Jarvis, l’intégrale 3 : L’Envoyé du quatrième règne, Christian LÉOURIER

lenocherdeslivres
, 22/01/2022 | Source : Le nocher des livres

Avec L’Envoyé du quatrième règne, troisième roman du cycle de Jarvis, Christian Léourier nous propose un épisode de transition vers l’espace. En attendant de rencontrer cet envoyé de ce mystérieux quatrième règne, Jarvis doit continuer à se méfier des différents groupes qui se partagent le pouvoir et les territoires sur Thalassa. Certaines personnes ne lui pardonnent pas de les avoir ridiculisés ou, simplement, battus.

Comme je l’ai expliqué ici, pour éviter la lassitude et en profiter pleinement, je lis ce gros livre en plusieurs fois : roman par roman. Voici donc :

L’Envoyé du quatrième règne (1976)

Tout commence quand un inconnu propose à Jarvis de l’aider à récupérer un trésor fabuleux. Pas de pièces d’or ou de bijoux, non, bien mieux sur Thalassa : du métal. Des quantités gigantesques de métal. Rappelons que la plnète est composée essentiellement d’eau, que les terres émergées sont rares et donc, que les métaux le sont également. Du moins, ils sont difficilement accessibles. La proposition est intéressante, mais suffisamment inhabituelle pour rapidement mettre la puce à l’oreille de notre héros. Et il a raison, il y a bien aiguille sous roche. Même si ce n’est absolument pas celle à laquelle il pense. Et nous non plus, d’ailleurs.

Car, une fois de plus, et c’est ce qui donne de l’intérêt à cette lecture, même quand on n’est plus un adolescent, Christian Léourier, tout en utilisant les codes du récit pour la jeunesse, conduit son histoire plus loi, hors des sentiers battus. Le connaissant, on imagine bien qu’une autre race extra-terrestre va apparaître. Le titre l’annonce de toute façon. Mais l’idée finale est suffisamment surprenante (quoique tellement en accord avec la « philosophie » de cet auteur) pour mériter, là encore, la lecture.

Et en attendant la rencontre finale, l’explication du mystère qui tient en haleine depuis le début, nous assistons aux suites du conflit entamé dans le premier tome. Le chef de la Confrérie a toujours une dent contre lui et il espère bien profiter de cette occasion pour régler ses comptes avec Jarvis tout en empochant une coquette somme au passage. Quant à Jarvis, il s’appuie à nouveau sur ses amis Meeranes, eux dont nous avons pu découvrir les mœurs dans le deuxième volume. La lutte sera dure et pleine de suspens, avec des retournements de situation efficaces.

Uriale n’est décidément pas reléguée au rôle de potiche souvent destiné aux femmes dans cette période. Elle a son caractère et ses connaissances, qu’elle met régulièrement à profit pour tirer d’un mauvais pas son compagnon. Mais, tout de même, c’est Jarvis qui, à la fin, a le rôle du héros. C’est son nom que porte la saga, non ?

Avec L’Envoyé du quatrième règne, Christian Léourier permet à son héros de poursuivre son trajet vers l’autre, le différent, déjà entamé dans les deux premiers récits de la saga. Mais cette fois-ci, il passe à la vitesse supérieure et se prépape à nous transporter au-delà des étoiles, peut-être. Vers la Terre ?

Cette intégrale des aventures de Jarvis comprend sept romans : Le Messager de la Grande Ile, Le Paradis des hommes perdus, L’Envoyé du quatrième règne, Les Rebelles de la soif, La Cité des hauts remparts, L’Astéroïde noir, Les Chemins d’espérance.

Présentation de l’éditeur : « Il avait senti sur sa peau la brûlure des étoiles. Lui, le navigateur, comment pourrait-il désormais se contenter des vagues monotones ? Les tempêtes elles-mêmes lui paraîtraient insipides, comparées à la fureur des orages ioniques. » Sur Thalassa, l’océan est au centre de tout. Les descendants des colons terriens arrivés avec le vaisseau Aloade doivent se contenter de quelques terres émergées et de rares ressources, et la vie est difficile. Pour Jarvis, tout bascule lorsqu’il fait une découverte qui menace la prospérité de la Confrérie des chasseurs de korqs, à laquelle il appartient. Banni par ses pairs, le jeune homme prend la mer aux côtés d’un clan de nomades navigateurs, sans espoir de retour. Leur rencontre avec un curieux symbiote capable de communiquer va pourtant modifier tous leurs plans. Commence alors pour Jarvis et ses compagnons un tout autre voyage, à travers l’espace, à la recherche du chemin vers la Terre.

Éditions Critic – 25 novembre 2021 (sept romans dont un inédit – 938 pages – 25 euros)

Merci aux éditions Critic pour ce SP.

D’autres lectures :

Le Temps des retrouvailles – Robert Sheckley

FeydRautha
, 22/01/2022 | Source : L'épaule d'Orion

Le 3 février 2022, les éditions Argyll publient Le Temps des retrouvailles, de l’auteur américain Robert Sheckley (1928-2005). Il s’agit d’un recueil de treize nouvelles, pas d’inédit mais des textes qui ont été écrits entre 1952 et 1960 et qui pour la plupart ont déjà été publiés dans la revue Galaxie dès les années 50 et 60, puis dans différentes anthologies depuis longtemps épuisées ce qui les rendait introuvables jusqu’à aujourd’hui. L’ensemble de ces textes est désormais dans le domaine public aux Etats-Unis. Le présent recueil reprend les traductions historiques révisées par Lionel Evrard.

Je n’avais jamais lu Robert Sheckley, il me semble, ou alors dans des anthologies de jeunesse que j’ai oubliées. C’est donc avec plaisir et une certaine curiosité que j’ai lu Le Temps des retrouvailles que l’éditeur a eu la gentillesse de m’envoyer en avant-première.

