[Chronique] Les portes perdues, de Seanan McGuire

Sometimes a book
, 05/10/2022 | Source : Sometimes a book

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« Les endroits qu’on a visités étaient notre chez-nous. On se moquait bien de savoir s’ils étaient bien, mal, neutre ou quoi. Ce qui comptait, c’est que pour la première fois on n’avait pas à faire semblant d’être quelqu’un d’autre. Il nous suffisait d’être. Ça fait toute la différence. »


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Les portes perdues, tome 1 : Les enfants indociles
Autrice :
Seanan McGuire
Traduction : Benjamin Kuntzer
Maison d’édition : Pygmalion
Genre : Fantasy
Nombre de pages : 191
Prix : 19,90 € 
Synopsis
Dans l’obscurité de leur chambre, sous leur lit, même derrière une armoire, les enfants descendent le terrier du lapin blanc et réapparaissent… ailleurs. Mais les pays imaginaires n’ont que faire de prodiges fatigués. Nancy y a fait un tour, puis elle en est revenue. Les choses qu’elle y a vécues l’ont changée à jamais. Les élèves qu’Eleanor West accueille au sein de son école le savent d’ailleurs très bien. Chacun d’entre eux doit se réadapter à ce monde et finit souvent par chercher un moyen de rejoindre le lieu de ses rêveries. Pourtant, dans cette institution qui existe pour les protéger, une ombre se cache derrière chaque pan de mur. Très vite, les meurtres s’enchaînent. Alors, pour survivre, Nancy et ses nouveaux camarades doivent trouver le coupable.
MON avis
Les enfants indociles est le premier tome d’une série de novellas qui en compte sept actuellement. Il a remporté les prix Hugo, Nebula et Locus.
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De quoi ça parle ?

On y suit Nancy lors de son arrivée dans l’Institut des enfants indociles tenu par Eleanor West. Sous ce nom « enfants indociles » se cachent des enfants et adolescents assez particuliers puisqu’ils ont un jour trouvé une porte les menant à un autre monde. Tous sont, d’une manière ou d’une autre, revenus dans notre monde et n’ont plus qu’une idée en tête : repartir. Ils sont alors envoyés dans l’institut d’Eleanor par des parents inquiets pensant que leur enfant est traumatisé après avoir été kidnappé. Si officiellement Eleanor doit les soigner de leur traumatisme, en réalité, elle sait ce qu’ils ont vécu et les aide à mieux le comprendre ainsi qu’à accepter le fait que leurs portes puissent ne plus jamais s’ouvrir pour eux. Et pourtant, si l’institut a pour objectif de fournir du réconfort à ces enfants et un endroit sain loin d’un contexte familial tendu, il se transforme peu à peu en cimetière, à mesure que les enfants indociles se font assassiner les uns après les autres, peu après l’arrivée de Nancy.
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Entre lumière et obscurité

