vos émissions dédiées à la science-fiction et de fil en aiguille, je l'écoute en fonction des sujets. Vous en êtes le présentateur et le producteur. Est-ce que vous pouvez nous dire en quoi consiste ces différentes casquettes ?

Nicolas Martin : Il s'agit en fait de la même chose. Producteur est le nom officiel qui est sur mon contrat de travail. Contrairement à une émission de télé où le producteur est celui qui est en charge de la production exécutive, c'est à dire de l'argent, de l'organisation, du tournage, etc.., le producteur radio est plus un rédacteur en chef ou responsable éditorial : le contenu publié dans l'émission est sous ma responsabilité.



Pour situer, qu'est-ce que La méthode scientifique ? Quels en sont ses origines ? La formule a-t-elle changé depuis ?

Avant Le méthode scientifique, il y avait déjà une case sciences sur France Culture qui était tenue chaque jour par un producteur différent, sur une forme ancienne des programmes de la chaîne avec ce qu’on appelait des “producteurs tournants”. Puis, petit à petit, cette forme a été remplacée pour donner une cohérence via des producteurs uniques. La tranche des sciences a été la dernière à finaliser ce lifting. Cela faisait longtemps que j'étais à France Culture, j'avais pris la responsabilité d'une chronique scientifique deux ans auparavant dans La matinale de Marc Voinchet. Et comme j'étais identifié à peu près compétent dans le domaine des sciences, la directrice de France Culture, Sandrine Treiner, m'a proposé d'incarner cette nouvelle tranche qu'on a choisi d'intituler La Méthode scientifique. Nous en sommes à la troisième saison.

La formule initiale a peu évolué :
Le lundi, sciences du vivant : Biologie, Médecine, Santé, Paléontologie, Ethologie... qu'on avait appelé Humain/s;
Le mardi, Planète/s : les planètes, l'astrophysique, la cosmologie, mais aussi la physique fondamentale, et notre planète, la Terre : l'environnement, la géologie, …;
Le mercredi, Futur/s, pour dire nouvelles technologies, robotique, informatique, recherche fondamentale;
Le jeudi, Histoire/s : histoire des sciences, mais aussi des rencontres ou grands entretiens avec les scientifiques, ainsi que tout ce qui concerne la politique de la recherche.
Et le fameux vendredi, qui est soit un vendredi Actus avec des journalistes de la presse et du web scientifique, soit un vendredi fiction avec la SF. Il était impensable pour moi en tant que grand lecteur et grand fan de science-fiction de faire de la science sans parler de SF. Par ailleurs, quand on parle avec les scientifiques, dont beaucoup sont lecteurs de ce genre, il y a un dialogue évident entre la science et la SF. Si il y a un espace où il est important de parler de ce genre qui est très sous représenté et sous-traité dans les médias, c'est chez nous.



Vous avez une équipe à vos côtés. Pouvez-vous nous expliquer le rôle des uns et des autres ?
L'équipe est-elle toujours la même depuis ces débuts ?

C'est la même équipe depuis le début, à part à la réalisation. Nous sommes en tout et pour tout six plus un :
- le réalisateur Olivier Bétard s'occupe de la mise à l'antenne de l'émission, de choisir les musiques, d’être en régie pour suivre le bon déroulement à l'antenne, et la mettre en onde.
- Eve Etienne, une programmatrice, s'occupe, une fois la thématique établie, de trouver les invités et de composer les plateaux.
- Deux reporters, Antoine Beauchamp et Céline Loozen, que vous entendez à l'antenne un jour sur deux. Ils font des reportages chaque jour en lien avec l’émission et rédigent chaque semaine une fiche de synthèse, qui est ma base de travail : un document d'une vingtaine de pages (écrit tout petit !) qui me permet d'avoir une grande synthèse du sujet du jour accompagnée d’une bibliographie.
- Noémie Naguet est notre community manager, elle fait deux synthèses par semaine, plus l'animation des comptes sociaux et de la veille scientifique.
- Natacha Triou fait le journal des sciences les vendredis. Au tout début, c'était Xavier Martine, puis Zoé Sfez. C'est un peu notre poste de professeur de défense contre les forces du mal d'Harry Potter. Il change tous les ans.
- Plus un poste de stagiaire qui tourne. En général nous en avons deux par an.

Nicolas Martin entouré de ses invités et de l'équipe de la Méthode scientifique
Crédits : France Culture - Radio France


Les émissions sont-elles réalisées en direct, dans les conditions du direct, ou des montages sont-ils effectués ?

C'est à 95% du direct. Il nous arrive de façon exceptionnelle d'enregistrer quand des invités sont présents un jour particulier, ou lorsque des grands noms ne peuvent pas se déplacer. On adapte alors notre agenda pour enregistrer en amont.



J’apprécie le ton très pédagogue et vulgarisateur des sujets, et je pense que cela provient aussi du choix des invités. Comment sont-ils choisis ?

C'est Eve Etienne qui s'en occupe. Tous les lundis soirs après l'émission, nous faisons une conférence de rédaction où tout le monde est présent. Si les reporters sont en déplacement, ils nous envoient des propositions. On débat en fonction de l'actualité des sciences, des publications. On essaye d'être le plus lié possible à l'actualité, c'est une des charges de l'émission.
Sur France Culture, il y a plusieurs émissions, comme "La fabrique de l'Histoire" ou "Les chemins de la philosophie", qui fonctionnent sur des séries de quatre émissions sur la même thématique. Après quelques hésitations, nous nous sommes dit qu’il fallait coller à l'actualité des sciences le plus près possible en dédiant chaque émission à un sujet d’actualité.
Nous lisons des revues, Nature, Science, The Lancet, mais aussi la presse française Science et Avenir notre partenaire, mais aussi Sciences et vie, La recherche, Pour la Science... On discute et on trouve les thèmes dont on veut parler et les enjeux. Par exemple aujourd’hui, nous ne voulions pas faire une énième émission sur le Big bang. Mais quand Françoise Combes et Jean-Philippe Uzan publient un livre, nous les invitons et cela donne une superbe émission, un régal à faire et à écouter.
Une fois que l'on a les sujets, Eve regarde qui pourrait venir à notre table, au bout de trois ans on commence à connaître quelques personnes. La contrainte principale est d'aller au maximum vers la parité, mais c'est un obstacle très difficile à lever malgré l'énergie que l'on y met. Eve cherche les publications d'articles essentiellement, les citations et puis éventuellement les livres. On se concentre dans un premier temps sur le travail des équipes scientifiques pour pouvoir trouver nos invités. Une fois que nous avons des noms, les gens qui s'occupent des synthèses leur téléphonent pour faire une pré-interview afin de s'assurer que, dans la préparation de l'émission, nous n'avons rien oublié. Si il y a des choses qui leur semblent cruciales, ils nous donnent des directives qui permettront à posteriori d'améliorer mon fil conducteur. Dès lors, je sais, à la fin de l'émission, que j'aurai abordé les points les plus importants.



Malgré le fait que vous potassez vos sujets, que nous sommes dans le "sérieux", vous intégrez souvent des touches d'humour ou de légèreté dans vos émissions. Une réelle volonté ou est-ce simplement vous ? L'humour est-il bon pédagogue ?

Oui, déjà cela fait partie de mon tempérament, et c'est aussi un outil pédagogique. C'est important de montrer qu'avec la science, avec les scientifiques même lorsque l'on travaille sur des sujets sérieux, on peut implémenter un peu de légèreté. Lorsque l'on est sur une émission très ardue, sourire un peu, pouvoir rigoler, détend l'atmosphère... La science n'est pas que grave.

Je pense que ça participe aussi au ton de l'émission, cela donne une tonalité particulière, fait partie de son ADN. C'est l'une des raisons qui font que les gens nous aiment ou on contraire ne nous aiment pas du tout, dans un sens ou dans l'autre. J'ai déjà eu dans ma boite mail quelques messages désagréables à ce propos, mais je ne veux pas renoncer à cela, car j'ai toujours fonctionné de cette manière. L'humour permet de souffler, de se détendre, de se re-concentrer et de repartir à l'assaut. Je veux montrer que les scientifiques ne sont pas que des purs cerveaux, que la science n'est pas que rébarbative, triste et austère. Casser cette image d'austérité est important.
Ce jour avec Françoise Combes et Jean-Philippe Uzan, deux astrophysiciens et physiciens de très haut niveau, nous avons passé une heure à rigoler ensemble en parlant de choses très complexes.



Lorsque je lis les titres des émissions et les threads, j'en suis mort de jalousie. Qui les écrit ? La personne va-t-elle postuler pour rédiger les 4èmes de couverture chez Actes Sud ?

(rires) La rédaction des titres est collective et c’est Noémie Naguet qui rédige les threads.




Qui choisit les chansons qui collent souvent très bien - trop - au sujet traité ? (Pour info, j'ai eu dans la tête pendant trois jours la chanson Toi, ma gueule de notre feu rocker national diffusée lors de l'émission sur la reconnaissance faciale)

C'est essentiellement notre réalisateur Olivier Bétard qui propose, parfois moi. La personne ayant préparé la fiche de synthèse peut aussi suggérer un titre. Nous cherchons à varier, de ne pas passer que de la pop anglaise, en programmant de la chanson française, de la musique classique ou un peu de jazz vocal, que j'aime beaucoup. C'est donc un travail collectif mais cornaqué par le réalisateur.



Lors de mon trajet maison-boulot, si j'écoute une de vos émissions, je pousse toujours des Ouh Ouh Ouh, pouvez-vous nous parlez de ce générique et de son choix ?

C'est l’une de mes grandes fiertés, cela me tenait à coeur pour diverses raisons : c'est issu d'un album que j’écoutais quand j'étais au collège. J'étais fan de Star Trek et mon amie d'enfance, Hélène, avait trouvé cet album Mr. Spock's Music from Outer Space de Leonard Nimoy, des reprises de standards des années 60 mis à la sauce Star Trek, avec parfois la voix de Leonard Nimoy, l’acteur qui incarne Spock. Dedans, il y avait "Music to watch space girls by".
Quand on a monté l'émission, j'avais plein d'idées de génériques, comme Says de Nils Frahm, qui est le générique de fin aujourd'hui. J'écoutais plein de trucs, et il y avait cette idée-là, géniale dans une émission de science, de mettre un générique de SF un peu kitsch, un peu années 60. Les autres propositions étaient standards et je me disais que ce titre allait vraiment marquer l'émission, l'identifier, soit parce qu’on l'aime ou au contraire parce qu’on le déteste. Certaines personnes y étant assez opposés, je suis donc allé voir la directrice et je lui ai fait écouter les derniers choix qu’on avait, des musiques que j'aimais le moins et “Space girls” en dernier. Lorsqu'elle l'a écouté, elle a dit, c'est sûr, c'est celui-là. A ce moment-là, on ne pouvait plus le changer et c'est comme cela que j'ai fait passer cette musique, un peu en douce.
C'est d'autant plus important pour moi que mon amie Hélène était malade à ce moment, elle est morte quelques mois après. C'est une sorte d'hommage à elle, à moi, à nous. Je ne changerai jamais ce générique, il a cette valeur sentimentale.



