Bear Head de Adrian Tchaikovsky

Cédric Jeanneret
, 06/03/2021 | Source : Reflets de mes lectures

Bear Head est une suite au sympathique Chiens de guerre. Ce second roman se déroule plusieurs décennies après le premier tome et alterne entre la Terre et Mars.

La situation géopolitique et sociétale a changer depuis la fin de Chiens de guerre; les animaux provolués (uplift) ont obtenu des droits et une certaines protections (il est par exemple interdit de leur implanté une hiérarchie pour les contrôler sans leur autorisation) mais leur statut reste précaire. La colonisation de Mars a débuté avec l’aide de travailleurs modifiés pour survivre dans un environnement extrême. Les formes d’intelligence distribuées (càd repartie entre plusieurs individus) sont par contre interdites et traquées. C’est notamment le cas de Bees, l’essaim d’abeilles intelligent, qui, après avoir aidé au début de la colonisation martienne, est devenu une sorte de grand méchant épouvantail.

C’est dans ce contexte que le lecteur suit. sur Mars, Jimmy Marten un travail humain modifié qui, pour gagner un peu d’argent illégalement, prend en charge dans son implant cérébrale des données de contrebande. Pour sa malchance ces données sont la personnalité de Honney (une ourse provoluée déjà présente dans Chiens de guerre) qui est sur Mars pour retrouver Bees et mettre fin aux agissements dangereux d’un politicien.

Sur Terre le lecteur suit à la fois les souvenirs de Honney qui explique comme elle arrive à la situation au début du roman et l’expérience de l’assistante de Warner S. Thompson, le politicien en question, qui a été privée de son libre arbitre et doit tout faire pour satisfaire son sociopathe de patron…

Feydrautha analyse le roman bien mieux que moi sur bon blog pour ceux qui en veulent plus. Mais comme lui je trouve ce second tome plus fouillé et abouti que le premier; Bear Head propose une réflexion sur les droits humains et des créatures pensantes et sur les dangers que posent une certaines évolutions possibles de la technologie.

[photomontage] cosplay édit Nariko

Marguerite
, 06/03/2021 | Source : Chez l'aventurier des rêves

Vous l'avez sans doute vu passer sur les réseaux, je me suis récemment remise à photoshop et je m'amuse comme une folle à éditer des photos cosplays. Voici le photomontage que j'ai fait pour une photo de mon cosplay de Nariko du jeu Heavenly Sword : J'ai...

[ProjetOmbre #09] Célestopol – La Douceur du Foyer

Sabine C.
, 06/03/2021 | Source : Lectures – Fourbis & Têtologie

d’Emmanuel Chastellière | ed. Libretto | Steampunk | Nouvelletirée du recueil Célestopol Célestopol est un recueil de nouvelles se déroulant toutes dans le même univers : Célestopol, la cité lunaire, bâti par l’Empire Russe au début du XXè siècle. Une ville sous cloche, cosmopolite, où se croisent dandys et automates, et dont je parlerai plus en… Lire la suite [ProjetOmbre #09] Célestopol – La Douceur du Foyer

Bilan de février 2021 et pile à lire de mars

Sometimes a book
, 06/03/2021 | Source : Sometimes a book

Bilan février 2021

Février a été un mois de lecture très particulier. J’ai commencé le mois en ne lisant que des romans d’auteurs que je connaissais et faisant partie de mes auteurs favoris : Frances Hardinge, Jeff Vandermeer, Audrey Alwett, Ken Liu… ce qui m’a valu deux énormes coups de cœur et de très bonnes lectures. Puis, je me suis éloignée de cette zone de confort et là patatra, deux abandons de suite ! J’ai donc terminé le mois sur une meilleure note en repartant sur une valeur sûre avec la suite d’une saga que j’aime beaucoup (Les chroniques de St Mary). Au final, j’ai sorti 8 romans de ma pile à lire, mais ai lu moins que d’habitude en termes de nombre de pages (autour de 2700 pages) du fait de ces abandons. 

N’hésitez pas à aller voir mon book haul de février dans l’article dédié si ce n’est pas déjà fait, il y a eu de très belles entrée dans ma PAL en février !

Bilan lectures

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♦Borne de Jeff Vandermeer – Au Diable Vauvert → Ma chroniquecouv52279318

Borne nous emmène dans un univers post-apocalyptique comme on en voit assez peu. Jeff Vandermeer nous dépeint un monde dévasté, violent dans lequel certains groupes d’individus adorateur d’un ours géant font régner la terreur. Et pourtant, cet univers post-apocalyptique est également profondément beau et coloré. L’auteur utilise l’horreur pour façonner du merveilleux et il ressort de ce roman autant de violence que de beauté, autant d’espoir que de mélancolie. Borne c’est également une étrange créature trouvée par hasard par Rachel et que l’on va voir se développer au fil des pages. Une magnifique relation d’amour filial se tisse entre les personnages interrogeant sur les notions d’apprentissage, de pardon et surtout d’humanité. Car Borne n’est pas humain, mais qu’est-ce que ça signifie vraiment que d’être humain ? Les réponses à cette question sont tout simplement bouleversantes et pourtant le récit ne tombe jamais dans le pessimisme, car l’intrigue se veut également étrangement réconfortante comme si malgré tout, tout était comme il devrait être. Il est évident que Borne fait désormais partie du panthéon de mes plus belles lectures et qu’il sera une de mes plus belles découvertes de cette année 2021. 

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♦Magic Charly – tome 2 : Bienvenue à Saint-Fouettard d’Audrey Alwett – Gallimard → Chronique à venir

Ce deuxième tome de Magic Charly devrait ravir ceux qui ont lu et aimé le premier tome, car il est encore meilleur. Audrey Alwett continue de développer son univers hyper inventif et coloré en nous emmenant à Thadam, la ville des magiciers et dans son institut Saint-Fouettard. Ce tome 2 nous emmène dans un tourbillon d’humour et de rebondissements en compagnie de personnages toujours plus haut en couleur. On retrouve les anciens personnages qui sont toujours aussi attachants et on en découvre également de nombreux autres qui ne sont pas en reste ! Et si on se régale à suivre ces différents personnages dans cette aventure, on ressent bien plus qu’un simple divertissement à la lecture de ce livre. Cette trilogie possède différents niveaux de lecture et nous envoie de nombreux messages d’amitié, d’amour, de tolérance qui sont extrêmement bien intégrés au récit. La fin de ce deuxième tome est bluffante tant elle nous offre des scènes intenses aux enjeux très forts et la lecture se termine avec une très forte envie de se jeter sur le troisième tome ! 