Voilà une bien étrange lecture que ce premier tome des Portes perdues. La novella se déroule dans notre monde, mais Seanan McGuire en bouleverse les codes. La première moitié du récit nous permet de faire connaissance avec les personnages bien particuliers qui le compose. Nancy revient des limbes un monde où elle a appris à être discrète et à développer la capacité de se tenir complètement immobile. Celle avec qui elle partage sa chambre vient quant à elle d’une monde nommé Amphigouri où elle devait au contraire être toujours en mouvement. À chaque enfant/adolescent que l’on découvre, c’est un nouveau tempérament qui va totalement à l’encontre des autres. Tous ont une personnalité très marquée, certains sont très sombres, d’autres très extravagants, d’autres encore ont une personnalité très ambiguë. On se retrouve dans un maelstrom de couleurs, de sentiments, de thématiques qui se percutent dans tous les sens.
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La novella possède des aspects très lumineux, avec une grande sensibilité autour des thématiques liées à la différence, à l’acceptation des autres quel que soit le monde qui leur correspond. Ainsi, les univers varient selon la personnalité des enfants et sont construits à la manière d’une boussole dont les 4 directions sont la logique, l’amphigourie, la perversité et la vertu. À travers ces mondes qui représentent le passé des personnages, la novella aborde également la difficulté de grandir, de se forger sa propre identité. Mais derrière ces thématiques abordées de manière sensible et touchante, le récit possède également une immense noirceur. De son écriture assez brut, Seanan McGuire nous plonge dans un univers poisseux, où l’on ressent tout le mal-être des pensionnaires. On se rend peu à peu compte que les univers idylliques dans lesquels ils sont allés sont très loin de faire rêver. Et, dans sa deuxième moitié, la novella nous conte une série de meurtres très glauques et décrits de manière graphique et crue. L’autrice nous emmène de cette manière au cœur de la folie. Si je suis adepte des thrillers et que les détails explicites de scènes de crime ne me gênent pas, j’ai trouvé que le fait de mélanger autant d’ambiances et de thématiques différentes rendait la lecture déroutante voire dérangeante. Je n’ai pas trouvé d’harmonie dans la manière dont sont exposés les différents éléments de l’intrigue. C’est parfois trop lumineux, parfois trop sombre sans jamais de juste milieu. Si l’autrice se veut percutante et déstabilisante, c’est réussi, mais la lecture n’en est pas toujours agréable. De plus, toute la partie concernant les meurtres arrive assez tard dans le récit, trop tard pour que l’enquête puisse vraiment être développée. Cette partie de l’intrigue reste donc en surface et devient surtout très prévisible puisqu’on devine aisément et rapidement l’identité du coupable.
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Les enfants indociles est ainsi une novella qui met particulièrement en avant le passage de l’enfance à l’âge adulte à travers les univers féérique d’où les personnages reviennent et où ils ne retourneront pas. Le récit interroge avec intelligence sur la manière dont on peut accepter cet état de fait et dont on peut se forger sa propre identité grâce à une palette de personnages très particuliers à la personnalité marquée et marquante. Seanan McGuire réussit à proposer un récit percutant en peu de pages à travers un maelstrom d’ambiances et d’idées qui ne s’accordent malheureusement pas toujours entre elles donnant le sentiment d’un manque d’harmonie générale malgré la qualité des thématiques abordées.
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avis mitigé
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D’autres avis : LianneBlackwolfRedbluemoon (attention pas mal de spoils dans son avis) – Adopt a librarian

« Jamais – 2 – Le jour J », Bruno DUHAMEL

Brize
, 05/10/2022 | Source : Sur mes brizées

Quatre ans après « Jamais », où nous avions eu le plaisir de faire sa connaissance, revoilà notre Madeleine, 91 ans, bon pied mais pas bon œil, bien sûr, puisqu’elle est aveugle de naissance, toujours dans sa maison normande, comme elle fièrement arc-boutée à son extrémité de falaise en train de s’écrouler, dans le lieu-dit de Troumesnil.La... Lire la Suite →

Vargo Statten - Les Fabricants de Soleil

TmbM
, 04/10/2022 | Source : Touchez mon blog, Monseigneur...

Vargo Statten Les Fabricants de Soleil Fleuve Noir anticipation
Vargo Statten 

Les Fabricants de Soleil 

Ed. Fleuve Noir 


Le nouveau planétarium de Londres est magnifique, il faut le reconnaître. Toutefois, il lui manque une chose pour être parfait : un soleil digne des incroyables planètes dont il est le centre de gravitation. Pour combler cette lacune, la direction fait appel à deux scientifiques de renom, Newton Dane et Scott Armstrong, auxquels elle passe commande d'un soleil atomique ! 

Mais les expériences des deux hommes tournent au drame. Londres est rasée et, à l'emplacement du planétarium, seuls subsistent les résidus d'un dangereux soleil dont on ne sait quoi faire. 

C'est Jerry Marshall qui est choisi pour solutionner le problème, un savant aux compétences éprouvées, ancien navigateur spatial, courageux et admirablement qualifié pour ce genre de travail. Malgré ses atouts et l'aide de Madge Tinsley, secrétaire reporter choisie par les savants et la presse mondiale, la solution sera pire que le problème : des paysages entiers qui changent de place - les océans aussi - et des milliers de morts. Mais, surtout, une ouverture sur une nouvelle dimension dont les ambassadeurs sont hostiles…

Heureusement que les scientifiques de notre monde ne ressemblent pas à ceux de ce roman ! Vargo Statten laisse librement agir les savants fous qui peuplent ses pages et comble sans doute une grande frustration en mettant à leur disposition d'énormes crédits, en accédant à toutes leurs demandes et en leur offrant les pleins pouvoirs. Autant dire que son livre, s'il est plutôt plaisant et assez débridé, cherche moins à divertir qu'à coller à une quelconque réalité scientifique… Ce qui n'a pas été pour me déplaire… 

