Le Sang de la Cité - Chamanadjian Guillaume

Gromovar
, 18/04/2021 | Source : QUOI DE NEUF SUR MA PILE ?


"Le Sang de la Cité" est le premier roman de Guillaume Chamanadjian. Il est aussi le premier volume de la trilogie Capitale du Sud, l'un des deux volets du cycle La tour de garde, prévu en six volumes entre aujourd'hui et 2023. Trois romans dans une capitale du Sud, écrits par Chamanadjian, et trois autres, entrelacés, dans une capitale du Nord, écrits par Claire 'Long voyage' Duvivier.


Gemina est une grande ville du Sud. Adossée à son port et à la mer, Gemina est divisée en baronnies que contrôlent de vieilles familles nobles dirigées par des Ducs. Si existe une sorte d'administration municipale et même une force de police, le gros du pouvoir est entre les mains des Ducs, qui, au-delà même de leurs forteresses et de leurs maisnies, étendent leur influence sur une « clientèle » locale ; un fonctionnement qui rappelle celui des grandes familles de la Rome antique. Entre les Ducs les relations sont contractuelles, faites d'accords juridiques et d'alliances matrimoniales, le tout vaguement encadré par un entrelacs assez lâche de normes juridiques communes et « garanti » par des gardes du corps armés.


A Gemina, le Duc Servaint – chef de la maison Caouane – est un homme puissant qui veut le devenir encore plus. Des années après avoir abattu la maison des Dauphins et y avoir recueilli deux jumeaux maintenus dans une une claustration cruelle, le Duc, qui s'est installé dans la place-forte de ses ennemis exterminés, veut créer dans la ville un canal S/N qui relierait les quartiers Sud aux quartiers Nord en s'affranchissant du bon vouloir et des octrois des Maisons du Centre. On imagine sans peine que les dites Maisons voient ce projet d'un très mauvais œil, et qu'il ne trouve guère plus grâce aux yeux des populations qui seront déplacées pour permettre les travaux (même si ces dernières n'auront pas vraiment leur mot à dire – Chamanadjian nous rejouerait-il la « bataille » de la rue de la République ?).


Ce qui ne serait, dans une autre ville, qu'un conflit politique et commercial devient ici une guerre foncière menées à coup d'agressions, d’assassinats, et d'autre coups fourrés. Au cœur du maelstrom, à son corps défendant, se trouve Nox, l'orphelin recueilli, devenu pupille du Duc, et promis pour son plus grand dépit à devenir l'apprenti de son maître assassin.

Nox, qui travaille aussi comme commis d'épicerie, est ami avec tout le petit peuple et connaît la ville comme sa poche. A un point tel qu'il découvre par hasard une « musique », un « rythme » de la ville qui lui donne accès à une réalité obscure, une version souterraine et nocturne de la cité, le Nihilo (imagine, lecteur, le monde à l'envers de Stranger Things) qu'il utilisera comme une ressource malgré les dangers mortels qu'il recèle – y compris pour ceux qui n'y pénètrent pas physiquement.

Et il n'y a pas que le Nihilo à Gémina. D'autres magies existent, celle qui permet de façonner les pierres comme de l'argile par exemple, ou celle que semble posséder un olivier millénaire consubstantiel à la cité.

Daphné, sa jumelle, plus souvent backstage, forme le revers d'une pièce dont Nox est l'avers. Elle aussi est liée à la magie de la cité, mais d'une façon qui n'est pas encore explicite. Détail important : Daphné comprend le jeu politique et s'y glisse alors que Nox, tout à ses idéaux adolescents de pureté et de liberté, a du mal à l'endurer.


Dans "Le Sang de la Cité", Chamanadjian décrit longuement une ville qu'il a créée minutieusement. Il la raconte amoureusement. On y mange de bonnes choses, on y apprécie et on y produit du bon vin, les odeurs y saturent l'espace et les couleurs y sont écrasées par un implacable soleil vertical que ne connaissent pas les Parisiens.

Sur les pas de Nox, lecteur, tu arpenteras les rues de la ville, son port, ses boutiques et ses gargotes, ses arrières-cours et ses toits. En compagnie de ses quelques amis tu côtoieras tout un peuple vivant qui donne l'impression, par sa variété, de constituer une crèche provençale. Tu joueras aussi à la Tour de Garde, un populaire jeu de stratégie qui paraît être bien plus qu'un simple jeu. Et tu seras partie aux manœuvres d'un Duc lancé, comme une Saturn V en ascension, sur une trajectoire dont les deux seules issues possibles sont la mise en orbite ou la désintégration. Jusqu'à une fin que je ne dévoile pas mais qui est le moment où le ressort patiemment comprimé libère toute son énergie d'un seul coup.


Si quantité d'éléments du roman ont déjà été traités dans d'autres ouvrages (on pense à l’Assassin royal notamment), l'ensemble est plutôt bien réalisé, les détails foisonnent, et la fin impressionne.

Néanmoins, j'avoue avoir trouvé que le ressort – pour reprendre l'image – mettait trop de temps à être comprimé. La minutie amoureuse avec laquelle Chamanadjian décrit sa ville et ceux qui la peuplent, et la lenteur narrative que ça implique en dépit d'une succession d'incidents – qui ne sont justement que des incidents –, nuisent imho au maintien de la tension. Premier tome d'une trilogie, roman d'une accélération progressive où c'est finalement Nox qui est satellisé à la fin en attendant la suite de son long voyage, "Le Sang de la Cité" est un volume d'exposition satisfaisant bien qu'un peu lent.

