Pour quelques heures-lumières de plus…

Cédric Jeanneret
, 12/05/2021 | Source : Reflets de mes lectures

Récemment j’ai, enfin, trouvé le temps de rattraper près de trois ans de retard dans ma lecture des sorties de la collection de novellas “Une Heure-Lumière”. Voila mes impressions de lectures :

Waldo de Robert A. Heinlein est une novella écrite en 1942 qui propulse le lecteur dans un futur où l’énergie rayonnante est utilisée pour alimenter à distance l’ensemble des inventions de l’humanité. Lorsque des pannes à l’origine inconnue apparaissent, l’entreprise derrière la distribution de l’énergie doit faire appel à Waldo, un scientifique brillant mais misanthrope. Une histoire bien écrite mais un peu datée sur différentes manière de percevoir le monde et la science.

Acadie de Dave Hutchinson se déroule dans un futur lointain où l’humanité a essaimé dans l’espace. Dans la Colonie, une constellation d’habitats spatiaux cachée, Duke est un  humain normal vivant parmi ceux ayant décidé de modifier leurs génomes, chose interdite. Il est “président” et doit veiller à la sécurité de la Colonie. Lorsqu’une sonde semble les avoir trouvé, une course contre la montre se lance pour se sauver… Acadie est une novella intéressante à la chute bien amené et surprenante.

L’enfance attribuée de David Marusek se déroule à la fin du XXIe siècle alors que les traitements de régénération rendent les humains quasiment immortel et que les IA personnelles sont une réalité.  L’artiste Sam Harger tombe amoureux de Eleanor Starke, une politicienne ambitieuse . Ils filent le parfait amour et se voit proposés de devenir parent; un luxe dans un monde d’immortels. Mais quand un bug, ou une attaque, dans le système détruit la vie de Sam que reste-t-il ? Une novella intéressante mais qui, je trouve se perd un peu dans son propos entre son début et sa fin.

Abimagique de Lucius Shepard est une histoire d’amour malsaine racontée du point de vu de l’homme qui tombe amoureux de Abimagique (Abi). Il narre comment il est devenu fou de cette femme magnétique adepte de croyances new-age et de sexe tantrique. Mais lorsque ces croyances semble devenir une réalité et qu’il se retrouve pris dans une lutte mystique qui le dépasse saura-t-il faire les bons choix. Une novella fantastique un peu glauque comme Shepard sait si bien les écrire.

Le temps fut de Ian McDonald est une enquête menée par un bouquiniste qui découvre une étrange lettre dans un recueil de poésie. Il va découvrir une histoire d’amours à travers le temps. Cette novella d’histoire de voyage dans le temps est émouvante et fort sympathique.

La survie de Molly Southbourne de Tade Thompson fait suite à Les meurtres de Molly Southbourne. Elle suit Molly, enfin une copie de Molly car l’original est morte, qui découvre comme vivre, survivre seule dans le monde. Elle découvre aussi que Molly n’était pas la seule à créer des copies d’elle même depuis son sang et que plusieurs groupes s’intéressent de près à ce genre de pouvoir. Comme la première novella, ce récit est un thriller fantastique/weird fort sympathique.

Les agents de Dreamland de Caitlin R. Kiernan est un récit lovecraftien où deux agents de renseignements (US et UK) travaillent “ensemble” afin de comprendre et d’éviter une invasion d’entités venus d’au delà de Pluton. Entre enquête, fantastique et conspiration, Les agents de Dreamland  est une novella dense et brillante mettant en scène l’histoire réel, les mythes de Lovecraft et les théories conspirationnistes.

Vigilance de Robert Jackson Bennett est une novella brutale se déroulant dans un futur proche où l’Amérique sur le déclin assume sa violence avec une émission de télé-réalité, Vigilance, qui lance des citoyens armés dans un endroit du pays afin de tuer tous le monde ou d’être tué. Percutante, violente, sans espoirs, Vigilance est un novella qui laisse une trace.

Parue en 1938, La Chose de John W. Campbell est un classique dont est fortement inspiré le film Alien. Dans une station de l’Antarctique, une équipe de scientifique découvre une créature extraterrestre congelée. En voulant l’étudié, il l’a réveille et la créature “devient” une partie de l’équipe. Sans suite un huit clôt angoissant pour savoir qui est humain et qui ne l’est pas. Si le techno-jargon utilisé dans le récit a un mal vieillit, ce n’est pas le cas de l’intrigue et de l’écriture qui fait de La Chose un classique.