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♦La voix des ombres de Frances Hardinge – Gallimard JeunesseMa chronique

La voix des ombres est un roman fantastique qui dépeint une fresque familiale dans un contexte historique très intéressant. Le roman se déroule ainsi durant la Première révolution anglaise, période dont l’autrice a très bien su s’approprier pour créer le fil de son intrigue. On suit le personnage de Makepeace dans son enfance et son adolescence qui va partir sur les traces de sa famille et en découvrir ses sombres secrets. La très belle plume, très métaphorique, de Frances Hardinge nous emmène aisément dans ce récit à l’ambiance très particulière. L’atmosphère est très sombre, les évènements se déroulant dans le récit sont particulièrement tragiques, le tout étant accentué par la dureté de la vie à cette époque conflictuelle de l’Histoire anglaise. Heureusement, le beau personnage de Makepeace vient contrebalancer cette noirceur grâce à son dynamisme et sa positivité à toute épreuve. C’est un personnage extrêmement ingénieux réussissant à se sortir de toutes les situations et qui donne à l’intrigue une tournure toujours surprenante. Dans cette intrigue originale et bien menée, on retrouve également une part de fantastique grâce à la présence de fantômes (ou plutôt devrait-on dire d’esprits ?). Cette thématique est également abordée de manière originale et bien loin des clichés qui l’on peut trouver dans ce type d’histoire !

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♦Les chroniques de St Mary – tome 3 : Une seconde chance de Jodi Taylor – HC éditionsChronique à venir

Dans ce troisième tome, l’équipe de St Mary nous emmène dans plusieurs voyages épiques dans le passé : de la découverte d’Isaac Newton, à la bataille d’Azincourt en passant par la guerre de Troie, les personnages continuent de vivre des aventures rocambolesques. Ce tome se concentre particulièrement sur la guerre de Troie qui est vraiment bien retranscrite. Malgré le peu de connaissance concernant la véracité de cette guerre, Jodi Taylor réussit à nous offrir une magnifique reconstitution de la ville et à en imaginer sa chute. Alors a-t-elle bien été causée par le fameux cheval de Troie ? L’autrice nous donne sa réponse dans ce tome ! Ce voyage dans le passé marque également un tournant majeur dans la saga, puisque l’intrigue se retrouve complètement bouleversée par certains évènements. Pour les résoudre, Jodi Taylor choisi de jouer avec les temporalités et les mondes parallèles et de globalement faire un peu tout ce qu’elle veut avec ces concepts pour que l’intrigue aille où elle veut. Ce n’est pas très fin, les incohérences sont très nombreuses, et pourtant l’attachement que l’on a pour cette saga et ses personnages font que ça fonctionne quand même ! Et puis même si on est dubitatif, l’énorme cliffhanger de fin ne nous laisse pas le choix que de se jeter sur le tome 4 !

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♦Le Regard de Ken Liu – Le Belial’ → Ma chronique

Le Regard est un court thriller d’anticipation de 94 pages dont le récit alterne entre le point de vue d’une détective privée et de celui d’un tueur en série. L’enquête en elle-même est très classique, mais le cadre futuriste et les nouvelles technologies développés par Ken Liu sont très bien pensés et rendent le récit glaçant de réalisme. Le rythme rapide et la tension constante qui anime les pages rendent la novella très addictive compensant très bien le manque de suspense, mais le tout aurait mérité d’être un peu plus étoffé. L’enquête se résout de manière extrêmement rapide sans que ses conséquences ne soient jamais abordées. La dérives liées à ce monde ultra-technologique sont traitées à travers la thématique très sensible de la vision et la notion de libre-arbitre ce qui est très intéressant, mais aurait également pu être plus développé. 

couv37539509♦Le Sorceleur – tome 4 : Le temps du mépris d’Andrzej Sapkowski – Bragelonne → Pas de chronique

J’ai bien aimé l’intrigue de ce tome, j’ai vraiment eu l’impression que l’intrigue démarrait enfin et que les enjeux commençait à se faire voir au grand jour. Ce tome est un peu moins confus en ce qui concerne la politique et est plus riche en action. Cependant, certaines scènes sont maladroites voire problématique notamment une scène de viol extrêmement mal décrite et complètement gratuite pour l’intrigue.

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♦Alex Verus – tome 1 : Destinée de Benedict Jacka – Anne Carrière → Pas de chronique (abandon à 60%)

Je n’ai pas vraiment beaucoup de reproches à faire à ce premier tome si ce n’est que je n’ai pas réussi à rentrer dans l’histoire. J’ai trouvé que le ton était un peu forcé que ce soit au niveau du caractères des personnages que des actions. Le roman nous offre ainsi une surenchère d’action et une intrigue un peu trop répétitive alors qu’on en apprend que très peu sur l’univers. Je n’ai donc pas réussi à m’intéresser aux enjeux de cette histoire et aux personnages trop stéréotypés à mon goût. 

 

couv25632636♦Sorcery of Thorns de Margaret Rogerson – Bragelonne → Pas de chronique (abandon à 40%)

Ce roman nous emmène dans un univers de fantasy qui semble très original et assez fascinant puisqu’il est tourné autour des livres et de bibliothèques magiques. Malheureusement cet univers est sous-développé pour laisser place à une intrigue extrêmement lente et déjà-vue porter par des personnages inintéressants. J’ai rarement vu des personnages aussi creux et sans aucune âme et malheureusement ils n’aident pas à relever cette intrigue qui manque un peu de dynamisme. 

 

 

Ma pile à lire de février

Cliquer pour visualiser le diaporama.