Le sommaire se compose de manière non chronologique :

  • Le Prix du danger (The Prize of Peril, 1958)
  • Les Morts de Ben Baxter (The deaths off Ben Baxter, 1957)
  • Une Race de guerriers (Warriors Race, 1952)
  • N’y touchez pas (Hand off, 1954)
  • La mission du Quedak (Meeting of the Minds, 1960)
  • Tu brûles (Warm, 1953)
  • Un Billet pour Tranaï (A Ticket to Tranai, 1956)
  • Le Temps des retrouvailles (Join Now / The Humors, 1958)
  • Tels que nous sommes (All the Things You Are, 1956)
  • La Suprême recompense (The Victim from space, 1957)
  • Les Spécialisés (Specialist, 1953)
  • La Septième victime (The Seventh Victim, 1953)
  • Permis de maraude (Skulking permit, 1954)

Il se referme en postface sur le texte De la science-fiction du dehors à celle du dedans de Marc Thivollet qui servit de préface à Les Univers de Robert Sheckley, Opta (1972) que j’ai trouvé personnellement sans grand intérêt, d’autant qu’elle parle de nouvelles qui ne se trouvent pas dans le présent ouvrage, quand bien même elle situe l’œuvre de Sheckley.

Ouvrir le recueil avec la nouvelle Le Prix du danger est un choix pertinent, car il indique immédiatement au lecteur qui n’a jamais lu Robert Sheckley, qu’il a déjà lu Robert Sheckley, d’une manière ou d’une autre, sans le savoir. La nouvelle présente un jeu télévisé dans lequel un homme est poursuivi par des tueurs pendant une semaine, avec la promesse de gagner une forte somme d’argent s’il s’en sort vivant. Vous aurez évidemment reconnu le scénario qui fut repris en 1982 par Stephen King dans le roman The Running man (publié sous le pseudonyme de Richard Bachman), ou qui inspira le récent Vigilance (2019) de Robert Jackson Bennet. Il fut aussi utilisé dans le film français Le Prix du danger (1983) d’Yves Boisset, le film Running Man (1987) de Michael Glaser qui reprend le roman de Stephen King, et plus récemment l’épisode La Chasse de la première saison de la série Black Mirror.

La nouvelle dresse aussi le portrait-robot du héros sheckleyien qu’on retrouvera comme une constante dans toutes les nouvelles du recueil. Celui-ci, qu’il soit tueur à gage ou aventurier galactique se trouve confronté à une situation qu’il ne comprend pas car il est enfermé dans une perception du monde forgée par sa culture ou ses a priori et qui inévitablement est erronée. Il n’a rien d’un homme exceptionnel, ni particulièrement malin ni particulièrement courageux, c’est un humain de base qui échouera systématiquement dans ce qu’il entreprend, pour le pire ou pour le meilleur, et même lorsque c’est pour le mieux, il ne s’en rendra de toute façon jamais compte. On trouve là l’autre grande constante des récits de Sheckley : l’ironie.

« Le lendemain, Hadwell, commença à faire le bien »

Les récits présentés font la part belle à un humour de situation qui repose entièrement sur l’interprétation erronée que fait le personnage des événements auxquels il est confronté, et à l’ironie extrême des conséquences de ses actions. L’auteur, en présentant au lecteur l’envers du décor ou le point de vue de l’autre partie, le met dans la confidence et en fait le témoin des errements de son héros et livre par là même une critique parfois acerbe de l’homme et de ses prétentions au sein d’un univers qui échappe à ses préconceptions. C’est particulièrement marqué dans les nouvelles qui confrontent le héros à un premier contact avec une forme de vie extraterrestre qui pense différemment comme dans les nouvelles Une Race de guerriers (qui contient une des toutes premières versions du fameux « Take me to your leader »), N’y touchez pas, Tels que nous sommes, la Suprême récompense, et les Spécialisés.

Sur ce même thème de l’incompréhension cocasse, la nouvelle particulièrement réjouissante Permis de Maraude confronte les humains d’une lointaine colonie depuis longtemps isolée de la Terre à un émissaire envoyée par la planète mère. Un Billet pour Tranaï confronte son personnage à une autre colonie humaine éloignée qui se présente sous la forme d’une utopie miraculeuse. Il faut évidemment toujours se méfier des utopies et Sheckley en profite pour tacler sévèrement la mode de vie de l’Amérique des années 50.

Le surprenant Tu brûles joue sur l’incompréhension du monde et de soi-même. Mais je n’en dirai pas plus.

 La Mission du Quedak ajoute une dimension horrifique au récit avec l’arrivée sur Terre d’une créature martienne ramenée accidentellement par un navire minier et dont la mission est de convertir toute forme de vie à son existence collective de manière coercitive. On peut y voir les prémices d’une veine menant jusqu’à Alien.

De la même manière, le lecteur s’amusera à découvrir dans ces nouvelles des idées qui seront reprises, consciemment ou non, dans d’autres œuvres. Ainsi, l’excellente Les Morts de Ben Baxter mêle à la fois mondes parallèles et voyage dans le temps pour donner un scénario dans lequel la même journée se répète successivement de plusieurs manières différentes, préfigurant d’une certain manière les films Un jour sans fin (1993) de Harold Ramis, Source Code (2011) de Duncan Jones, ou encore Edge of Tomorrow (2014) de Doug Liman. L’humour en plus.

« Il marcha sur un million de kilomètres. Il rampa durant un millier d’années, escaladant des montagnes, franchissant des fleuves, traversant des déserts, passant par des marécages, descendant dans des gouffres qui menaient au centre du monde, puis qui l’en firent ressortir dans des océans incommensurables, qu’il dut parcourir à la nage jusqu’à la rive la plus lointaine. Alors, au terme de ce long voyage, il parvint au bout de la rue. »

En publiant Le Temps des retrouvailles, les éditions Argyll permettent aux lecteurs comme moi qui n’ont jamais lu Robert Sheckley de plonger dans un univers marqué par la clairvoyance et l’ironie. Sheckley procède par retournement des situations habituellement rencontrées dans les récits héroïques de l’âge d’or de la SF. Il n’est plus là question de célébrer le génie humain et ses accomplissements mais de le placer face à ses limitations, intellectuelles et culturelles, et de le remettre à sa place. C’est habilement fait avec humour et non sans un fond critique efficace et percutant. Une fort joyeuse lecture !