Ormeshadow de Priya Sharma est sans doute l’une des 3-4 meilleurs novellas de la collection. Il s’agit d’un récit d’apprentissage où l’imaginaire n’est que peu présent, et en même temps essentiel au récit. Fin du XIXe siècle, la famille du jeune Gideon Belman est ruinée et doit quitter Bath pour revenir dans la ferme familiale où vit son oncle et sa famille. Débute alors un récit d’entrée dans la vie adulte où se percute des rancœurs familiales, des styles de vie et des secrets. Le tout sous “l’ombre” de la légende des Belman qui veut que le bout de terre connus sous le nom de “Orme” et qui s’étend vers la mer est en fait un dragon endormi sous la garde de la famille Belman, mais ce n’est qu’une légende n’est-ce pas ? Ormeshadow est presque un roman par sa longueur et propose des portraits de personnages écrits avec justesse et émotion.

 

Utopiales 2020 (anthologie)

Vert
, 12/05/2021 | Source : Nevertwhere

 
Normalement, cette introduction aurait dû commencer par « comme chaque année… », mais 2020 étant une année d’une constance incroyable dans ses déceptions, il n’y a pas eu de festival des Utopiales et c’est une anthologie orpheline, déconnectée de son évènement que j’ai tout de même acheté par habitude. Point de dédicaces à l’intérieur, mais un ouvrage qui garde la trace d’une édition fantôme dont le thème était juste les traces.

Au programme de cette anthologie : trois textes introductifs et dix nouvelles, sept auteurs et six autrices (tous francophones, sans surprise cette année) et un seul non inédit. Thématique intéressante, sommaire équilibré… voilà qui promet, n’est-ce pas ? Le résultat est hélas un peu mitigé. 2020, décidément…

Commençons par les textes d’introduction. La préface d’Ariel Kyrou est très riche mais m’a assez vite perdue route, d’autant plus qu’il commence par trois pages sur Damasio et son dernier roman (ça m’a pris un peu à rebrousse-poil cette manière de tout centrer autour de ce texte).

Viennent ensuite une contribution de Adélaïde Legrand sur le jeu et les traces (sympathique occasion de mettre en avant le travail du pôle ludique) et un texte de Caroline de Benedetti sur les traces dans le polar (surprenant de le trouver ici mais pourquoi pas). Les deux sont intéressants mais rien de mémorable non plus.

Passons ensuite aux nouvelles. Plutôt que de vous les présenter comme d’habitude dans l’ordre du menu, cette année je vais faire des catégories.

Tout d’abord, celles que je n’ai juste pas réussi à lire : soit le texte était incompréhensible, soit j'ai eu des difficultés à comprendre l’auteur voulait m’emmener. Comme je suis dans une période où je n’ai pas envie de me forcer à lire un texte, je les ai allègrement survolées voire passées. Désolé donc pour The Agony in the Ectasy de Sara Doke, Sommes-nous pieuvres ou vampires ? de Ïan Larue et T.H.R.A.C.E.S. de Christophe Dougnac.

Ensuite il y a celles que je qualifierais de sympa mais sans plus : Te retrouver de Joëlle Wintrebert fonctionne bien avec son sujet du double robotique, mais j’ai trouvé qu’il n’apportait pas grand-chose au sujet. Les Cinq Marques de Baptiste Beaulieu est vite oublié (je me rappelle juste qu’elle relève du fantastique). Enfin Le Premier Chapeau de Thomas C. Durand est sympathique et m’a parlé pour ce qu’il dit de l’archéologie, mais j’ai dû la reparcourir pour m’en souvenir.

Et puis quand même, heureusement il y a quatre textes remarquables qui font que je suis contente d’avoir lu cette anthologie.

Tout d’abord, le texte de Lionel Davoust qui ouvre le recueil. Une forme de démence n’est pas un texte inédit (dommage) mais il colle parfaitement à la thématique. Il met en scène une chercheuse embauchée pour mettre de l'ordre dans les papiers d'un écrivain qui se retrouve plongée dans des interrogations sur la façon dont on créé des univers, ou plutôt la façon dont ils s'expriment à travers nous. Superbe nouvelle qui me rappelle une fois encore qu’il faut vraiment que je lise plus de nouvelles de Lionel Davoust.

Ensuite, il y a La Piste des oiseaux, la nouvelle de Morgan Of Glencoe. C’est un très joli texte avec une ambiance post-apo qui nous raconte la vie d’un groupe de jeunes façon enfants perdus, qui essaye de survivre au milieu de nulle part, dans un futur où les autres humains ne sont pas forcément des alliés. L’ensemble est très plaisant, il va falloir que je regarde ce que cette autrice a écrit d’autre.

Nicolas Martin, avec sa nouvelle La Mémoire de l’Univers, offre un texte intéressant sur des chercheurs qui cherchent à repousser les limites du cerveau. C’est prenant et bien mené si on laisse de côté un enthousiasme débordant pour les termes techniques qui frise parfois l’indigestion (c’est là où on voit que je n’écoute pas assez les émisssions de La méthode scientifique qui parlent de physique !).