J’ai décidé de choisir mes lectures en les classant en différentes catégories de manière à mieux gérer mes challenges en cours pour l’année 2021. Voici donc les livres et catégories choisis pour le mois de mars : 

♦ Services-presse : La machine de Katia Lanero Zamora / La prophétie de l’arbre de Christophe Misraki
♦ Une relique de ma PAL : Lake ephemeral d’Anya Allyn
♦ Une suite de saga : Grisha – tome 2 de Leigh Bardugo / L’héritage du rail de Morgan of Glencoe
♦ Challenge « 12 romans à lire en 2021 » : Dune de Franck Herbert
♦ Challenge Ombres : Le jardin des silences de Mélanie Fazi
♦ Challenge PLIB2021 : Calame de Paul Béorn / Le phare aux corbeaux de Rozenn Iliano / Les bras de Morphée de Yann Becu 

 

Bilan du Cold Winter Challenge

Le Cold Winter Challenge s’est terminé fin février après 3 mois de lectures. Si j’avais complètement raté le Pumpkin Automn Challenge, je me suis bien rattrapée et ai réussi à lire tous les livres que j’avais prévu pour le Cold Winter Challenge. J’ai validé toutes les catégories principales en remplaçant simplement la sous-catégorie sur la romance de Noël par une sous-catégorie bonus tout en respectant ma pile à lire de départ (j’ai simplement échangé Filles de rouille contre Vilain Chien pour la sous-catégorie Nuit du solstice). Bref un bilan très positif pour ce challenge qui m’aura permis de faire de très bonnes découvertes (La ville sans vent, Borne, Kra, L’ours et le rossignol, Un long voyage…) ! 


C’est ainsi que se termine ce bilan. Et vous, quelle a été votre meilleure lecture en février ?

Les pilleurs d’âmes de Laurent Whale

Anne-Laure - Chut Maman Lit
, 06/03/2021 | Source : Chut Maman Lit !

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Nouvelle chronique invitée pour Jean-Yves avec cet fois-ci un livre paru dans la collection poche des Indés de l’Imaginaire et un auteur francophone : Les pilleurs d’âmes de Laurent Whale qui a reçu le prix Rosny Ainé 2011.

Terre, 1666. La galaxie abrite déjà des civilisations avancées, pourtant, c’est sur la planète bleue que vont s’affronter deux espions intergalactiques.
L’un d’eux, qui se fait bientôt appeler Yoran Le Goff, intègre l’équipage d’un des plus sanguinaires flibustiers : Jean-David Nau, dit L’Olonnais. Entre amitiés, alliances de circonstance et trahisons, Le Goff tentera de débusquer le mystérieux adversaire qu’il est venu traquer. Pour découvrir ses plans, mais aussi pour l’éliminer. Seulement, parmi la flibuste, comme dans les étoiles, rien n’est écrit d’avance et la mission de l’espion sent très vite la poudre. Jusqu’à l’explosion finale…

J’ai découvert Laurent Whale il y a deux ans avec le très bon Les étoiles s’en balancent, essai transformé ensuite par la lecture du recueil Crimes, aliens et châtiments dont il écrit une nouvelle. La réédition de ce livre primé, avec un thème suffisamment accrocheur pour moi, était l’occasion de continuer cette exploration. Et j’ai encore été largement conquis.

L’histoire se déroule en 1666, à la fin du Siècle d’or espagnol, dans les Caraïbes. François l’Olonnais – personnage qui a réellement existé, connu pour sa cruauté – recrute des hommes d’équipage pour enchainer les pillages, plus audacieux et violents les uns que les autres. Il n’est toutefois pas seul à recruter : une mafia intergalactique, les Cartels, s’intéresse à la Terre pour la piller aussi, mais de ses individus prometteurs pour les exploiter en dehors de toutes lois. Il s’agit donc bien d’un récit de Science-Fiction. Le héros, qui prend l’alias de Yoran Le Goff, est un « extraterrestre » (à priori humain, ou dans tous les cas très proche de l’espèce humaine), chargé d’identifier, neutraliser le recruteur des Cartels, et produire les preuves de leurs agissements, sans interférer dans les affaires des autochtones. Notre espion s’enrôle dans l’équipage de l’Olonnais pour les besoins de son enquête. Lui, membre d’une « civilisation avancée », est confronté à cette époque terrible, durant laquelle gloire et violence, sang et rhum, or et poudre, sont les ingrédients de cette époque qui nous fait, ou nous a fait, rêver.

Lier SF et récit de piraterie aurait pu paraître dangereux. En effet, intégrer des éléments technologiques dans un contexte historique peut vite virer à la série B, voire franchement Z, en enchainant les solutions de facilité narratives – la technologie triomphe toujours – et en faisant passer les « autochtones » – ici les habitants de 1666 – pour des idiots candides impressionnés par ce qu’ils perçoivent comme de la magie. De plus, c’est aussi risquer la comparaison avec l’excellent Le Déchronologue de Stéphane Beauverger ; risque que l’on peut balayer : les romans se complètent tout à fait, sans aucune redondance. Surtout, piraterie et Space Opera sont des univers dans lesquels nous baignons tous, dès notre enfance, et souvent chargés de très fortes représentations, notamment une touche de « romantisme pulp ». Il faut donc écrire quelque chose d’original, capable de dépasser les clichés, ou de jouer avec. Laurent Whale relève ces défis haut la main et prouve la parfaite pertinence de regrouper ces deux univers, en faisant le choix de se focaliser sur les invariants.

Nau a un vague sourire :
–  Nous allons rejoindre l’Anglais John Evans qui nous attend déjà au large.
Cette fois, c’est le délire. À ce qu’il semble, le dénommé Evas jouit, lui aussi, d’une certaine réputation au sein de la confrérie.
Le sifflet retentit de nouveau, envoyant les gabiers dans les vergues et le reste d’entre nous aux cabestans. Une demi-heure plus tard, dans une ambiance de joie sauvage, la Providence cingle vers le large toutes voiles dehors.
Expérience intéressante que cette navigation archaïque, lente certes, mais pas désagréable. J’ai déjà utilisé nombre de moyens de transport primitifs. Parfois même farfelus, tels les chiens volants de Sandreflol, ou les Snarks fouisseurs sur Talmirande, et j’y trouve généralement beaucoup de plaisir. Celui-ci ne déroge pas à la règle. Le charme est créé par le contact avec les éléments.
Dans nos vaisseaux automatisés, nous ne sommes, en fait, que les parasites de la machine qui nous dépasse en tout. (page 51)

Le premier niveau de proximité, le plus évident, est celui du vocabulaire et de l’organisation générale. Un vaisseau peut être spatial, ou un bateau ; une planète ou une côte sont deux territoires à relier dans des conditions de sécurité plus ou moins grandes. Les deux espions arrivent à se fondre avec une grande facilité dans ce système où l’on fait peu de cas du passé, où c’est finalement la preuve en action qui compte. La description de la société SF ressemble à s’y méprendre à celle du XVIIe siècle : un empereur, des pirates de l’espace, une hiérarchie militaire. Pour les plus âgé.e.s des lecteurs et lectrices, la proximité entre ces deux mondes est déjà connue depuis longtemps, pour celles et ceux qui se souviennent de Captain Harlock, plus connu sous le nom d’Albator.