Le tifo est fini, il était réussi, il faut maintenant que Nox mouille vraiment le maillot.


Le sang de la cité, Capitale du Sud-1, Guillaume Chamanadjian

Des gens (extra)ordinaires de Joanna Russ

shaya
, 18/04/2021 | Source : Les lectures de Shaya

Les challenges, c’est toujours une occasion rêvée de découvrir de nouveaux auteurs.rices. Le problème de choisir Joanna Russ, c’est qu’elle n’est aujourd’hui plus éditée en France, et que ses oeuvres sont compliquées à trouver. J’aurais aimé lire L’autre moitié de l’homme, mais me suis finalement rabattue sur le recueil Des gens (extra)ordinaires. Si vous vous demandez de quel challenge il s’agit, c’est en fait un auto-challenge consistant à lire une autrice d’imaginaire primée jamais lue jusque-là par mois. En mars, il s’agissait de Joanna Russ !

Des gens extraordinaires

 

Par sa seule force spirituelle et son ironie meurtrière, l’abbesse Radegonde arrête net une troupe de vikings venue piller son monastère.
Mais sous les yeux de l’enfant amoureux qui l’observe, cette sainte femme qui n’est pas ce qu’elle paraît être prend elle-même conscience de l’identité  » autre  » qui est la sienne.

Contrairement à ce que pourrait laisser croire le résumé, nous sommes pas sur un roman mais bien sur un recueil composé de 5 nouvelles autour de la thématique de l’identité. Des gens (extra)ordinaires est sorti en 1984 chez Denoël dans la collection Présence du futur, et n’a pas été réédité depuis à ma connaissance. Toutes les nouvelles ont été traduites par Claire Fargeot et la couverture a été illustrée par Didier Ereboni.

Le recueil s’ouvre avec la nouvelle Ames, qui nous raconte l’histoire de l’abbesse Radegonde, qui fait seule face à des Vikings déterminés à décimer cette communauté religieuse. Radegonde n’est pas une femme comme les autres, émancipée, et découvrira bientôt sa véritable identité. Ames est le texte le plus long du recueil, et a reçu les prix Hugo et Locus pour la catégorie novella.

On enchaîne ensuite avec Le Mystère du jeune gentleman où le genre du protagoniste restera inconnu jusqu’au bout, puis avec Corps, dans une société où le genre ne semble plus avoir sa place. Les deux derniers textes, Qu’as-tu fait pendant la révolution, grand-mère ? et Dépressions quotidiennes traitent également d’identité. Des sortes d’interlude avec un jeune garçon et son enseignant semblent former un vague fil rouge du recueil.

On ne va se mentir : en temps normal, des thèmes comme l’identité, l’homosexualité, des personnages queer, tout ça aurait du me parler. Le problème, c’est que pour une raison que je ne parviens pas à identifier, la mayonnaise n’a tout simplement pas pris. Ce recueil est vraiment étrange, et je ne saurais vous le conseiller ou vous le déconseiller, car sa lecture m’a laissée perplexe. Précisons également que si l’aspect imaginaire est là, il est tout de même très léger. Il faut bien des déceptions aussi dans un challenge !

D’autres avis : manifestez-vous !

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Les oiseaux du temps, Time after time

L'ours inculte
, 18/04/2021 | Source : L'ours inculte

Quand on lit le pitch des Oiseaux du temps, difficile de vraiment savoir où on met les pieds, et ma première incursion dans la nouvelle mouture des éditions Mu m’avait laissé un goût de chelou. Ce roman D’Amal El-Mohtar et Max Gladstone est précédé par une grosse réputation et quelques prix prestigieux, mais vous vous dites sûrement « L’ours qui lit une romance épistolaire SF ? hahalolilol » (oui, vous riez comme ça sur internet, ne mentez pas). Mmmmm, voyons voir ça…

L’Agence et le Jardin sont deux factions ennemies qui se livrent une guerre temporelle sans fin, où chaque camp peut voyager dans le temps, modifier un élément quelconque de n’importe quelle époque pour changer une réalité à la barbe de l’autre. Rouge et Bleu sont deux agentes ennemies, chacune le bras armé d’un des deux camps, elles sautent à différentes époques pour accomplir leurs missions, empêcher une naissance par ici, favoriser une invention par là, ou un petit carnage dans un coin, tout en étant assez subtile pour que ceux d’en face de s’en aperçoivent pas. Cette existence est solitaire, l’une comme l’autre agissent à la marge, mais à force d’agir l’une dans l’ombre de l’autre (et vice et versa) elle finissent par se croiser. Rouge et bleu vont trouver des moyens de correspondre, se laisser des messages dans une relation épistolaire interdite, entre les rouages du temps.

