Les assoiffées

Le chien critique SFFF
, 18/03/2019 | Source : Le chien critique



Bernard Quiriny, Le Seuil, 2010, 400p., 8€ epub avec DRM


Le pouvoir, d'où qu'il vienne, c'est vraiment de la merde !
Léo Ferré


Et si les femmes prenaient le pouvoir ?

 

Présentation de l'éditeur :


Qu’il fait bon vivre en Belgique ! Les femmes y sont reines depuis le putsch d’Ingrid, la Bergère, féministe endurcie. Du moins, c’est la version officielle. Les frontières étant fermées, les rumeurs enflent : les hommes seraient parqués dans des camps, esclaves de ces dames, les enfants mâles éliminés. Pour la première fois depuis vingt ans, des journalistes pénètrent sur le territoire belge…


Mon ressenti :


En ces temps de féminisme, le pitch de ce roman me faisait de l'oeil, en espérant y trouver une satire mordante du politiquement correcte, une sorte de miroir inversé de La servante écarlate.
Soit, dans les années 70, une révolution féministe s'empare du pouvoir au Bénélux. Une douce utopie où la femme est libérée, délivrée, et l'homme remis à sa place, celle de chien. Peu à peu, la révolution des mentalités se transforment en utopie pour les unes, en dictature pour les uns. Les frontières se ferment et black out sur ce qui se passe à l'intérieur de l'Empire des femmes.
En 2010, une délégation journalistique est autorisée à y pénétrer.

Si c'est le renversement des consciences ou l'uchronie qui vous intéresse, passez votre chemin, il n'en est question qu'au détour de quelques scènes. Si c'est une farce antiféministe que vous voulez lire, changez de trottoir. Il ne sera questions ici que du voyage de la délégation journalistique et de resucée de notre histoire.
On voit venir de loin où veut nous mener l'auteur : Homme Femme, même combat, une fois au pouvoir, c'est le pouvoir qui mène la danse, pas le genre.

Entre la délégation journalistique pro-féministe, nous prenons connaissance du journal intime d'une femme lambda de l'empire, une femme libérée, délivrée. Enfin libérée, tout dépend de sa position sociale, faudrait pas trop déconné quand même, la révolution oui, mais pour les puissantes. Puissantes qui sont fidèles à l'imagerie : décadence, sexe et luxure.
Entre la vision idyllique présentée à la délégation, la montée de de cette femme anonyme dans les couloirs du pouvoir, rien n'est original. L'empire féministe est un mixte entre Corée du nord, URSS, royauté, nazisme et théocratie. La propagande reste ce qu'elle est, on se doute facilement de ce qui va se passer.
Mais ça se laisse lire, les pages défilent, on sourit sur quelques belles inventions, comme ce journal intitulé Féminité en lieu et place de l'Humanité, ou cette autoroute trans-impériale à 6 voies alors que seuls la classe dirigeante possède une voiture, ou encore comment l'homme doit renier son genre, en se coupant les roubignoles.

Au final, reste cependant un tout ça pour ça.

CR Barbarians of Lemuria : Le Plus Vieux Rêve de Lôm (02)

Nébal
, 18/03/2019 | Source : Welcome to Nebalia

Seconde et dernière séance du scénario « Le Plus Vieux Rêve de Lôm » , pour Barbarians of Lemuria . Il est dû à Arnaud Prié, et figure dans le supplément Chroniques lémuriennes , pp. 42-57. Vous trouverez la première séance ici . L’illustration en tête...

Mers mortes- Aurélie Wellenstein

Célindanaé
, 18/03/2019 | Source : Au pays des Cave Trolls

Mers-Mortes-OK

Après Le Dieu oiseau paru en 2018, Aurélie Wellenstein revient au roman post-apocalyptique qu’elle avait déjà abordé dans La mort du temps en 2017. Cependant, cette fois, il n’est plus question de séisme temporel mais d’écologie et de catastrophe climatique dans son cinquième roman paru chez Scrineo, Mers mortes, un roman plus que jamais placé dans une problématique actuelle.

