La Maison des Épines – Rozenn Illiano

Snow
, 27/01/2023 | Source : Bulle de Livre


Synopsis
Ne réveillez pas ce qui dort sous la Maison des Épines…
Novembre 1900. Mime au cœur brisé, Sonho assiste à la fin du légendaire cirque Beaumont, qui ferme ses portes après des décennies à sillonner les routes d’Europe. Le cirque représentait tout pour lui – sa maison, sa famille, ses rêves. Sa mission, aussi, confiée à la troupe par sa fondatrice : le père de cette dernière avait prophétisé la venue d’un orphelin qui changerait le monde, un enfant que Sonho espérait plus que tout retrouver.
Résigné, perdu, le mime abandonne tout derrière lui. Il suit alors sa sœur Augusta, qui souhaite ouvrir un orphelinat afin de mettre les enfants du cirque à l’abri. Et quoi de mieux que la demeure dont elle a hérité de ses ancêtres pour y installer tout ce petit monde ? Situé au cœur d’une forêt non loin de Londres, le domaine de Blackthorn Hill ressemble à un paradis.
Mais comme dans toutes les vieilles bâtisses, l’on y croise des ombres et des rumeurs, des mystères insondables, des vérités qu’il ne faut surtout pas exhumer. Que cache la Maison des Épines ? Quels secrets renferme-t-elle, ainsi protégée par son armée de prunelliers ? Qu’y a-t-il derrière cette porte fermée à clef dans le sous-sol ?
Entre rêves, poésie et malédictions, découvrez la légende de Blackthorn Hill…

Mon avis :
Une nouvelle fois, j’ai répondu à l’appel de Rozenn Illiano pour lire sa prochaine parution en avant première (sous peine de croiser quelques petites coquilles 😉 ) et je vous publie mon avis, le jour de la sortie officielle 🙂
À la lecture du pitch, j’ai eu l’impression d’avoir croiser le personnage principal ailleurs et en effet, on ne fait que le croiser mais il m’avait marqué. Il s’agit bien du mime qu’on croise rapidement dans Érèbe (qui reste mon livre préféré ever niveau ambiance et décorum [excusez moi d’adorer un livre rempli de neige 😛 ]). J’étais donc curieuse de découvrir ce cirque magique et et cette maison étrange.

Un cirque étrange, une maison épineuse
Ce livre se concentre sur la vie d’une troupe de cirque. Un cirque étrange, totalement blanc et hypnotique et constitué d’orphelins particuliers… En effet, nombre d’entre eux ont des pouvoirs liés aux rêves.
La maison des épines portent très bien son nom. La maison est immense mais bordé de prunelliers… Ces arbres annonciateurs de la présence du rêve dans tous les livres du Grand Projet.
Deux ambiances sont reliés via des flashback entre ce qui se passe dans le présent de l’histoire et le passé du cirque et de la maison. C’est parfois troublant mais toute les pièces du puzzle finissent par s’emboiter pour résoudre l’énigme de la Maison des Épines.

Des personnages troublés et troublants
Le récit se concentre sur Sonho principalement mais aussi sa (grande) famille d’adoption. Chacun de ces personnages portent en eux des regrets, des deuils non faits qui créent des non-dit, des colères et surtout des failles dans cette famille qui semblait très unie.
Côté « passé », on découvre une nouvelle lignée, plus ou moins maudite qui à nouveau doit vivre avec ses regrets, sa magie étrange et ses deuils difficiles.
Même le Rêve, personnage intangible et inexplicable est présent mais pas pour apporté des rêves de douceurs mais plutôt nous remplir de cauchemars mais pas sans raison.

Indépendance et lien
Je trouve que Rozenn Illiano est vraiment forte sur ce point ! En effet, ce roman peut être une porte d’entrée dans son univers hyper vaste. Toutefois, si vous avez dejà « visité » quelque pan de l’univers du Grand Projet, vous trouverez des liens, parfois, juste des mentions, des personnages qui se croisent (ex, ici Sonho connait Lisbeth dont l’histoire se déroule dans Érèbe), des fois des indices sur d’autres livres. J’en ai reconnu certains mais si ça ne vous parle pas, ça ne dérange en rien l’intrigue du livre en cours ! J’aime beaucoup aller à la chasse aux indices (même si j’en loupe surement un paquet !) et tenter de remettre les choses dans l’ordre, comme un puzzle !