D’autres avis : Le Syndrome Quickson,


  • Titre : Le Temps des retrouvailles
  • Auteur : Robert Sheckley
  • Publication : 3 février 2022, éditions Argyll
  • Traduction : révisée par Lionel Evrard
  • Nombres de pages : 400
  • Format : papier

Doctor Who : Eve of the Daleks

Vert
, 22/01/2022 | Source : Nevertwhere

Doctor Who - Eve of the Daleks : Poster

Après la surcharge narrative et visuelle de la treizième saison, on attaque une sorte d’entre-deux : trois épisodes spéciaux qui serviront de conclusion à la saison et à cette incarnation du Docteur, à la manière des Specials à la fin de la saison 4. On commence donc avec l’épisode du Nouvel An, qui propose une sorte de post-scriptum à l’histoire du Flux et montre que c’est parfois avec les recettes les plus simples qu’on fait les meilleurs gâteaux. Quelques spoilers, forcément.

Comme son titre l’indique, cet épisode met en scène les Daleks, comme tous les épisodes spéciaux de Nouvel an de cette ère. Chacun ses traditions, ça a son charme d’exterminer les gens avant de trinquer et de prendre ses bonnes résolutions !

Doctor Who Eve of the Daleks : Un Dalek

Nous avons donc un entrepôt de stockage à Manchester, des Daleks et une boucle temporelle. Voilà c’est tout. On sent un peu l’épisode « économies budgétaires », mais c’est souvent dans ce cadre que Doctor Who fournit ses meilleures histoires (allez donc voir les épisodes des années 60 où c’était la préhistoire des effets spéciaux). Sans être inoubliable, Eve of the Daleks fonctionne bien, et c’est agréable de regarder un épisode sans y trouver à redire ou presque.

Parlons des Daleks d’abord : on a affaire ici à des tueurs cinglés et machiavéliques dont l’objectif est simple : tuer le Docteur. Ce retour aux sources a quelque chose de rafraichissant. Ils exterminent à tour de bras et c’est exactement ce qu’on attend d’eux.

Leur plan est intéressant : ils utilisent une boucle temporelle provoquée par le TARDIS pour piéger le Docteur. Évidemment on ne s’inquiète pas trop quand tout le monde se fait exterminer avant même le générique, les boucles temporelles ça n’a rien d’extraordinaire. Mais le concept est bien maîtrisé, avec le petit plus sympa du raccourcissement progressif et des Daleks qui s’amusent à anticiper les mouvements de leurs proies.

Doctor Who Eve of the Dalek - L'invité de l'épisode qui cavale

Voyons voir le reste des personnages. Les deux invités de l’épisode sont un peu étranges, surtout Nick qui a des comportements parfois franchement bizarres. Mais j’aime bien le fait d’avoir des personnages pas faciles à apprécier et qui ne rentrent pas dans le moule, cela leur donne un côté très humain. Et j’aime bien le fait qu’ils captent assez vite le truc et qu’ils ne suivent pas aveuglément le Docteur.

Côté team TARDIS, on a le droit à une « révélation » sur les sentiments de Yaz pour le Docteur. Rien de bien surprenant, je trouve toujours un peu dommage d’être incapable de faire l’impasse sur le compagnon qui cache son amour non réciproque pour le Docteur.

Dans le cas de Yaz cela m’attriste surtout parce que si c’est son seul développement (et avec deux épisodes je doute qu’on fasse beaucoup mieux), on n’aura jamais vraiment réussi à développer le personnage pour elle-même et non uniquement par sa relation avec le Docteur. Mais j’aime bien la scène où Dan les confronte toutes les deux à cette situation.

Doctor Who Eve of the Daleks - The Tardis Family

Mais si on laisse de côté mon interrogation sur la pertinence de l’intrigue amoureuse, globalement j’ai trouvé cet épisode plutôt bon. Pas inoubliable (en matière de huis-clos qui boucle, je doute qu’on puisse battre Heaven Sent), mais plaisant à regarder, bien construit, qui offre une conclusion un peu plus digeste à la saison 13 (même si on n’a toujours pas évoqué le reste de l’univers réduit en cendres).

Infos utiles : Eve of the Daleks est un épisode spécial de nouvel an de Doctor Who. Diffusé le 1er janvier 2022, il a été écrit par Chris Chibnall et réalisé par Annetta Laufer. 1h environ.

D’autres avis :
Yoda Bor, Zakath Nath

Afterland - Lauren Beukes

Gromovar
, 22/01/2022 | Source : QUOI DE NEUF SUR MA PILE ?


Terre, 2023. Une épidémie foudroyante de HCV  vient de tuer 99% de la population humaine mâle. Ne restent que les quelques chanceux que leur patrimoine génétique a protégé sans qu'on sache encore comment.

Une telle tragédie a été un traumatisme pour l'humanité, tous ces hommes étant des frères, des fils, des pères, des maris, des amis. Mais, par-delà le traumatisme moral – et sexuel –, le désastre fut économique aussi, tant sont genrés une grande partie des métiers existants. Il manqua subitement beaucoup de monde dans certains secteurs économiques clefs – techniques et scientifiques notamment –, et, l'épidémie étant toute récente, le déséquilibre n'a pas encore été résorbé ce qui fait que production et ravitaillement sont donc loin d'être optimaux.