Mers mortes se déroule dans le futur, un avenir très sombre où le réchauffement climatique a entrainé l’acidification des océans. Les diverses pollutions ont transformé définitivement les mers puis la banquise a fondu, le krill a disparu. Les premières victimes ont été les animaux, puis peu à peu les océans et les mers ont disparu. Cela donne déjà un aperçu de l’horreur du monde tel qu’il est décrit dans ce roman. Mais ce n’est malheureusement pas tout. Des marées fantômes se déversent à un rythme inconnu sur les survivants, et ces marées contiennent les fantômes des animaux morts qui veulent se venger de leur terrible agonie. L’univers décrit par Aurélie Wellenstein est très sombre, glaçant et terrible. La survie est difficile, l’espoir n’existe plus.

Le seul rempart face aux marées fantômes est le pouvoir des exorcistes qui arrivent à créer des boucliers protecteurs contre les spectres et ainsi à les maintenir éloignés des humains. Ils sentent quand les marées vont arriver et leur rôle est crucial. Le personnage principal du roman, Oural, est un exorciste, il vit au bastion, une sorte de place forte, en compagnie d’autres survivants. Un jour sa route va croiser celle de Bengale, un pirate naviguant sur les mers mortes grâce à son vaisseau fantôme, un bateau qui ne peut naviguer que durant les marées. La vie d’Oural va être totalement chamboulée par cette rencontre et par la mission que Bengale s’est donnée.

Mers mortes est un vrai roman post apocalyptique où il est question de survie, à tout prix, de catastrophes climatiques, d’horreurs et d’un monde qui se meurt. Un monde sans océan est un monde condamné où la vie devient impossible. L’autrice nous propose un monde glaçant, dur, et elle n’hésite pas à décrire les horreurs dont les animaux ont été victimes. Elle dénonce la cruauté des hommes envers le monde animal, surtout celui des océans, car il n’est pas fait mention des autres espèces. Il est principalement question de la pollution des océans et du total dédain de l’homme pour les animaux marins. Mais la cruauté envers les animaux n’est pas la seule au centre du récit, il est aussi question du comportement humain en général : Certains passages sont très dûrs et révèlent tout ce que l’homme peut faire de pire. Le roman offre ainsi une prise de conscience écologique et humaine sur notre monde.

Les personnages principaux sont Oural et Bengale, deux figures hors normes que tout oppose au départ. Bengale donne un autre tournant au roman. C’est un pirate, capitaine de bateau, très charismatique et à qui son équipage voue presque un culte. On sent qu’Aurélie Wellenstein a mis tout son cœur à créer ce personnage. Le seul problème est qu’il est tellement charismatique qu’il en vient à éclipser les autres protagonistes. Oural arrive à rester intéressant et à garder la tête hors de l’eau face à la déferlante Bengale mais clairement pas les personnages secondaires qu’on a tendance à vite oublier.

Le récit est rapide, bourré d’actions et sans temps mort. Aurélie Wellenstein opte pour un récit sous forme de coup de poing, pour marquer les esprits avec des descriptions violentes, sombres. On a vraiment l’impression de se prendre toutes ses horreurs de front. Cette impression de rapidité reste jusqu’à la toute fin, un peu trop rapide. Certains points auraient mérité qu’on s’y attarde un peu.

Mers mortes est à mon sens le roman le plus abouti d’Aurélie Wellenstein. L’idée de départ du roman est excellente et offre des scènes marquantes. Le monde sans océans avec des spectres voulant se venger est remarquable et terrifiant. Le récit est violent, sombre, très rythmé, parfois un peu trop rapide surtout à la fin. Mais cela n’enlève rien à la force du roman et aux thématiques traitées.