J'imagine que je ne suis pas le seul à écouter votre émission. Quelle est son audience ?

Quatre heure de l'après-midi n'est pas une heure de grande écoute à la radio. Néanmoins, depuis deux ans et demi, nous avons multiplié par plus de deux l'audience de la tranche. Ce qui est très important pour nous, c'est que très vite, au bout de 3-4 mois, nous sommes entrés dans le top 5 des émissions les plus téléchargées de la chaîne. Et aujourd'hui on tient fièrement et fermement la troisième place, avec plus d’un million cinq cent mille téléchargements par mois.



Quelle est sa perception par les institutions scientifiques et éducative ? 


Nous travaillons très bien avec les institutions, le CNRS, l'INSERM, avec les universités. Ils nous ouvrent en grand leurs portes. Il n'y a pas un acteur public en France avec lequel nous avons un problème. On a eu tout le monde : la ministre, le nouveau patron du CNRS et le patron de l'Inserm, celui du CNES, etc. Même si parfois je ne suis pas tendre avec eux, ils reviennent. Les acteurs scientifiques majeurs font de même, comme les partenaires privés.
Car finalement, il n'y plus énormément d'émissions de sciences, pour faire de la science un peu pointue. Il y a la Tête au carré sur France Inter, nous, ou quelques émissions mais hebdomadaire.



Quelle est l’émission qui vous a le plus marqué, vous et votre équipe ?

C'est impossible de répondre à cela, il y en a beaucoup, on en a fait plus de 500. La cinq centième était une chouette émission, un clin d'oeil à l'adresse des auditeurs, qui reste un excellent moment et un extrêmement bon souvenir. J'avais invité la plupart de mes chroniqueurs habituels du vendredi et on avait demandé aux auditeurs de La méthode de leur poser des questions vachardes et des questions pièges. Nous avions disposé dans le public un certain nombre de scientifiques et d'auteurs qui avaient pour mission de re-poser par-dessus d'autres questions pièges, pour lesquelles ils n'étaient pas au courant. Lorsque l’on a des invités comme Étienne Klein, Catherine Dufour, Roland Lehoucq, Benjamin Bayard qui se prêtent au jeu avec plaisir et malice, c’est un bonheur. On était assez heureux de voir réunie toute l'équipe de La méthode scientifique, la famille constituée en deux et demi d'émissions.

Il y a aussi les entretiens avec Hélène Courtois ou Hubert Reeves (ici et ici), qui sont des moments incroyables. J'ai eu de la chance de faire un entretien en science-fiction avec Robert Charles Wilson, un de mes auteurs favoris. Je pourrais aussi citer ceux avec Norman Spinrad ou Christopher Priest. Ou encore celui de cette fin d’année, je ne peux pas encore vous dévoiler le nom, et avec qui je serai très heureux de m’entretenir.

Ou cette émission du jour avec Françoise Combes et Jean-Philippe Uzan sur le Big bang. Quand je sors de là, je suis remonté comme une pendule : le niveau scientifique est extrêmement pointu, c'est de la très bonne vulgarisation, avec de grands scientifiques transmettant avec passion, envie, désir et amour. Ils sont incroyables et c'est le genre d'émission qui me fait du bien.
Il y en a beaucoup comme celles-là et heureusement.



L'année dernière, vous avez été absent de l'antenne durant quelques semaines pour une expédition scientifique (?), pouvez nous en dire quelques mots ?

J'ai eu la grande chance et le grand privilège de partir un mois en Antarctique pour tourner un documentaire qui va être diffusé sur les ondes de France Culture cet été sous deux formes distinctes : 10 épisodes d'une demi-heure qui seront diffusés les quinze premiers jours de juillet ; et vous pourrez entendre tout l'été à la fin de La matinale des petites pastilles de cinq minutes qui renverront à ce feuilleton. Cela s’intitulera “Un été en Antarctique”



Vous produisez aussi "Les idées claires", vous pouvez nous en dire quelques mots ?

Les idées claires est un format hebdomadaire né il y a un an. L'idée était de chercher un module vraiment signé France Culture pour participer à la lutte contre les fake news. Après mûres réflexions, on s'est dit que cela serait intéressant de revenir à la science et de faire parler les scientifiques, d'avoir un point de vue scientifique qui n'est pas là pour dire c’est vrai - c'est faux, mais de donner la littérature scientifique sur un sujet, de dire quel est le consensus scientifique autour d'une question qui peut être aussi bien conspirationniste, de la désinformation, de la fausse vérité, de la fake news... France Info voulait faire la même chose et nous avons uni nos forces à travers un podcast natif ensuite diffusé sur la grille d’été de France Culture. Et il y a de petits modules vidéos diffusés sur les réseaux sociaux, Facebook essentiellement et Twitter. Ils nous permettent par ailleurs de toucher un public qui n'est celui de France culture ou de France info. Ces vidéos ont pour but d'être viralisées, de redonner un socle argumentaire à des gens qui peuvent ne pas avoir forcément de pensées conspirationnistes ou complotistes; mais aussi redire “Ne vous laissez pas avoir”, voilà ce que la littérature scientifique nous permet de penser sur des sujets aussi vastes comme Les aides sociales coûtent un pognon dingue ?, ou Le VIH a-t-il été créé en laboratoire ? ou L'Homme a-t-il vraiment marché sur la Lune ?
ou encore le dernier Réchauffement climatique : est-il déjà trop tard ?


De gauche à droite : Gwennaël Gaffric, Li Cam, Nicolas Martin, Raphaël Granier de CAssagnac et Natacha Triou


Passons à la SF maintenant. Deux vendredi par mois, vous dédiez une émission à la science-fiction, soit via le traitement d'une thématique, soit par le biais d'entretien. Cela est-il venu naturellement ? De qui vient l'idée ? A t-il fallu lutter pour imposer cette idée ?

Dès le départ de l'émission, j'ai dit à ma directrice que je voulais de la SF à La méthode scientifique, il n'y a eu aucun problème et c'est vraiment consubstantiel à l'émission. La SF est traitée quasiment nulle part : un peu chez François Angelier, mais ce n'est pas son genre de prédilection. Et je voulais aussi la traiter par tous les biais : littéraires, cinéma, série et jeux vidéo via des thématiques, des auteurs, des sorties cinéma...



L'émission faisant partie des références dans le milieu, vous devez recevoir pas mal de demandes ? Quels sont les choix effectués ?

Une anecdote pour répondre car elle est amusante : depuis deux ans, nous sommes partenaires des Utopiales de Nantes. L'année dernière, il y avait tout un tas d’éditeurs SF, dont je ne citerai pas le nom ici, que je suis allé engueuler un soir : "Vous êtes cons ! Je suis là tous les quinze jours, vous avez une fenêtre énorme de visibilité, vous vous plaignez à travers les Etats généraux de l'imaginaire, de dire pourquoi la SF ne fonctionne pas, pourquoi on a pas de visibilité dans les médias, etc.. Je suis là et je ne connais pas : toi tes dernières publications; toi si tu as des auteurs qui passent, ..." J'ai donc poussé une gueulante, un peu rué dans les brancards, ce qui a fait rire tout le monde.
Ceci dit, certains avaient déjà compris le fonctionnement, dont un qui m’envoyait un mot et me réservait un créneau chaque fois qu’un grand auteur ou autrice était disponible. Ce qui m’a permis d’avoir par exemple Dmitri Glukhovsky récemment au Salon du livre de Paris, ou Nnedi Okorafor, Christopher Priest, Norman Spinrad.
Maintenant ils savent qu'on existe et nous travaillons en bon compagnonnage, mais il a fallu secouer le cocotier.



Pour le fidèle auditeur, difficile de ne pas connaître votre auteur favori, Robert Charles Wilson. Dès que vous pouvez placer Spin dans une émission, vous le faites. Il se trouve que je suis son plus grand fan français. Avez-vous lu toute sa bibliographie ? Qu'est-ce que vous aimez dans ses textes ?

Il est mon auteur vivant favori, car j’ai une passion pour Spin, mais c'est loin d'être le seul. J’ai encore un roman non lu de lui sur ma table de chevet "Les affinités" qui attendra un peu car je suis en train de rattraper deux livres non lus de celui qu’on devrait avoir d’ici la fin de l'année (suspens…)
Ce que j’aime chez Wilson ? Spin m'a cassé les jambes. Objectivement, c'est l'un des plus grands titres SF du 21eme siècle, j'adore la trilogie, j'adore son univers. "Le vaisseau des voyageurs", "A travers temps", "Darwinia" sont formidables. "Les derniers jours du Paradis" est incroyable. Celui qui m'a le plus déçu est "La cité du futur", je l'ai trouvé un peu morne, un peu moins inspiré.
Ce que j’adore chez Wilson, c'est ce côté un peu hard-science, il a cette façon de complètement repenser le temps et l'espace sans tomber dans un classique d'auteurs de SF de se débarrasser d'un objet juste en créant un néologisme, et puisqu’on crée le néologisme, l'objet existe. Chez Wilson, on est vraiment sur quelque chose de très science based dans l'ensemble, et je trouve que c'est un remarquable conteur. Sa trilogie Spin Axis Vortex, même si j'ai trouvé Axis un petit poil en dessous, est une grande claque littéraire. Et je le compare volontiers à Dune d’Herbert ou au Neuromancien de Gibson, cette littérature qui m'ouvre de nouveaux champs.



Vous avez eu l'immense plaisir de vous entretenir avec lui, pouvez-vous nous parlez du off : comment les premiers contacts se sont passés, votre ressenti ...? 