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Et pour suivre l’avancée du projet Objectif "231", cliquez sur la fusée !
FNA n°9

Le Respir – Saintclair HJ

OmbreBones
, 04/10/2022 | Source : OmbreBones

La thanatophilie est l’adjectif utilisé pour qualifier un amour et une fascination pour la mort, à ne pas confondre avec la nécrophilie qui est un attrait sexuel pour les cadavres. Étrange entrée en matière, pensez-vous ? Pas du tout cas l’amour de la mort est bien le cœur du texte qui nous occupe ici…

Le Respir est une novella gothique se déroule à Paris durant les années 2019 et 2020. Le lecteur est invité à suivre Pierre, un adolescent souffrant de mutisme qui s’exprime par langue des signes mais également à l’écrit. C’est son journal que nous lisons, journal qu’il rédige dans une langue soutenue teintée de poésie macabre qui a su me séduire. C’est à mes yeux une des grandes forces du texte mais j’ai conscience que cela peut-être un frein aux yeux d’autres personnes qui trouveront ces effets de style « inutiles ». La poésie des mots ne l’est jamais pour moi mais les goûts et les couleurs… Bref.

Pierre souffre de tendances suicidaires, il est résolu à mourir toutefois il repousse sans arrêt le moment, encore plus quand il remarque que le remplaçant de son professeur décédé ne respire pas. Nait alors une obsession qui l’amènera, avec son amie Claire, à remonter une piste datant du XIXe siècle… Car Mr Aubespin est forcément plus vieux qu’il n’y parait, non ?

Le Respir coche toutes les cases de ce qu’on attend pour un texte gothique. On a un cadre sombre avec de nombreuses scènes se déroulant dans un cimetière ou dans les catacombes -une ambiance très maîtrisée. On a un personnage en détresse souffrant de névroses psychiatriques qui est obsédé, passionné, par son professeur au point d’embrouiller le lecteur entre réalité et fantasme. On a également une créature surnaturelle mystérieuse qui a quand même le bon goût de s’éloigner des attentes habituelles en la matière.

En ce sens, on pourrait qualifier le Respir de classique mais il est en même temps assez moderne dans son contexte et dans l’exploitation des névroses comme des maux de notre époque. J’ai d’ailleurs apprécié la manière dont est abordé le mutisme au quotidien, surtout à travers les difficultés qu’a Pierre à communiquer. Imaginez que ses propres parents n’ont jamais pris le temps d’apprendre la langue des signes et que vous deviez leur parler en tapant sur un portable dont ils lisent l’écran en diagonale dans le meilleur des cas ? Dans le même ordre d’idée, comment vous défendre d’une accusation ou d’une agression sans aucune voix pour argumenter ? Car bonne chance pour qu’un agresseur accepte de se poser et de lire un message… Plus d’une fois, les échanges sociaux de Pierre ont fait naitre en moi une frustration et m’ont poussé à réfléchir sur le sujet, bien que ce ne soit pas la thématique centrale de la novella.

Le texte recèle certaines surprises (dont la fin) et est traversé par un spleen digne de Baudelaire en personne. C’est quelque chose qui fonctionne très bien sur moi, surtout lorsque c’est maîtrisé et je trouve que l’auteur s’en sort plus que bien ici.

La conclusion de l’ombre :
Le Respir est typiquement le genre de novella qui serait devenue mon texte préféré durant mon adolescence car non seulement il coche toutes les cases du genre gothique mais parvient à les exploiter d’une façon intéressante avec une plume travaillée au vocabulaire soutenu et des passions vivaces. J’ai été absorbée par ma lecture au point de la dévorer d’une traite alors si vous aimez ce genre littéraire, n’hésitez pas à vous lancer dans sa découverte.

D’autres avis : Maude Elyther – vous ?

S4F3 : 18e lecture
Informations éditoriales :
Le Respir par Saintclair HJ. Éditeur : Le Chat Noir. Illustration de couverture par Marcela Bolivar. Prix au format papier : 12 euros.