Les oiseaux du temps est une novella de moins de 200 pages, construite sur une alternance de point de vue entre les deux protagonistes. Chacune aura tour à tour un chapitre décrivant la découverte d’un nouveau message de cette correspondance dans un contexte temporel différent, suivi du contenu de la lettre en question. Le premier petit détail qui tape, c’est justement cet ordre-là qui, souvent, nous fait découvrir la réaction de la destinataire avant même de savoir ce que contient la missive. C’est très con mais j’ai trouvé ça génial. Le jeu auquel se livrent Rouge et Bleu est fascinant à découvrir car elles doivent laisser des messages éphémères qui ne laisseront aucune trace physique, ce message s’auto-détruira, certes, mais il ne doit pas ressembler à un message, ni pouvoir être lu par quelqu’un d’autre. On assiste donc à une succession de moyens complètement barrés et quasi-magiques de se laisser des messages, je donnerai pas d’exemple parce que c’est un plaisir à découvrir, mais ça va loin, très loin.

Par certains détails, et entre les lignes, on découvre petit à petit des indices sur le contexte de cette guerre, la culture de chaque camp et leurs valeurs. Pourtant on n’aura jamais une vue d’ensemble claire de ce qui se passe dans cette foutue guerre, on nous donne juste ce qu’il faut pour comprendre les décalages culturels entre Rouge et Bleu, pour appréhender certains enjeux mais les lecteurs qui n’aiment pas les zones de flou vont sûrement être frustrés. Moi je m’en balance, j’ai adoré ces zones d’ombre, ce flou artistique. Les oiseaux du temps est une histoire sur l’amour et la confiance, sur la solitude et le besoin de l’autre. Il donne juste assez au lecteur pour toucher son but, se paye le luxe du petit twist final bien amené, mais laisse énormément de choses hors-champ, et ça participe aussi à sa magie.

Parce qu’il est très court, j’essaye d’en dévoiler le moins possible, donc essayons plutôt de parler de ressenti. Le cœur du bouquin est l’évolution de cette relation épistolaire qui part d’un tâtonnement au hasard, prudent et léger, pour se trouver dans une vraie relation de confiance, d’amour et d’espoir. Dans un cadre assez sombre, Les oiseaux du temps est pourtant une vraie bouffée de positivité, légèrement mélancolique parfois, mais qui prend aux tripes. J’ai adoré lire l’évolution de cette relation folle, des premiers clins d’œil temporels aux échanges à cœur ouvert, qui cachent juste assez d’indices sur le contexte pour enrichir le background sans l’alourdir, pour laisser juste ce qu’il faut, ni trop ni pas assez. C’est subtil, c’est touchant, c’est dosé à la perfection, et c’est rythmé de manière si efficace qu’il est difficile de ne pas le lire en une fois (sauf, bien sûr, si une certaine petite fille se réveille au milieu de votre lecture et vous force à fermer le bouquin, hein, ça arrive, on est jamais à l’abri).

Les oiseaux du temps est un coup de maître, une histoire simple à la narration vertigineuse, aux détails fascinants, ciselés avec soin. Mais c’est surtout une relation touchante entre deux âmes solitaires qui naviguent hors du temps, un traitement subtil de la découverte de l’autre et de la confiance. Un grand petit livre.

Roman reçu en service presse de la part de l’éditeur Mu, qui sortira le 14 Mai 2021.

Lire aussi l’avis de : Lianne (De livres en livres),

Les Parfumeurs par Christian Dumais-Lvowski

Elhyandra
, 18/04/2021 | Source : Le monde d'Elhyandra

Editions Harper Collins

Quatrième de couv’ :

Nous les appelons « nez » ou « parfumeurs ». Ils travaillent dans des maisons prestigieuses (Chanel, Dior, Guerlain), au sein de groupes internationaux pour des marques renommées, ont créé leur propre maison ou sont indépendants.

10 parfumeurs.
10 rencontres avec des personnalités marquantes qui se confient sur leur parcours, leur enfance, leurs inspirations.
10 sensibilités pour découvrir un métier fascinant et mystérieux.

Qui se cache derrière nos parfums ?

Ces 10 histoires personnelles et intimes nous invitent à le découvrir et à voyager dans un monde d’odeurs… et de souvenirs.

Mon avis :

Si vous ne me suivez pas sur Instagram, ce billet va vous paraitre sorti de nulle part donc petite mise en contexte, j’aime le parfum et j’ai une petite collection de la honte qui me fait bien plaisir (dérapage contrôlé tout de même je n’ai aucune envie d’avoir une centaine ou plus de flacons, je compte bien les utiliser avant qu’ils décèdent). C’est dans ce cadre que je fais ma curieuse pour en apprendre plus sur ce milieu qui m’a choppé par le nez, en commençant par ceux qui sont derrière ces merveilles embouteillées :