Enfin, le recueil se termine sur La Présence, une nouvelle de Claude Ecken (qui clôturait déjà l’anthologie de 2019). C’est un long texte sur un vieil homme persuadé qu'il reçoit de la visite dans sa maison la nuit. C’est un concept typique du genre fantastique, traité ici avec une approche très SF-scientifique. Le texte est un peu froid (bien qu’il parle aussi des relations de famille), mais c’est très joliment construit.

Voilà donc pour cette anthologie 2020. Il y a quelques très beaux textes qui valent le détour, mais en matière de découverte de nouveaux auteurs, j’avoue que je reste un peu sur ma faim. Mais 2020 ayant été une année particulière, j’imagine que cela a autant affecté la conception de cette anthologie que le reste du monde. J’espère que 2021 sera un meilleur cru !

Infos utiles :
Utopiales 2020 est une anthologie éditée par les éditions ActuSF dans le cadre du festival du même nom. La couverture qui reprend l’affiche du festival est signée Alex Alice. 390 pages

D’autres avis :
Le Dragon galactique

Miss Charity - Marie-Aude Murail

May
, 12/05/2021 | Source : The BooksHowl

Miss Charity - Marie-Aude Murail

Charity est une petite fille. Elle est comme tous les enfants : débordante de curiosité, assoiffée de contacts humains, de paroles et d'échanges, impatiente de créer et de participer à la vie du monde. Mais voilà, une petite fille de la bonne société anglaise des années 1880, ça doit se taire et ne pas trop se montrer, sauf à l'église, à la rigueur. Les adultes qui l'entourent ne font pas attention à elle, ses petites soeurs sont mortes. 
Alors Charity se réfugie au troisième étage de sa maison en compagnie de Tabitha, sa bonne. Pour ne pas devenir folle d'ennui, ou folle tout court, elle élève des souris dans la nursery, dresse un lapin, étudie des champignons au microscope, apprend Shakespeare par coeur et dessine inlassablement des corbeaux par temps de neige, avec l'espoir qu'un jour quelque chose va lui arriver...

Note : 3,5 / 5

Ce livre inspiré par la vie de Beatrix Potter fut la deuxième lecture de notre petit club de lecture. J'ai eu beaucoup de mal au début, mais passées les 200 premières pages, je n'ai ensuite plus réussi à m'arrêter !

J'ai eu énormément de mal avec toute la partie où notre Miss Charity est enfant. Le récit s'éparpille beaucoup au début, Charity change d'avis et de passe temps comme de chemise, on ne va jamais au bout des choses et c'est vraiment lassant. Heureusement, le livre évolue en même temps que le personnage et le récit devient vraiment intéressant à mesure qu'elle grandit.

Depuis qu'elle est petite, Charity possède une vraie ménagerie, un lapin, un canard, un hérisson, une souris, un corbeau... Miss Charity est passionnée par ces animaux et elle s'amuse à en faire des aquarelles humanisées qui vont la rendre célèbre (vous voyez la ressemblance avec Beatrix Potter ?) Les sciences prennent une place très importante dans le récit.

Mais en grandissant, le récit s'éloigne également des animaux. Tout d'un coup il est surtout question d'argent, de mariages, de scandales. Le récit veut dénoncer la société anglaise du XIXème siècle et devient un vrai period drama engagé pour l'émancipation des femmes. Personnellement c'est un genre que j'aime beaucoup, mais le changement est très abrupte !

La forme du livre est aussi atypique car les dialogues sont mis en forme comme dans une pièce de théâtre, avec didascalies. Il faut dire que le théâtre est également un élément important dans le récit et nous croisons entre autre Oscar Wilde et Bernard Shaw. En revanche, les illustrations que l'on trouve dans le livre sont vraiment horribles. J'avais espoir qu'elles s'améliorent comme le récit à mesure que le personnage grandit mais pas du tout. Aucun intérêt.

Ce livre fut donc une bonne surprise ! Le récit n'a fait que s'améliorer et j'ai adoré la fin. Les personnages sont vraiment attachants et haut en couleur, j'ai adoré suivre un petit bout de la vie de Miss Charity, une femme forte qui n'a pas eu peur d'écouter son cœur et ses envies.