J'étais hyper stressé, c'est une émission qui a été enregistrée en duplex depuis Toronto à cause du décalage horaire. C'est toujours compliqué ce genre d'entretien parce que nous sommes obligés d'enregistrer avec le traducteur simultané, même si moi je suis bilingue français-anglais. Le traducteur est à mon côté et j'entends les réponses en anglais et en français. Cela me met en porte à faux car je reçois trop d'informations linguistiques et cela me déstabilise un peu.
Mais c'était super, c'est quelqu'un de généreux. Je l'avais déjà rencontré lors des Utopiales et interviewé il y a 3-4 ans pour Entrée libre à la télévision où j'étais rédacteur en chef. Je savais que c'était un "bon client" comme on dit dans le métier une personne qui parle volontiers, pas compliquée, ce n'est pas Norman Spinrad qui est une autre paire de manche. Donc je savais que cela allait bien se passer, à part cette traduction simultanée.
Et j'étais parti heureux : avant l’entretien, il avait posté un billet sur Facebook disant qu'il était un peu inquiet. Mais lorsqu'il est sorti de là, il a posté un statut en disant qu'il était absolument ravi de son entretien, que l'intervieweur connaissait très bien son oeuvre et que les questions étaient cohérentes et bien choisies. Donc j'étais extrêmement fier et très content.




Sujet qui fâche : lors de l'écoute de cet entretien, je n'ai pu m'empêcher de constater certaines coupes. Vous n'avez pas honte ?

C'est dur de tout faire rentrer en une heure malheureusement. Dans ce genre d'entretien, j'enregistre toujours un peu plus et on reconstruit après. Mais vous n'avez pas manqué grand chose, cela devait être des redites dues principalement à des interruptions de faisceaux



Wilson, Priest, Gluhkovski, Curval, Genefort, Damasio, Okorafor... La liste des auteurs invités est longue, quels sont les auteurs que vous aimeriez faire venir sur votre plateau ? 

Il y en a plein, et je n'ai même pas parlé de Damasio (ici et ici) qui est dans mes auteurs SF favoris. Un auteur que j'aimerai bien recevoir, mais c'est un peu hors cadre car ce n'est pas vraiment de la SF, plus du fantastique : c'est Neil Gaiman que j'aime beaucoup, l’un de mes auteurs fétiches. J’aimerai bien m'entretenir avec lui, mais maintenant qu'il fait du cinéma et des séries, je pense qu'il est inatteignable.
Il y a plein de gens que j'aime beaucoup, comme Catherine Dufour qui vient régulièrement.
Et il y a un autre auteur que j’adore, que j'aurais peut-être avant la fin de l'année. Mais cela je ne vous le dis pas, je préfère garder la surprise. La seule chose que je peux concéder est que son nom et son prénom commence par la même lettre, vous pouvez chercher…



Plus anecdotique, lors d'une émission - une table ronde ? - consacrée à la science, une de vos invitées s'est emportée sur le fait que vous parliez de SF dans une émission à priori sérieuse.

C'était lors d'un forum organisé à la Sorbonne sur un sujet autour de l'intelligence artificielle et c'est Laurence Devillers qui avait dit effectivement qu'elle pensait que c'était une émission sérieuse et que nous n'étions pas là pour faire de la science-fiction.
Je lui pardonne car ce sont des émissions qui sont enregistrées en public. Et souvent les invités, dans ces cas-là, font ce que l'on appelle la "claque" : ils font un peu de spectacle et outrepassent leurs positions pour s'attirer l'approbation du public. C’est ce qu’elle a essayé de faire. Je l'ai un peu reprise à la volée car ce n'était pas très malin d'opposer science et science-fiction, on peut faire des émissions très sérieuses en prenant la science fiction comme modèle, ça ne décrédibilise pas le propos. Surtout pour ce qui est de l'intelligence artificielle, où on peut particulièrement se référer à ce genre de littérature qui l'a parfaitement illustré et a certainement contribué à dessiner les contours de la recherche en robotique. C'était plus un petit moment d'humeur qu'autre chose.


De la SF plein la valise !


Depuis deux ans, avant la période estivale, vous organisez une table ronde avec les éditeurs et journalistes SF, il y a beaucoup de monde, l'ambiance est à la franche camaraderie. Aurons-nous la chance d'une troisième édition ?

Oui bien sûr : de la SF plein la valise, c’est l’occasion de faire le plein d’idées avant les vacances pour que les auditeurs puissent piocher dans les propositions faites par les différents invités, et profitent de l’été pour découvrir soit des classiques, soit des nouveautés autant en littérature qu’en cinéma, en séries ou en jeu vidéo… On ne dérogera pas à la règle cette année, ce sera une nouvelle fois la dernière émission de la saison !
De la SF plein la valise : 2017 - 2018



Comment en êtes-vous venu à la SF ?

Très tôt et très naturellement. Le point de départ était après avoir lu Le Horla de Maupassant vers 12-13 ans, qui m'avait fait peur. En en parlant avec mon père, il m'a conseillé un auteur qu'il lisait lorsqu’il avait mon âge et lui avait foutu la trouille : c'étaient des nouvelles de Lovecraft. Je me souviens très bien de ma première lecture de Cauchemar à Innsmouth : j'étais dans une maison à la campagne et j'ai eu une trouille bleue, il pleuvait dehors, j'avais vraiment les pétoches. C’est le point de départ. Mon père aimait bien la SF, c'est lui qui m'a un peu orienté vers ça, il m'a mis Frank Herbert entre les mains, il adorait Philip José Farmer, Asimov, Tolkien. Il m'a ouvert aux littératures de l'imaginaire. C'est marrant car mon père était un type assez terrien mais il a été fan de SF jusqu'à la fin de sa vie. C'est même moi qui lui ait offert Spin, il a lu toute la trilogie. Et lui m'offrait des Stephen King, nous avions cet échange littéraire là.



Et la fantasy, vous n'en parlez pas dans vos émissions ?

Ce n'est pas dans le cahier des charges de l’émission car c'est moins science based. Et j'aime moins tout simplement. J'ai beaucoup lu Tolkien, beaucoup joué à Tolkien d'ailleurs, j'étais un grand jour de jeu de rôle adolescent. Mais j'en lis assez peu aujourd'hui.



France Culture dédie régulièrement son antenne à la SF, notamment avec Mauvais genres, ou les Fictions, est ce que cela est dû à une de ses obligations en tant que chaîne publique ou est-ce simplement du fait des présentateurs ?

C'est vraiment du fait de François Angelier, de Blandine Masson, responsable de la fiction à France Culture. Elle a fait d'ailleurs un des premier un podcast natif en sélectionnant un projet SF de la BBC, l’Appel des Abysses. Je ne crois pas qu’il y ait de cahier des charges particulier sur la chaîne, mais en revanche, il y a des gens qui aiment la science-fiction et qui veulent la défendre.



Il me semble que France culture a une représentation élitiste auprès du public, la SF une connotation assez populaire, n'y voyez-vous pas une certaine dichotomie ?

Lors des derniers résultats d’audience, nous avons fait la plus grosse progression sur les 35-45 ans. France Culture n'est plus du tout la radio élitiste, un peu fermée aux parisiens et parisiennes qu'elle était il y a quelques années. Cela s'est beaucoup démocratisé, rajeuni. Il faut casser cette image-là, elle n'est plus opérante. La représentation que vous vous faites de France Culture est une image galvaudée qui ne correspond plus à la réalité. Il y a plein d'endroits à France Culture, comme l'émission Les chemins de la philosophie qui explique la philosophie avec Game of thrones ou avec Alien, La dispute d'Arnaud Laporte parle de Avengers,... La culture populaire a intégré les ondes de France Culture très largement et depuis de nombreuses années.



Sur votre fiche wikipédia, il est noté que vous avez obtenu un bac D, donc orienté biologie, puis que vous vous avez poursuivi vos études en Lettres, pourquoi ce grand écart ?

Ce sont de vieux dossiers ! Je voulais faire Médecine pour être neurochirurgien, je voulais mettre mes doigts dans le cerveau des gens, mais je n'étais pas très solide ni en maths, ni en physique. J'étais par ailleurs un grand lecteur et, lorsque j'ai vu que je ne pourrais pas accéder à une fac de médecine compte tenue de mes résultats scolaires, et comme ce n'était pas vraiment ce que je voulais faire de ma vie, je me suis orienté spontanément vers la littérature. Parce que j'écrivais, parce que j'ai toujours eu un comportement littéraire, au sens de lecteur, de scénariste ou d'écrivain.

Tentative de ressemblance avec Tom Selleck ? source


Vous avez exercé en tant que professeur de lettres, comment en êtes-vous arrivé à la radio ?

J'étais un fan inconditionnel de la radio. Je n'ai jamais eu la télé chez moi, sauf quand je vivais avec des gens qui l'avaient, et je ne la regarde pas. J'ai toujours écouté la radio, de tout temps. Adolescent, j'écoutais une radio pirate, Radio Flash Megastar, en grandissant France Inter. J'adore ce média, j'ai toujours adoré ce média. J'ai fait des petits boulots, j'ai bossé sur internet dans des petits médias qui m'ont permis d'obtenir ma carte de presse. J'étais donc journaliste et je me suis dit que je pouvais faire de la radio. J'ai toqué à la porte de Radio France en leur disant "Regardez, j'ai une carte de presse !". On m'a répondu que j’étais bien mignon, mais qu’avant de présenter une émission aux auditeurs de France inter, il allait falloir apprendre un peu et avoir quelques heures de vol au compteur. Je suis donc allé dans le sud ouest à France Bleu Béarn commencer ma carrière de pigiste.



France Bleu, France Inter, France Culture, France 5 : le service public, un choix de circonstances ou politique ?

C'est politique. Cependant, lorsque j'étais à France 5, je travaillais pour une société de production privée. Mais à la radio, je ne pourrais pas aller travailler dans le privé - je le dis en tout état de cause parce que l'on m'a fait des propositions pour y travailler à quelques moments de ma carrière. Il y a une liberté éditoriale. Le service public me tient à coeur, faire oeuvre de service public est très important pour moi. France Culture est ma maison d'amour, j'étais très heureux de pouvoir y rentrer et quand je suis parti à France 5, je me suis dit je pars, mais je reviendrais. Et je suis revenu.

Une équipe du Cercle © Canal+ / Xavier Lahache


Vous collaborez à l'émission de critique cinématographique "Le cercle" sur Canal + , comment en êtes vous arrivé là ?