  • Quentin Bisch : C’est un jeune parfumeur qui a réussi à accéder à son rêve de manière atypique. Normalement pour intégrer une école pour être nez il faut avoir au moins un bagage en chimie sauf que le petit Quentin, les sciences, il a beau s’accrocher, ça veut pas. Sur les conseils de son père qui voit son enfant en souffrance, il va donc faire des études de théâtre où il s’épanouit et en parallèle il va faire le siège de tous les parfumeurs et de toute l’industrie du parfum par courriers et coups de téléphone pour tenter de trouver des contacts qui lui mettraient le pied à l’étrier. Enfin, il finit par intégrer l’école et la société Givaudan qui va lui permettre de travailler avec diverses maisons de parfumerie. Ses créations les plus connues sont Angel Muse de Mugler et Nomade de Chloé.
  • François Demachy : Ce parfumeur ne se destinait absolument pas à la parfumerie de prime abord, il est né et vivait à Grasse et pour payer ses études il a travaillé dans la société Charabot. La compatibilité études/travail n’a pas franchement matché et cette société étant également une école de parfumerie il a fini par tout apprendre là-bas, les jeunes étaient utilisés pour boucher les trous là où il y avait besoin, il n’y a pas plus formateur et François s’est formé à tous les métiers autour du parfum/ Il a ensuite intégré de grandes maisons comme Chanel puis Dior où il officie encore à ce jour. Ses créations les plus connues sont Sauvage ainsi que Joy chez Dior.
  • Isabelle Doyen est parfumeuse indépendante et elle est nez associé avec la maison Goutal depuis 1986. Elle vient d’une génération où le métier était un entre soi très masculin et où on y entrait grâce au père qui transmettait son savoir. Isabelle n,’étant pas de ce milieu, elle a pu bénéficier de l’école prestigieuse ISIPCA (ISIP à l’époque) de Versailles qui a permis d’ouvrir le monde du parfum aux passionnés sans appui interne. Sa quête éternelle est de créer un parfum de rose qui sent la poire, Petite chérie chez Goutal est né de ce projet mais ce n’est pas encore parfait, elle cherche également à créer un parfum qui rappelle la fourrure du chat et dans cette optique est sorti, L’Antimatière (qui est un parfum que je me dois de sentir 😁). Elle revient également sur les problèmes de droits sur le parfum, les créateurs n’ont pas de statut officiel comme des droits d’auteur pour le plus grand plaisir des grandes maisons de parfumerie qui peuvent réutiliser les formules à l’envi.
  • Jean-Claude Ellena : A peine vous entrouvrez la porte du monde du parfum que le nom de ce mastodonte ressort continuellement, il est l’un des plus connus. Il arrive à l’école de parfumerie en 1968 à 21 ans avec d’autres jeunes élèves et ils sont bien décidés à bousculer ce monde de vieux 😎 fini le culte du secret et simplification des orgues et des créations. C’est chez Hermès qu’il pourra devenir pleinement le parfumeur artiste qu’il désire être. Il parle des illusions olfactives qu’on peut créer avec un parfum entre son contenu et le nom donné, la difficulté d’être dans l’air du temps qui tient plus du coup de bol en matière de création et son refus d’être bridé par le marketing, c’est lui qui indique ce qui doit être dit autour de sa création et pas l’inverse. Il est désormais à la retraite et écrit sur son métier, sa passion. Ses créations les plus connues sont First de Van Cleef & Arpels et Un jardin sur le Nil d’Hermès.
  • Mathilde Laurent : Elle est parfumeur maison pour Cartier depuis 2006 et a créé le fameux La Panthère. Elle a suivi le parcours devenu classique de l’ISIPCA et milite pour plus de transparence envers le consommateur et son éducation olfactive, pour cesser avec le mystère autour du parfum. L’olfaction est le premier sens à se développer chez le fœtus, les bébés ont un odorat très développé. Pour Mathilde il est important de fusionner avec le style de la maison pour ne pas créer de fausses notes. Même dans le parfum il y a la mode du naturel, mais pour elle il n’est pas question d’oublier les 150 ans de présence du synthétique dans la parfumerie. S’il y avait une famille olfactive pour résumer son travail, le Chypre c’est chic.
  • Serge Lutens : Pour ce parfumeur, ce n’est pas le parfum qui l’intéresse mais les odeurs, il a l’habitude de tout sentir. D’abord photographe et styliste de mode, il est embauché par la maison Dior pour créer du maquillage. Son amour de Marrakech est la source d’inspiration du fameux Ambre sultan provenant d’un morceau de cire que les femmes placent dans leurs cheveux pour leur mariage. Son entrée dans le monde du parfum sera réalisée avec Shiseido et la création de Nombre noir en 1980, il fera ses armes pour apprendre les matières premières avec la société Firmenich, et il devient pleinement parfumeur en 2000 où il monte sa propre maison de parfum et lance Féminité du bois. Il s’entoure d’un nez toujours à ses côtés, Christopher Sheldrake. Il désire une parfumerie qui transmette des émotions. Tous ses parfums sont comme un dialogue avec la femme de ses rêves/cauchemars d’où les noms que ses jus portent.
  • Frédéric Malle : A qui s’intéresse à la parfumerie de niche, impossible de passer à côté des Éditions de parfum de Frédéric Malle et son concept merveilleux, rendre à César ce qui lui appartient, les nez derrière chaque création sont inscrits sur le flacon comme un auteur sur le livre qu’il écrit. Il y a plusieurs métiers autour de la création d’un parfum et celui de Fredéric c’est le métier d’évaluateur, il sent et commente le travail des parfumeurs pour les aider dans leur création. Il a grand espoir avec la jeune génération de trentenaires qui arrive, comme Fanny Bal qui selon lui serait un nom à suivre. La parfumerie est un métier difficile, pas la peine d’essayer de s’y frotter si on n’est pas prêt à y consacrer sa vie, par exemple, l’un des succès de la maison qui est Carnal Flower a nécessité 690 essais. Les succès de la maison les plus réputés sont Portrait of a lady et Musc Ravageur parmi tant d’autres.
  • Annick Menardo : Ce parfumeur a fait la célèbre école ISIPCA, puis a intégré la société Firmenich, elle a créé les fameux Lolita Lempika, Bois d’argent ou encore Hypnotic poison. Dans les années 1980 il était difficile de devenir parfumeur en tant que femme car c’était un milieu d’hommes, heureusement même s’ils sont encore plus nombreux dans cette filière la parité tend à arriver petit à petit. Pour elle, le parfum est une abstraction qu’il faut réaliser en devant satisfaire le client comme la marque, de même, en travaillant dans une société plutôt qu’une maison il y a une forte concurrence entre les parfumeurs indépendants et les sociétés générales en lien avec plusieurs marques, mais cette indépendance permet de travailler beaucoup de styles et être constamment stimulé. En revenant sur cette mode du naturel et de la transparence, elle nous rappelle que la parfumerie doit tout à la chimie.
  • Olivier Polge : Il est le fils de Jacques Polge qui travaillait pour Chanel. L’enfance d’Olivier était baignée dans le parfum mais à l’adolescence, il a tenté autre chose en allant à la fac d’Histoire mais le parfum s’est finalement imposé. Misia est son premier parfum composé pour Chanel. L’histoire de la maison pour laquelle il officie est un terreau fertile pour la création dans lequel il puise. Chez Chanel les parfums sont construits à partir de la création de matières premières, elles ne sont pas utilisées brutes mais raffinées ce qui en fait sa particularité. Il exécutera sa formation chez IFF à New York et fera ses armes sur la méthode américaine qui est de répondre aux appels d’offres des clients ce qui exige une grande souplesse de travail ainsi qu’une grande rapidité d’exécution au risque de voir le contrat raflé par un concurrent.
  • Thierry Wasser : Quand il était petit, c’était un vrai cancre à l’école et il s’est trouvé apprenti en herboristerie à 15 ans et ce pour 4 ans, il était déjà passionné par les plantes depuis l’enfance donc il s’y épanouit parfaitement. Il postule ensuite chez Givaudan et réussit le test d’entrée sa carrière démarre. En 1993, il quitte Givaudan pour la société Firmenich, là il commence à côtoyer Guerlain pour finir par devenir leur parfumeur maison, il sera responsable de l’achat des matières premières et sa difficulté sera de respecter tout le patrimoine de cette maison avec les anciens parfums tel que Jicky ou Mitsouko, et pour les nouvelles fragrances il se devait d’avoir la signature olfactive Guerlain. Cette Maison de parfum a traversé les deux guerres mondiales et elle est toujours là mais le problème de sauvegarde du patrimoine vient aussi des nouvelles législations sur les allergènes contenus dans les matières premières et certaines interdictions récentes obligent à des reformulations qui peuvent altérer la fragrance finale, toute la difficulté est de faire le maximum pour que le jus reste fidèle à l’original. La Petite robe noire c’est lui.