Miss Charity
16,80€ / 480 pages / 9782211223195

Chasma Knights

Sabine C.
, 12/05/2021 | Source : Lectures – Fourbis & Têtologie

de Kate Reed Petty & Boya SUN | ed. First Second | 128 pages | Roman Graphique Jeunesse | VODispo en VF : Chasma Knights chez Kinaye 4è de couv Beryl lives in a world full of toys. But these aren’t your ordinary toys–they’re mechanical marvels that almost seem alive! And at the slightest touch,… Lire la suite Chasma Knights

[Chronique] J’agonise fort bien, merci. d’Oren Miller

Sometimes a book
, 12/05/2021 | Source : Sometimes a book

J'agonise fort bien merci

« Vous ne posez jamais les vraies questions. Je pense qu’un jour vous ne vous êtes pas remis d’une réponse. Les questions sont comme des insectes dégoûtants. On les écrase ou on les évite. »


J'agonise fort bien merci
 
J’agonise fort bien, merci.
Autrice :
Oren Miller
Illustration : Emile Denis
Éditeur : L’homme sans nom
Genre : Polar/Thriller
Date de parution  :  14 avril 2016
Nombre de pages : 417
Prix : 19,90 €
 
Synopsis
Sainte-Marie-La-Grise. Son cadre exceptionnel près de la côte d’émeraude en fait une destination de vacances des plus prisée. De magnifiques paysages, un mystérieux folklore breton et des morts qu’on a aidés à trépasser raviront les plus aventureux d’entre vous.
Profitez de l’hospitalité chaleureuse des habitants qui sauront vous mettre à l’aise.
Afin d’apprécier pleinement votre séjour, veillez cependant à respecter trois règles :

1.Ecoutez toujours les murmures de ceux que vous ne voyez pas.
2. Gardez-vous des créatures sinistres qui frappent avant d’entrer.
3. Soyez sage. Très sage.
 

MON avis

J’agonise fort bien, merci est le premier tome d’une saga de livres compagnon réunissant pour l’instant 3 volumes. Chaque tome correspond à une nouvelle enquête des deux personnages principaux : Evariste Fauconnier et Isabeau Le Du.

Bienvenue à Sainte-Marie-La-Grise !

Ce premier tome se déroule dans le petit village de Sainte-Marie-La-Grise en Bretagne dans les années 1950 et débute par la mort d’une femme très riche, Catherine Lozac’hmer. Etant donné la densité de son patrimoine, son notaire Evariste Fauconnier et son tout nouvel assistant Isabeau Le Du vont se rendre sur place pour gérer la succession. Mais Evariste qui était très proche de Catherine et les enfants de cette dernière vont commencer à se demander si sa mort était vraiment naturelle… 

J’agonise fort bien, merci semble donc être au premier abord un polar tout à fait classique, mais ça serait bien mal connaître Oren Miller et sa plume acerbe que de penser ça. Le roman est en effet porté par un duo de personnages haut en couleur et très stéréotypés, mais dans le bon sens du terme puisque cela fait toute l’originalité et la puissance du duo. Evariste et Isabeau possèdent un charisme et une passion commune pour le cynisme et une répartie phénoménale qui rend les dialogues piquant et incisifs ! Chaque scène dans lesquelles ils vont interroger les proches de Catherine sont savoureuses et prennent toujours un tour inattendu le tout dans une ambiance nébuleuse. Car Oren Miller mêle à son enquête le folklore breton nous perdant entre réalisme et légendes. Elle joue avec la présence réelle ou imaginée du petit peuple, une croyance très ancrée dans le village de Sainte-Marie-La-Grise allant jusqu’à faire tourner la tête du lecteur et des deux enquêteurs. L’autrice créé ainsi une atmosphère brumeuse à son récit qui correspond très bien à l’intrigue avec son enquête qui cherche à percer tous les mystères du petit village et de son étrange orphelinat. 

Une enquête bien menée 

L’intrigue prend son temps à s’installer, Oren Miller prenant grand soin de bien installer son décor et l’ambiance du récit à l’aide d’une narration riche en descriptions. J’ai aimé le fait de trouver ici une écriture beaucoup plus travaillée que ce que l’on trouve habituellement dans le genre du polar/thriller. Cela rend l’intrigue un peu plus lente et ne fait pas de ce roman un page turner, mais permet de nous immerger complètement dans cette Bretagne des années 50 et de nous familiariser avec la mentalité de l’époque.  

Bien heureusement, Oren Miller gère très bien son intrigue en conservant beaucoup de suspense tout au long du récit. Evariste m’a un peu fait penser à Hercule Poirot dans sa manière de déduire les choses à partir de tous petits détails et d’avoir une longueur d’avance sur tout, même sur le lecteur. Ainsi même quand le personnage fait des déductions, il n’en informe ni Isabeau ni le lecteur, mais fait comprendre qu’il a une piste, ce qui donne très envie de comprendre ce qu’il a découvert. Les nombreux dialogues entre les personnages paraissent d’ailleurs extrêmement mystérieux puisqu’ils reposent souvent sur des non-dits et les nœuds de l’intrigue ne sont pas si faciles à démêler. 