Le Respir – Saintclair HJ

OmbreBones
, 04/10/2022 | Source : OmbreBones

La thanatophilie est l’adjectif utilisé pour qualifier un amour et une fascination pour la mort, à ne pas confondre avec la nécrophilie qui est un attrait sexuel pour les cadavres. Étrange entrée en matière, pensez-vous ? Pas du tout cas l’amour de la mort est bien le cœur du texte qui nous occupe ici…

Le Respir est une novella gothique se déroule à Paris durant les années 2019 et 2020. Le lecteur est invité à suivre Pierre, un adolescent souffrant de mutisme qui s’exprime par langue des signes mais également à l’écrit. C’est son journal que nous lisons, journal qu’il rédige dans une langue soutenue teintée de poésie macabre qui a su me séduire. C’est à mes yeux une des grandes forces du texte mais j’ai conscience que cela peut-être un frein aux yeux d’autres personnes qui trouveront ces effets de style « inutiles ». La poésie des mots ne l’est jamais pour moi mais les goûts et les couleurs… Bref.

Pierre souffre de tendances suicidaires, il est résolu à mourir toutefois il repousse sans arrêt le moment, encore plus quand il remarque que le remplaçant de son professeur décédé ne respire pas. Nait alors une obsession qui l’amènera, avec son amie Claire, à remonter une piste datant du XIXe siècle… Car Mr Aubespin est forcément plus vieux qu’il n’y parait, non ?

Le Respir coche toutes les cases de ce qu’on attend pour un texte gothique. On a un cadre sombre avec de nombreuses scènes se déroulant dans un cimetière ou dans les catacombes -une ambiance très maîtrisée. On a un personnage en détresse souffrant de névroses psychiatriques qui est obsédé, passionné, par son professeur au point d’embrouiller le lecteur entre réalité et fantasme. On a également une créature surnaturelle mystérieuse qui a quand même le bon goût de s’éloigner des attentes habituelles en la matière.

En ce sens, on pourrait qualifier le Respir de classique mais il est en même temps assez moderne dans son contexte et dans l’exploitation des névroses comme des maux de notre époque. J’ai d’ailleurs apprécié la manière dont est abordé le mutisme au quotidien, surtout à travers les difficultés qu’a Pierre à communiquer. Imaginez que ses propres parents n’ont jamais pris le temps d’apprendre la langue des signes et que vous deviez leur parler en tapant sur un portable dont ils lisent l’écran en diagonale dans le meilleur des cas ? Dans le même ordre d’idée, comment vous défendre d’une accusation ou d’une agression sans aucune voix pour argumenter ? Car bonne chance pour qu’un agresseur accepte de se poser et de lire un message… Plus d’une fois, les échanges sociaux de Pierre ont fait naitre en moi une frustration et m’ont poussé à réfléchir sur le sujet, bien que ce ne soit pas la thématique centrale de la novella.

Le texte recèle certaines surprises (dont la fin) et est traversé par un spleen digne de Baudelaire en personne. C’est quelque chose qui fonctionne très bien sur moi, surtout lorsque c’est maîtrisé et je trouve que l’auteur s’en sort plus que bien ici.

La conclusion de l’ombre :
Le Respir est typiquement le genre de novella qui serait devenue mon texte préféré durant mon adolescence car non seulement il coche toutes les cases du genre gothique mais parvient à les exploiter d’une façon intéressante avec une plume travaillée au vocabulaire soutenu et des passions vivaces. J’ai été absorbée par ma lecture au point de la dévorer d’une traite alors si vous aimez ce genre littéraire, n’hésitez pas à vous lancer dans sa découverte.

D’autres avis : Maude Elyther – vous ?

S4F3 : 18e lecture
Informations éditoriales :
Le Respir par Saintclair HJ. Éditeur : Le Chat Noir. Illustration de couverture par Marcela Bolivar. Prix au format papier : 12 euros.

Locklands de Robert Jackson Bennett

Cédric Jeanneret
, 04/10/2022 | Source : Reflets de mes lectures

Troisième et dernier tome de la trilogie débutée avec Les Maîtres enlumineurs, Locklands se déroule plusieurs années après le second tome.

Les enjeux et le décors de ce dernier opus sont bien plus larges; l’auteur quitte la cité de Tevanne pour le vaste monde. Et le monde est en danger. L’entité enluminée pensante qui est né à la fin de Shorefall mène une guerre de conquête totale en transformant en esclave l’humanité. Seul deux forces semblent capables de lui tenir tête : le premier des Hiérophantes et la bande de Sancia, Berenice et Clef qui forme maintenant une nation nomade dont les membres sont liés par des enluminures.