C'est une émission de cinéma que j'adore. J’ai commencé ma carrière radiophonique, en tant journaliste, reporter, présentateur de journal d’info généraliste. Puis je suis passé à la culture, ce qui m'a amené à faire l'émission Déjeuner sur l'herbe à France Culture. Puis j'ai été appelé à faire le journal de la culture chez Laurent Goumarre, qui m’a appelé pour être rédacteur en chef à Entrée libre avec lui ; ma deuxième partie de carrière était très culturelle. Quand on m'a proposé de faire une émission scientifique, j'avoue avoir eu un petit pincement d'abandonner la culture et ce milieu que je commençais à connaître, surtout le cinéma qui est très important pour moi, au moins aussi important que la littérature. J'adore le cinéma de genre, d'horreur notamment, j'écris des scénarios, j'ai réalisé des courts métrages, des clips. Quand Alain Kruger, le producteur du Cercle, une émission que je regarde, et dans laquelle bosse mon ami et co-scénariste Simon Riaux, j'ai foncé car c'est une belle émission, un réel endroit pour parler de cinéma et cela me permettait de garder un lien avec ce média d'amour et cette culture cinématographique qui fait partie intégrante de mon identité culturelle

Nicolas Martin et Hilary Clinton• Crédits : Radio France
Vous êtes donc réalisateur, avec des courts métrages. J'ai lu que vous étiez en train de faire un film. Vos oeuvres audiovisuelles sont elles disponibles en ligne ?

Je suis en train d'écrire un long métrage en cours de pré-production, c’est un film qui fait peur, pas un film d’horreur mais dans le style horrifique qui peut vraiment foutre la trouille. C'est ma culture aussi, je suis tombé dedans à 13-14 ans. Il y avait un vidéo club spécialisé dans les film d'horreur qui avait ouvert en bas de chez mes parents, donc j'ai acheté un magnétoscope et j'y allais tous les week end louer avidement des vidéocassettes. Entre le moment où j'ai acheté le magnétoscope et le moment où je suis parti de chez mes parents, cinq ans plus tard, j'avais vu tous les films à quelque rares exceptions près, à tel point que parfois le gérant m'apportait ses propres collections. J'adore le grand quignol, j'adore ces univers sombres, bordéliques, légèrement sanguinolent. Comme Lovecraft, c’est ma culture.
Certaines de mes oeuvres sont disponibles sur le site post-mortem.org.



Toujours sur Wikipedia, il est indiqué que vous avez créé le collectif les « OUTragés de la République » lors de la loi sur le Mariage pour tous. Pourquoi ce collectif ? Quels sont ses buts ? En faites-vous toujours partie ?

J'en fais toujours partie, du moins officiellement, car l'association a été déposée au journal officiel. C'est une autre partie de mon activité. A un moment donné, lors de la première partie du débat sur le mariage pour tous, avec mon copain de l'époque, ce qui traversait la société nous était insupportable, alors qu'on ne réclamait pas monts et merveilles, juste l'égalité des droits en terme de conjugalité et de parentalité. Avant que la loi ne soit défendue par Christiane Taubira, il y avait cette fameuse Frigide Barjot - Virginie Tellenne de son vrai nom - qui était sur tous les plateaux de télé en disant des horreurs et qui avait peu ou prou aucuns contradicteurs. Le jour où François Hollande a dit aux maires au lendemain de cette énorme Manif pour tous, qu’ils auraient la liberté de conscience, c'est devenu insupportable pour nous. Avec des amis, nous nous sommes dits que nous ne pouvions pas laisser passer cela, et en discutant sur Facebook, nous avons décidé de manifester, mais pas à l'Elysée car on aurait été dégagé manu militari. On a décidé d'organiser, le lundi pour le mardi soir, une manif devant le siège du parti socialiste à Solferino. On pensait qu'on allait être une trentaine et le mardi soir, nous étions environ 1000. Nous avons été reçu par le porte parole du PS pour discuter. Je n'étais pas dans une association, et je me suis retrouvé à parler dans un mégaphone, à parler aux gens. Parler aux gens, je sais faire et comme j'ai une grande gueule, que j'avais un réseau, j'ai décidé d'aller empêcher Frigide Barjot ou Christine Boutin d'aller raconter des horreurs, d’aller sur leur propre terrain. Au début, je m'invitais dans les émissions et je prenais le micro, puis au fur et à mesure, nous nous sommes dit qu'il fallait avoir une structure pour être représentatifs et nous avons créé cette asso avec des amis pour avoir un titre officiel pour les médias. Et je suis devenu porte parole des OUTragés de la République, pour aller défendre cette parole et empêcher ces gens de faire plus de mal qu’ils n'étaient en train de le faire à la société. Comme je n'avais pas d'agenda politique ou associatif, j'avais une parole totalement libre, je pouvais vraiment leur tenir tête sans avoir peur d’avoir un mot de travers car après, je me foutais des conséquences. Je voulais juste, à chaque fois qu'ils disaient des horreurs, être là et leur dire : “Non, vous ne pouvez pas dire ça, continuer à dire vos horreurs, faire du mal à la société, faire mal à des gens, à des gamins, qui à 12 -13 – 14 - 15 ans se découvrent homosexuels et à qui vous ne cessez de dire qu'ils ne sont pas normaux, qu'ils n'ont pas le droit de se marier, qu'il ne faut pas qu'ils fondent de familles, qu'ils sont des parias de la société”. Surtout quand on connaît la prévalence de suicide chez ces jeunes adolescents qui est entre 3 et 7 fois supérieur à celle des adolescents hétéros. J'ai toujours été très engagé politiquement, et là ça été un moment important pour moi d'utiliser, et mon aisance à parler, et mon réseau pour incarner cette cause politique dans la mesure du possible et essayer de la faire avancer à ma petite mesure. Je n'ai somme toute pas fait grand chose, mais si cela a pu porter un peu, si certain gamins ont entendu mon message, j'aurais au moins servi à quelque chose.

Nicolas Martin, militant et fondateur du collectif "les OUTragés de la République" (Xavier Héraud/Yagg.com)


Le traitement médiatique de la tuerie d'Orlando vous a choqué, par l'invisibilité des victimes appartenant à la communauté LBGT. D'un autre côté, il me semble que cette communauté soit plus visible au cinéma, à la télé, dans la littérature depuis quelques temps. D'après vous, pourquoi avoir voulu cacher l'orientation sexuelle des victimes ? Serait-ce un symptôme du PFH, concept cher à Hubert Reeves ?

Le putain de facteur humain. Avec Orlando, je ne pense pas que les gens l'ont fait exprès, qu'ils ont fait attention à ne pas dire cela. C'est juste que les gens sont tellement atterrés, ne réalisent pas qu'à un moment donné, l'origine d'un meurtre de masse, d'une telle violence ait une origine homophobe. En effet, les lois progressent, mais elles progressent très timidement : il ne faut pas oublier qu'en France, la PMA est toujours interdite pour les femmes, que les statuts des personnes transsexuelles ou intersexes est scandaleux, que le statut des personnes LGBT migrantes qui viennent ici soit pour chercher refuge pour sauver leur vie, soit parce qu'elles sont malades, on les traite comme du bétail. Il y a encore des problèmes structurels autour de l'identité de genre et de l'identité sexuelle qui ne sont pas résolues, comme sur la reconnaissance des enfants des familles homoparentales. Ce n'est pas parce que l'on a fait le mariage que tout va bien, il y a encore beaucoup de combats à mener, il ne faut pas se tromper là-dessus.

Je viens justement de m'enflammer sur les réseaux sociaux et me faire insulter copieusement à propos de la sortie de Pierre Palmade. Quand on voit un type comme lui, une sorte d’humoriste sur le retour de 50 piges qui vient faire son mea culpa parce qu'il est accro au cul et à la coke et qui à un moment donné dit dans l'hilarité générale devant Laurent Ruquier, un homosexuel qui a toujours dit que lui ne voulait pas de mariage avant de changer d'avis, et devant Charles Consigny qui est homosexuel et proche de Christine Boutin, ce qui veut tout dire..

Les gays, ce sont des gens qui mangent gay, qui rient gay, qui vivent gay, qui parlent gay, qui font des films gays. Et les homos, ce sont des gens qui sont homos mais ce n’est pas marqué sur leur front, on ne le sait pas quand ils parlent, on ne le sait que quand on va dans leur chambre à coucher.

Donc il y aurait les mauvais gays et les bons homos qui restent dans leur chambre et qu'on ne voit pas car ils sont invisibles. Je pense au message qu'on envoie aux plus jeunes, qui sont les plus fragiles. Car on oublie que le coming out quand on a 13 ans ou 16 ans, qu'on est isolé, qu’on vit dans une famille homophobe ou que l’on a pas de référent, ce sont des moments de grande vulnérabilité et de grandes souffrances. Alors lorsqu’on voit tout le monde qui se tape les cuisses en disant “Ah AH AH les gays avec les plumes dans le cul, c'est dégueulasse”, c'est un message extrêmement dangereux. C'est la culture de la haine de soi, de l'homosexualité refoulée, et ça envoie des messages horribles car ça continue à affirmer à la société : un bon PD est un PD qu'on ne voit pas ou une gouine qui se cache dans sa chambre et dont on entend pas parler.

Il faut rappeler que les émeutes de Stonewall à New York ont été faites par des personnes trans, par des folles, par des gens extrêmement out. Aujourd'hui, il n'y a pas un bon PD qui s'est bien fondu dans la société et un mauvais PD qui est folle et qui défile avec des plumes dans le cul à la Gay Pride. Les PD, c'est comme les hétéros, il y en a pour tout le monde, pour tous les goûts. L'idée, c’est surtout qu'une société tolérante et démocratique est une société qui les accepte toutes et tous, quel qu’ils et quelle qu’elles soient, quel que soit leur identité de genre, quel que soit leur sexualité. Le but n'est pas de porter sa sexualité en étendard, mais de dire quand on est une minorité, l'identité sexuelle, c'est politique. Car quand on est une minorité, quand on est PD à la rue à Paris et que l'on se fait tabasser la gueule car on a eu le malheur de prendre la main de son copain, et bien oui, l'identité sexuelle, c'est politique !

Les messages qu'il faut faire passer sont des messages d'intégration, c'est faire changer les mentalités et pas continuer à répandre, quand on est un vieux PD toxico qui fait rire tout le monde à la télévision, que le bon PD est celui qui se cache dans sa chambre. Ce n'est pas vrai, c'est dangereux, c'est criminel, c'est bête et c'est méchant.



En parlant d'identité sexuelle et d'égalité, la SF s'empare de plus en plus de ses thématiques, ou à travers des personnages LBGT. Dans mes lectures, je pense notamment à La cité de l'orque de Sam J Miller, mais il y a aussi Ursula Le Guin. Jeanne A Debats. Effet de mode ? Volonté éditoriale ? Ouverture de la société ?