Quelques citations.
Ce n’est pas trop mon genre, mais là j’ai quelques passages qui m’ont parlé, que ce soit par leur message ou par leur poésie. (ils sont sans l’ordre chronologique du livre, sans spoil sur l’intrigue) :

Le reste se perd, déjà pris dans la trame de la normalité. Le temps semble reprendre son cours, soudain. Indifférent aux tourments, se moquant des peines qu’il inflige, il se remet à tourner après avoir suspendu son vol l’espace de quelques interminables secondes

Ariane lève les bras, les mains en coupe ; la neige tombe plus fort. La jeune femme recueille les flocons dans ses paumes, languissante, puis elle les porte à son cœur comme s’il s’agissait du plus beau trésor que ce monde ait à offrir, bougeant imperceptiblement, sans se hâter, le temps ralenti. Ensuite, elle incline la tête de nouveau et ferme les paupières, et se rendort, pour une heure ou pour un siècle.

Les esprits disparaissent lorsqu’on les pleure, disait Rose. Ils s’attardent quand on se raccroche à eux, et ils s’en vont quand on le leur permet, ce qui passe toujours par les larmes.

Pour aller plus loin : Le livre sur le site de l’autrice
Article associé : Érèbe

La ville dans le ciel - Chris Brookmyre - Retour de Bifrost 105

Gromovar
, 27/01/2023 | Source : QUOI DE NEUF SUR MA PILE ?


Chris Brookmyre est un auteur écossais connu pour ses romans noirs mâtinés de critique sociale. Avec La ville dans le ciel il vient aujourd'hui en SF, non sans y tricoter un récit fondé sur une intrigue policière teintée au noir.

Ciudad de Cielo, la ville dans le ciel, est une immense station spatiale en orbite terrestre dans laquelle se construit, jour après jour, l'avenir de l'espèce humaine. On y imagine et on commence à y concevoir l'Arca Estrella, un vaisseau arche qui, un jour lointain, emmènera des colons vers une exoplanète accueillante. Zone à la souveraineté incertaine reliée à la Terre par un ascenseur spatial et la station intermédiaire Heinlein, Ciudad de Cielo, composée d'un axe qu'encadrent deux grandes roues à la gravité centrifuge et peuplée de cent mille habitants, est le fruit d'un partenariat entre les quatre plus puissantes firmes mondiales (la Quadriga) et la Fédération des Gouvernements Nationaux (FGN). En régime normal, c'est la Quadriga et sa Seguridad qui assurent le maintien de l'ordre dans CdC, mais la FGN peut y mettre son grain de sel si elle considère que la bride devient trop lâche sur le cou du service de sécurité privé. Devant l'insistance des rumeurs de corruption visant la Seguridad, la FGN décide d'envoyer une de ses « stars », le docteur Alicia Blake, afin de reprendre le contrôle de la situation. A la corruption endémique qui gangrène la station va s’ajouter, pour Blake, le premier meurtre – et quel meurtre ! – officiellement enregistré sur CdC. La jeune et très intègre cadre sup devra, pour pénétrer les arcanes de la cité, faire équipe avec l'une des pommes les plus pourries du seau, le sergent Nikki « Fix » Freeman. Leur duo, une incorruptible et une flic revenue de tout, sera bien sûr très dysfonctionnel ; elles devront faire avec.

Au fil d'une enquête policière, entre corruption ambiante et machination ancienne, qui vire rapidement au thriller, Brookmyre décrit un « paradis » qui s'avère être un enfer ultralibéral.
Des travailleurs pleins de rêves ou fuyant un passé à oublier, des salaires pour l'essentiel très faibles, une Terre si lointaine qu'il est hors de prix d'y retourner, tout le monde est obligé d'avoir au moins deux jobs pour survivre (dont au moins un illégal ou immoral). Alors, dans des T.A.Z. locales de fait sur lesquelles la Seguridad ferme les yeux, se développe une économie parallèle de la survie, par l’exploitation des plus pauvres par les presque aussi pauvres, entre trafics variés, prostitution, racket, combats clandestins, etc. 
Nikki fait partie de ceux qui assurent la protection de ces activités contre rémunération ; et, officiellement, personne ne sait rien en haut lieu, alors même que ces innombrables infractions – jusqu'à la présence de « clandestins » – sont, dixit Nikki, ce qui met de l'huile dans les rouages. Le – puis les – meurtres de CdC sont la goutte d'eau qui font déborder le vase et obligent la FGN a reprendre en main la station, avec l'aide involontaire des deux policières, dont l'une se retrouve vite impliquée dans l'affaire avant que l'autre le soit aussi – il faudra lire pour savoir comment.