Si on ajoute à ces questions, les inévitables fermetures de frontière, états d'urgence, émeutes et/ou tentative de prise de contrôle violente du pouvoir politique, les deux dernières années n'ont pas été de tout repos pour les femmes et les rares hommes survivants. Et je ne parle même pas ici des églises apocalyptique qui ont fleuri, espérant l'extinction ou la résurrection, faisant des femmes les vaisseaux du salut ou les pécheresses qui ont à expier pour que le monde se retisse.

Cerise sur le gâteau, la « Reprohibition » interdit maintenant toute procréation jusqu'à ce qu'un traitement ou un mécanisme d’immunisation soit trouvé. Cette interdiction internationale entraîne, comme prévisible, son lot de trafics et de violations cachées combattus à grand peine par les agences étatiques, FBI notamment.


Miles (un garçon de 12 ans survivant) et sa mère vivent – pas vraiment par choix – dans l'un de ces centres gouvernementaux au sein desquels on rassemble les hommes miraculeusement immunisés contre les effets cancérogènes de l'oncovirus HCV, « pour leur sécurité ». Ils y subissent des tests sans fin dont la finalité est d'isoler les causes génétiques de la protection de Miles et de ses semblables.

Dans l'urgence de la situation, les libertés fondamentales ne sont plus une priorité et la liberté tout court n'est pas vraiment une option, d'autant que le sperme – « l'or blanc » – est devenu une denrée rare qui se trafique, se vend, se vole, Reprohibition et rareté obligent. Alors quand la sœur de Cole, Billie, lui propose une porte de sortie pour elle et son fils, elle accepte immédiatement. C'est ce qu'elle veut, et elle peut faire confiance à sa sœur, non ?

Ben, de fait, pas vraiment.

Débute alors (dès la première page du roman) une course poursuite à travers des USA polytraumatisés.


Le background que j'ai donné au dessus – et qui est impressionniste dans le texte – n'arrive que peu à peu (rapidement néanmoins) dans le récit. Le roman commence par la fuite de Cole qui vient visiblement de tuer ou de blesser gravement Billie. Cette dernière ayant planifié l'enlèvement de Miles au profit d'une riche mafieuse, il devient vital pour Cole d'emmener Miles loin des griffes de Billie ou de ses complices, et idéalement de réussir à prendre un bateau pour l'Afrique du Sud dont elle est originaire – bien que blanche et mère d'un fils métis.

Mis à part les quelques flashbacks nécessaires pour poser la situation, le récit, très speed et graphique, alterne entre le point de vue de Cole fuyant avec Miles (déguisée en Mila pour sa sécurité, y compris envers le lecteur à qui il est désigné par des pronoms féminins) et celui d'une Billie toujours vivante qui traque sa sœur – en compagnie de deux tueuses aussi déjantées qu'impitoyables – autant pour toucher sa commission que pour sauver sa vie des conséquences fatales d'un échec ; elle a promis, elle doit livrer.

De villes partiellement fantomatiques en festivals de rue off-limit, de cérémonies religieuses en sex club monosexe, de Boston à Miami, c'est à un road movie violent que tu assisteras, lecteur, avec l'embarquement pour l'Afrique comme objectif à atteindre.


Dans ce road movie, c'est la détermination de Cole que tu apprécieras, la certitude monomaniaque – en dépit du bon sens – d'avoir raison et d'être dans son droit de Billie qui te stupéfieras, la transformation de Miles en Mila puis en dévote que tu regarderas avec incrédulité tant elle paraît peu crédible, notamment dans sa partie conversion religieuse, même si on admet que le puberté démarrante du jeune garçon le bouleverse sûrement.

Et comme tous sont sur des trajectoires de collision tu assisteras à un spectacle rapide et brutal qui pourra t'apporter les plaisirs des films d'action américains. Grand spectacle. Pop corn et coca.


Mais, plusieurs choses me semblent ennuyeuses dans "Afterland".


D'abord, il y a dans le ton de Beukes, sa manière de faire parler ou penser ses personnages, qui dénote une volonté notable de faire souvent casual et même parfois mutin. Un ton qu'on pourrait qualifier dans le Sud de « bien brave ».

Ensuite, Beukes écrit dans son afterword « Mon but est d'être intersectionnelle ». Il n'était pas nécessaire de le dire, Lauren, ça exsude de chaque page d'un livre qui coche méthodiquement et avec application toute les cases du bingo du progressisme différentialiste au point qu'on dirait qu'elle remplit un cahier de devoirs de vacances.

Enfin, progressiste un jour progressiste toujours, Beukes parsème le livre de quelques réflexions « bien senties » qui disent le bien ou le mal. Problème, ces saillies militantes sont si courtes et banales que leur apport au débat ne dépasse guère celui d'un billet de fortune cookie.


Mais, peut-être est-ce moi. Peut-être que toi, lecteur, tu aimes. Peut-être que tu aimes qu'on soit un peu léger même dans un thriller apocalyptique, peut-être que tu aimes qu'on soit intersectionnel en plus de raconter une histoire, peut-être que tu aimes qu'on fasse de la politique light histoire de ne pas oublier ce qu'on aime et ce qu'on réprouve sans se prendre la tête pour autant. C'est ton droit.


Néanmoins, le roman pose aussi problème imho sur deux points tout autres.

D'une part, tout bien réfléchi, Beukes ne fait finalement pas grand chose de son background. Place l'histoire dans un pays un peu chaotique (la Colombie par exemple), fais de Miles le fils d'Escobar traqué par les ennemis de son père et emmené par sa mère vers le salut sans pouvoir se tourner vers des autorités hostiles. Tu auras le même roman. Le monde et la place de Miles dans celui-ci justifie la fuite, le monde n'est pas exploré par Beukes qui se contente de le survoler.