Le héros illustre pleinement ce souvenir d’enfance, ce qu’évoque la piraterie. Au début, il est plutôt sous le charme du cadre de vie et des pirates. Leur capacité à s’amuser, à vivre la vie pleinement, au jour le jour et sans attaches, à prendre des risques, semble fasciner Yoran. Laurent Whale retranscrit habilement l’ambivalence entre fascination et répulsion. Mais quand les pillages s’enchaînent, avec leurs lots de massacres gratuits, ce romantisme s’estompe. Le héros finit par se dégouter lui-même quand il est obligé d’y participer, entre mission secrète à accomplir et goût pour l’adrénaline, comme si son « vernis de civilisation supérieure » s’écaillait sous l’action du sel et du sang. La société dont il vient n’est d’ailleurs pas exempte de ces tares quand les Cartels gagnent de plus en plus d’influence. Finalement, il s’agit d’un récit de convergence, où le « civilisé », dans un contexte qui n’est pas le sien et privé de ses artefacts technologiques se bat pour garder la tête hors de l’eau, au sens propre et figuré. L’ultime scène est d’ailleurs cocasse, et montre que l’on peut toujours tomber à terre et que la hiérarchie ne signifie finalement pas grand-chose.

La plume de l’auteur sert parfaitement le propos. Laurent Whale écrit très bien, et varie son style d’écriture en fonction des chapitres et des décors. Lors des scènes de combat, il utilise les cinq sens pour ses descriptions et on vit littéralement la bataille avec le héros. La structure des phrases, très courtes, mais aussi avec des ellipses, correspond au rythme de l’affrontement, aux moments où la conscience s’estompe pour supporter l’atrocité du massacre, où les réflexes priment sur l’analyse. Le récit est majoritairement construit à la première personne, ce qui favorise l’identification. Quand Laurent Whale nous raconte une tempête, un incontournable du récit de piraterie, on ressent sa puissance, on imagine parfaitement ce qu’elle peut avoir d’effrayant et de merveilleux. Certaines parties, davantage liées à la partie SF, sont même écrites à la deuxième personne du pluriel, et sont par conséquent encore plus immersives. Laurent Whale est arrivé parfaitement à unir récit d’aventure et de science-fiction en montrant les passions, parfois excessives, des pirates… et des Hommes.

Vous aimerez si vous aimez les pirates, l’aventure, les passions, mais aussi leurs parts d’ombre.

Les +

  • L’écriture
  • La rencontre entre deux mondes, si lointains et si proches
  • Les personnages, hauts en couleur

Les –

  • Beaucoup de coquilles et de soucis de typo dans cette version
  • La couverture, qui me plait beaucoup moins que les précédentes
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Ex dei, James bondit

L'ours inculte
, 06/03/2021 | Source : L'ours inculte

Je termine donc la pile de sorties ActuSF de février 2021 avec Ex dei de Damien Snyers, suite au très bon La stratégie des as qui ne dit pas qu’elle est une suite mais qui l’est quand même un peu.

James, notre cher elfe voleur, se la coule douce en Afrique avec sa petite fortune et sa camarade de jeu Mila. Il s’est rangé pour profiter de sa retraite mais le frisson lui manque et il finit par replonger, quitte à récolter quelques ennuis au passage. Marion est une Historienne, membre d’un club élitiste qui archive et recoupe les vérités cachées de l’histoire, et au passage s’est débrouillé pour ne plus vieillir. La plupart des membres sont vieux de plusieurs siècles, et Marion commence à s’emmerder un peu avec son mari après 10 ans d’union. Mais l’arrivée d’un nouveau membre potentiel à leur joyeuse bande pourrait bousculer pas mal de choses.

Le nouveau roman de Damien Snyers part sur deux intrigues séparées qui mettent longtemps à se rejoindre. Et le lien entre les deux est fort mince jusqu’à la fin, donc on a parfois l’impression de lire deux bouquins mélangés. Et c’est marrant, parce que j’ai adoré un des deux, et pas vraiment le second. L’histoire de Marion a une ambiance vraiment convaincante dans une atmosphère de société secrète de la bourgeoisie. Le club des aristos férus d’histoire s’avère plaisant à découvrir, et quand ça commence à sentir le roussi, on est happés par le mystère qui entoure notre protagoniste.

Par contre, j’ai trouvé les aventures de James complètement décousues, sautant d’une mini-péripétie à la suivante bien trop vite, sans qu’elles soient vraiment liées par autre chose que le hasard, ou un mince concours de circonstances, dans le seul but de faire débarquer James à Nowy-Kraków pour rejoindre l’histoire de Marion. Et, sans oublier une petite scène de torture un peu gore qui surprend au milieu d’un roman aussi light, Damien Snyers a peut-être voulu déclarer son amour à Volte-face mais je vois pas ce que ça fout là. Cet arc est sauvé seulement quand l’auteur capitalise sur le roman précédent en faisant ressurgir le passé. On est heureux de recroiser quelques têtes connues et l’alchimie de groupe fonctionne toujours. C’est pourtant dommage que le livre se termine sur le rythme décousu qui a caractérisé l’arc de James, avec une résolution un peu expédiée, peu satisfaisante, et un dernier chapitre en coup de théâtre « ouate ze phoque » sorti de nulle part.

Je préfère garder en mémoire l’intrigue de Marion avec sa mise en place maîtrisée et son rythme plaisant. J’ai aimé les relations de ces personnages et le mystère qui plane sur leur organisation. Même si j’avoue avoir parfois tiqué sur les relations de couples un peu caricaturales. Mais y’a vraiment des scènes marquantes dans cet arc, le double-jeu des personnages et globalement la progression de l’intrigue est très satisfaisante… Jusqu’à la résolution finale qui n’avait pas grand sens à mes yeux… J’ai pas compris, en fait… On apprend qui est vraiment le coupable, mais j’ai pas compris son but. Peut-être que j’ai un peu décroché sur la fin, mais c’était bien confus.

Oui, Ex dei a été une déception pour moi, surtout en ayant beaucoup apprécié le premier roman de Damien Snyers. Y’a de bonnes choses, mais l’ensemble m’apparait tellement décousu, manque d’une structure et d’un mystère plus solides. Il reste des personnages attachants, toujours, et l’ambiance folle de cet univers, mais l’intrigue ne m’a jamais vraiment convaincu.

Roman reçu en Service Presse de la part d’ActuSF, merci à eux.