L'approche New sheriff in town choisie par Brookmyre rappelle un peu le Outland de Peter Hyams. S'y ajoutent de pures thématiques SF sur la conscience, la conscience de soi, et le libre-arbitre, qui évoquent Blade Runner. Le tout est rythmé, rapide, dynamique, et on tourne les pages à toute vitesse pour savoir qui a fait quoi et comment tout cela peut se terminer.
Si on lira avec plaisir ce livre pour la solidité de son intrigue et la richesse du background, on ne le fera pas, en revanche, pour la qualité, très quelconque, de l'écriture qu'on y trouvera. Qu'importe, c'est un bon divertissement. C'est déjà bien.

La ville dans le ciel, Chris Brookmyre

Peintures et aquarelles, de J.R.R. Tolkien

Lorhkan
, 27/01/2023 | Source : Lorhkan et les mauvais genres

Tout le monde connait l’œuvre de J.R.R. Tolkien, l’écrivain. Mais ses illustrations, bien qu’elles soient de plus en plus mises en avant au gré des différentes rééditions de ses récits (ou reproduites sur de grandes tapisseries), sont nettement moins célèbres. Je ne m’y suis d’ailleurs moi-même intéressé qu’il y a assez peu de temps, avec le livre « Trésors de Tolkien » de Catherine McIlwaine.

 

Quatrième de couverture :

Cet album de peintures, d’aquarelles et de dessins, réédité quarante ans après sa première édition, confirme l’exceptionnel talent artistique de J.R.R. Tolkien en offrant un aperçu unique de sa vision de nombreux lieux et personnages familiers. aux lecteurs du « Hobbit », du « Seigneur des Anneaux » et du « Silmarillion ».

Ces exemples de son art vont des aquarelles délicates dépeignant la Colline, Fendeval ou Smaug, jusqu’à des dessins de la Forêt de la Lothlórien, en passant par des esquisses des portes de la Moria et de Minas Tirith. Ensemble, ces oeuvres constituent une collection remarquable des illustrations de Tolkien réalisées pour ses livres les plus populaires.

L’ouvrage inclut aussi un grand nombre de ses magnifiques motifs de fleurs et d’arbres, de frises, de tapisseries et d’emblèmes héraldiques associés au monde de la Terre du Milieu. Dans leur variété et leur étendue, ces oeuvres montrent toute la richesse de son imagination visuelle.

Cette galerie enchanteresse a été sélectionnée par Christopher Tolkien, à qui l’on doit des notes détaillées sur chacune des images réalisées par son père, J.R.R. Tolkien.

Traduit de l’anglais par Adam Tolkien.

 

Pas seulement un écrivain

« Peintures et aquarelles », réédition d’un livre paru en Angleterre en 1979 (en France en 1994, suivant la deuxième édition anglaise de 1992, puis réédité comme je le présente ici fin 2022 suite à la nouvelle réédition anglaise de 2021), se propose de regrouper les illustrations réalisées par J.R.R. Tolkien qui ont été éditées dans les calendriers annuels entre 1974 et 1979, après sa mort donc (puisqu’il est décédé en 1973).