D'autre part, Beukes travaille ses personnages par de nombreux flashbacks qui leur donnent une forme d'épaisseur (un peu comme King, d'où le blurb sans doute). Mais là où les personnages de King se remémorent les faits et les choses d'une culture et d'un monde communs que King fait ainsi passer au lecteur à travers la mémoire de ses personnages, Beukes, d'une génération et d'une sensibilité qui fait du moi le centre du monde, ne rappelle à l'esprit des siens que les événements privés de leurs petites vies banales, forcément insignifiants pour tout autre que pour eux. Là encore le monde n'est rien, seuls comptent les persos et leur égos respectifs.

On  notera de plus, parce qu'on est vil, que le libéralisme affiché de Cole ne s'étend pas aux choix de vie de Miles en dépit d'un discours qui affirme le contraire. Van Zanten avait montré comment les parents aident les enfants à « choisir » ce que eux-mêmes préfèrent. Mais c'est un détail.


Alors voilà, lecteur. J'aime beaucoup le post-apo et c'en est un peu donc j'aurais dû beaucoup aimer. J'ai depuis toujours un problème avec les textes de Beukes auxquels je trouve souvent autant de qualités que de défauts. A toi de voir, je sais que je ne t'aide pas, j'espère au moins t'avoir un peu éclairé.


Afterland, Lauren Beukes

L'avis (+ positif) de Feyd Rautha

The free bastards, Return to Hog War

L'ours inculte
, 22/01/2022 | Source : L'ours inculte

The free bastards est le troisième et dernier tome de la trilogie The lot lands par Jonathan French, suivre le lien pour aller sur la page de la série.

Après The grey bastards et The true bastards, Jonathan French termine sa trilogie The lot lands qui démarrait comme un « Sons of anarchy fantasy » pour trouver sa propre voie entre grimdark, blagues de bourrins et dieux pourris. Accrochez-vous à vos cochons, dans The free bastards on suit Oats.

Les armées de Hisparta se préparent, elles ne laisseront pas la rébellion des demi-orcs impunie. Mais en face, les clans s’organisent avec Fetching à leur tête. Face aux cavaleros et aux sorciers surpuissants, les demi-orcs devront se battre et survivre pour reprendre leur liberté. Oats se tient aux côtés de Fetching et Jackal dans cette résistance, mais la force brute ne suffira peut-être pas à les sauver. Il est peut-être temps de trouver une autre solution, de s’allier avec des ennemis, et de partir en territoire hostile.

Après avoir suivi Jackal dans le premier tome, et Fetching dans le second, on se retrouve ici donc du point de vue du troisième larron de ce trio de Bastards, Oats le « Thriceblood » plus orc qu’humain. Le roman démarre très fort vu qu’un plonge directement dans l’action, Oats et Jacintho sont en pleine mission de sauvetage et c’est parti. Il y a quand même une phase en première partie de lecture qui servira à resituer tout le monde, parce qu’après deux tomes et beaucoup d’évènements, tout plein de personnages et de relations, y’a quand même quelques trucs à remettre en place.

La série était partie sur un principe assez rigolo de « Sons of anarchy version fantasy », avec des cochons à la place des bécanes. Au début on voyait les grosses ficelles, les personnages calqués sur le modèle, mais au fil des tomes l’auteur a réussi à en tirer son propre univers, sa mythologie, ses peuples, et à donner une vraie épaisseur à l’ensemble au delà de la reprise « pour déconner ». Bien sûr l’inspiration est toujours là, dans l’esprit de clan, dans le bourrinisme rigolo de cette bande de bikers testostéronés, dans le langage grossier qui a pu déranger certains lecteurs. On a d’ailleurs aussi vu l’arrivée de personnages féminins qui tabassent dans le tome précédent alors que l’univers était à la base très sexiste.

L’esprit « familial » des bastards s’est beaucoup enrichi aussi, on retrouve cette profonde affection entre les différents « frères » et « sœurs » de cette grande communauté qui devient touchante là où on aurait pu craindre un club de « bros » sans aucune subtilité. Il y a bien sûr Oats, Fetching et Jackal qui ont grandi ensemble, mais tous les autres aussi, Polecat, le monumental Hoodwink, Thresher, Anvil, tout ce petit monde qu’on a vu s’assembler, dont l’univers s’est effondré pour être reconstruit, et qui lutte maintenant pour garder leur terre et leur liberté. On a toujours une mythologie un peu floue avec des dieux qu’on ne voit jamais mais qui accordent des pouvoirs via des reliques à certains personnages. On en a déjà croisé quelques un mais là on a un Fuqtus impressionnant avec sa hache divine parmi d’autres surprises.

Toute cette construction d’univers et de relations permet ensuite aux différentes scènes d’action de toucher au but, de devenir épiques par l’attachement qu’on a envers l’ensemble des personnages et à la compréhension des enjeux de l’univers. On a régulièrement des scènes marquantes qui balayent le lecteur, de la défense d’une forteresse en ruine à la charge épique contre Kalbarca sous la lune traitresse, on a un rythme impeccable qui se permet des petites respirations avant de revenir nous couper le souffle une nouvelle fois. Toute la dernière partie du roman change pas mal d’ambiance pour nous amener à la cour d’Hisparta, loin des steppes et des charges de guerriers, mais ave Crafty pas loin, on sait qu’il y a un plan derrière le plan sous le plan. Mais Oats reste Oats, autrefois le plus fort des Bastards, et il est fidèle à lui-même.

Depuis le début, cette trilogie nous raconte un monde qui change, l’univers très codifié des « hoofs » qui vole en éclat, les tragédies et les avancées de nos héros, et chaque tome a vu son protagoniste se transformer et s’adapter. Ce sera pareil avec Oats même si c’est sur un autre registre, la psychologie du personnage est très bien menée, touchante. Il doit faire des choix, pour sa famille, pour ses familles, et se reconstruire après l’explosion de tous ses repères. Il y a une force qui va au-delà du bourrin de service, un équilibre entre le thrice limite berserker, le frère attentionné et le père qui se découvre. J’ai beaucoup aimé son cheminement semé de blessures et de traumatismes, mais aussi d’amitié et d’amour, jusqu’à une conclusion qui sonne juste, qui lui convient.