Il y a aussi Sabrina Calvo, Grand prix de l'imaginaire, une autrice transgenre, il faut le dire, c'est important.
Je ne pense pas du tout que ce soit un effet de mode, la SF est un genre progressiste, un genre, comme le dit Alain Damasio, qui est ontologiquement de gauche, un genre qui prend à bras le corps les modifications et les mouvements de la société. Il est logique que la science-fiction s'empare des questions de genre, d'identités. Et ce n'est pas nouveau.



L'écriture genrée, inclusive est une problématique actuelle, certains auteurs utilisent le iel, d'autres l'inclusive. Avez-vous une opinion dessus ?

A titre personnel, je suis pour l'écriture inclusive. Ensuite, comme tous les changements, il ne faut pas que cela soit des changements top/down à imposer à tout le monde. Il faut du temps et laisser les générations futures qui sont beaucoup plus souples sur ces questions-là, se les approprier, les utiliser, de faire attention.
Dans l'émission, je dis toujours autrice, maîtresse de conférences, cela me paraît une évolution normale de la société et de la langue.



Les mots éclectisme et hyperactif semblent bien vous définir. D'accord, pas d'accord ?

Mon équipe et mes proches vous répondraient trois fois oui. J'ai tendance à charger un peu la barque, mais en même temps, ce serait dommage de ne pas le faire maintenant alors que ça marche et qu’on est sur la bonne vague.



Question primordiale, la méthode scientifique est elle renouvelée ?

Je n'ai pas d'information à ce sujet, mais je serais surpris que ce ne soit pas le cas. Mais je n’ai pas d’information officielle.
[Note du chien : Nicolas Martin m’a indiqué avoir reçu l’information officielle ce vendredi 24 mai, La méthode scientifique est renouvelée pour une quatrième saison.]



Le mot de la fin ?

Je suis très content de faire ce job là et de donner cette tribune à la SF et aux littératures de l'imaginaire. Je suis très content que cela se passe sur France Culture, vous parliez de l'image élitiste de la chaîne et j'espère que lorsque l'on jette une oreille à La méthode scientifique, que l'on ne considère pas que cela soit élitiste, peut être juste un peu complexe. Mais la complexité, dans un monde qui tend à l’éviter, à l’effacer, à s’en méfier : c’est justement important ! Parier sur l’intelligence des auditeurs, c’est aller à l’encontre d’une époque où l’on prend souvent les gens pour des imbéciles. Nous, au contraire, on parie sur leur curiosité, sur leur désir d’apprendre, sur le fait qu’ils ne vont pas baisser les bras au premier obstacle, au contraire. On peut se saisir de la science-fiction, la rendre accessible à tout le monde et montrer qu'il n'y pas une littérature noble et une littérature de gare. Ces littératures et ces genres populaires sont au moins aussi intéressants, si ce n'est plus, que les genres dit académiques.



Merci à Nicolas Martin pour sa gentillesse et sa disponibilité.
Merci à toute l'équipe de La méthode scientifique, grâce à laquelle je comprends de mieux en mieux les livres que je lis.

Il s'agit d'une retranscription d'une conversation téléphonique qui a eu lieu le Mardi 07 mai 2019. Le passage de l'oral à l'écrit a nécessité à certains moments une réécriture, toutes erreurs, toutes approximations sont donc de mon fait.


https://www.francebleu.fr/emissions/100-nature/un-clip-pour-un-groupe-norvegien-tourne-dans-la-foret-landaise-par-nicolas-martin



Retrouvez tous les podcasts de La méthode scientifique sur le site de France Culture
Le compte Twitter de l'émission
Son site Post Mortem - les petits contes cruels de Nicolas Martin


Ce que je disais de quelques émissions



Durant 3 jours, j'ai fait du teasing sur Facebook pour tenter de vous faire découvrir l'invité, ou plutôt faire monter le suspense. Voici les explications :

Vendredi :
un micro onde : Micro + Ondes

Samedi :
Spock : Allusion au générique de l'émission


 Dimanche :
Un manchot, allusion à son futur documentaire "Un été en Antarctique"


L’oeil du purgatoire, de Jacques Spitz

Lorhkan
, 27/05/2019 | Source : Lorhkan et les mauvais genres

Parce qu’il n’y a pas que les nouveautés dans la vie, il ne faut pas oublier les « glorieux anciens » français. Jacques Spitz en fait partie, et s’il n’est pas le plus connu des auteurs de SF/fantastique du pays du camembert, il n’est sans doute pas non plus le moins doué. Il sera donc ici question de l’un de ses plus grands romans, « L’oeil du purgatoire », paru en 1945 et réédité en 2008 par les éditions de L’Arbre Vengeur.

 

Quatrième de couverture :

Vous connaissez le passé, imaginez le futur, redoutez le présent: il vous reste à découvrir le « présent vieilli », ce temps inédit inventé par Jacques Spitz dans un roman phénoménal considéré comme un des classiques du roman d’anticipation français.

Son héros, un peintre raté résolu au suicide, va vivre une expérience hors du commun qui le conduira où nul n’est allé : inoculé par un savant fou, un bacille s’est attaqué à sa vue et lui permet de voir le monde et les êtres tels qu’ils seront dans un futur proche. Mais ce qui n’était qu’une étrange expérience devient une aventure effarante lorsqu’il réalise que le temps se dilate et qu’il «voit» de plus en plus en avant.

Livre haletant sur le cauchemar d’un homme seul au milieu d’un univers en déréliction, L’œil du purgatoire est un roman unique qui réussit à pousser une logique jusqu’à son extrême limite avec une audace et une intelligence qui ont laissé pantois ses admirateurs. Il était impensable de ne pas le proposer de nouveau à ceux qui croient que la littérature, mieux que n’importe quel art, doit nous permettre d’explorer les confins et les mystères de notre imaginaire.

 

Le présent vieilli ou la solitude de celui qui voit en avance

Quel étonnant roman que cet « Oeil du purgatoire » ! Roman court (moins de 200 pages, préface de Bernard Eschasseriaux (écrite en 1972 pour la sortie du roman dans la fameuse collection « Ailleurs et Demain » chez Robert Laffont) comprise), il offre pourtant au lecteur bien des facettes grâce à la belle plume de Jacques Spitz qui sait varier les styles pour donner différents plaisirs et niveaux de lecture.

Le roman met en scène un peintre, Jean Poldonski, forcément génie incompris et qui impute son insuccès au monde qui l’entoure, aveugle à son talent. Il en nourrit une extrême amertume, une aigreur de tous les instants qui se transforme même en une ferme misanthropie. La manière dont Jacques Spitz introduit le personnage au lecteur est absolument délicieuse (façon de parler pour un misanthrope convaincu bien sûr…), et à ce titre le deuxième chapitre est une merveille de noirceur dans laquelle l’auteur fait feu de tout bois. C’est bien simple, on trouve des passages dignes de citation à toutes les pages ou presque. Ça frôle le génie ! Un régal de Tatie Danielle à la puissance mille ! Je ne résiste pas à vous livrer ici un petit florilège.

Je faisais semblant d’écouter, mais je pensais combien ignoble est l’habitude qui donne à un être le droit de déballer ses pensées ordinaires devant vous. C’est un bavardage fastidieux, monotone, idiot, qui vous écrase de son néant.
— Si l’on ne tenait au monde que par l’attrait qu’il inspire, il y a longtemps que, moi qui vous parle, je me serais envolé dans les étoiles. Je n’aime rien, ni personne, pas même moi. Les humains ne m’inspirent que du dégoût, et je crache sur la vie telle qu’elle nous est faite. Pourtant, vous le voyez, je suis encore là et je vais prendre tout bêtement l’escalier pour m’en aller.
Il était entouré de copains rigoleurs qui lui donnaient la réplique, discutaient de l’influence du social sur la composition de la palette, de tous les bobards au goût du jour… Cette vie de troupeau m’écœure. Ils sont tous agglomérés, entassés comme des crapauds en mal d’amour. Quand on en prend un, il en vient dix, vingt. Ils réchauffent les unes contre les autres leurs médiocrités de futurs ratés. Je le leur ai dit sans ménagement. Babar a rigolé et m’a répondu : — Toi non plus, tu n’as pas la vocation. Tous les peintres, les vrais, sont optimistes… — On ne peut être optimiste quand on voit des gueules comme les vôtres, ai-je rétorqué, et je suis parti.
Tout, ici-bas, m’aura déçu : hommes, femmes, sans compter moi-même. Les hommes sont de tristes pantins, les femmes de funèbres putains, et moi, sans talent, sans grandeur, je suis un lâche pour avoir condescendu à vivre pendant près de trente ans en pareille compagnie.
Les hommes manquent autant d’originalité pour mourir que pour vivre. Évidemment le résultat seul importe. Mais on aimerait disposer d’un choix de moyens aussi variés que les hors-d’œuvre. La nature a plus d’imagination que nous quand c’est elle qui porte le coup final… Mettre d’un côté l’infinie diversité des maladies et accidents mortels, de l’autre les quelques moyens de se suicider, et, de la disproportion entre les deux colonnes, tirer des conclusions sur la pauvreté de l’esprit humain, serait une plaisante occupation pour quelqu’un qui est décidé à disparaître…
Si quelque chose pouvait apaiser la rage qui me prend certaines heures devant l’injustice du sort qui m’est fait, ce serait de voir ce monde, ce monde qui m’a repoussé, m’a meurtri, a refusé de me reconnaître, tourner devant moi à la sordidité et à la décrépitude. Ce monde qui, de toutes ses façades ruisselantes d’éclat et d’orgueil, insultait à mon obscurité, ne tient plus sous mon regard : je le transperce jusqu’au tuf. Son luxe trompeur, sa fierté de paon, son insolence de bijou faux, se sont envolés. Il me suffit de lever la paupière pour le pulvériser. J’assiste à son agonie. L’agonie du monde : rien de grandiose et d’apocalyptique, mais un misérable décor qui se désagrège, des oripeaux qui pendent sur la place un lendemain de carnaval, un vieux domino rongé des vers qui s’effrite dans un grenier poussiéreux…

Par ailleurs, quand par miracle Poldonski, un brin bipolaire, parvient à voir la vie du bon côté, Jacques Spitz montre à nouveau l’aisance et l’élégance de sa plume, avec un champ lexical à peu près à l’exact opposé de ce qu’il développait quelques pages plus tôt. Mais cet état de bonheur béat n’est que de courte durée…

J’ai ouvert la fenêtre. Longuement j’ai contemplé la perspective des toits, de cet univers magique fait de briques, de zinc, d’ardoises, dentelé, hérissé, fantasque, plein d’un humour inconscient, sous un azur printanier où passent des régates de petits nuages blancs venus sur un léger vent d’est qui couche les fumées, les transmue en un impalpable duvet chargé de caresser la joue du ciel.