En bref :

Ce fut une belle balade de curieuse dans l’intimité de plusieurs grands parfumeurs et j’ai noté plusieurs fragrances que j’adorerais découvrir mais pour ça il faudra attendre la fin de la tournée mondiale du virus (par contre il ne nous fait pas danser celui-là ^^).

Bonne lecture !

The Banner Saga | Choisir c’est renoncer

Tigger Lilly
, 18/04/2021 | Source : Le dragon galactique

The Banner Saga est un RPG tactique créé par Stoic Games, un développeur de jeux vidéo américain. Il s’agit d’une trilogie dont les épisodes sont sortis en 2014, 2016 et 2018. On le trouve sur… Plus

Jardins de poussière de Ken Liu

Célinedanaë
, 18/04/2021 | Source : Au pays des cave trolls

Jardins de poussière est un recueil de 25 nouvelles de Ken Liu, paru en 2019 aux éditions du Bélial’ dans la collection Quarante-deux. La sélection des textes a été faites par Ellen Herzfeld et Dominique Martel. La traduction est assurée par Pierre-Paul Durastanti. La même équipe avait été à l’origine du très beau recueil La Ménagerie de papier du même auteur en 2015. Ce recueil était depuis longtemps dans ma PAL et je me suis décidée à l’en faire sortir courant janvier. J’ai mis un peu de temps à le terminer mais je ne regrette pas de l’avoir mis en haut de la PAL.

Les textes de ce recueil sont nombreux et appartiennent à plusieurs sous-genres de l’imaginaire: de la science-fiction, du silkpunk, du steampunk, de l’uchronie. Certains textes se répondent ou ont des thématiques communes. Les textes sont aussi de longueur assez différente. Les nouvelles présentent ainsi une grande variété mais l’ordre du sommaire leur confère une certaine logique de lecture. Tous ont en commun une écriture empreinte de sensibilité très bien rendue par la traduction.

Parmi les thématiques abordées dans ce livre, on note le souvenir et l’importance de la transmission que l’on retrouve dans plusieurs textes. Dans Imagier de cognition comparative pour lecteur avancé, il est question d’une mère partie pour un voyage spatial et qui a conçu un livre pour sa fille, elle lui transmet ainsi des images d’extraordinaires civilisations extraterrestres. Souvenirs de ma mère (précédemment parue dans le N°91 de la revue Bifrost) parle de la relation particulière entre une mère et sa fille. Le Jardin de poussière parle de la création de souvenirs par l’art à bord d’un vaisseau spatial bloqué sur une planète où il s’ensable. Jours fantômes illustre aussi cette thématique avec un récit sur 3 époques : futur lointain, 1989 et 1905. On y parle d’êtres génétiquement modifiés pour s’adapter sur une planète et de la question de conserver ou non le souvenir du passé des humains. Il est ainsi question de la transmission de la culture. Thème que l’on retrouve traité avec un peu d’humour dans Le Fardeau, dans lequel un jeune couple étudie les mythes de la planète pour laquelle ils sont partis. Une Brève Histoire du Transpacifique évoque la construction d’un tunnel dans l’Océan Pacifique pour relier l’Asie à l’Amérique. Un ancien ouvrier ayant travaillé sur ce projet se souvient de ce qu’a réellement été la construction. Dernière Semence, en parlant de la fin de l’aventure spatiale, évoque la tentative de laisser un souvenir de notre planète.