One Day All This Will Be Yours – Adrian Tchaikovsky

FeydRautha
, 05/03/2021 | Source : L'épaule d'Orion

H.G. Wells se doute-t-il qu’il s’apprête à créer un genre à part entière lorsqu’il écrit La Machine à explorer le temps en 1895 ? Dans ce roman fondateur, un savant explorateur voyage vers l’avenir, en l’an 802 701, et découvre une Terre transformée en paradis dans lequel vit le peuple des Éloïs. Mais l’utopie, comme toujours, cache une face sombre. Le roman a inspiré nombre d’auteurs de science-fiction qui se sont emparés de l’idée pour en explorer les conséquences et les paradoxes.

Il est souvent dit de la science-fiction qu’elle ne parle jamais que du présent. C’est particulièrement vrai dans le cas des récits de voyage dans le temps qui caractérisent singulièrement leur époque. De multiples variations du thème vont ainsi être proposées alors que l’Histoire se met à dérailler et que la tentation de sa réécriture devient un acte imaginaire de raison face à la déraison du réel. À la suite de H.G. Wells, deux auteurs vont marquer le développement du genre alors que l’humanité se trouve en plein conflit mondial : Robert A. Heinlein avec la nouvelle Un self made man (By His Bootstraps, 1941) et René Barjavel avec le roman Le Voyageur imprudent (1944). Comme chez Wells, ces deux récits sont portés par des personnages principaux qui sont des scientifiques explorateurs du temps. Mais ils jouent tous deux sur la notion de paradoxe temporel. C’est dans Le Voyageur imprudent que René Barjavel formule le fameux paradoxe du grand-père, selon lequel si un imprudent voyageur du temps tue l’un de ses ancêtres, il est amené à disparaître. Chez Heinlein, le paradoxe se trouve plutôt du côté de la création. Il reprendra et développera cette idée en poussant le paradoxe dans ses derniers retranchements dans la nouvelle Vous les zombies (All you zombies, 1959).

La guerre froide fait suite à la seconde guerre mondiale, et la menace constante de conflit nucléaire, plonge le monde dans l’incertitude. La période est propice au développement de récits dans lesquels des organisations secrètes, gouvernementales ou privées, vont intervenir sur le temps afin de réguler l’histoire de l’humanité, en atténuer les maux, éviter les guerres. C’est l’idée qu’on trouve dans La Fin de l’éternité (The End of Eternity, 1955) d’Isaac Asimov qui imagine des gardiens du temps qui interviennent ponctuellement pour modifier certains événements historiques. De même chez Poul Anderson avec La Patrouille du temps (Time Patrol, 1955) qui en profite pour régler la question du paradoxe du grand-père en expliquant qu’à partir du moment où vous voyagez dans le temps, vous modifiez certes les liens de causalité mais celle-ci existe toujours. Au même moment, d’autres auteurs, comme Fritz Leiber dans le cycle de La Guerre des modifications (repris sous le titre La Guerre Uchronique pour une intégrale publiée chez Mnémos), imaginent au contraire que le temps sera le prochain champ de bataille.

Le vingtième siècle a passé et emporté avec lui la guerre froide, mais d’autres périls s’annoncent pour l’humanité. Le réchauffement thématique est devenu un thème récurrent en science-fiction et Alastair Reynolds l’invoquait dans le dispensable Permafrost (2019) pour justifier d’un voyage temporel vers le passé. Tom Sweterlitsch imaginait la fin du monde sous la forme d’un cataclysme cosmique dans le terrible Terminus (2018). Les préoccupations de l’époque marquent invariablement les récits de voyage dans le temps. Parallèlement, les auteurs de SF continuent de pousser plus loin les implications du voyage temporel. Ainsi, dans l’extraordinaire Palimpseste (2009), Charles Stross multiplient les trames, le temps est un champ de bataille et l’Histoire un parchemin sans cesse réécrit.

Tout ceci pour vous parler du dernier court roman de l’infatigable Adrian Tchaikovsky, One Day All This Will Be Yours, publié le 2 mars 2021 chez Solaris. La raison de cette longue introduction tient dans le fait qu’Adrian Tchaikovsky, comme c’est son habitude lorsqu’il s’attaque à un thème classique de la SF, reprend consciencieusement tout ce qui a été imaginé avant lui,  l’incorpore dans son œuvre, et va au-delà. C’est souvent là précisément son talent, ce qui fait de lui un auteur de science-fiction remarquable. On retrouve dans One Day…, tous les éléments dont je parlais ci-dessus, jusqu’à l’utopie des Éloïs de Wells. Notamment, Tchaikovsky reprend là où Stross s’était arrêté dans Palimpseste et en tire les conséquences.

Dans One Day…, le temps est devenu un champ de bataille et le voyage dans le temps est une arme. La plus terrible des armes. La découverte de la possibilité du voyage dans le temps et l’invention des machines qui permettent de le faire, inévitablement amènent les différents gouvernements du monde à en construire, puis à en interdire l’usage, puis à les utiliser. Bien sûr. C’est ainsi que débute la Guerre de la Causalité, sans qu’au départ personne ne s’en rende compte. Il suffit qu’un gouvernement crée une brigade de soldat du temps, spécialisée dans l’intervention ciblée et discrète pour éliminer un danger avant qu’il ne prenne forme, atténuer une tension avant qu’elle n’apparaisse, etc., pour que les autres gouvernements fassent de même. Nul ne sait qui a commencé, et d’ailleurs rapidement la question n’a plus de sens. Mais tôt ou tard le palimpseste est réécrit trop de fois et la trame craque jusqu’à ce que les liens de causalité disparaissent. D’où le nom de Guerre de la Causalité.  La conséquence est ni plus ni moins que l’Histoire est brisée, comme un vase jeté au sol. Mais ce n’est pas le pire. Le pire c’est l’invention de la bombe à Causalité…

Le narrateur est un ancien soldat du temps, qui a vécu la guerre de la Causalité et décidé d’y mettre un terme. À sa manière. Désormais, il vit solitaire à la fin du temps. Jusqu’à ce que se produise quelque chose qu’il n’avait pas prévu.