C’était un vrai plaisir de suivre cette trilogie atypique, qui nous raconte la lutte d’une race opprimée qui vit comme des gangs de bikers au cœur d’une terre dévastée. Son atmosphère sombre se marie à merveille avec un humour pas très fin mais très à propos, des personnages qui ont la rage au ventre et un esprit de famille touchant. Bonne route les Bastards.

Live in the saddle, die on the hog.

Bilan 2021 : mon top/flop culturel, mes coups de coeur de l'année !

Marguerite
, 22/01/2022 | Source : Chez l'aventurier des rêves

Bilan première et deuxième partie. Et maintenant on passe au podium 2021 ! Côté lecture : j'ai lu 6 livres de SFFF. le cycle des robots T1, Asimov 3/5 l'empire des mechas de peter tieryas 2/5 celle qui portait l'orylium, paladine saint hilaire 3,5/5 Mozart...

[Chronique] Le goût de la victoire, de Ken Liu

Sometimes a book
, 22/01/2022 | Source : Sometimes a book

Le goût de la victoire

« Nous devons tous apprendre de nos erreurs. Tu m’as trahie parce que tu estimais n’avoir aucun autre choix. Tu viens d’apprendre une grande leçon : ce sont ces moments-là qui nous dévoilent notre âme véritable et nous poussent à lutter pour l’enrichir. »


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La dynastie Dent De Lion, tome 2 : Le goût de la victoire
Auteur :
Ken Liu
Traduction :  Elodie Coello
Éditeur : OutreFleuve / Pocket
Genre : Fantasy
Date de parution française : 3 octobre 2019
Nombre de pages : 696 (poche)
Prix : 22,90 € / 10,80 €
 
Synopsis
Kuni Garu, l’ancien voleur, est désormais empereur et gouverne les îles de Dara. Les temps de paix ne sont cependant pas aussi calmes qu’il le pensait, et les intrigues de cour se révèlent parfois plus cruelles que les champs de bataille. D’autant plus que le royaume est en pleine effervescence : l’Examen qui permet de recruter les meilleurs serviteurs de l’État va bientôt avoir lieu. C’est l’occasion pour Kuni de mettre à l’épreuve ses idées novatrices sur la société et d’enseigner à ses enfants les subtilités de l’exercice du pouvoir. Mais de l’autre côté de la mer, derrière le Mur de tempêtes, un nouvel ennemi attend son heure…
 
MON avis
J’avais eu un beau coup de cœur pour le premier tome de La dynastie Dent de Lion : La grâce des rois. Le deuxième tome se déroule bien des années après et nous montre les conséquences du nouveau régime politique en mettant en scène de nombreux nouveaux personnages. Attention le tome a été découpé en deux en français et il s’agit donc ici de la première partie du deuxième tome VO !
 
Dans La Grâce des rois, Ken Liu nous racontait la chute de l’Empire de Dara et le combat de deux hommes pour devenir le nouveau dirigeant. Le récit était ainsi narré à la manière d’un roman historique dans sa première partie, puis s’attardait plus sur l’aspect complot et trahisons qui vont de pair avec la guerre. Le deuxième tome de la trilogie est différent en tout point à son prédécesseur. L’heure n’est plus à la guerre, bien au contraire, l’Empire est stabilisé depuis de nombreuses années. Ce deuxième tome met en avant les conséquences du nouveau régime mis en place que ce soit au sein même de la cour royale ou dans le Royaume de manière générale. Ainsi on découvre un nouveau personnage, une jeune femme nommée Zomi qui a pour ambition de passer le plus prestigieux examen de l’Etat dont le but est de proposer les idées les plus novatrices pour améliorer l’Empire et devenir un conseiller royal. Zomi est un personnage issu de la plus petite classe sociale, à travers son histoire, Ken Liu nous montre les inégalités qui demeurent entre les différentes classes sociales malgré toute la volonté de l’Empereur de bâtir un monde meilleur. L’histoire alterne passé et présent pour nous conter toute l’histoire de Zomi, son enfance pauvre et la manière dont elle a réussi à obtenir un très haut niveau d’éducation. En parallèle, le reste de l’intrigue est plus ancré au sein de la royauté, puisque l’on suit les enfants et les concubines de l’Empereur au sein d’intrigues de cour. Ce deuxième tome est donc beaucoup plus lent que le premier, c’est surtout un récit qui s’attarde sur des idées. À travers l’apprentissage Zomi, on découvre de nombreux courants de pensées philosophiques, Ken Liu propose ainsi une grande réflexion sur la politique et la philosophique qu’il illustre ensuite dans les nombreux complots qui se mettent en place dans l’entourage de l’Empereur.
 
Si ce deuxième tome est plus lent et que l’on en ressent certaines longueurs, j’ai beaucoup accroché aux nouveaux personnages et particulièrement à Zomi dont j’ai beaucoup aimé découvrir l’histoire. C’est une jeune femme très intelligente et avec une très grande force de caractère qui trouve toujours le moyen de parvenir à ses fins. C’est également un personnage qui possède un handicap moteur et j’apprécie beaucoup de voir ce genre de diversité dans les récits. De manière générale, s’il manquait de femmes dans le premier tome, ce sont vraiment les femmes qui mènent la danse dans Le goût de la victoire ! Ken Liu met très bien en valeur ses personnages féminins et dénonce avec finesse la société patriarcale mise en place dans l’intrigue. En effet, sur les trois enfants de l’Empereur, il se pourrait bien que ce soit sa fille qui soit la plus compétente pour reprendre les rênes de Dara… Mais comment faire accepter au peuple et à la cour de transmettre le pouvoir à une femme qui n’est même pas l’aînée sans déclencher une guerre civile ? C’est l’une des nombreuses questions que pose Ken Liu et qui illustre bien les enjeux de ce deuxième tome. Il y a donc peu d’action, car ce sont beaucoup de réflexion et de stratégies à mettre en place, mais l’auteur nous montre bien dans la différence entre les deux tomes que les temps de paix sont tout aussi sensibles à gérer que la guerre. Un autre point intéressant de ce deuxième est le choc des cultures lorsque Zomi débarque à la cour royale. Deux classes sociales se retrouvent confrontées et si cela provoque des étincelles, tous les personnages apprennent les uns des autres et évoluent d’une belle manière. 
 