Mais lorsque le premier des Hiérophantes est capturé par leur ennemi commun, Sancia, Berenice et Clef n’ont d’autre choix que de lancer une expédition presque désespérée au cœur des territoires qu’il contrôle afin de libérer et de tenter d’empêcher la réalité même d’être modifiée de manière définitive.

Locklands est une conclusion satisfaisante et haletante a une Fantasy qui, tome après tome, devient de plus en plus science-fictionnelle. Après, même si j’ai beaucoup apprécié ma lecture, je trouve que ce dernier opus perd en qualité et originalité ce qu’il gagne en enjeux et gravité.

Au coeur de la science-fiction, Gillian Brousse

Lullaby
, 04/10/2022 | Source : SFFF – Les histoires de Lullaby – Magali Lefebvre

Au cours de précédents Points Plumes, je vous avais dit que je travaillais sur un projet secret, tout en précisant qu’il ne s’agissait pas d’un roman. Ce projet secret, le voici ! 🙂 Il s’agit d’un gros essai sur la science-fiction, écrit par Gillian Brousse – par ailleurs auteur lui-même d’un roman de science-fiction, SpleenLire la suite "Au coeur de la science-fiction, Gillian Brousse"

Notre part de nuit, de Mariana Enriquez, Prix Planète-SF 2022

Lorhkan
, 04/10/2022 | Source : Lorhkan et les mauvais genres

Nous autres membres du jury du Prix Planète-SF avons rendu notre verdict pour l’édition 2022. Je vais faire le fainéant et recopier ici le communiqué publié sur le blog du PSF, parce qu’il est beau. 😀

 

 

Né en 1973 à Buenos Aires, Mariana Enriquez est une journaliste, romancière et novelliste.

En français on peut lire d’elle le recueil de nouvelles « Ce que nous avons perdu dans le feu » et, depuis l’an dernier, le gros roman « Notre part de nuit ».

Après une délibération animée, « Notre part de nuit », traduit par Anne Plantagenet et édité aux Editions du Sous-Sol, a obtenu le Prix Planète-SF des Blogueurs 2022.

« Notre part de nuit » est un roman-fleuve qui est autant une histoire fantastique d’une grande cruauté qu’une évocation du passé troublé de l’Argentine – le pays d’origine de l’autrice. C’est aussi la mise en lumière noire de rapports père-fils, avec tout ce que ces rapports comportent d’ambiguïté entre amour et exigence, ou encore de relations familiales dysfonctionnelles jusqu’à l’inimaginable.

Récit émietté, récit développé sur des décennies, récit éparpillé entre les lieux et les époques, récit kaléidoscopique mais toujours limpide, « Notre part de nuit » donne la parole à tous – même à ceux dont on sait qu’ils sont déjà morts -, ou lance à son lecteur quantité de références comme autant d’easter eggs à savourer. Un lecteur qui s’émerveille donc, avant de s’horrifier de ce dont il est témoin.

Colossal et convoluté comme une cathédrale baroque, « Notre part de nuit » est un récit larger than life, avec un fantastique larger than life, des personnages larger than life, la folie larger than life d’une grand-mère malfaisante, l’amour larger than life d’un père pour son fils, le délire larger than life d’une dictature criminelle, le tout lié par une structure proprement stupéfiante par la manière avec laquelle elle parvient à faire tenir le tout ensemble.

« Notre part de nuit » a déjà gagné les prix Imaginales, GPI, et Herralde en Espagne. On dira alors peut-être que nous ne sommes pas originaux. Mais pourquoi vouloir être original quand cela signifie passer à côté d’un roman d’une telle qualité ?

 

Cet article Notre part de nuit, de Mariana Enriquez, Prix Planète-SF 2022 est apparu en premier sur Lorhkan et les mauvais genres.

Jarred McGinnis - Le lâche

TmbM
, 03/10/2022 | Source : Touchez mon blog, Monseigneur...