Autres avis:Dup, Elbakin

cof

Autrice: Aurélie Wellenstein

Éditeur : Scrineo

Parution :14/03/2019

Illustrateur: Aurélien Police

Un récit écologique dans un univers sombre et violent
Les humains ont massacré les mers et les océans. L’eau s’est évaporée ; les animaux sont morts.
Quelques années plus tard, les mers et les océans reviennent. Ils déferlent sur le monde sous la forme de marées fantômes et déplacent des vagues de poissons spectraux, tous avides de vengeance. Les fantômes arrachent leurs âmes aux hommes et les dévorent. Bientôt, les humains eux aussi seront éteints… Leur dernier rempart face à la mort : les exorcistes.
Caste indispensable à l’humanité, les exorcistes sont bien entendu très convoités.
L’un d’eux, Oural, va se faire kidnapper par une bande de pirates qui navigue sur les mers mortes à bord d’un bateau fantôme.
Voilà notre héros embarqué de force dans une quête sanglante et obligé, tôt ou tard, de se salir les mains

 

 

L’épée de Rhiannon, de Leigh Brackett

Lorhkan
, 18/03/2019 | Source : Lorhkan et les mauvais genres

Il y a un longtemps que je voulais m’attaquer aux récits de Leigh Brackett, à commencer par ses textes se déroulant sur la planète Mars, envie revigorée après avoir vu le film « John Carter », lui-même adapté des romans martiens d’Edgar Rice Burroughs. Peu après ce film, je me suis donc procuré « Le cycle du guerrier de Mars » de michael Moorcock et le gros recueil « Le Grand Livre de Mars » de Leigh Brackett regroupant trois romans et cinq nouvelles, tous ces récits s’inscrivant très clairement dans la droite lignée de ceux de Burroughs, en mettant en scène une planète Mars fantasmée dans un cadre relevant autant de la SF que de la fantasy. Et comme j’ai décidé d’éclater la lecture du recueil de Leigh Brackett en plusieurs morceaux, voici ici le premer texte, « L’épée de Rhiannon ».

 

Quatrième de couverture (tirée du recueil « Le Grand Livre de Mars ») :

La scénariste de L’Empire contre-attaque au sommet de son art…

Mars. La rouge. La sèche. L’immortelle. Mars où les empires s’entrechoquent et s’effondrent, où les héros naissent à l’ombre d’oriflammes barbares. Mars, où la fierté d’un héritage culturel indicible et millénaire. Mars des secrets. Du pouvoir. De la mort. Mars du souvenir…

Au programme de cette édition exceptionnelle, dans des traductions totalement révisées et réunies pour la première fois :

  • L’Épée de Rhiannon
  • Le Secret de Sinharat
  • Le Peuple du talisman
  • Les Terriens arrivent

Le tout encadré d’une préface inédite de Michael Moorcock, d’une large postface biographique signée Charles Moreau et d’une bibliographie exhaustive.

Si Leigh Brackett (1915-1978) est mondialement connue pour avoir scénarisé des films aussi célèbres que Le Grand sommeil (coécrit avec William Faulkner), Rio Bravo ou encore L’Empire contre-attaque, celle qui fut la compagne d’un des plus grands auteurs de l’Âge d’Or, Edmond Hamilton, demeure avant tout une romancière de tout premier plan qui a donné ses lettres de noblesse à la science fantasy.

Ici, Leigh Brackett évoque Mars avec une puissance poétique digne de Ray Bradbury, dont elle fut l’amie et la confidente alors qu’il rédigeait les Chroniques martiennes. Elle a de fait influencé des générations d’écrivains, au premier rang desquels Michael Moorcock, qui reconnaît chez cette grande dame des littératures de genre l’une de ses inspirations fondatrices.

 

Mars la bleue !