Intrigues de cour et réflexions philosophiques animent donc la majeure partie de ce deuxième tome, mais Ken Liu n’est pas au bout de ses surprises et propose un immense bouleversement vers la fin du récit. L’intrigue prend alors une dimension qu’elle n’avait encore jamais exploré, et ce, de manière très inattendue et l’auteur continue de nous surprendre jusqu’à la toute dernière ligne du roman. Ken Liu nous montre toute son habileté dans cette dernière partie pour imager des scènes de batailles épiques et renversantes et pour leur trouver un dénouement original. De plus, on découvre une toute nouvelle mythologie qui devrait être beaucoup plus creusée dans le troisième tome, qui devrait également être beaucoup plus riche en action. Les personnages devront faire preuve de beaucoup d’ingéniosité pour s’en sortir et je suis très curieuse de découvrir les moyens qu’ils mettront en place ! 
 
TB lecture
Je remercie les éditions Pocket imaginaire de m’avoir envoyé ce roman en service-presse.

Simulacres Martiens – Eric Brown

Xapur
, 21/01/2022 | Source : Les Lectures de Xapur

Simulacres Martiens Eric Brown Le Bélial

La très belle couverture signée Aurélien Police (comme pour les autres ouvrages de la collection Une heure-lumière) donne le ton : on a ici un récit qui mêle le fameux Sherlock Holmes d’Arthur Conan Doyle et les tripodes martiens de H.G. Wells !

Eric Brown s’amuse à nous plonger dans une Angleterre victorienne conquise par les martiens lors de leur seconde tentative, après que la première ait avortée suite à l’élimination des extra-terrestres par les micro-organismes terriens. Las, notre planète est conquise et vit sous le joug martien, matérialisé au quotidien par la présence, de loin en loin, des tripodes qui rythment le paysage. Mais les martiens n’ont pas détruit la planète, ils ont même amené des bienfaits issus de leur technologie et ne sont peut-être pas si détestables que ça. Même si leur aspect gélatineux et tentaculaire ne plaide pas pour eux !

Contée comme elle se doit par le docteur Watson, l’aventure se situe chronologiquement après celle parue dans le Bifrost 105 (que je n’ai pas encore reçu au moment où je tapote ces mots) mais la lecture n’est pas entravée. Il suffira de savoir que Holmes a résolu une enquête au profit des martiens et est à nouveau sollicité. Cette fois, il faudra trouver le meurtrier d’un martien sur les lieux du crime, bien loin du 221B Baker Street, directement… sur la planète rouge !

Heureusement, l’esprit supérieur de Holmes lui a permis d’apprendre la langue locale (en trois ans, quand même) ce qui facilitera l’enquête, mais c’est surtout l’arrivée d’une charmante et débrouillarde jeune femme qui les guidera et ravira au passage le coeur de Watson. Aventures en pagaille, voyages spatiaux, trahisons dans le désert, déguisements et… simulacres (bah oui, c’est le nom de la novella, non ?) sont au programme de cette histoire enlevée (si j’ose dire), distrayante et délicieusement rétro. Et hautement recommandable.

D’autres avis

Résumé

(source éditeur)

Londres, 1907. Dix ans après la reddition terrienne.
Alors que l’humanité vit sous la férule de ses conquérants, Gruvlax-Xenxa-Schmee, vice-ambassadeur de Mars en Grande-Bretagne, vient frapper à la porte du 221b, Baker Street. Il faut dire que l’affaire est d’importance, et quand les maîtres de la Terre vous réclament, se dérober n’est pas une option. Ainsi le docteur Watson et le plus célèbre des enquêteurs humains, Sherlock Holmes, se trouvent-ils propulsés au sein d’une enquête épineuse, dans les méandres désertiques de la Planète Rouge, avec pour compagnon nul autre que l’impétueux professeur Challenger. Leur mission ? Résoudre une énigme improbable et assurer la paix entre les mondes. À moins qu’un terrifiant secret ne se dissimule derrière les intentions prétendument louables des nouveaux seigneurs de la Terre. Car après tout, sur Mars, les apparences peuvent s’avérer trompeuses…

Editeur : Le Bélial’ – Traduction : Michel Pagel – Date de parution : 20/01/2022 – 136 pages

L’Auteur

(source éditeur)

Né en 1960 à Haworth, dans le Yorkshire, Eric Brown appartient à cette vague de jeunes talents révélés dans les pages du magazine britannique Interzone au tournant des années 90 — à l’image de Stephen Baxter, Alastair Reynolds ou encore Greg Egan. S’il a publié une vingtaine de romans et près de cent trente nouvelles, seuls deux de ses recueils ont été traduits en France, dont, en 2018, le fix-up Les Ferrailleurs du cosmos, hommage à la SF de l’âge d’or aux éditions du Bélial’.
Eric Brown paye ici son écot aux pères fondateurs du domaine dans un récit jubilatoire haut en couleur, orchestrant la détonante rencontre littéraire du Conan Doyle de Sherlock Holmes et du H.G. Wells de La Guerre des mondes.