« Another perfect day at the end of the world”

Du point de vue des idées développées, des nouveautés introduites dans le domaine du voyage dans le temps, de la vision à grande échelle des paradoxes et des conséquences, One Day All of This Will Be Yours est un roman remarquable. Il y a même une scène époustouflante de sense of wonder dans laquelle Adrian Tchaikovsky décrit un paysage dans lequel une bombe à Causalité a été détonnée. L’idée est brillante ! Mais…

… car il y a un mais, ce roman m’a fait l’effet d’une sortie de piste. Le problème est qu’Adrian Tchaikovsky pas voulu prendre son sujet complètement au sérieux. Il s’est clairement fait plaisir à l’écrire, à jouer avec son personnage principal, avec les nombreuses références qui émaillent le roman. Mais le choix de la narration sur le ton de l’humour m’a sorti de la gravité du propos. Non pas que l’humour me déplaise dans un récit de science-fiction, Charles Stross notamment a toujours beaucoup d’humour, y compris dans Palimpseste. Tchaikovsky lui-même avait trouvé le bon équilibre entre humour et horreur dans Walking to Aldebaran, mais pas ici. One Day All This Will Be Yours tourne trop souvent à la farce. Certaines scènes flirtent avec le ridicule de mauvaises series B. Je n’ai cessé de me dire, dans la seconde partie, que l’auteur torpillait son roman à trop vouloir en faire. La même histoire écrite différemment, sur un autre mode narratif, plus de sérieux, donnait un livre sur le thème du voyage dans le temps totalement renversant. Adrian Tchaikovsky a préféré suivre la voie du simple divertissement, avec des dinosaures domestiques et l’inévitable apparition « tarte à la crème » d’Hitler ou de Gengis Khan. C’est une proposition, me direz-vous. Certes, mais il y avait tellement mieux à faire avec ce matériau là.


  • Titre : One Day All This Will Be Yours
  • Auteur : Adrian Tchaikovsky
  • Publication : 2 mars 2021 chez Solaris
  • Nombre de pages : 192
  • Format : papier et numérique

The Echo Wife - Sarah Gailey

Gromovar
, 05/03/2021 | Source : QUOI DE NEUF SUR MA PILE ?


Ici et, grosso modo, maintenant.
Evelyn Caldwell est un génie de la génétique. Elle a développé une technique de clonage avec « imprégnation » qui lui permet de créer des clones éduqués et programmés jusqu'à agir comme des substituts acceptables de leur modèle – au point même d'ignorer qu'ils sont des clones. Utilisés pour servir de sosies ou de banques d'organes, les clones sont détruits après utilisation, quand le contrat se termine et qu'ils ont fini d'accomplir la fonction pour laquelle ils ont été crées. Pas de processus industriel ici. Evelyn travaille seule avec son assistant Seyed, artisanalement, comme un Victor von Frankenstein ou un Gepetto.
Quand le roman commence, elle est à la fois au sommet du monde et au fond du trou. Honorée et primée par ses pairs, elle vit très mal sa séparation d'avec son mari Nathan, d'autant plus qu'il est parti avec une autre femme, et que, cerise sur le gâteau, cette femme, Martine, est le clone d'Evelyn.

Là, lecteur, tu te dis, qu'on va bien rigoler et que Feydeau en aurait fait une pièce avec placards et quiproquos jouée par Jacques Balutin et Maria Pacôme.
Erreur grave ! "The Echo Wife" est tout sauf drôle. Et pas seulement parce que, peu après le début, Evelyn découvre que Martine, enceinte, a tué Nathan en se défendant contre lui, et qu'il lui faut maintenant nettoyer le désastre pour éviter de finir dans le Hall of Shame de l'histoire de la science comme créatrice du premier clone enceinte et du premier clone tueur.
Là encore, lecteur, tu peux croire que tu vas lire une comédie à la Jo ou L'armoire volante.
Mais ce n'est pas ce que voulait faire ni dire Sarah Gailey dans son dernier roman. "The Echo Wife" est dur, introspectif, éprouvant, émouvant.

"The Echo Wife" est l'histoire de quatre personnes + une demi + deux absents.

Evelyn. Brillante. Déterminée. Dure. Une femme qui ne compte sur personne et sur qui personne ne peut compter, qui a des collègues mais pas vraiment d'ami. Fruit des violences domestiques de son enfance, Evelyn a appris à se contrôler en toutes circonstances, à envisager les conséquences de chacun de ses actes en utilitariste pure, à ne jamais laisser place à aucun affect. Elle a aimé Nathan, puis lui a reproché sa faiblesse, sa lâcheté, et sa dépendance à l'égard d'une attention qu'elle ne lui accordait pas.

Nathan. Scientifique aussi. Moins brillant. Moins courageux. Émotionnellement dépendant à un niveau pathologique, un homme qui doit être l'omphalos de son entourage. Rêva d'avoir un enfant d'Evelyn, créa une Evelyn programmée dont il était le centre de l'univers et qui, programmation ou libre arbitre, est ravie d'être enceinte. Menteur, dissimulateur, manipulateur, il parvint à cacher à Evelyn qu'il lui volait ses idées et expérimentait pour créer celle qui la remplacerait.

Martine. Créée pour être une « meilleure » Evelyn. Toute dévouée à Nathan, elle ne saura jamais vraiment lesquels de ses désirs sont contingents et lesquels ont été programmés par Nathan. Consciente d'être un clone, revendiquant avec difficulté un statut d'individu. Elle tue son créateur et collabore avec celle qui est doublement sa « mère ». Une « mère » d'autant plus impressionnante qu'elle connaît un monde dont Martine ne sait rien, enfermée qu'elle a été, sa courte vie durant, dans la maison que Nathan avait achetée pour leur étrange couple.

Puis il y a le bébé à venir, qui pèse à tous les sens du terme (décidément !).
Et les parents d'Evelyn. Son père, disparu alors qu'elle était enfant, et sa mère, toujours vivante mais avec qui elle n'a qu'une brève conversation par an en moyenne.
Un père violent avec sa femme et dur avec sa fille. Une mère qui apprit à s'effacer, à subir, à ne pas faire de bruit ni déranger, et qui l'enseigna à Evelyn. Une mère aussi qui ne donnait rien d'affectuel. Contrôle, contrôle, enseigné par la mère comme une compétence de survie et exigé par le père comme preuve de la « qualité » de sa fille.

Une enfance toxique qui créa une personnalité toxique qui se mit en couple avec un autre modèle de personnalité toxique.
Une personnalité que deux trahisons et sa rencontre avec le « rejeton » improbable et clandestin de son union avec Nathan vont, lentement et douloureusement, obliger à changer, à devenir une personne moins brisée, plus humaine sans doute, sans cesser d'être brillante ni déterminée.