J’agonise fort bien, merci possède également une ambiance assez sombre avec plusieurs meurtres assez violents et décrits de manière très graphique ainsi que des thématiques difficiles. Cette ambiance sombre est contrebalancée par l’humour extrêmement présent et le côté plus léger du folklore breton bien que le petit peuple ne semble pas si amical que ça ! Finalement, même si l’enquête prend un tour assez surréaliste dans le déroulé des évènements, elle est très agréable à suivre grâce à son ambiance et à ses personnages sympathiques. Le côté surréaliste est surtout dû au fait que l’autrice a voulu construire une enquête complexe avec des révélations surprenantes et un nombre limité de personnages. Mais cela fonctionne bien puisque l’intrigue est assez bien ficelée pour qu’on ne puisse pas tout comprendre trop rapidement et, même si l’on devine certaines choses, elle possède son lot de surprises et de rebondissements !


Conclusion


J’agonise fort bien merci est le premier tome d’une saga mettant en scène un duo de notaires, Evariste et Isabeau, dans différentes enquêtes. Ces deux personnages sont le point fort de ce récit tant ils brillent par leur charisme et leur passion commune pour le cynisme. Cela donne des répliques savoureuses et des dialogues d’une répartie cinglante ! Ils mènent leur enquête dans la petite ville bretonne de Sainte-Marie-La-Grise dans les années 1950, un endroit où règne une ambiance nébuleuse et où les croyances liées au folklore breton sont fortement ancrées. Oren Miller joue ainsi entre réalisme et légende afin de troubler nos notions de rêve et de réalité. Cela accentue l’étrangeté des évènements qui ont lieu dans cette ville et contribue au suspense du récit. L’intrigue principale qui est une enquête sur plusieurs meurtres est très bien ficelée. Le récit possède un ton parfois très sombre avec des meurtres décrits de manière très graphique et des thématiques difficiles ainsi qu’un côté un peu surréaliste. Malgré tout, ce roman est très agréable à lire, un bon divertissement très riche en rebondissements !

TB lecture

D’autres avis : Chut maman litElhyandraBlackwolfLianneCallysseL’imaginaerum de Symphonie – ?

[SÉRIE] Shadow and Bone : saison 1, crapules fantasy et young adult

L'ours inculte
, 12/05/2021 | Source : L'ours inculte

Oui, par curiosité j’ai regardé la première saison de la série adaptée de l’œuvre de Leigh Bardugo, et comme les séries fantasy sont toujours pas légion, on teste ce qui sort même quand ça sent le gros truc pour ado. Et parfois ça fait des chocapics surprises.

Alina est cartographe dans l’armée et se retrouve embarquée dans la traversée du Fold, une énorme barrière de ténèbres pleine de monstres qui coupe le continent en deux. Ça se passe moyennement bien, et pour protéger son ami d’enfance Mal, elle fait involontairement un Kaméhaméha de lumière, et c’est la révélation insoupçonnée : Alina est une Grisha (les mages de cet univers), mais elle est surtout la porteuse de lumière, la seule mage à manipuler cet élément, élue, objet de prophéties, sainte, le package classique. On l’envoie donc à la forteresse des Grisha pour apprendre à contrôler tout ça, sous le regard du général bogosse… euh… pardon… Du général Kirigan. D’un autre côté, le voleur Kaz « dirty hands » Brekker est engagé pour traverser le Fold et kidnapper la porteuse de lumière. Il va donc rassembler sa petite bande de gangsters pour remplir cette mission démesurée et gagner plein de pognon.

Alors oui, Shadow and Bone se trimballe une bonne grosse cargaison de clichés de la littérature « young adult » vraiment pas subtils qui vont faire hurler pas mal de spectateurs dans son arc principal. L’élue qui est trimballée par ses sentiments confus plus que par son caractère, qui subit l’histoire plus qu’elle n’agit, le triangle amoureux débile, la « miscommunication » qui lui fait prendre des décisions stupides parce qu’elle croit que truc pense que machin mais elle en sait rien… Non mais vraiment, l’arc Alina-Mal-Kirigan est très douloureux à suivre. Alina je m’en foutais un peu, Kirigan est absolument caricatural dans son rôle de général ténébreux beau gosse. Mal s’en sort un peu mieux dans son obstination bourrine attendrissante, mais c’est pas non plus renversant. Heureusement qu’ils sont joués par des acteurs très convaincants, il faut leur accorder ça. Il y a aussi quelques personnages secondaires intéressants quand même, qui vont se glisser dans cette histoire débile et lui donner un peu de peps.