Jarred McGinnis Le lâche Métailié
Jarred McGinnis 

Le lâche 

Ed. Métailié

 
En littérature, j'aime les surprises. J'aime la bousculade, l'inattendu. J'aime être dérouté, déconcerté et propulsé hors de ma zone de confort. Pour autant, je dois le reconnaître, j'ai aussi plaisir à retrouver ce que je cherche et il m'arrive donc volontiers de me diriger vers des romans qui proposent des récits d'apprentissage, des cheminements de personnages heurtés par l'existence ou qui, simplement, en expérimentent les grands évènements, des romans qui cherchent - voire trouvent - le point de bascule entre le figuratif et l'abstrait, entre le rêve et le réel. L'idéal, car l'un n'empêche pas l'autre, c'est quand un livre parvient à cocher toutes les cases. C'est le cas avec Le lâche, qui m'a également fourni le drame, le cynisme, le rapport filial et la conception d'une vie frappée au coin de ses imprévus.
 
Pour Jarred McGinnis, en l'occurrence, les imprévus surviennent en voiture. Celui qui est à la fois l'auteur, le personnage et le narrateur de ce premier roman se réveille au lendemain d'un accident de la route. Sa passagère est morte, lui ne marchera plus et, quand vient le moment de quitter l’hôpital, il réalise qu'il n'a nulle part où aller et personne d'autre à appeler que son père qu'il n'a pas vu depuis une bonne dizaine d'années. Dans une zone grise entre témoignage et fiction, McGinnis fait partager au lecteur sa nouvelle vie : les blessures du corps, le fauteuil roulant, le retour dans la maison de son enfance, les souvenirs de jeunesse et cette relation fragile entre un fils distant et un père maladroit, le tout observé par le prisme déformant de la dérision et d'une forme assumée de scepticisme. Alors, entre une gorgée de café filtre et une bouchée de donut, le récit est ponctué de passages touchants et de sujets cocasses, tantôt traités avec sérieux, tantôt avec ironie, et assenés à grands renforts de réflexions de comptoir ou de simple bon sens. La vie, quoi.

Journal d’une révision de traduction : Un Feu sur l’abîme de Vernor Vinge

FeydRautha
, 03/10/2022 | Source : L'épaule d'Orion

Je me souviens, c’était un lundi. Camille Racine, éditrice responsable de la collection Ailleurs et Demain chez Robert Laffont, nous faisait part des projets de rééditions pour l’année 2022. Au programme, Hypérion de Dan Simmons en version reliée collector (sortie le 22 septembre) et Un feu sur l’abîme de Vernor Vinge qui doit paraître le 13 octobre. Puisque qu’avec mon partenaire de crime Fabien Le Roy nous avions réalisé la révision de l’ensemble du cycle de Dune de Frank Herbert, Camille a souhaité nous consulter sur la nécessité ou non de réviser les traductions de ces deux textes. Il nous est rapidement apparu qu’il n’y avait aucun besoin de toucher à celle d’Hypérion. Quant à Un Feu sur l’abîme… Fabien et moi avons décidé d’évaluer indépendamment le prologue du roman et de proposer chacun de notre côté des révisions possibles. Nos deux versions comparées proposaient de nombreuses corrections nécessaires et complémentaires.  Camille a donc pris la décision de nous confier la tâche d’une révision complète du texte. Fabien et moi allions, comme pour le cycle de Dune, à nouveau travailler à quatre mains sur le plus connu des romans de Vernor Vinge. Pourquoi à quatre mains ? Parce l’expérience sur Arrakis nous avait montré que notre approche était complémentaire, moi intervenant plus facilement sur des questions techniques et de terminologie et Fabien sur la tournure des phrases, et que nous apprécions de travailler ensemble, tout simplement.

Je vous propose dans cet article un regard en coulisses pour expliquer comment et pourquoi nous avons révisé cette traduction.

À chaque roman son histoire et les raisons qui ont amené à la révision de Dune puis des cinq autres livres du cycle ont été expliquées ici et . Pourquoi réviser la traduction proposée par Guy Abadia en 1994 pour Un feu sur l’abîme ?  A Fire Upon the Deep (dans la version  originale) a été publié aux Etats-Unis en 1992, un an avant que Vernor Vinge ne publie un article séminal sur la singularité technologique en popularisant le terme : « The Coming Technological Singularity: How to Survive in the Post-Human Era » dans la revue Whole Earth Review (1993). La singularité désigne le moment hypothétique où l’évolution technologique dépassera la capacité humaine à la contrôler, notamment par l’avènement de l’intelligence artificielle. À partir de ce moment, le futur de la civilisation deviendra totalement imprédictible. Un feu sur l’abîme est un roman post-singularité qui imagine un avenir lointain dans lequel l’espèce humaine est très largement dépassée technologiquement par des intelligences artificielles devenues l’égal des dieux. Mais Vernor Vinge y ajoute un twist. Il imagine que le niveau de développement technologique des différentes civilisations peuplant la Galaxie est soumis à la géographie : plus vous êtes éloignés du centre galactique, plus les technologies sont avancées. Plus vous vous en rapprochez, et plus celle-ci deviennent physiquement impossibles. La Voie Lactée se divise ainsi en trois grandes zones : les Profondeurs inconscientes, au plus proche du centre galactique, les Lenteurs et l’En-delà sur le pourtour.