Poldonski, décidé à en finir avec une vie qui ne rime à rien dans ce monde qui ne le comprend pas, rencontre alors par hasard un autre homme persuadé de sa grandeur, Christian Dagerlöff. Ce dernier, voyant en Poldonski un homme sans attache, à l’écart du monde, déjà disposé à passer « de l’autre côté », vers le grand inconnu, décide de tester sur le peintre sa découverte incroyable : une bacille permettant de « voyager dans la causalité ». D’après lui, si un lapin sait s’enfuir avant même que le chasseur n’ait armé son fusil, c’est parce qu’il a vu le-dit chasseur le faire avant même que l’idée ne l’effleure. Il y a donc, du point de vue du chasseur, rupture de la causalité car le temps ne s’écoule pas de la même manière pour tous les êtres vivants. Il injecte donc à notre homme cette bacille, lui permettant de voir les choses avant qu’elles n’arrivent. Il ne s’agit pas, au sens strict du terme, d’un voyage dans le temps puisque cette bacille ne permet pas de voir l’avenir mais plutôt un « présent vieilli ». Ainsi, Poldonski ne voit pas ce qui arrivera dans le futur mais comment seront les choses dans ce futur. C’est une vision des choses et non des faits. En se baladant dans la rue, le peintre peut voir des cadavres car en voyant les choses avant qu’elle ne soient vraiment, il découvre que certaines personnes vont mourir dans peu de temps. De même, il finit par ne plus voir les fleurs mais des plantes mortes puisqu’elles seront rapidement fanées, etc…

Cette bacille, qui de plus, semble amener son sujet à prendre de plus en plus d’avance dans la causalité, finit pas montrer un monde et des corps en décrépitude, mettant à bas les apparences pour montrer l’être humain tel qu’il est vraiment : un amas de chair qui finit inéluctablement en décomposition, quelles que soient les classes sociales. Après tout, tout le monde finit à l’état de squelette, avant de redevenir poussière…

Et de roman où l’extrême misanthropie de son personnage principal lui donne un savoureux humour noir, « L’oeil du purgatoire » vire au roman philosophique sur le sens de la vie au cours de la fuite en avant de Poldonski. Regrets, amertume, et solitude d’un être que sa vision détache de plus en plus du monde réel, Jacques Spitz n’épargne rien à Poldonski qui quelque part voit son souhait être exaucé : quitter un monde qui ne voit pas le Beau. Problème : avec tout ce délabrement et cette déchéance généralisée qui l’entoure, le Beau n’existe plus pour lui non plus… Et sous la savoureuse et belle plume de Jacques Spitz (qui a incontestablement le sens de la formule et du mot juste), l’humour fait place à la mélancolie puis aux visions surréalistes et macabres (tel un squelette cul-de-jatte qui semble flotter puisque dans un avenir lointain, les os de ses jambes auront disparu avant le reste…).

Prenant sa source dans le merveilleux-scientifique de Maurice Renard, « L’oeil du purgatoire » pousse le raisonnement et la logique jusqu’à son point ultime, faisant de son roman une petite perle de noirceur, d’une remarquable lucidité sur le genre humain. On ne pourra certes pas y trouver un grand optimisme quant à notre nature profonde, mais pourtant, grâce (j’insiste lourdement, mais c’est un point tellement important du roman) à la plume gracile de Jacques Spitz, jamais le roman ne fait dans la lourdeur ou le pensum philosophique. Régal de tous les instants, « L’oeil du purgatoire » et sa noirceur relevant d’un art de vivre méritent bien plus qu’un simple coup… d’oeil (!!), et il faut sans aucun doute remercier les éditions de L’Arbre Vengeur pour avoir remis en avant, avec des illustrations d’Olivier Bramanti, ce roman méconnu (qui bénéficiera d’ailleurs très prochainement d’une nouvelle réédition dans la collection à petit prix de « L’arbuste véhément ») d’un auteur décédé en 1963 que je suis maintenant bien décidé à découvrir plus avant. Mieux vaut tard que jamais !

 

Lire aussi les avis de Culture-SF, B1p, ArchéoSF, Touchez mon blog Monseigneur, Cécile, Nomic, Simatural.

 

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C'est lundi... que lisez-vous? #174

Lianne
, 27/05/2019 | Source : De livres en livres

Rendez-vous initié par Mallou qui s'est inspirée de It's Monday, What are you reading ? by One Person’s Journey Through a World of Books. Galleane repris la relève et a ensuite passé le flambeau à Camille du blog I believe in pixie dust.  
 


On répond comme chaque lundi à trois petites questions :
1. Qu'ai-je lu la semaine passée ?
2. Que suis-je en train de lire en ce moment?
3. Que vais-je lire ensuite ?
 
 
 Qu'ai-je lu la semaine passée ?
 
 


 Une bonne semaine de lectures :)
- J'ai bien apprécié Points of impact même si justement dans l'ensemble de la série ce qui s'y passe a moins d'impact que les précédent, ça c'est sur.
- J'ai ensuite terminé The Thousand Deaths of Ardor Benn, malgré quelques petites longueurs au milieu, de la bonne fantasy avec un bon concept.
- J'ai été surprise par Le dernier loup, dont l'atmosphère m'a fait pensé aux Meg Corbyn par le coté sauvage justement.
- J'ai trouvé le second tome d'Amber Farrell, La voix du dragon, un peu plus confus que le précédent mais néanmoins il a su me convaincre dans l'ensemble.
- Et finalement j'ai lu mon Agatha Christie du mois avec Rendez-vous avec la mort que j'ai trouvé moins convainquant que les précédents.


J'ai aussi lu quelques mangas :


 Comme la semaine dernière je trouve qu'ils 'agit de bonnes pioches dans l'ensemble ^^


 Que suis-je en train de lire en ce moment ?


 Je le lis en VO.
Je suis également en train de lire deux mangas : 


Je suis donc en train de tenter mon premier shojo après avoir lu pas mal de shonen et de seinen.
 
 
  Que vais-je lire ensuite ?
 
 Une fois encore, je n'ai rien prévu. Tout se jouera à l'envie du moment :) 

 
 
Et vous, que lisez-vous?

Diaspora – Greg Egan

Apophis
, 26/05/2019 | Source : Le culte d'Apophis

Le roman le plus ambitieux et le plus rempli de sense of wonder de toute l’histoire de la science-fiction Vous avez découvert Greg Egan récemment, par exemple avec Zendegi, Cérès et Vesta, voire, si vous êtes anglophone, avec Perihelion Summer, et vous pensez connaître l’auteur ? Eh bien comme le disait un personnage d’une série […]

The Scorched Continent, book 2: Break the Chains de Megan E. O'Keefe

Lianne
, 26/05/2019 | Source : De livres en livres






Année de sortie : 2016
Éditeur : Angry Robot
Nombre de pages : 400
Genre : Fantasy






Mon avis

Ce tome est vraiment dans la continuité du précédent niveau aventures, bien que peut être un peu moins surprenant maintenant qu'on connait le monde et avec un chouilla plus de longueurs au milieu. Mais il n'en reste pas moins une lecture fun et très agréable.

 Detan a promis qu'il protégerait Hond Steading, la ville de sa tante des assauts de l'empire. Pour ce faire quelle meilleur idée que d'aller chercher Noulu, l'ingénieur et génie de la manipulation de selium qui a imaginé les protections impénétrables de la grande porte de la capitale de l'empire.

Celui ci est actuellement enfermé à Remnant Isles, une des prisons de l'empire située sur une ile au milieu de nulle part.

Mais Detan ne peux pas aller le chercher lui même, car si Nouli est actuellement emprisonné c'est à cause de lui qui a détruit une partie du mur de la porte et déclenché une catastrophe qui a fait de nombreux dégâts il y a quelques années.

Il envoi donc deux compagnons dans la prison : Ripka, l'ancienne capitaine de la garde qui l'a aidé dans sa précédente aventure et Enard (surnommé New Chum) le serveur qui avait rejoint l'aventure à la même période. Ceux deux la vont devoir trouver Nouli et le convaincre de les aider.
Pendant ce temps Detan et Tibs sont chargés de trouver un moyen de les faire tous sortir de la ...
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J'avais déjà bien détaillé la particularité de ce monde dans ma chronique du tome 1 : Steal the Sky, mais je vais vous le résumer à nouveau ici pour les nouveaux.

Dans ce monde il existe un gaz appelé Selium qui, en plus d'être plus léger que l'air, a des propriété magique exploitables par une partie de la population.
Ceux qui sont capable de le sentir sont appelés Sensibles. Mais il y a les sensibles acceptés par l'empire, qui sont à sa solde et travaillent avec leurs pouvoirs pour extraire et manipuler celui ci ... et les autres.

Detan notre personnage principal est l'un de ceux ci. Depuis qu'on lui a découvert des pouvoirs un peu trop bizarres pour être utiles, il est en fuite. Si il se fait attraper il n'aura que deux issues : soit comme cobaye pour des expériences pas du tout agréables dans les laboratoires de l'empire, soit mort car jugé trop dangereux.

Il faut savoir que l'usage du selium est addictif. Une fois qu'on a commencé à l'utiliser on a toujours envie d'en avoir plus, et de céder. C'est comme ça que l'empire "tient" ses propres sensibles, en étant l'unique fournisseur de leur drogue.

Dans le tome précédent Detan a découvert une petite communauté nomade de sensibles déviants qui vit sur un vaisseau toujours en mouvement histoire d’échapper à l'empire. Il aimerais bien les rejoindre mais son propre pouvoir est bien trop dangereux pour ça car sa particularité est de pouvoir faire exploser le selium.
Il a en permanence envie de faire usage de ses pouvoirs et seule sa volonté l’empêche de causer la destruction partout ou il passe...

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J'ai bien apprécie ce tome ci. Certes je trouve qu'on a perdu un peu du plaisir de la découverte mais c'est très souvent le cas pour les second tomes donc ça ne m'étonne pas du tout.

On peut dire que le principal attrait de ce tome ci est l'évolution personnelle des personnages qui prend un tournant plus important, sans parler de l'aventure, bien sur.