Luxueux volume relié et toilé, sous coffret lui-même toilé et illustré par le dragon Glaurung partant à la recherche de Túrin, « Peintures et aquarelles », ayant bénéficié des dernières technologies en matière de numérisation, met clairement les œuvres de Tolkien en valeur : sur chaque double-page, la page de droite est dédiée à l’œuvre, celle de gauche la met en perspective avec un petit texte de Christopher Tolkien. Quelques exceptions sont à noter, notamment lorsque l’œuvre « réelle » de Tolkien est un dessin à l’encre de Chine qui a ensuite été colorisé par H.E. Riddett, un artiste anglais, pour les besoins des calendriers. Dans ces cas-là, le dessin de Tolkien se trouve au-dessus du texte en page de gauche, et l’œuvre colorisée (souvent plus connue et éditée que l’originale) se trouve agrandie en page de de droite.

 

 

 

Le livre n’étant nullement une encyclopédie, il ne s’agit pas de décrire l’image, ni d’expliquer ce que sont les évènements ou les lieux illustrés, le texte de Christopher Tolkien étant plutôt de nature « éditoriale », il est donc là plutôt pour donner des indications sur les premières parutions (date et œuvre) des différentes illustrations, avec là aussi quelques exceptions.

 

 

Encre de Chine, crayons de couleurs, stylo bille, aquarelles, esquisses incomplètes ou illustrations terminées, les dessins sont variés, dans un style qui évolue pas mal lui aussi, entre une gentille naïveté et un vrai sens poétique, et toujours avec cette faculté d’émerveiller et de plonger le spectateur dans un monde imaginaire à nul autre pareil.

 

 

 

 

Quarante-huit œuvres sont donc présentées, vingt issues du « Hobbit », dix du « Seigneur des Anneaux », huit du « Silmarillion », et les dix dernières étant d’origines diverses (« Les lettres du Père Noël », des dragons, des fleurs, des arbres, des insignes héraldiques, des motifs númenóréens, des arabesques, des écritures elfiques…). On jugera sans doute certaines plus réussies que d’autres, mais personnellement je trouve sa manière de « saisir » la géographie de la Terre du Milieu tout à fait attrayante, même si on est évidemment loin de ce qu’ont produit bien plus tard des artistes comme John Howe, Alan Lee ou Ted Nasmith.

 

 

 

 

Et puis ces illustrations rappellent forcément des souvenirs de lecteur, puisqu’elles reproduisent des scènes ou des lieux emblématiques des textes de Tolkien : le Comté bien sûr, Fendeval, Smaug, la porte de la Moria, Minas Tirith, le Taniquetil, Nargothrond, Gondolin, et bien d’autres. Une œuvre notable, puisqu’elle n’est pas tout à fait un dessin, en tout cas pas dans le sens habituel de présentation d’un paysage ou d’un objet, se trouve être la reproduction en fac-similé des trois pages du « Livre de Mazarbul », que Gandalf lit à la Fraternité dans la Moria, près du tombeau de Balin (LE Balin du roman « Le Hobbit », et celui que l’on voit dans les films). Voir ces pages brulées, déchirées, ensanglantées, avec les mots :

Nous ne pouvons sortir. La fin approche… Des tambours, des tambours dans les profondeurs. Ils arrivent.

… Ça me fait toujours un petit quelque chose. J’espère vivement retrouver ces fac-similés dans la prochaine édition intégrale du « Seigneur des Anneaux » (parution en fin 2023), comme Tolkien le désirait au départ, d’autant plus qu’elle sera illustrée par lui-même.

 

 

 

Quarante-huit pages illustrées, pour un livre qui en compte au total une centaine, avec peu de texte, ça peut paraître « léger », mais les illustrations sont bien mises en valeur, sur un beau papier, dans un coffret de belle qualité (qui rehausse d’ailleurs les couleurs de l’illustration concernée…). 45€, ça reste une belle somme à débourser pour ce « petit » livre (petit par l’épaisseur mais pas par la taille, au grand format carré) qui ne prétend absolument par présenter l’intégralité des dessins réalisés par le professeur philologue (pour cela il faudra plutôt se tourner vers « Tolkien, artiste et illustrateur » mais bon courage pour le trouver en français à prix décent…), mais ça donne l’occasion d’avoir un très bel ouvrage « d’art », montrant une facette de Tolkien qui n’est absolument pas à négliger.