Mars, l’ultime frontière… Ah non, pardon, je me suis trompé de saga…^^ Mais en tout cas, au moment de l’écriture de ce récit, initialement paru en 1949 dans la revue pulp « Thrilling wonder stories » puis en volume en 1953 (accompagné du récit de Conan « L’heure du dragon » de Robert E. Howard, c’est donc ce qu’on appelle un volume de qualité !), Mars fascinait. Il y eut bien sûr H.G. Wells et ses envahisseurs martiens de « La guerre des mondes » puis l’inévitable Edgar Rice Burroughs et son immense cycle composé de plus d’une dizaine de romans ou recueils écrits sur quatre décennies. Leigh Brackett a mis son grain de sel dans la littérature martienne avec plusieurs récits se déroulant sur la planète rouge, dont « L’épée de Rhiannon ».

Alors donc, puisqu’on parle de Mars habitée, on doit sûrement nager en plein SF, n’est-ce pas ? Hé bien oui, mais non. Ou plutôt oui et non. Car si le départ du récit relève en effet de la SF (un futur indéterminé, quelques termes et objets techniques), on tombe rapidement sur de la pure heroic-fantasy. Comment ? Tout simplement en renvoyant le héros du texte, Matthew Carse, archéologue/pillard/voleur/Indiana Jones-pas-loin-du-côté-obscur, dans un lointain passé suite à la découverte d’un artefact dans une ancienne tombe. Et quand je dis lointain, je parle d’un millions d’années, rien que ça !

Et un million d’années dans le passé, c’est trouver une planète Mars avec végétation, océans liquides et plusieurs nations qui, bien sûr, ne manquent pas de se battre (avec une technologie plus ou moins moyenâgeuse), sinon ce ne serait pas drôle. Et Matthew Carse se retrouve donc catapulté sur un monde radicalement transformé par rapport à ce qu’il connaît, un monde qui va évidemment se voir quelque peu bousculé par sa présence. Tout est donc à redécouvrir, une technique narrative qui permet au lecteur de rapidement se mettre dans la peau du héros puisqu’il découvre ce monde en même temps que lui.

« L’épée de Rhiannon » est un roman qui va à l’essentiel : la narration est totalement linéaire en suivant chaque pas de Matthew Carse, l’action est omniprésente et prend largement le pas sur des personnages à la psychologie rudimentaire dont on ne connaîtra rien ou presque de leur passé, ce qui leur aurait pourtant donné une épaisseur bienvenue mais aurait sans doute dévié de l’intrigue principale et des actions du héros qui restent l’unique priorité de Leigh Brackett. Vous allez me dire après ça que ce roman n’a pas l’air très emballant. Et vous auriez tort ! Certes, on n’est pas dans la grande littérature, mais c’est ultra efficace, très rythmé, les péripéties se succèdent sans laisser au lecteur le temps de souffler, le tout dans un style d’une clarté exemplaire : Brackett installe des ambiances, des situations et des personnages en peu de mots mais la magie opère toujours, c’est assez remarquable. Et parfois, au détour de quelques phrases, on trouve quelques éléments à peine effleurés qui donnent une sorte de cosmogonie primitive et du même coup un peu de consistance à une culture martienne qui restera malgré tout assez parcellaire.

Mais l’essentiel dans tout ça c’est que ce roman, bien écrit et incontestablement bien mené, fait souffler le vent de l’Aventure avec un grand A, celle qui avait cours à l’époque de l’âge d’or de la SF. Si tant est qu’on soit sensible à ce genre de texte, à aucun instant on ne s’ennuie, les pages défilent et on arrive à la conclusion du récit (court, 160 pages en grand format) tout ébouriffé par ce qu’on a vécu. En introduction, on aura noté via la préface de Michael Moorcock l’importance que Leigh Brackett (une des rares autrices de SF de l’époque, mais parmi les plus importants écrivains d’alors, au-delà même des considérations de genres, épouse d’Edmond Hamilton et qui aura eu une riche carrière, l’amenant bien sûr à ce pour quoi elle est sans doute plus connue : l’écriture du scénario de « L’empire contre-attaque ») aura eu sur la SF d’alors mais aussi sur bon nombre d’écrivains qui ont suivi. Quand on lit « L’épée de Rhiannon », on perçoit, même s’il n’est pas reconnu comme son meilleur roman, ce que l’auteur d’Elric a voulu dire, alors que lui-même, et il ne s’en cache pas, lui doit beaucoup. En bref, on tient là du pulp qui fait du bien par où il passe ! À suivre…