Voooiiiilà, j’ai déballé les défauts. Mais, plot twist, en fait j’ai beaucoup aimé la série. Voyez-vous, les scénaristes ont eu une bonne idée : Ne pas se baser sur la seule trilogie Grisha de l’autrice (que je ne lirai jamais, c’est très clair après avoir vu la série), mais y incorporer une autre bande de personnages issus d’une seconde saga de Leigh Bardugo : Six of crows. L’histoire de Kaz, Jesper et Inej qui veulent monter le kidnapping d’Alina a été ajoutée (en plus d’une introduction tardive aux personnages de Mathias et Nina qu’on découvre à peine) et apporte vraiment une complexité bienvenue à l’ensemble. Appuyé par un casting excellent, c’est cet ajout qui apporte la profondeur et la personnalité de la série, qui sans ça serait une soupe de guimauve Young Adult pleine de clichés à se taper la tête contre son écran. Ils arrivent à rehausser l’arc principal en mélangeant les deux trames, l’une ajoutant du suspense et des péripéties à l’autre.

Je déplore toujours, comme dans le bouquin, un manque de panache dans leur plan et son exécution, c’est vraiment des bras cassés et la stature de « mastermind » de Kaz tient pas debout quand on voit son plan tout pourri. Mais ces personnages sont vraiment fun, y’a une alchimie très agréable dans la bande et les huit épisodes défilent en quelques jours. Ce sont les Crows qui donnent de l’assise à la série pour moi, et l’arc d’Alina sert plutôt de procédé d’exposition pour tout l’univers… Au moins l’univers est très plaisant à découvrir par ce biais, on a un monde inspiré des cultures russes, gentiment militaire avec quelques spécificités marrantes, avec des mages persécutés par certains, admirés par d’autres. Si les trajectoires des trois glands de l’arc principal sont risibles, le monde qu’ils nous font découvrir est riche et plein de promesses, tout en restant mystérieux.

Netflix a manifestement sorti les grands moyens, ou a utilisé ses pas-si-grands-moyens à bon escient. Parce que la réalisation est top, les décors et les effets visuels tiennent la route et on a pas le rendu kitsch qu’on peut craindre quand on entend « fantasy en série télé ». A l’image de The Witcher, on ne va pas chercher la démesure, les armées de 15000 figurants qui font un travelling à 1 million de dollars, mais juste des plans travaillés, une photo agréable, des ambiances. Niveau réalisation c’est vraiment de bonne facture, la série est courte et rythmée, on s’ennuie jamais et on passe un bon moment. Que demander de plus ? (à part une héroïne un peu moins molle). Si vous êtes lecteur de fantasy adulte et que la série vous rebute par son côté ado, moi j’dis, ça se tente quand même.

La Dernière Arche

gepe
, 11/05/2021 | Source : Le post-it sfff

528 pages

Quatrième de couverture:

« Nous avons cru que rien dans l’univers ne pouvait nous résister ou s’opposer à notre volonté. Nous nous sommes trompés. »

   Dans la Mésopotamie des premiers âges, Shory, une jeune esclave, est vendue à un mystérieux individu nommé Atim, qui lui propose un marché : l’envoyer dans un fort qu’elle devra protéger, en échange de sa liberté. Elle accepte et rejoint une étrange construction, entourée d’une forêt profonde. Elle y grandit en compagnie d’autres rescapés, originaires de différentes périodes de l’histoire humaine. Tous ont rencontré Atim et se sont vu confier la mission de protéger le Fort. Ils se surnomment les Vigiles. 
   Quatorze ans plus tard, Lena, une jeune femme originaire du XXIIe siècle, rejoint à son tour le Fort. Contrairement aux autres Vigiles, elle n’a pas croisé Atim et veut à tout prix rentrer chez elle. 
   Shory décide de l’aider. Au-delà de la forêt qui assiège le Fort, elles découvriront les réponses à nombre de leurs questions : où sont-elles vraiment ? Pourquoi le Fort doit-il être protégé ? Et quelle est leur véritable mission ?


Mon Post-it:

J'avais adoré Pyramides du même auteur, j'avais donc hâte de découvrir ce titre dans le même univers.

Après nous avoir présenté, les principaux personnages, le fort et ses alentours, Lena va débarquer et bousculer tout ce petit monde des Vigiles, protecteurs de ce lieu mystérieux !  Rassurez-vous le fort n'est qu'un tout petit bout de l'univers tissé par l'auteur, il va tout au long du livre nous donner les pièces manquantes dans des interludes courts entre les cinq parties du roman, c'est malin et bien réalisé. 

Tout s'accélère quand l'audacieuse Lena, Shory et Asceline empruntent un passage vers des mondes. J'ai beaucoup aimé la mécanique, le moyen de transiter vers ces mondes, les détails sur leurs dimensions, leurs structures, la partie technique en somme qui permet de commencer à donner une physionomie à l'arche. Mais au fait, qui a créé cette arche, dans quel but et pour aller où ? L’idée de l'architecte de l'arche est très ambitieuse, seulement voilà une anomalie est apparue, elle risque de mettre en péril la mission, sans compter qu'un événement encore plus ennuyant va peut être venir sceller ce grand projet ! 