Vinciane Despret - Autobiographie d'un poulpe et autres récits d’anticipation

Baroona
, 21/01/2022 | Source : 233°C

Autobiographie d'un poulpe et autres récits d’anticipation, Vinciane Despret, 2021, 126 pages

Autobiographie d'un poulpe et autres récits d’anticipation est un recueil de trois 'nouvelles' composées d'extraits de lettres, de mails et de conférences, éventuellement annotés. Chaque texte traite de sujets liés à la thérolinguistique et à la théroarchitecture. La première évoque les vibrations des araignées, la deuxième les constructions des wombats à partir de leurs excréments quand la dernière enquête sur les aphorismes d'un poulpe. Tout ça vous parait extrêmement déroutant, voire très bizarre ? C'est normal.

En 1974, Ursula Le Guin écrit la nouvelle The Author of the Acacia Seeds and Other Extracts from the Journal of the Association of Therolinguistics - disponible en français sous le titre L'Auteur des graines d'acacia" dans le recueil Les Quatre Vents du désir. Elle y introduit la thérolinguistique, la science qui étudie les langages non-humains. Dans l'univers développé par Vinciane Despret, un futur indéterminé mais à priori assez lointain, la thérolinguistique est sorti du cadre science-fictionnel et est devenu une science normale. Car oui, les langages non-humains sont innombrables - et difficilement imaginables sans une guide comme Vinciane Despret.
«(...) sans oublier ce genre, toutefois considéré comme mineur, qu'est le roman policier historique du coquelicot aux prises avec les produits phytosanitaires. »
C'est bien là tout l'intérêt de ce recueil : sortir des sentiers battus et envisager les choses sous un angle nouveau, avec un regard neuf, loin de nos certitudes. Sur ce point, ça fonctionne très bien., et chaque texte détaille une proposition qui apparait d'abord impossible mais que l'on se met pourtant à envisager peu à peu. C'est bouillonnant et assez fascinant dans sa faculté à brouiller les contours entre la réalité et la fiction, dans une sorte de hard-sciences-naturelles-fiction.

Mais il y a malheureusement un (très gros) bémol : c'est aussi franchement barbant à lire. Malgré un petit mystère dans chaque texte, il n'y a pas vraiment d'intrigues, le format étant plus à la conférence. Des conférences ardues, où l'on ne saisit pas tout et qui ne sont guère palpitantes. Si ça n'avait pas été des nouvelles, je ne crois pas que j'en aurais vu la fin. Intéressant dans le fond mais désagréable sur la forme : il faudrait certainement inventer une nouvelle spécialité scientifique pour déterminer si cela en fait un livre recommandable ou non.

Couverture : ?
D'autres avis : TmbM, ...

Le Château des millions d'années BD t2 - Nolane - Vladetic - Przybylski

Gromovar
, 21/01/2022 | Source : QUOI DE NEUF SUR MA PILE ?


Un petit mot rapide pour dire la sortie du tome 2 de l'adaptation BD du Château des millions  d'années par Nolane et Vladetic, intitulé "Depuis la nuit des temps".

Les aventures moyen-orientales se poursuivent pour l'espion SS en cours de rupture de ban Friedrich Saxhäuser. Il s'agit pour lui de ramener à ses maîtres du Reich les preuves et éléments accumulés dans le désert irakien, le plus vite et le plus discrètement possible dans un monde à deux doigts de la guerre. Car si – les aventures de Saxhauser et de son compagnon archéologue semblent le démontrer – une vie extra-terrestre existe bien sur Terre, si elle est vraiment beaucoup plus avancée techniquement que nous, alors il importe de récupérer sa technologie pour l'utiliser dans le conflit qui vient. L'équilibre des forces en serait changé de manière définitive, ce serait encore mieux que de gagner la course à la bombe atomique.
Pour cela il faudra d'abord rentrer en Allemagne, c'est à dire passer d'Irak au Liban puis naviguer de la Grèce à l'Italie jusqu'à tenter de traverser le détroit de Gibraltar pour être à un rendez-vous prévu au Portugal. Sans être intercepté par les agents britanniques – et sans l'être non plus par des aliens soucieux de reprendre leurs biens. Une randonnée bien loin d'être de tout repos.

C'est encore une fois un tome de grande aventure qui nous est donné à lire. Plus incisif encore que son prédécesseur, il alterne, comme ce dernier, hauts faits du présent et réminiscences du passé, un passé qui pour tous les protagonistes est autant le leur que celui de la montée en puissance des caciques du Reich, depuis l'enfance parfois.
La tension est palpable dans ce tome bien plus que dans le premier. Ceci pour deux raisons. D'un part, les Britanniques ont enfin compris qu'il se passait quelque chose de très dangereux sous leurs yeux aveuglés par incompétence et malchance. D'autre part, au sein même des instances dirigeantes du Reich l'ampleur perçue (et parfois contestée) de la découverte de Saxhauser aiguise les appétits d'hommes qui n'hésiteraient devant aucun assassinat politique – y compris d'un ou d'une des leurs – pour améliorer ou consolider leur position dans la machine à broyer qu'est le gouvernement nazi.

En parallèle, comme en guest star de luxe des tribulations de Saxhauser, Hitler, persuadé qu'il est de l'impuissance des démocraties, monte aux extrêmes, signe le pacte germano-soviétique, envahit la Pologne, et pousse le monde vers une seconde guerre mondiale plus meurtrière encore que la première. Sans jamais oublier que son kamerade va peut-être lui apporter le moyen d'un victoire écrasante et qu'il convient donc de suivre avec attention sa secrète progression.

A lire donc pour poursuivre l'histoire entamée dans le tome 1, y compris si on a déjà lu le roman car c'est alors une occasion bien agréable de se replonger dans cette histoire larger than life en mode accéléré. Cerise sur le gâteau, les dessins sont même plutôt meilleurs dans ce tome 2. Quitter le désert semble avoir réussi à Vladetic.

Le Château des millions d'années t2, Nolane, Vladetic, Przybylski