 

Lire aussi les avis (essentiellement sur le recueil entier) de Patrice Lajoye, Simatural, Manu B., Les chroniques du chroniqueur, A.C. de Haenne.

 

Cet article L’épée de Rhiannon, de Leigh Brackett est apparu en premier sur Lorhkan et les mauvais genres.

C'est lundi... que lisez-vous? #164

De Livre En Livres
, 18/03/2019 | Source : De livres en livres

Rendez-vous initié par Mallou qui s'est inspirée de It's Monday, What are you reading ? by One Person’s Journey Through a World of Books. Galleane repris la relève et a ensuite passé le flambeau à Camille du blog I believe in pixie dust


On répond comme chaque lundi à trois petites questions :
1. Qu'ai-je lu la semaine passée ?
2. Que suis-je en train de lire en ce moment?
3. Que vais-je lire ensuite ?

 
Qu'ai-je lu la semaine passée ?
 
 
- J'ai commencé la semaine en lisant Imager's Intrigue que j'ai adoré. Ce tome combine tout ce qui me plaisait dans les deux précédents tomes de la série en y rajoutant plein d'action et une intrigue qui bouge plus !
- J'ai lu ensuite Rendez-vous avec le mal que j'ai un peu moins apprécié que le précédent, même si ça restait vraiment sympa.
- Et j'ai terminé sur Nice dragons finish last, une lecture commencée sur un coup de tête et qui c'est avérée vraiment super sympa. C'était vraiment ce dont j'avais envie au moment ou j'en avais envie, le combo gagnant.
 
 
 Que suis-je en train de lire en ce moment ?
 
 
J'ai commencé L'usage des armes, un mini pavé. Il me faudra surement la semaine pour le terminer.
 
 
Que vais-je lire ensuite ?
 

En ce moment, se limiter à 3 livres est une bonne résolution, de toute façon je ne lis que rarement plus. J'ai grandement envie de continuer la série Mindspace Investigations, de terminer la Trilogie des flèches et de continuer les SPI files
 
 
Et vous, que lisez vous?

La lecture avec liseuse (2)

Lutin82
, 17/03/2019 | Source : Albédo

    Je vous propose une petite série d’articles axés sur l’environnement du livre. N’imaginez pas que je souhaite vous parler de plaid et de broderie, je suis largement geek et nous continuons de nous tourner vers les liseuses. Cet article étant le deuxième du genre, n’imaginez pas que le but est de vous convaincre … Lire la suite de La lecture avec liseuse (2)