Pas de doute, on retrouve l'univers de Pyramides, et ça, c'est bien, mais avant cela, il va falloir partir à l'aventure, une aventure pas aussi accrocheuse que son prédécesseur, j'ai ressenti par moments des passages répétitifs. On comprend clairement que Romain Benassaya foisonne d'idées, et surtout des bonnes. Globalement ça se tient, bien que, moins réussi que le premier qui est moins dispersé, bénéficiant d’un impact plus puissant sur le lecteur. Néanmoins, l'intrigue est bien ficelée, l'auteur sait nous faire plaisir en distillant petit à petit les pièces du puzzle qui rend ce roman prenant avec une bonne dose d'aventure et de SF. What else !

(Je remercie les Éditions Critic pour m'avoir proposé la lecture de ce livre) 

Ma note:   8/10

Voir l'avis de : Yogo




 




 

La dernière arche - Romain Benassaya

Yogo
, 11/05/2021 | Source : Les Lectures du Maki

Aventures et Frustrations

J'attendais avec une certaine impatience La dernière arche, le nouveau roman de Romain Benassaya à paraître aux éditions Critic. En effet celui-ci se déroule dans le même univers que Pyramides, un livre qui m'avait autant surpris qu'enthousiasmé.

Romain Benassaya nous livre encore une fois un joli pavé de plus de cinq cents pages, oscillant entre SF et roman d'aventures. La dernière arche m'aura émotionnellement fait l'effet de montagnes russes, passant par tous les états, d'un certain ennui à un réel intérêt via la frustration. On retrouve dans ce livre toutes les qualités et tous les défauts de l'auteur. Une imagination fertile, une écriture efficace, un page turner redoutable mais aussi quelques longueurs et des personnages parfois à la limite de la caricature.

Shory, pour échapper à sa condition d'esclave, a accepté de rejoindre une étrange construction entourée de forêts infranchissables. Sa mission, protéger le mystérieux Fort qui l'abrite. Pour l'aider, une poignée d'individus ayant pour seul point commun d'avoir tous été recrutés par un mystérieux Atim en échange de leur liberté. Chaque habitant du Fort est originaire non seulement d'un endroit différent mais également d'une époque différente. La vie des Vigiles, ainsi qu'ils se surnomment, est perturbée par l'arrivée de Lena, une jeune fille du XXIIème siècle qui elle n'a jamais croisé Atim et qui ne comprend pas ce qu'elle fait là. L'équilibre au sein du Fort est menacé... 

Commençons par ce qui fâche. Il faut une certaine suspension d'incrédulité pour accrocher au concept initial. Que des personnes provenant d'époques et de lieux différents puissent se comprendre entre elles et surtout assimiler des technologies qui ont vu le jour des siècles voire des millénaires après leur naissance est difficilement acceptable. L'auteur par une première pirouette l'explique mais cela n'est pas très convaincant. J'ai eu du mal à en faire abstraction jusqu'à ce que je le puisse... 

La dernière arche se déroule dans le même univers que Pyramides, quelques indices sont disséminés mais cela reste très léger et il faut attendre un peu plus de la moitié de l'histoire pour voir le lien. L'auteur prend son temps pour mettre en place son intrigue et son univers. Les deuxième et troisième parties auraient mérité d'être condensées. L'auteur a une imagination débordante multipliant  les aventures et découvertes, ajoutant d'innombrables rebondissements sur fond de politique. Beaucoup d'éléments qui font perdre le rythme du récit. Il y a bien quelques Interludes qui éveillent la curiosité et qui laissent présager un changement de paradigme mais il faut être patient.

Et la patience sera récompensée dans la seconde partie du roman. Romain Benassaya sans renouveler le genre arrive à nous surprendre. Le récit prend une tournure inattendue et la connexion avec les Interludes et Pyramides se fait jour et ce qui au départ semblait incongru trouve également une explication. On quitte l'aventure pure pour un questionnement plus intéressant. Un peu frustrant d'avoir tant attendu.

Romain Benassaya a un talent indéniable, il sait raconter des histoires et embarquer le lecteur dans ses univers. La dernière arche est un divertissement réussi qui plaira probablement plus à un public jeune ou peu habitué aux littératures du genre. Ils y trouveront une belle histoire, un réel dépaysement, des questionnements derrière un page turner efficace. Pour les autres, il manquera peut-être quelque chose pour être pleinement conquis mais le voyage vaut le détour. Et tous seront prêts à repartir pour de nouvelles aventures que ce soit dans cet univers (il y a encore beaucoup de questions sans réponses !) ou dans un autre.