Car, par-delà, l'aspect science-fictif soft (il ne fait pas être trop regardant sur la technologie utilisée), "The Echo Wife" raconte l’incommunicabilité fondamentale dans le couple, telle que l'exprima brillamment John O'Hara dans ces lignes de Rendez-vous à Sammara : « Other people saw her and talked to her when she was herself, her great, important self. It was wrong, this idea that you know someone better because you have shared a bed and a bathroom with her. He knew, and not another human being knew, that she cried “I” or “high” in moments of great ecstasy. He knew, he alone knew her when she let herself go, when she herself was not sure whether she was wildly gay or wildly sad, but one and the other. But that did not mean that he knew her. Far from it. It only meant that he was closer to her when he was close, but (and this was the first time the thought had come to him) maybe farther away than anyone else when he was not close. »

Mais le couple Evelyn/Nathan n'est pas n'importe quel couple, et, plus encore, "The Echo Wife" est l'histoire d'une analyse métaphorique. Les méfaits de Nathan et la collaboration forcée avec Martine obligent Evelyn a réfléchir vraiment, pour le première fois :
  • à qui elle est vraiment et aux étapes de sa construction personnelle
  • à ce que fut son couple et aux dynamiques qu'y s'y exprimaient, globalement à son avantage jusqu'à la trahison
  • à l'impact qu'ont eu sur elle des années d'enfance passées dans un contexte de violence domestique
  • à la possibilité de regarder enfin un clone comme autre chose, peut-être, qu'un produit programmé et jetable et à se demander si c'est à des individus qu'elle donne le jour et s'il est juste de les traiter comme des choses (en droit civil on dirait comme des biens meubles)

Les 256 pages du roman sont donc une longue plongée dans les traumatismes et le processus de guérison d'Evelyn. Un page turner plus introspectif qu'extraverti. Un texte réussi et lancinant. Un récit qui fait vivement écho à la biographie de Sarah Gailey et qui est donc aussi un rapport d'analyse en abyme.
L'info à deux balles : le roman sera adapté en film.

The Echo Wife, Sarah Gailey

Anergique – Célia Flaux

OmbreBones
, 05/03/2021 | Source : OmbreBones

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Anergique
est un one-shot steampunk écrit par l’autrice française Célia Flaux. Publié par ActuSF sous le label Naos, vous trouverez ce roman partout en librairie au prix de 17.90 euros.
Je remercie les éditions ActuSF pour ce service presse numérique.

De quoi ça parle ?
Lady Liliana Mayfair est une lyne qui appartient à la garde royale. Elle et son compagnon sont envoyés en Inde sur les traces d’une violeuse d’énergie qui sévit depuis des années. Une seule victime a, à ce jour, survécu : Aminat, agressé alors qu’il n’avait que dix ans et anergique depuis. De Londres à Surat, voici une enquête dans une Angleterre steampunk victorienne…

Du steampunk ?
C’est quand même le premier élément que je souhaitais relever car Anergique est qualifié de roman steampunk par son éditeur, toutefois je n’y ai pas retrouvé les codes du genre en le lisant. Ou, du moins, pas de manière suffisamment marquée pour que ça me saute aux yeux. Je me fie pour cela au guide d’Apophis qui, pour résumer, définit le genre de cette façon : Grossièrement, on pourrait définir le Steampunk comme une Uchronie (un monde où l’histoire s’est déroulée différemment par rapport à la nôtre) dans laquelle des technologies que nous qualifierions d’ « avancées » (typiquement : informatique, robotique, mechas et exosquelettes de combat, voire exploration spatiale) sont apparues à un stade bien plus précoce que dans notre monde, typiquement lors de la période Victorienne (d’où le « Steam » : ère de la vapeur).
Bien sûr, l’intrigue prend place dans une Angleterre victorienne mais à l’exception du dirigeable qui semble être plus développé (et encore, on a peu d’informations), il n’y a pas trace des éléments précités. Au contraire, c’est plutôt la magie qui est mise en avant. Attention donc si vous lisez ce livre en recherchant un roman à l’esthétique steampunk, vous serez probablement déçu. Personnellement, ça ne m’a pas vraiment dérangée car j’avais oublié ce point lors de ma lecture (je m’en suis souvenue en lisant le résumé de l’éditeur pour écrire ce billet) mais je pense important de le préciser.

Une violeuse ?
Autre point que je dois souligner, l’utilisation du terme violeuse qui a fait tiquer sur une autre chronique que j’ai pu lire. Il ne s’agit pas du tout d’une erreur de ma part ou de celle de l’éditeur. La lyne qui a agressé Aminat est bien qualifiée de violeuse et j’ai l’impression que ce terme heurte, choque aussi, peut-être par sa mise au féminin ? Pourtant, il est correctement employé par l’autrice car, dans la description de l’agression, on retrouve des bien des éléments reliés au viol. Ces points sont également présents dans la manière dont se sent la victime, dont elle essaie de surmonter son traumatisme. Ce mot est donc pertinent et son utilisation renforce les exactions de la criminelle.

Une métaphore sociale
Outre l’aspect enquête qui reste plutôt classique, la force du roman se situe, pour moi, dans la métaphore sociale que tisse l’autrice autour des concepts de lyne et de dena. Une lyne est un individu, de sexe masculin comme féminin, qui aspire l’énergie d’un dena (qui est donc un donneur, de sexe masculin comme féminin) pour se nourrir et être capable de prouesses magiques comme la création d’un bouclier ou le jet d’énergie. Cela ne sera pas sans rappeler à certain/e le mythe du vampire.

Je n’ai pas ressenti de discrimination genrée au sein de la société décrite dans le roman, ce qui est rafraichissant. Par contre, Célia Flaux dessine clairement, selon moi en tout cas, une métaphore sur le prolétariat face aux patrons puisque ceux qui produisent (ici les denas) sont exploités par les lynes qui dépendent pourtant d’eux pour survivre. De plus, les denas doivent se plier à tout un tas de règles. Il est par exemple interdit et tabou de donner son énergie à une plante en tant que dena. La problématique se pose avec Aminat, qui souffre d’un énorme traumatisme depuis son viol et n’arrive plus à nourrir qui que ce soit et donc à se débarrasser de ce surplus d’énergie. Quand sa mère le surprend à donner son énergie à un arbre, elle va jusqu’à qualifier son acte de blasphème envers les dieux.

Ces concepts sont abordables dans l’ensemble et exploités d’une manière assez intelligente pour faire passer le message voulu. L’univers créé par l’autrice n’est pas des plus fouillés ni des plus complexes mais il a le mérite de se tenir et d’induire de vraies thématiques. Je n’ai pas eu besoin de plus pour l’apprécier et m’y plonger.