 

 

 

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12 livres à lire en 2023

Lutin82
, 26/01/2023 | Source : Albédo

Depuis plusieurs années, je me fixe une poignée de livres à lire au cours de l’année. Lors de mon récapitulatif pour 2022, nous avons pu constater que ce défi était partiellement rempli, mais pas atteint. En effet, 4 livres n’avaient pas eu la joie de passer entre mes mains, et si je compte les positionner … Lire la suite de 12 livres à lire en 2023

Cicci di Scandicci - Valerio Evangelisti dans Bifrost 109

Gromovar
, 26/01/2023 | Source : QUOI DE NEUF SUR MA PILE ?

BLOG EN MODE DÉGRADÉ

ON REFERA MIEUX QUAND ON POURRA MIEUX.

CYA.


Dans le Bifrost 109, spécial Valério Evangelisti, on trouve les rubriques habituelles (après un édito qui ne semblera étrange qu'à ceux qui ne connaissent pas la force irrésistible de l'optimisme opératif d'Olivier Girard) : nouvelles, cahier critique, interview, biographie, analyses, bibliographie exhaustive, scientifiction et jurifiction sans oublier une itw de David 'Morris' Meulemans himself par Erwann Perchoc.


On y trouve Cicci di Scandicci, une courte nouvelle coup de poing du maestro Evangelisti.

En seulement cinq pages petit format qui forment une masterclass dont beaucoup devraient s'inspirer, Evangelisti livre son interprétation de la dérive meurtrière de Cicci di Scandicci, le monstre de Florence.

Se plaçant dans la tête du monstre, l'auteur en restitue les perceptions délirantes et agonistiques, dépeint à l'aide de guère plus que quelques mots l'univers mental et géographique clos dans lequel le monstre (sé)vit, montre justement en quoi la dérive du tueur est l'acmé incontrôlé d'une conformation mentale socialement acceptée.

On est ici au coeur de l'abjection rurale, quelque part entre certaines pages du C'est ainsi que les hommes vivent de Pélot et d'autres de l'Univers clos de Ecken, en un lieu où l'isolement et la complaisance de proximité permettent que des ilots de sauvagerie survivent au coeur de la civilisation.

C'est fort, c'est dur, c'est époustouflant - de l'ancien français signifiant Perdre haleine -, c'est de la littérature et de la très bonne. Car la littérature c'est ça, raconter avec grâce l'humain dans ce qu'il a de toujours potentiellement extraordinaire, refaire encore et toujours le coup de La charogne.

Cya soon pour la suite des nouvelles.

« Aurora – tome 1 : Phénomène », Christophe BEC – Stefano RAFFAELE – Stéphane PAITREAU

Brize
, 26/01/2023 | Source : Sur mes brizées

Prenez une journée de 2025 durant laquelle une aurore boréale rouge se déploie sur tous les cieux terrestres : voilà les vingt-quatre heures particulières pendant lesquelles vont naître 220000 bébés zarbis , des « Enfants de l’Aurore » qui n’ont pas fini de hanter vos cauchemars !Parce que, déjà, ces bébés, eh bien ils ne pleurent pas ! Alors vous... Lire la Suite →

Cinq nouvelles – Bifrost numéro 109

FeydRautha
, 26/01/2023 | Source : L'épaule d'Orion

Ô joie ! La cent neuvième livraison de la revue Bifrost arrive ces jours-ci dans les boites à lettres et sur les étals des librairies de bon goût. Elle nous propose une sélection de cinq nouvelles de très bon niveau.

(Déclaration préalable de conflit d’intérêt : il va sans dire que vous auriez tort de vous fier à mon avis en ce qui concerne la revue Bifrost puisque j’y collabore en tant que chroniqueur pour le cahier critique.)