Ils l'ont lu :  Gepe


Bifrost n.101. Dan Simmons ouvre les tombeaux du temps

Le chien critique
, 11/05/2021 | Source : Le chien critique

 

Bifrost, Le Bélial, 2021, 192 p., 6€ epub sans DRM

 

Abonné à Bifrost depuis des lustres, j'attends toujours avec impatience la divulgation des dossiers à venir. Parfois c'est la joie, d'autrefois c'est la soupe à la grimace comme ici avec Dans Simmons, un auteur que je n'ai jamais lu. Déjà, les pitchs de ses romans ne me donnaient pas envie, et la réputation du bonhomme surtout, très à droite sur l'échiquier politique, fait que je me passe très bien de ne pas de lui donner mon fric.
C'est donc avec le bout des coussinets que j'ai abordé ce dossier qui ne m'a pas fait changer d'avis. Dan Simmons étant toujours vivant et sûrement armé d'une flopée d'avocats, est-ce pour ces raisons que le dossier était assez allusif sur sa pensée politique ? Bref, mon côté voyeur n'a pas été rassasié... Je ne m'étends pas plus sur le sujet, pas envie de gâcher de l'encre. Faut-il séparer l'homme de son oeuvre ? Pour moi la réponse est claire, non.


Greg Egan nous parle de La Fièvre de Steve qui nous conte l'histoire de Steve Lincoln qui a des rêves étranges. Rien à voir avec la covid, mais est-ce vraiment mieux ? Pas sûr. L'auteur a la réputation de produire des récits froids avec des personnages glacials, ce qui n'est pas le cas ici à mon avis. J'ai bien aimé ce texte qui nous laisse dans le flou à ses débuts et délite lentement le brouillard pour nous amener vers de la Hard SF accessible et merveilleuse.

Je vous ai donné toute herbe, de Christian Léourier nous invite sur une planète en cours de terraformation. Dan, un jeune homme se retire à l'écart des colons. J'ai toujours du mal à accrocher avec les écrits de l'auteur, ce texte n'échappe malheureusement pas à la règle.

Le Serveur et la Dragonne, de Hannu Rajaniemi est de la hard SF poétique. Si si, c'est possible. Cela nous parle d'un serveur (informatique) qui souffre de solitude et d'une dragonne 3.0. Feront-ils de beaux enfants ? Là est toute la question. J'ai dû comprendre 5% du texte, ce qui ne m'a pas empêché de l'apprécier. C'est aussi une traduction de Monsieur Apophis, un grand bravo et j'espère qu'il lui reste encore quelques cheveux après son travail qui n'a pas dû être une sinécure.

Un dossier critique toujours rempli à ras bord de livres, quelques critiques se trouvent sur le blog du Bélial. Thomas Day, après un congé d'un numéro, se penche sur les autres revues de l'imaginaire. Comme à son habitude, Galaxies SF lui permet d'épanouir sa créativité caustique pour mon plus grand bonheur. Seul étonnement, il a aimé une revue de vieux, le dernier numéro du Novelliste. J'espère que Lionel Evrard n'a pas fait de crise cardiaque.

Ma rubrique préférée, Paroles de, s'attarde sur Richard Comballot, Mr Interview de l'imaginaire. C'est toujours trop court à mon goût, mais c'est indispensable pour comprendre les coulisses de l'édition.

Roland Lehoucq nous parle du temps à travers Tenet. Comment en commençant par le concept du temps l'article en arrive à nous parler de thermodynamique et d'entropie, vaste sujet. J'ai dû zapper deux trois choses, car je ne mets aucun doute sur la véracité de l'article.

Ce numéro ne pouvait pas se clore sans un hommage à Joseph Altairac à travers une anecdote de bibliophile.

Le prochain Bifrost est consacré à Arthur C. Clarke. Auteur que j'ai peu lu : Les enfants d'Icare et Lumière des jours enfuis (écrit avec Stephen Baxter) sans être toutefois emballé. Mais j'ai très envie de découvrir ce dossier et, par la même, compléter ma découverte de l'auteur.

 

L’assassin royal t. 4 : Le poison de la vengeance, Robin Hobb

Lullaby
, 11/05/2021 | Source : SFFF – Magali Lefebvre

Avertissement : cette chronique étant celle du 4e tome de la série, des spoilers sont possibles (notamment au niveau de la 4e de couverture !) Quatrième de couverture Les pirates, de plus en plus audacieux, ont commencé leur invasion dévastatrice. Royal le fourbe, après avoir assassiné le souverain légitime, est monté sur le trône desLire la suite "L’assassin royal t. 4 : Le poison de la vengeance, Robin Hobb"