El Nakom tome 1

Anudar
, 17/03/2019 | Source : La Grande Bibliothèque d'Anudar

J'ai déjà eu l'occasion de le dire par ailleurs mais l'Histoire est l'une de mes sources de fascination - et en particulier, celle de la Mésoamérique : ces "autres mondes" que l'Europe découvre à la fin du Moyen-Âge y ont importé un imaginaire foisonnant, fondé sur une pensée différente que les conquérants espagnols puis anglais ont tenté de faire s'éteindre. El Nakom est une saga en deux tomes signée par Jéronaton, qui aborde comme on va le constater un épisode peu connu du public général...
Résumé : 
En l'an 1511, des naufragés castillans touchent terre sans bien savoir où ils se trouvent... Gonzalo Guerrero entrevoit dans la jungle des ruines, celles d'une ville antique, au moment même où ses compagnons sont capturés par des indigènes à l'aspect farouche : plusieurs d'entre eux seront bientôt sacrifiés au sommet d'une pyramide à degrés ! Guerrero, bien décidé à ne pas devenir à son tour une victime sacrificielle, parvient à manigancer l'évasion des survivants... Quelques péripéties plus tard et capturés à nouveau, lui et un prêtre finissent aux mains d'un cacique maya qui, intrigué par cet homme barbu à la peau blanche, prend la décision de faire enseigner sa langue à Guerrero. Celui-ci ne le sait pas encore, mais c'est un premier pas vers une vie nouvelle : une vie où il devra préparer le peuple maya au conflit contre son propre peuple...
Toutes les histoires de la présence espagnole dans le Nouveau-Monde ne sont pas aussi négatives que les épopées de conquête bien connues de Cortès et de Pizarro, qui ont réussi à faire tomber des empires séculaires à la faveur des divisions politiques au sein des populations conquises mais aussi des croyances religieuses de celles-ci. Moins fins stratèges qu'ils n'étaient bons politiques et donc bons opportunistes, les deux grands chefs espagnols auraient pu périr à plusieurs reprises sur le champ de bataille ou même sous le couteau du sacrifice - et s'ils sont les fondateurs de l'empire colonial espagnol, ils ne le doivent en partie qu'à la chance. Gonzalo Guerrero n'est pas un conquistador : perdu au-delà des frontières de l'écoumène espagnol, il est un naufragé, devenu esclave puis favori royal et en fin de compte conseiller militaire.

Le pays maya où il finit par faire souche est une mosaïque de Cités-Etats qui n'ont pas perdu la mémoire d'un héritage commun, celui des grandes villes abandonnées plusieurs siècles plus tôt, et qui résistent tant bien que mal aux descendants d'un peuple guerrier, les Toltèques. Guerrero, en apportant avec lui des techniques de guerre européennes - l'utilisation de l'arbalète mais aussi la phalange équipée de sarisses - permet aux Mayas de faire la différence et gagne ainsi ses galons de Nakom, soit donc stratège. Mais son projet, formulé au fur et à mesure que le temps passe, va bien plus loin : il s'agit pour lui qui se considère à présent plus maya que castillan, de permettre au peuple qui l'accueille de conserver sa spécificité sans craindre les conquérants. De ce fait, Guerrero engendre la première génération de métis : la légende, au terme de ce premier volume, est donc prête à se répandre.

Cette histoire vraie ne pouvait être servie que d'un trait réaliste : Jéronaton prend donc soin d'habiller son intrigue de décors et d'expressions tout à fait crédibles. Sous ses pinceaux, le pays maya garde son pouvoir de fascination tout en se faisant accessible, et retranscrit donc bien l'émerveillement du personnage de Guerrero qui, à chaque instant ou presque de son épopée, découvre un monde nouveau, différent de ce qu'il connait - un monde appelé à le séduire et à le transformer. C'est donc un album très réussi, tant sur les fronts historique et narratif que sur le front graphique : bravo, et il faut à présent espérer que le deuxième tome tiendra les promesses du premier...

Céder la place – Emmanuel Quentin

FeydRautha
, 17/03/2019 | Source : L'épaule d'Orion – blog de SF

QuentinEmmanuel Quentin aime les livres. Alors il est bibliothécaire. Mais comme cela ne suffit pas, il en écrit. Son premier roman, Dormeurs, a été publié en 2016 dans la collection pépinière Les peuples de Mü des éditions Mü. Son deuxième roman, Où s’imposent les silences, le fut en 2017, dans la même collection chez le même éditeur. Mais comme cela ne suffisait toujours pas, alors il écrit aussi des nouvelles. Céder la place est une courte nouvelle d’une vingtaine de pages publiée en février 2019 chez Les Éditions Mille Cent Quinze. C’est Emmanuel Quentin qui l’a écrite. Sans doute à la suite d’un cauchemar.