Pissenlit – Elly Banks


Il s’agit d’une nouvelle que j’avais lue lors de sa première publication en 2018 sous le titre Dandelion dans le magazine américain Clarkesworld, fort appréciée et donc chroniquée ici même à l’époque. J’ai eu grand plaisir à la relire sous la traduction de Gilles Goullet, et mon avis n’a pas changé. Le texte prend la forme d’une lettre ouverte d’une petite fille à sa grand-mère aujourd’hui décédée, ancienne employée de la NASA, et qui 100 ans auparavant, en Octobre 1961, a fait une découverte inquiétante en Antarctique. L’objet trouvé pèse 6 tonnes et est radioactif. Officiellement reconnu comme un débris spatial soviétique, sans doute une arme, à une époque où les américains ignoraient tout du programme spatial russe, l’objet est appelé Sputnik X. Pour la grand-mère de la narratrice, cet objet s’appellera Pissenlit, et a une origine beaucoup plus lointaine que le Kazakhstan, et beaucoup plus ancienne que l’URSS. Cette découverte va engager sa famille sur trois générations, pour le meilleur et pour le pire. La nouvelle fait l’usage intelligent de trois concepts qu’elle relie : l’hypothèse panspermique de l’origine de la vie sur Terre, l’idée de plateau technologique et celle de l’éternel recommencement. Une superbe nouvelle de hard-SF !


L’homme gris – Christian Léourier


L’auteur français Christian Léourier livre ici une nouvelle à la facture d’une grande finesse sur un thème difficile qui est celui de la mort assistée. Le narrateur est cet homme en gris, celui dont le métier est de fournir à ceux dont la condition médicale leur permet d’en faire officiellement la demande, le repos éternel. C’est une leçon d’écriture. Sur le même thème, un plus jeune auteur, moins expérimenté, aurait été théâtral, surjouant le drame dans l’espoir de toucher son lectorat. Léourier a toute l’expérience de l’écriture et du vécu pour au contraire viser la justesse dans la pudeur et l’expression subtile des sentiments. C’est très fort et ça intériorise l’émotion plutôt que l’étaler à grand renfort d’effets superflus. Un grand texte à l’écriture pleinement maitrisée. Sortez les mouchoirs.


L’Hiver en partage – Ray Nayler


Si vous êtes lecteur habituel de ce site, vous savez que je ne suis pas objectif en ce qui concerne Ray Nayler dont je ne cesse de vous parler depuis maintenant quatre ans. L’auteur américain a été pour moi l’une des (rares) révélations de ces dernières années. La publication de ce texte dans Bifrost, en amont de la publication de son recueil de nouvelles à la fin de l’année dans la collection Quarante-deux chez Le Bélial’, me fournit le prétexte d’en parler encore une fois. Je l’avais indiqué lors de recensions précédentes, l’auteur revisite régulièrement les mêmes univers et plusieurs de ses nouvelles partagent des éléments communs, constituant ainsi un ensemble cohérent qui décrit un monde plus vaste que ne l’est la nouvelle prise individuellement. L’Hiver en partage appartient à la série dite du Protectorat d’Istanbul. Tout comme la nouvelle Sarcophage publiée dans le numéro 107 de la revue Bifrost, et les lecteurs attentifs retrouveront dans L’Hiver plusieurs indices faisant directement référence à Sarcophage.

« Que les morts restent morts ».

En une phrase, la première du texte, Ray Nayler pose les enjeux. (Un autre excellent novelliste, Rich Larson, est aussi très fort à ce jeu là.) Chaque hiver, deux femmes se retrouvent à Istanbul. Depuis longtemps. Le titre original, Winter Timeshare, est difficile à traduire en français. Un timeshare est une résidence de vacances en temps partagé. Il fait ici référence non pas à l’appartement qu’elles occupent à Istanbul mais aux corps qu’elles occupent pour l’occasion. Dans tous les textes du Protectorat d’Istanbul, il est question de ces « vacants » occupés par des personnalités qui y sont transférées au besoin. Une forme d’immortalité réservée à des privilégiés, pour des raisons économiques ou, comme c’est le cas ici, professionnelles. Cela ne va pas sans créer des tensions dans la société, ce qui est le thème de la nouvelle. Comme toujours chez l’auteur, le problème est considéré à hauteur d’homme. C’est un très bon texte de Ray Nayler, qui gagne à être considéré dans l’ensemble plus vaste du Protectorat d’Istanbul.

Skin – Emilie Querbalec


Skin est un texte très surprenant d’Emilie Querbalec. Je n’attendais pas du tout l’autrice de Quitter les Monts d’Automne et Les Chants de Nüying dans ce registre. Et quelle belle surprise ! Il s’agit d’une exploration assez osée du concept du moi-peau en psychanalyse (tel que développé par Didier Anzieu). C’est très bien vu, et suffisamment perturbant pour aller flirter avec l’horreur. L’autrice a la finesse de n’imposer aucune interprétation, elle distille les indices, et laisse le lecteur libre d’y voir les effets d’une pathologie ou de se retrancher derrière une explication purement science-fictive. C’est peut-être là, conceptuellement, le texte le plus ambitieux que j’ai lu d’ Emilie Querbalec.