Une narration à trois voix.
Ce roman est écrit à la première personne, au présent, et les points de vue alternent entre Liliana (la garde royale), Clément (son compagnon) et Aminat (la victime qui est aussi un ami d’enfance de Clément). Les transitions sont annoncées à chaque début de partie et on en a plusieurs au sein d’un même chapitre. Parfois, le changement se fait au bout d’une ou deux pages seulement (sur ma liseuse) ce qui permet un vrai dynamisme au sein de l’action et de l’intrigue. Les pages passent sans qu’on s’en rende compte, l’ensemble est plutôt efficace et bien mené. Les personnages sont suffisamment caractérisés pour qu’on ne les confonde pas même si les transitions restent rapides et parfois abruptes, ce qui peut gêner les lecteurs qui n’aiment pas trop qu’on les bouscule.

Liliana est une Lady issue d’une famille noble et en rébellion contre son père qui n’approuve pas sa relation avec Clément, qui n’est qu’un fils d’une famille bourgeoise. Elle a donc quitté le domicile familial et vit par elle-même depuis qu’elle a rejoint la Garde Royale, se mettant ainsi au service de la reine. J’ai vraiment aimé le fait de trouver un couple déjà formé au début du roman et entretenant une relation saine dés le départ puisque les intrigues / considérations amoureuses ont tendance à ne pas m’intéresser du tout. Le point de vue de Clément sert aussi à nuancer celui de Liliana mais également à apporter des informations sur Aminat et leur relation d’enfance. Aminat va ensuite prendre une plus grande part au sein de l’intrigue puisqu’il est le seul capable d’identifier cette violeuse, étant sa seule victime à avoir survécu. Cela a tissé un lien entre eux dont l’homme, devenu précepteur dans une noble famille, ne parvient pas à se débarrasser. Le traumatisme est toujours présent malgré les années. J’ai trouvé cet aspect vraiment intéressant et (surlignez la suite pour la lire mais attention, elle contient un élément d’intrigue) j’ai regretté qu’il disparaisse aussi vite tout comme je n’ai pas su me projeter dans l’évolution de la relation entre Liliana et Aminat, qui ne m’a pas semblée très crédible. L’aspect deuil et souffrance n’a pas su me toucher car trop vite oublié.  Après, c’est une affaire de goût, vous savez comment je suis avec les histoires de cœur…

Une postface enrichissante
J’ignore qui a rédigé la post-face (probablement Jean Laurent Del Socorro qui a dirigé l’ouvrage ?) toutefois celle-ci fait le point sur l’univers créé par Célia Flaux et sur la façon dont elle met en scène la magie, avec les lynes et les denas. C’est vraiment intéressant à lire même si ça peut paraître redondant à un lecteur attentif. Dans le cadre d’une collection comme Naos, qui se destine aux adolescents, je trouve que cette postface a une certaine utilité pour être exploitée, pourquoi pas, dans un cadre scolaire par exemple.

La conclusion de l’ombre :
Anergique est un roman qui se dit steampunk mais qui me parait plutôt de fantasy victorienne car l’esthétique du genre (définie plus haut dans ce billet) n’est pas pas présente. Cela ne l’empêche pas de proposer une enquête intéressante dans une Angleterre victorienne alternative qui a l’originalité de se dérouler en partie en Inde. Je retiendrais surtout la métaphore sociale tissée par l’autrice à travers ses concepts de lyne et de dena ainsi qu’une aventure menée sans temps morts dans une narration alternée plutôt efficace. J’ai passé un bon moment avec ce roman tout à fait recommandable !

D’autres avis : Lauryn BooksPlumes de LuneTasse de thé & Piles de livresLes dream-dream d’une bouquineuseEncres et calamesIel était une fois – vous ?

printempsimaginaire2017
Première lecture – défi « nouveaux horizons »
(découvrir une nouvelle autrice)

News de l’Imaginaire – Episode 121

Anne-Laure - Chut Maman Lit
, 05/03/2021 | Source : Chut Maman Lit !

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121e épisode des News de l’Imaginaire avec cette semaine toujours plus de cover reveal (votre portefeuille va-t-il survivre ?), toujours plus de chroniques de blogueurs (ils sont prolifiques en ce moment), des extraits et des interviews (là c’est sûr votre portefeuille ne s’en remettra pas !).

Nouvelles tome 1 (1952 – 1962) de Franck Herbert. Illustrations réalisées par Manchu.

Demain et le jour d’après de Tom Swerterlitsch. Illustration réalisée par Aurélien Police.

La troisième griffe de dieu de Adam-Troy Castro. Illustration réalisée par Manchu.

Biotanistes d’Anne-Sophie Devriese. Illustration réalisée par Zariel.

Des interviews à découvrir :

La première sélection pour le Grand Prix de l’Imaginaire a été dévoilée : retrouver là sur le site du prix : https://gpi.noosfere.org/gpi-2021/

Les finalistes du prix Ray Bradbury 2021 :

  • Piranesi, Susanna Clarke (Bloomsbury)
  • Lakewood, Megan Giddings (Amistad)
  • The City We Became, N.K. Jemisin (Orbit)
  • The Only Good Indians, Stephen Graham Jones (Saga)
  • Where the Wild Ladies Are, Aoko Matsuda, translated by Polly Barton (Soft Skull)

Le prix Libr’à Nous Imaginaire a été décerné à Claire Duvivier pour son roman, Un long Voyage, paru aux Forges de Vulcain.

Volutes épisode 4 : Fantasy et Révolution, avec Léo Henry

C’est plus que de la SF #54 : Les Dépossédés – David Meulemans

Géométrie du réel #6 : Projets Sillex, l’édition autrement avec Nicolas Marti

Un premier extrait de Célestopol 1922 d’Emmanuel Chastellière est disponible sur le site des éditions de l’Homme Sans Nom : “UNE NUIT À L’OPÉRA ROMANOVA”

Un souvenir nommé empire de Arkady Martine vient de paraitre dans la collection Nouveaux Millénaires des éditions J’ai Lu. Découvrez un extrait du roman Prix Hugo 2020

Petite sélection d’articles de blog hors chronique :

Coté chroniques, on peut lire :

Un trailer pour la route 😉

J’espère que le contenu vous a plu.
N’hésitez pas à commenter et à partager ce nouvel épisode !

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