Nat est acteur. L’époque n’est plus aux séries qui passaient sur ce qu’on appelait le petit écran. Elle est aux expériences immersives de réalité augmentée qui se vivent contextuellement dans des lieux où l’on vient chercher le frisson de la reconstitution virtuelle, via les lentilles que tout le monde a désormais greffées sur la rétine. Aujourd’hui, Nat revient sur « les lieux du crime », l’asile de Kazan, où il a tourné sa dernière contribution pour un programme proposant une visite de lieux insolites ou effrayants. Se noyant incognito au sein d’un petit groupe de visiteurs, il vient voir le produit fini. Dès la mise en place, on devine donc où Emmanuel Quentin nous emmène. Le coup de la visite de l’ancien asile d’aliénés, on nous l’a déjà fait mille fois, on sait tous comment ça se termine.

Oui mais non. Ce n’est en fait pas du tout la direction dans laquelle l’auteur nous emmène. On se rappelle que la visite est virtuelle. Que pourrait-il donc bien arriver dans un programme virtuel distribué via un implant ? Et au moment où on se dit que, cette fois-ci, on a compris, Emmanuel Quentin nous promène une fois de plus.

Céder la place fonctionne comme un épisode de La Quatrième Dimension. A partir d’une mise en scène que notre imaginaire collectif associe d’entrée à une situation angoissante, la thématique glisse dans des directions inattendues jusqu’à aller déchirer le rideau de la normalité pour nous proposer une peur venue d’ailleurs. A la fin, on n’a toujours pas vraiment compris la nature de la menace, mais celle-ci est bien réelle, la peur est installée, la solution est atroce et inévitable. La toute dernière scène offre une clef sous la forme d’un retournement ironique contre la technologie qui infiltre nos existences. Vous ne regarderez pas la couverture qui l’illustre de la même manière en refermant cet ouvrage.


D’autres avis de lecteurs : Les lectures du Maki


Titre : Céder la place
Auteur : Emmanuel Quentin
Publication : 28 février 2019, collection Chronopages, éditions Mille Cent Quinze
Nombre de pages : 18
Format : papier et ebook

Sur Amazon : Céder la place (ChronoPages)

Les Montagnes Hallucinées, t. 2, de Gou Tanabe

Nébal
, 17/03/2019 | Source : Welcome to Nebalia

TANABE Gou, Les Chefs-d’œuvre de Lovecraft : Les Montagnes Hallucinées, t. 2 , [Kyôki no Sanmyaku Nite Lovecraft Kessakushû 狂気の山脈にてラヴクラフト傑作集 vol. 3&4 ], [d’après une nouvelle de Howard Phillips Lovecraft], traduction [du japonais par] Sylvain Chollet,...

Le Cercle de Farthing - Jo Walton

Yogo
, 17/03/2019 | Source : Les Lectures du Maki


Agatha Christie en Uchronie

Le Cercle de Farthing de Jo Walton est le premier tome de la trilogie du Subtil Changement mais se suffit amplement à lui-même. Après Mes vrais enfants, le chef d'oeuvre de Jo Walton et Morwenna non moins excellent, j'ai décidé de me lancer dans cette trilogie bien que l'uchronie, avec comme divergence historique la seconde guerre mondiale, ne soit pas ma tasse de thé. Mais heureusement le roman est avant tout un polar, so British où l'uchronie apporte une touche originale au récit.

La famille Eversley, artisans de la paix avec Hitler, reçoit dans son manoir quelques amis, tous plus ou moins proches du pouvoir en place. Lucy, leur fille, est mariée (contre leur gré) à David Kahn, un juif anglais, est aussi présente. Un meurtre se produit pendant la nuit, les soupçons se portent de facto sur David. L'inspecteur Carmichaël de Scotland Yard est dépêché sur les lieux pour trouver l’assassin de James Thirkie. La culpabilité de David ne lui semble pas évidente bien que de nombreux indices aillent dans ce sens...
Lire la suite...