Cicci di Scandicci – Valerio Evangelisti


Le dernier texte, de l’auteur italien Valerio Evangelisti auquel ce numéro de Bifrost est consacré, a été pour moi le plus difficile à aborder, et donc à apprécier. C’est un texte très court, fortement dérangeant, inspiré de l’histoire vraie d’un tueur en série, Pietro « Cicci » Pacciani, surnommé le monstre de Florence par les média italiens, qui a commis une dizaine de meurtres entre 1968 et 1985. Le texte est dit à la première personne par Cicci. Il amène donc à se placer dans la tête d’un psychopathe complet, la plus vile des ordures possibles. On en ressort secoué, en se disant qu’on se serait bien passé de lire ça, quand bien même il est du rôle de la littérature de sonder la part la plus sombre de l’humanité et de nous emmener dans ces abysses là. Glaçant.

Dans l’Immobilité de L’antre |Brian Evenson

Tigger Lilly
, 26/01/2023 | Source : Le dragon galactique

Immobilité a été publié chez Rivages/Imaginaire ; L’antre chez Quidam. Ils ont tous deux été écrits par Brian Evenson et se passent dans le même monde postapocalyptique. Tous les deux sont sortis début janvier. Je… Plus

Déracinée, de Naomi Novik

FeyGirl
, 26/01/2023 | Source : SFFF – Les Chroniques de FeyGirl

Genre : Fantasy. Première édition : 2017 en VF (Uprooted, 2015 en VO) Présentation de l'éditeur : "Patiente et intrépide, Agnieszka parvient toujours à glaner dans la forêt les baies les plus recherchées, mais chacun à Dvernik sait qu'il est impossible de rivaliser avec Kasia. Intelligente et pleine de grâce, son amie brille d'un éclat…… Lire la suite Déracinée, de Naomi Novik

Le retour du hiérophante, Papa est rentré à la maison

L'ours inculte
, 26/01/2023 | Source : L'ours inculte

Le retour du hiérophante est le second tome de la trilogie Les maîtres enlumineurs, par Robert Jackson Bennett.

Pour ce début 2023, j’ai décidé de me concentrer sur toutes ces suites de séries que je laisse trainer, toujours attiré par la nouveauté d’une saga inconnue. Mais non, maintenant on s’active et on lit des suites ! Hop hop hop ! Par exemple, voilà un tome 2 qui traîne honteusement dans ma PAL depuis plus d’un an : Le retour du hiérophante, suite du très bon Les maîtres enlumineurs, il est tout triste, peuchère.

Depuis la fin de leurs aventures trois ans plus tôt, Sancia et sa clique n’ont pas chômé : Ils ont monté une start-up de conseil en enluminures. Leur but est de promouvoir le partage des connaissances et l’entraide entre tous les enlumineurs indépendants qui ont quitté les grandes maisons marchandes. L’enluminure libre, quoi, open-source, tourne sur Linux, tout ça tout ça. Ils décident de s’attaquer au monopole de la maison Michiel et s’en sortent plutôt bien mais voilà qu’un gros souci débarque dans le port de Tevanne. Le premier des légendaires hiérophantes est de retour, il a des pouvoirs cosmiques phénoménaux et un plan qui va pas faire dans la dentelle. Nos héros vos devoir se dresser contre cette menace démesurée, un combat désespéré les attend.