Plusieurs nouvelles parlent aussi des modifications du monde et de ce qu’elles entrainent sur les gens. C’est le cas notamment dans Bonne chasse, certainement mon texte préféré de ce livre et qui a fait l’objet d’une adaptation dans la série Love, death and robots sur Netflix. La nouvelle se déroule à Hong Kong qui va se retrouver complétement bouleverser par l’arrivée des anglais. Ces changements auront des conséquences sur tout ce qui était magique dans le monde d’avant. Un texte magnifique et profondément juste et bien écrit. Les deux nouvelles Rester et Ailleurs, très loin de là, de vastes troupeaux de rennes se déroulent dans le même univers et racontent le destin de personnages confrontées à une technologie révolutionnaire où les humains peuvent être « uploadés » dans des machines. Vient alors le questionnement de savoir si on le veut ou non et si on peut ou non y échapper. Dans Messages du Berceau : L’ermite – Quarante-huit heures dans la mer du Massachusetts ce sont les changements climatiques qui sont abordés avec les impacts sur les populations. Moments privilégiés, en parlant de la parentalité évoque les nombreux changements provoqués dans une vie par les enfants et les adaptations possibles de la technologie pour essayer de rendre les choses plus simples. Sept anniversaires est un texte que l’on trouvait dans le premier hors-série de la collection Une heure-lumière et a pour thème le transhumanisme. La nouvelle expose sept anniversaires différents de Mia depuis ses 7 ans jusqu’à un lointain avenir, infiniment lointain. La nouvelle commence assez « normalement » avec les 7 ans d’une petite fille marquée par la séparation de ses parents et le travail omniprésent de sa mère. Puis, au fil des anniversaires de Mia en 7 dates, on suit les évolutions de la société et de la vie sur Terre dans un futur de plus en plus éloigné. Il est question de relation parents et enfants, d’écologie, de progrès technologiques, d’avenir et d’humain dans des états différents. Tout cela dans le style de Ken Liu avec de l’émotion, une grande fluidité et une justesse des mots.

Autre thématique que l’on retrouve au travers de certains textes, le questionnement sur l’identité, et la quête d’identité. Cela est particulièrement marquant dans Animaux exotiques qui met en scène des « chimères » créées en mélangeant du matériel générique humain à celui de divers animaux. Le récit suit un de ces êtres et sa quête pour vivre normalement. Le texte s’interroge sur la notion d’humanité de très belle manière. Un texte magnifique. Dolly, la poupée jolie parle d’une petite fille qui a eu une poupée enfant, une poupée dotée d’une IA et s’interroge sur ces IA capables de ressentir des émotions. Vrais visages parle d’un problème de société très actuel : les discriminations à l’embauche. Un masque permet de rendre anonyme les gens en leur enlevant les notions de race et de genre. Mais cela peut avoir des conséquences inattendues. Le sujet est traité avec beaucoup de nuances et suscite pas mal de réflexions.

Jardins de poussière montre ainsi à quel point Ken Liu est un auteur extrêmement doué pour le format court. Ces nouvelles abordent de nombreuses thématiques traitées avec nuances et émotions. Le recueil contient plusieurs bijoux que l’on pourra lire et relire avec toujours autant de plaisir.

Autres avis: Le syndrome Quickson, nevertwhere, L’épaule d’OrionFourbis et Têtologie, Les lectures du Maki, Justaword

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Auteur : Ken Liu

Traducteur : Pierre-Paul Durastanti

Éditeur :  Le Bélial’, collection Quarante-deux

Publication : 21 Novembre 2019

« Les yeux fermés, j’imagine les photons rebondissant entre les particules de poussière. J’imagine leurs chemins sinueux le long du dédale de surfaces vives, les pièges, les impasses, les culs-de-sac, les chausse-trappes. J’imagine Cigale qui accomplit sa rotation sous les étoiles, modifiant l’angle des rayons du soleil sur les panneaux. J’imagine les couleurs, changeantes, chatoyantes. Une nouvelle façon de voir… » Jardins de poussière est le deuxième recueil de nouvelles de Ken Liu à voir le jour en français. Sans équivalent en langue anglaise, réunissant vingt-cinq récits pour l’essentiel inédits, il célèbre un talent majeur et singulier à son sommet — un phénomène.

Father – Ray Nayler

FeydRautha
, 18/04/2021 | Source : L'épaule d'Orion

Rendons-nous à l’évidence, vous n’avez pas fini d’entendre parler de Ray Nayler sur l’épaule d’Orion. Il y a quelques jours, à la faveur de la sortie du dernier numéro de Clarkesworld Magazine, je vous parlais avec enthousiasme de la nouvelle glaciaire Sarcophagus, me promettant d’aller explorer plus avant les productions de cet auteur.  Puis le magazine Asimov’s Science Fiction a publié la liste de ses meilleurs textes de l’année selon une sélection de ses abonnés, liste dans laquelle on retrouve deux nouvelles de Ray Nayler, dont Father qui fait l’objet de cette chronique.