Ripka et Nex Chum se découvrent en prison. Aussi bien au niveau du passé de ce dernier dont on ne savait finalement rien jusqu'ici, que de la réalisation de ses propres limites par Ripka.
Elle voit finalement son ancien métier par l'autre coté de la barrière et c'est vraiment éclairant pour elle. Elle réalise ce qui n'allait pas forcement avant et elle ouvre les yeux sur la vrai vie de prisonnier. 

De leur coté Detan et Tibs complotent et n'hésiteront pas une seule seconde à utiliser des personnes contre leur gré pour obtenir ce qu'ils souhaitent : la libération des prisonniers.

Contrairement à ce qu'on pourrait imaginer, le coté "s'enfuir de prison" n'est pas vraiment central au final dans ce livre, me surprenant une fois encore par rapport à ce que je m'imaginais avant de le commencer (j'avais déjà été surprise dans le premier pour la même raison). Finalement on passe plus de temps sur les préparatifs qui consistent à se rendre nécessaire pour que les personnes utiles les aident.

La loyauté que ce groupe de personnages ressentent les uns pour les autres est vraiment un élément central ici.
Ils se font confiance alors que pourtant les chances d'échec de ce plan sont nombreuses car si c'était si facile de s'enfuir de la prison ça aurait été réalisé de nombreuses fois avant.

Pour autant c'est vrai que j'ai trouvé le temps un peu long à certains moments. Il se passe un temps assez conséquent entre le moment ou le plan est lancé et celui ou il commence à avancer, que ça soit du coté des prisonnier que des sauveurs. Je pense qu'avec 50 pages de moins le rythme aurait été plus actif sur l'ensemble.

Par contre je dois dire que j'ai vraiment apprécié le final de ce tome. C'est certes un sacré cliffhanger pour la suite, mais surtout c'est une décision logique pour Detan, même si elle est très difficile.
Il va vraiment lui falloir du courage pour s'en sortir aussi bien mentalement que physiquement ensuite mais je ne voyait pas vraiment d'autres solutions à long terme au problème qui se posait.
Espérons que les résultats seront à la hauteur ! 


15.5/20

Mon avis sur le tome précédent : Steal the Sky,

Enfants de la Terre et du Ciel – Guy Gavriel Kay

Lutin82
, 25/05/2019 | Source : Albédo

L’Atalante Enfants de la Terre et du Ciel s’inscrit dans la veine fantasy historique chère à Guy Gavriel Kay. Presque. Une des caractéristiques signatures de l’auteur consiste à s’inspirer fortement d’un pays et d’une période de l’Histoire réelle et de la propulser dans un monde légèrement retouché. Les Chevaux Célestes et Le Fleuve Céleste  proposait … Lire la suite de Enfants de la Terre et du Ciel – Guy Gavriel Kay

The Fold

Anudar
, 25/05/2019 | Source : La Grande Bibliothèque d'Anudar

Il y a quelques années, je découvrais Peter Clines et son 14 : un roman typé fantastique dont l'univers m'avait semblé trop grand pour ses dimensions - ce qui, d'ordinaire, semble indiquer la possibilité d'une suite ou au moins d'une réutilisation. Ayant découvert il y a peu de temps que l'auteur avait en effet choisi de revenir à cet univers, je n'ai pas été long à me pencher sur The Fold, le second volume de la série intitulée Threshold...
Résumé : 
Mike possède un talent rare : celui d'une mémoire aussi parfaite qu'involontaire, qui lui permet de retenir d'un bref regard le contenu d'une page toute entière. Sa facilité d'apprentissage et son intelligence auraient pu lui permettre d'accéder à des charges enviées - mais il se satisfait de n'être qu'un simple professeur de lycée. Jusqu'au jour où son vieil ami Reggie, après des années de tentatives infructueuses, parvient à le persuader de travailler pour lui en tant que contractuel : un projet des plus secrets, porté par la DARPA, réclame une reconduction de son financement - mais ses responsables refusent de révéler quelque élément que ce soit avant d'avoir terminé leurs tests. Eberlué, Mike découvre que le projet en question n'est rien d'autre qu'un trou de ver fonctionnel ! Pourtant, Reggie semble méfiant : quelque chose ne tourne pas rond dans l'équipe en question, et il a besoin du regard affûté de son ami pour l'aider à prendre la bonne décision. Mike lui-même sera-t-il capable de comprendre le danger qu'implique l'existence de la Porte ? Et surtout... pourra-t-il le faire sans se retrouver changé à tout jamais ?
Comme dans 14, l'auteur se propose de raconter ici une histoire dont l'argument trouve ses racines dans la science folle de la "Belle Epoque" et qui s'exprime avec force horreurs venues d'autres dimensions. La "Porte" joue ici le rôle de l'immeuble Kavach : le plus surprenant avec celui-ci, c'était que les loyers n'y coûtaient rien... et ici, le plus surprenant est que les physiciens, les ingénieurs et les informaticiens qui contrôlent - ou croient contrôler - la "Porte" ne comprennent pas le fonctionnement de leur création. Comme dans 14 encore, l'horreur s'infiltre dans le récit avant de s'y manifester pour de vrai : les bizarreries qui gênent Reggie et justifient l'envoi en mission de Mike s'expliquent bien entendu par un effet pas si secondaire de la physique à l'oeuvre derrière la "Porte". Et comme dans 14 toujours, de nombreuses fausses pistes conduisent les personnages au bord de la catastrophe... avant de les amener à faire un grand pas en avant ! De ce fait, il est difficile de ne pas lire The Fold comme un reboot - pour ne pas dire un remake - de 14 : cela se passe dans un univers commun, l'histoire suit la même structure et la conclusion est pour ainsi dire identique. C'est pourtant, plus que l'imagination à l'oeuvre ici, la narration qui se révèle problématique : je suis attaché à une règle non écrite, celle qui consiste à confier le point de vue à un personnage bien défini pendant une unité fictionnelle bien identifiée - qu'il s'agisse d'un chapitre, d'un ensemble de chapitres ou du texte tout entier. Ici, Mike se taille la part du lion dans le temps de point de vue puisqu'il le possède toujours ou presque - mais l'auteur visite parfois celui d'autres personnages... ce qui ne me dérangerait pas si ces changements étaient moins rares et plus équilibrés : ils ne permettent pas de faire de The Fold un roman choral et donnent tout au plus une impression d'arrière-pensée.

Redite à la narration boîteuse, The Fold est malgré tout sauvé - à défaut d'être rattrapé - par quelques bonnes idées. La première, c'est bien sûr le personnage hors normes de Mike dont le talent relève en réalité plus du handicap que d'autre chose. Il faut reconnaître que malgré les difficultés qu'impliquent une mémoire aussi peu maîtrisable que la sienne, le personnage est bel et bien le seul à pouvoir identifier le danger que représente la "Porte" : il s'agit d'accumuler des expériences visuelles et de les confronter aux nombreux rapports afin d'y trouver les détails qui posent question. En ce sens, Mike est bel et bien un héros pour ne pas dire un super-héros ! Ce statut qui est sous-entendu depuis le début du roman trouve à se concrétiser lors des séquences finales, horrifiantes à souhait - de celles qui, voulues par le genre lui-même, conduisent les personnages à se demander si leur monde peut encore être sauvé... voire conduisent le lecteur à se demander comment l'auteur va bien pouvoir se tirer de la nasse qu'il a lui-même construite ! La seconde bonne idée, c'est la nature même de cette "Porte" qui n'est pas un simple téléporteur tout droit sorti de La Mouche. Dans 14, Peter Clines imaginait l'existence d'un monde parallèle presque stérile car épuisé, où les rares formes de vie encore présentes sont monstrueuses et dominées par d'épouvantables prédateurs : il propose ici un système d'univers multiples parmi lesquels le nôtre correspondrait à un optimum et qui, de ce fait, intéresserait des entités d'ordre supérieur déterminées à y trouver leur subsistance après avoir épuisé le suc d'un autre. En quoi la "Porte" peut-elle faciliter le travail de ces êtres qu'il vaut mieux ne pas laisser entrer dans notre réalité si confortable ? L'irruption des fameux cafards verts fluo à sept pattes déjà entrevus dans 14 pourra sans doute servir d'indice aux lecteurs les plus portés à la compréhension en avance - et donc de jouer au jeu joué par Mike, à leur niveau.

Bien que moins bon que son prédécesseur, The Fold peut donc être une occasion indolore et pas déplaisante d'en revenir à l'oeuvre de Peter Clines. La prochaine itération de la série, semble-t-il, propose au lecteur d'explorer le futur, la lune et une histoire de zombies : je ne suis pas certain a priori qu'elle soit tout à fait indispensable.

Bulles de feu #15 - Disparitions

Baroona
, 25/05/2019 | Source : 233°C

Ces jours qui disparaissent, Timothé Le Boucher, 2017, 190 planches

À la suite d'un choc, Lubin, jeune acrobate, est confronté à un trouble dissociatif de l'identité cyclique : une autre personnalité prend possession de son corps un jour sur deux. Comment cohabiter avec soi-même ?

Ouvrage multiplement primé et acclamé, Ces jours qui disparaissent est à la hauteur de sa réputation. C'est une très bonne bande dessinée dont l'histoire tient en haleine et ne donne pas envie de la lâcher avant d'en avoir tourné la dernière page - une page qui d'ailleurs vous laissera la BD en tête pendant encore quelques minutes, au minimum. Le tout dans un style "épurée mais pas simpliste" qui apporte une vraie identité au livre.

Le seul petit bémol - outre la quatrième de couverture qu'on évitera de lire pour se garder un vrai plaisir de découverte (presque un cas de #SyndromeActesSud) - le seul bémol donc est une certaine sensation de manque d'un petit quelque chose, peut-être d'un vrai but (autre que "tourner les pages parce que c'est bien"). C'est ce qui retient Ces jours qui disparaissent d'être une extraordinaire BD. Mais cela ne doit absolument pas vous retenir de la lire parce qu'elle reste une très bonne BD !

L'Homme qui tua Lucky Luke, Matthieu Bonhomme, 2016, 60 planches
« J'l'ai eu bon dieu ! C'est moi, regardez ! C'est moi qui l'ai tué ! Haha ! J'ai détruit la légende ! J'ai tué Lucky Luke ! »
Ainsi commence L'Homme qui tua Lucky Luke, avec un Lucky Luke gisant mort, face contre terre, au milieu d'une troupe de badauds aussi choqués que nous. Comment cela a-t-il bien pu arriver ? Retour quelques jours auparavant, lorsque Luke arrive à Froggy Town...