Le retour du hiérophante démarre dans la droite ligne du tome précédent, avec une bande de gauchiasses qui veulent faire tomber les grandes « maisons » et partager les richesses. On organise des coups pour voler les précieux lexiques d’enluminures et les rendre disponibles pour tout le monde. Il faudra pas être chercheur en économie pour percevoir le message politique derrière le but de Sancia, Bérénice, Gregor et Orso. Mais l’arrivée de ce cher hiérophante va reléguer toutes ces considérations à l’arrière-plan puisqu’on va maintenant avoir affaire à gros méchant qui veut tout casser. Et c’est là que ce tome 2 perd un peu par rapport à son prédécesseur : à la place d’ennemis tout à fait humains, on se retrouve avec un gros méchant qui veut tous nous buter pour notre bien. Et si l’aura de cet antagoniste est très réussi, si il donne lieu à des scènes impressionnantes, on regrette son côté bourrino-manichéen même si l’auteur tente de justifier son but par des justifications pétées (un peu à la Thanos). C’est dommage parce que ça met de côté tout le côté social et politique qu’on commençait à mettre en place avec Interfonderies.

Fort heureusement, l’alchimie de notre groupe de héros fonctionne toujours aussi bien. On prend un réel plaisir à retrouver cette bande de voleurs, car ils ont tous les quatre leur rôle à jouer, leur importance dans les plans pour parvenir à leurs fins. Sancia est toujours la voleuse talentueuse qui peut se faufiler partout et retourner les enluminures, mais Bérénice a la connaissance et la mémoire pour forger les outils qui leur serviront. Gregor est le gros bras, mais son arc narratif sera très intéressant puisqu’il doit encore s’affranchir de sa « malédiction » personnelle et en découvrir les secrets. On suit une série de « missions » dangereuses et palpitantes à leurs côtés, ils rendent la lecture fluide et prenante.

On a bien quelques soucis de rythme puisque le bouquin traîne un peu sur ses 600 pages, on a une structure assez redondante pendant les 3/4 de l’histoire qui sera faite de « ah, on doit s’introduire dans TRUC pour récupérer TEL OBJET pour parvenir à faire MACHIN » et se rendre compte 20 pages plus loin qu’ils ont besoin d’encore autre chose. On radote beaucoup, donnant à tout ça un sentiment de jeu vidéo découpé en « missions d’infiltration » qui se répètent. On se répète aussi avec Crasedes, le fameux hiérophante qui nous joue en boucle son numéro de « je flotte en l’air assis en tailleur pendant que je fous le bordel partout et que les gentils courent dans tous les sens ». Heureusement, Robert Jackson Bennett a ce talent pour nous faire immerger dans son action sans trop de souci, donc c’est jamais chiant à proprement parler, juste un peu redondant.

Mais petit à petit on va lever les mystères, avancer dans les intrigues, assister à des révélations qui nous font découvrir cet univers plus avant. Il y a une montée en puissance des possibilités offerte par l’enluminure à un niveau jamais vu (lu), offrant à Crasedes des pouvoirs sans égal ou presque, on joue avec l’espace et le temps pour mettre nos héros devant des défis toujours plus insurmontables. L’auteur a une tendance sandersonnienne à un peu trop rentrer dans les détails de son système, ce qui me perd un peu parfois, mais il faut avouer que ça fonctionne bien, on donne une dimension assez vertigineuse à la menace qui se présente. Et je dois avouer que le codeur en mois s’amuse beaucoup à voir ces personnages se creuser la tête pour contourner, hacker, le fonctionnement de la réalité même.

Et finalement, malgré ses longueurs et son méchant un peu caricatural, on plonge la tête la première dans Le retour du hiérophante, on est emportés par les enjeux qui touchent nos héros, par la démesure de l’univers qui se déploie devant nous, par ses possibilités qui font faire de la gymnastique cérébrale et tournent parfois en combats dévastateurs à la Dragon Ball Z (il parait que le tome 3 c’est encore plus n’importe quoi de ce côté-là). Le plaisir est là, c’est bien l’essentiel.

Lire aussi l’avis de : Apophis (Le culte d’Apophis), Marc Ang-Cho (Les chroniques du chroniqueur), Célinedanaë (Au pays des cave trolls), Dup (Book en stock), Les lectures du Maki, Fantasy à la carte, Boudicca (Le bibliocosme), Le nocher des livres, Aelinel (La bibliothèque d’Aelinel),

Couverture : Didier Graffet
Traduction : Laurent Philibert-Caillat
Éditeur : Albin Michel Imaginaire
Nombre de pages : 626
Sortie : 29 Septembre 2021
Prix : 24,90€ (broché) / 12,99€ (numérique)

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