Avec Sarcophagus l’auteur emmenait son lecteur sur une lointaine planète froide et inhospitalière dans un récit de survie futuriste. J’avais noté la qualité de l’écriture dans l’évocation du combat mené par le personnage principal dans ces paysages glaciaires. Changement d’époque et de sous-genre avec Father qui nous embarque dans les années 50 d’une Amérique uchronique. Nous sommes en 1956 exactement. L’auteur évoque très rapidement un événement qui a transformé le monde, la chute sur Terre d’un OVNI en 1938, dont l’étude a permis le développement rapide de technologies avancées. On parle ici de voitures volantes, de robots, de traitement universel contre les maladies. Cela a évidemment eu une influence sur le déroulement de la seconde guerre mondiale. Les communistes furent repoussés jusqu’à Moscou et les pays d’Europe de l’Est libérés. Notons que le background n’est pas réellement développé dans la nouvelle, mais cela n’importe guère car là n’est pas le propos. Il suffit de savoir que cette guerre fit de nombreuses victimes, dont le père du narrateur, un jeune garçon de sept ans vivant seul avec sa mère dans la région d’Albuquerque au Nouveau Mexique. Ce père, mort au combat avant même sa naissance, il ne l’a jamais connu. Les services sociaux de l’armée ont développé un programme d’aide aux familles des soldats décédés, et offre un robot nommé Father à quelques-unes tirées au sort. C’est ainsi que Father entre dans la vie du jeune narrateur. Il y restera six mois. Le garçon va rapidement développer une relation privilégiée avec cet androïde qu’il finira par appeler… Father. Mais 20 ans de développement accéléré, beaucoup trop rapide, ont créé un choc technologique et si personne ne se plaint des voitures volantes, tous ne sont pas prêts à accepter l’arrivée d’un robot dans le voisinage. Les tensions vont aller croissantes, jusqu’au drame inévitable. Et l’on découvrira que Father est plus qu’il ne semble.

“Now we will have a secret between us, son.”

Father est une histoire relativement simple mais très émouvante, menée par une écriture tout à fait admirable. Certains antagonismes sont présentés de manière très manichéenne. Ainsi, le méchant de l’histoire est … méchant. Et c’est ce qu’on attend de lui car rappelons que tout cela est vu et dit pas les yeux et la bouche d’un enfant de sept ans. Ce sont par les paroles des adultes rapportées que l’on prend conscience d’une complexité plus importante que celle directement perçue par le narrateur. Cette dynamique entre ce qui est dit et ce qui est suggéré fonctionne particulièrement bien. S’il ne saisit pas toujours les subtilités du monde des plus grands, s’il est peu sûr des sentiments qu’il éprouve envers son père, envers Father, il les exprime néanmoins très réellement, que ce soit l’angoisse, la peur, la honte, ou l’amour. J’ai trouvé la nouvelle brillante dans sa simplicité et sa justesse.

L’Enfant de la prochaine aurore – Louise Erdrich

Lhisbei
, 17/04/2021 | Source : RSF Blog

L’Enfant de la prochaine aurore De Louise Erdrich Albin Michel Terres d’Amérique – 416 pages. Traduction d’Isabelle Reinharez Une douce fin du monde USA, futur très proche. Cedar Hawk Songmaker, amérindienne a été adoptée à la naissance par un couple progressiste de Minneapolis (donc écolos et vegans). Elle ne connaît pas ses parents et s’est forgé au fil du temps tout un...

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La Machine : Terre de sang et de sueur - Katia Lanero Zamora

Yogo
, 17/04/2021 | Source : Les Lectures du Maki

Pas plus de Fantasy que de surprises

La Machine est un dyptique de Katia Lanero Zamora dont le premier opus intitulé Terre de sang et de sueur a été publié il y a quelques semaines aux éditions ActuSF. Ce roman ne relève des littératures de l'imaginaire que par la création d'un monde très inspiré de l'Espagne des années 30. Ne cherchez pas ici le surnaturel, la magie ou le (retro)futurisme, il n'y en a point. La Machine est un roman politique autour de la lutte des classes et des révolutions possibles.

L'action se déroule à Panim, quelque temps après la chute de la Royauté au bénéfice d'une République. Les fondations ne sont pas encore très stables, certains aimeraient voir le retour du Roi quand les autres n'aspirent qu'à une démocratie bien plus égalitaire. Les premiers, soutenus par les nobles, les riches et l'église c'est-à-dire ceux qui ont l'argent, les terres et le pouvoir face à ceux qui cultivent les terres ou exploite les mines encouragés par La Machine, parti politique en passe de peser aux prochaines élections.

Katia Lanero Zamora nous fait vivre cette période historique tumultueuse à travers l'histoire de deux frères (Vian et Andres) de la famille Cabayol. Ancien prolétaire, le grand-père a su s'émanciper pour devenir l'un des grands propriétaires bourgeois de la famille. Les deux frères ont toujours été très proches mais leurs idéaux créent des tensions. Andres, l'ainé, extraverti, a embrassé la cause des Machinistes, il aime, boire, danser et fréquenter les "ongles sales" quand son frère, plus introverti, cherche la reconnaissance de sa famille et s'engage dans l'armée pour combattre les ennemis de Panim.