L'Homme qui tua Lucky Luke, qui ne fait pas partie de la série officielle, est un superbe hommage au héros solitaire. Matthieu Bonhomme réussit le pari de faire une histoire classique de Lucky Luke tout en apportant sa vision de l'oeuvre et sa patte, avec en prime une explication tout à fait satisfaisante d'un détail historique de la série. Une vraie réussite - même s'il faut quelques pages pour s'habituer au visage de ce "nouveau" Luke - dont on ne peut s'empêcher de penser qu'elle a parfaitement sa place dans le canon officiel !

Sur les écrans #9

shaya
, 25/05/2019 | Source : Les lectures de Shaya

Exceptionnellement, je ne vous parlerai pas des films vus récemment, parce que cet article est déjà beaucoup trop long. Mais promis, je reviens vite avec des films, et des nouvelles des séries “régulières” !

Séries

  • Victoria, saison 3

Cette saison-ci, la série suit la vie de la Reine Victoria, jouée par Jenna Coleman, à la fin des années 40

Victoria, saison 3

Si j’avais adoré les deux premières saisons de Victoria, celle-ci a malheureusement été moins passionnante. Nous sommes centrés sur le couple royal en difficulté, et surtout sur Victoria. En effet, tout l’entourage de la Reine, y compris son mari et sa sœur, s’applique à remettre en question son jugement, pour la simple et bonne raison qu’elle est mère, et les hormones, etc. Le sujet est certes intéressant, mais lassant quand la série le traite toute la saison. La série s’intéresse aussi à d’autres sujets, notamment l’épidémie de choléra et la vision de la médecine à cette époque, ou encore l’éducation donnée aux enfants royaux, ce qui fait remonter son intérêt. A voir donc ce que donnera la saison 4.

  • The Good Doctor, saison 2

A la tête du conseil d’administration de l’hôpital St. Bonaventure depuis peu, l’ambitieux docteur Andrews met le pression sur le personnel médical pour soigner la réputation de l’établissement, en prodiguant des soins de qualité novateurs. Melendez, de son côté, a fort à faire entre l’encadrement de son équipe et le bien-être des patients à assurer. Shaun a pour challenge cette année d’améliorer sa communication avec les patients. Claire, au contraire bien trop à l’écoute des autres, va devoir s’affirmer davantage et mieux soutenir ses diagnotics. Atteint d’un cancer, le docteur Glassman est confronté à sa solitude et à la mort. Shaun saura-t-il lui apporter le soutien nécessaire pour traverser cette douloureuse épreuve ?

The Good Doctor, saison 2

Dans cette seconde saison, l’autisme est toujours bien présent avec notre jeune chirurgien, et cette année, la difficulté va être de travailler sur sa relation avec les patients, une chose bien difficile pour une personne avec des troubles relationnels. J’ai beaucoup apprécié que, cette saison, l’attention aille aussi aux autres personnages de la série, internes, médecins, et autres, et soit un peu moins centrée sur Shaun. La question que pose cependant cette saison est très intéressant : doit-on laisser une personne ayant des difficultés à gérer les relations humaines être chirurgien, et devoir gérer des situations difficiles au quotidien ? Le débat est ouvert.

  • Call the Midwife, saisons 1 à 8

East End, Londres, 1957. Sage-femme fraîchement diplômée, la jeune Jenny Lee s’apprête à entrer dans la vie active. Mais en lieu et place de l’hôpital où elle croit avoir été embauchée, c’est un couvent qui l’attend : Nonnatus House. Elle va y découvrir l’âpre réalité d’un quartier défavorisé, mais aussi faire la connaissance de femmes qui sont de véritables héroïnes.

Call the midwife

Cette série fait sans nul doute partie de mes énormes coups de cœur du moment. Nous suivons des sages-femmes, certaines nonnes, d’autres non, à la fin des années 50, dans un quartier particulièrement défavorisé de Londres, à savoir l’East End. A l’histoire personnelle des différents protagonistes, se mêle aussi un portrait de ce quartier pauvre et de l’époque, encore assez puritaine. On parlera notamment de l’homosexualité, de l’avortement, mais aussi de la foi, et plus généralement de la condition féminine à cette époque. En bref, je peux juste vous dire que cette série est magnifiquement bien écrite et très intéressante à regarder, même si la thématique “sage-femme” ne vous intéresse pas au premier abord.

  • Brooklyn 99, saisons 1 à 5

Cette comédie chorale suit les personnages et les affaires d’un commissariat de Brooklyn, loin des dangers et des affaires plus spectaculaires du très chic Manhattan.

Brooklyn Nine-Nine, saison 1

Si vous me connaissez un peu, vous savez probablement que les séries humoristiques ne sont pas forcément mes préférées. Mais j’ai découvert cette série mi polar, mi humour, quand il me fallait une série à regarder en VO, avec des sous titres VO. Et quel bonheur ! Je craignais au départ que l’humour et que le personnage de Jack Peralta me lasseraient, mais que nenni, et les autres personnages sont également un régal.

  • Killing Eve, saison 1

Deux femmes. Eve est un agent du MI5, les services secrets britanniques. Brillante, elle s’ennuie dans le triste travail de bureau auquel elle est confinée, à mille lieues des fantasmes d’agent secret qu’elle nourrissait en croyant devenir espionne. Villanelle est une tueuse. Brillante elle aussi, elle apprécie le train de vie luxueux que lui permet le drôle de métier qu’elle s’est choisi. Lorsque leurs chemins s’entrecroisent, rien ne sera plus jamais pareil, pour l’une comme pour l’autre…

Killing Eve

 

Killing Eve est une série démarrée pour plusieurs raisons, mais la première était l’une de ces actrices principales, à savoir Sandra Oh. En effet, je suis une grande fan de cette actrice, à cause de son interprétation de Christina Yang dans Grey’s Anatomy, et j’étais ravie de la voir revenir à l’écran. La seconde, c’est que le polar fait partie de mes genres favoris, et qu’une mini série de la BBC, ça ne se refuse pas. Et quel bonheur ! Les deux actrices jouent merveilleusement bien, et on adore cette sorte d’enquête qui semble virer par moment à un amour étrange. Oui, la série est un peu folle, mais c’était un chef d’oeuvre à ne pas rater, et il me tarde d’entamer la deuxième saison.

  • Heartland CA, saisons 1 à 11

En dépit des dettes qui s’accumulent et de la banque qui menace de saisir, les Fleming se battent pour permettre à leur ranch de continuer à tourner.

Heartland CA

Certains d’entre vous connaissent peut-être cette vieille série de romans sur l’équitation, Heartland, écrite par Lauren Brooke. Dans les livres comme dans la série, nous suivons le parcours d’Amy (Laura dans les livres) Fleming, dont la mère meurt accidentellement alors que la jeune fille a 15 ans, la laissant à la tête du ranch avec son grand-père et sa sœur ainée Lou, partie vivre à New York auparavant. En bonne fan d’équitation, les séries qui parlent de chevaux sont des séries que j’ai souvent regardé, même elles sont en majorité destinées aux adolescent.e.s que je ne suis plus. Cependant, Heartland sort un peu du lot, notamment à cause de sa longévité. En effet, si nous découvrons Amy adolescente, nous avons aussi le personnage de Lou, déjà adulte, et de leur grand-père, Jack, qui doivent faire face aux difficultés financières du ranch. De nombreux thèmes sont traités tout au long de la série, tels que la maltraitance des animaux, le dopage, l’alcoolisme ou encore la dépendance aux médicaments, parmi bien d’autres thèmes. En conclusion, il s’agit là d’une série familiale qui parlera aux fans d’équitation !

  • Russian Doll, saison 1

Une femme prise au piège d’une mystérieuse boucle revit sans cesse une nuit de fête à l’issue de laquelle elle meurt… avant de se réveiller le lendemain, indemne.

Russian Doll

Encore une série regardée à cause de son actrice principale, promis, j’arrête ! Nous retrouvons ici l’actrice Natasha Lyonne, qui incarne le merveilleux personnage de Nicky dans Orange is the new black, et le personnage de Nadia dans Russian Doll d’ailleurs tout aussi barré que le précédent.Les histoires de boucle temporelle, ce n’est clairement pas le thème le plus original qu’il soit. Et pourtant, j’ai adoré regarder Nadia, trentenaire New-Yorkaise en pleine auto-destruction, s’interroger sans cesse, essayer de comprendre, et finalement, cette sorte d’auto-analyse des personnages principaux. La série comprend aussi une grosse dose d’humour noir et interroge sur le rapport à la mort. La bande-son est également fabuleuse, et l’actrice parfaite dans son rôle. Vous l’aurez compris, c’est une série coup de cœur pour moi, mais qui peut ne pas plaire à tous de par son étrangeté.

  • Good Trouble, saison 1

Une fois leurs études terminées, Callie et Mariana, deux des enfants adoptifs de la famille Adams Foster, s’installent à Los Angeles où elles vont vivre leurs premiers pas d’adultes, entre défis, déboires professionnels, histoires d’amour, et nouvelles amitiés forgées au sein de leur logement communautaire.

Good Trouble

Good Trouble, c’est avant tout le spin-off de la série The Fosters, dont je vous ai déjà parlé plusieurs fois, ici et ici. Nous retrouvons ici Mariana et Callie, deux des personnages principaux de The Foster, même si d’autres feront également leur apparition dans cette première saison. Ici, nous n’avons plus deux adolescentes, mais deux jeunes adultes prêtes à rentrer dans la vie active, et qui vont pour ce faire intégrer La Coterie, un logement communautaire. C’est l’occasion de se frotter à toute une galerie de personnages, en passant par l’activiste qui défend les droits des personnes de couleur à l’artiste excentrique, ou encore à la lesbienne qui gère l’établissement. On parlera aussi beaucoup juridique et sexisme, notamment dans le milieu informatique. La série n’est pas la plus exceptionnelle, mais fait bien son job et est assez rafraîchissante à regarder.

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Le cri du corbeau – Ed McDonald

Apophis
, 25/05/2019 | Source : Le culte d'Apophis

Un tome 2 encore plus réussi que son prédécesseur Le douze juin, sortira Le cri du corbeau d’Ed McDonald, tome 2 du cycle Blackwing, et donc la suite du très solide La marque du corbeau. J’ai, pour ma part, lu ce roman en VO, sous le titre Ravencry, et voilà la conclusion que je tirais de […]