J'ai beaucoup aimé ce roman malgré ses nombreux défauts. Le premier étant qu'il n'y a aucune surprise dans l'histoire, on se doute des grandes lignes dès le début et l'on sent tout de suite comment cela va se terminer. L'autrice arrive quand même à nous passionner, le roman est très agréable à lire, fluide et plutôt efficace. L'autre souci est l'opposition des deux frères, leurs tempéraments et leurs vies stéréotypés au possible. Par exemple le cadet, dans l'ombre de son frère, est réservé, homosexuel et s'engage dans l'armée.

Le roman est également trop linéaire. Il y a bien quelques flash-back qui reviennent sur l'enfance des deux garçons et permettent d'expliciter certaines situations ou d'introduire de nouveaux personnages mais cela reste très classique. Et c'est bien ces protagonistes secondaires qui sont les plus intéressants, bien campés avec leurs rêves, leurs fêlures, leurs idéaux et surtout leurs a priori, ils mettent en lumière les nuances des vies.

Au niveau politique, l'autrice ne tombe pas dans le piège manichéen de certains. Des deux côtés les avis sont tranchés mais il y a de la place pour un questionnement et surtout il y a une majorité qui ne se trouve pas représentée. Elle dévoile les espoirs et les doutes de chacun.

Au final La Machine est à la fois une allégorie politique et une histoire de famille. Par le biais de deux frères que tout oppose et que tout rapproche, Katia Lanero Zamora nous interroge sur notre monde actuel. Roman, intelligent, frais et riche on passera à l'autrice les quelques clichés et une histoire bien trop convenue. Il va de soi que je lirai la suite.


La Machine a plutôt été bien accueilli chez : Ombresbones, Célindanaé, Yuyine, Boudicca


The Conceptual Shark – Rich Larson

FeydRautha
, 17/04/2021 | Source : L'épaule d'Orion

Le magazine américain Asimov’s science fiction, qui est de nos jours un bimensuel, publie depuis 1977 à peu de choses près ce qui se fait de mieux en science-fiction en format court. La liste des auteurs publiés par ASF va d’Arthur C. Clarke à Greg Egan, en passant par Octavia Butler, William Gibson, Nancy Kress, Frederik Pohl, Ursula K. Le Guin ou encore Lucius Shepard. Si l’on aime la SF et qu’on lit un peu l’anglais, il est donc intéressant de garder un œil sur ce qui pousse entre ses pages. Le magazine propose chaque année à ses abonnés d’élire les meilleurs textes publiés sur les 12 derniers mois, et a la bonne idée de rendre les textes finalistes accessibles gratuitement. Tout le monde peut ainsi lire une sélection des nouvelles qui se sont distinguées auprès des lecteurs pour leur qualité sur cette page.

On y trouvera la nouvelle The Conceptual Shark de Rich Larson. Ce dernier est un jeune prodige à l’imagination et à la productivité hors norme dont je vous ai déjà parlé à l’occasion de la publication de différentes nouvelles (voir ici), et dont un formidable recueil a été récemment publié chez le Bélial’ sous le titre La Fabrique des lendemains. Et comme ces gens-là ont de la suite dans les idées, l’auteur sera aussi au sommaire du prochain numéro de la revue Bifrost avec une nouvelle intitulée Demande d’extraction. Je l’avais lu en VO. Elle n’est pas très drôle. Oh, je ne dis pas qu’elle n’est pas bonne, au contraire, elle est même excellente. Mais pas drôle. C’est d’ailleurs le cas de la plupart des nouvelles de Rich Larson. Son univers est souvent sombre, violent à l’occasion, et ses textes ont tendance à piquer un peu entre les côtes. Mais l’auteur est quelqu’un de très sympathique (pour le rencontrer, je vous recommande d’aller voir son interview, en français !, menée par son traducteur Pierre-Paul Durastanti) et a beaucoup d’humour. Cela se retrouve dans certains textes facétieux, comme la micronouvelle hilarante 123456.

The Conceptual Shark est un texte humoristique, qui part d’une idée tordue, enchaine les dialogues absurdes, et se conclut par une chute qui lui donne toute sa profondeur. Le narrateur, Adam, a un souci. Il se fait attaquer dans sa salle de bain par un requin surgi de la tuyauterie. Nora, sa psy, tente de le convaincre qu’il ne s’agit là que d’un « requin conceptuel », d’une hallucination qui donne forme à une peur enfouie.

“Sharks don’t talk, Nora.”

Nora raises her eyebrows. “Sharks don’t live in bathroom plumbing.”

Mais rien n’y fait, Adam se fait attaquer chaque fois qu’il approche de l’eau, et manque de se faire dévorer. La folie va croissante. Une solution sera trouvée de manière inattendue dans le bureau de Nora, mais l’ouverture de la boite de Pandore a toujours des conséquences.

On pourra voir, et c’est mon cas, The Conceptual Shark comme une critique de la psychanalyse. Quoi qu’il en soit, le texte est très drôle, la chute vertigineuse, et il est surtout très bien écrit. Voilà donc une très bonne manière de découvrir à la fois l’écriture et une face de l’univers de Rich Larson. Je vous le recommande chaleureusement.