Pour replacer les choses, rappelons-nous que le CERN n’ouvre sa première connexion à internet qu’en 1989, et que le World Wide Web n’est rendu accessible au grand public qu’en 1993. Internet envahi le monde alors que Guy Abadia planche sur la traduction du roman de Vernor Vinge. Si depuis, la terminologie informatique a imprégné la culture mondiale, ce n’était en 1994 pas encore le cas. Il est évidemment question dans Un Feu sur l’abîme d’informatique, de code, d’entités numériques et de réseaux de communication. Ces entités numériques sont issues de codes informatiques extrêmement développés. Vernor Vinge imaginait dès 1992 un réseau de communication à l’échelle de la galaxie, l’équivalent de nos tchats aujourd’hui, et des pages entières du roman sont écrites sous forme de communications sur des réseaux de diffusion communs. (Notons que la même idée avait été proposée à l’identique en 1983 par Vonda McIntyre dans le roman Superluminal.) Il a donc fallu adapter, pour la moderniser et la rendre plus compréhensible aujourd’hui, la terminologie. Un exemple simple : là où Guy Abadia faisait référence à des « recettes » pour parler de code informatique, nous avons choisi de parler d’ « algorithme », plus parlant à notre époque. De même pour « crypte » qui n’a pas de sens dans ce contexte et devient « cryptage » dans la révision. « Communicateur » devient « visiophone ». Nous avons mis à jour très largement tous les termes techniques et ce dans le but de fluidifier la lecture d’un roman très dense en information et très pointu quant aux concepts scientifiques et techniques dont il fait l’usage.

Un Feu sur l’abîme est aussi un space opera, et la terminologie technique ne se limite pas, loin de là, au registre de l’informatique et des réseaux. Elle concerne aussi le voyage spatial et les modes de propulsion des engins spatiaux. C’est d’autant plus important que, comme je l’expliquais précédemment, le niveau de technologie utilisable dans la galaxie dépend de l’endroit où vous vous trouvez. Pour un voyage allant de l’extérieur vers l’intérieur, ce que vont faire les personnages du roman, vous devrez utiliser plusieurs modes de propulsion qui vont du plus avancé au plus primaire, et pour ainsi dire finir à la rame. Vernor Vinge a convoqué dans son roman un peu toute l’histoire de la SF dans ce domaine en faisant appel à différents types de propulsion : le moteur-fusée à propulsion chimique, qui est celui de notre époque, utilisable n’importe où et notamment dans l’atmosphère des planètes, les moteurs torches à fusion nucléaire, introduit par Robert A. Heinlein en 1953 dans la nouvelle Sky Lift et repris depuis de nombreux textes dont Hypérion de Dan Simmons, les statoréacteurs à collecteur Bussard ou ramscoop en anglais (comme chez Larry Niven, Carl Sagan, Poul Anderson, ou encore Alastair Reynolds), et enfin l’hyperpropulsion, solution favorite pour des voyages plus rapides que la lumière en SF. Ces différents termes n’étaient que confusément retranscris dans la traduction originale. Le terme anglais ramscoop, par exemple, n’était tout simplemement pas traduit. Nous avons rétabli le sens en utilisant « statoréacteurs à collecteur Bussard », ou « statoréacteurs Bussard », et encore plus simplement « statoréacteurs ». L’ultradrive de Vernor Vinge était traduit par « ultra-poussée ». Ultradrive est un terme équivalent à hyperdrive, plus souvent utilisé en SF. Nous avons préféré « ultrapropulsion » pour garder la spécificité du roman. De la même manière, « les sarcophages cryotechniques » de Guy Abadia sont devenus des « capsules cryogéniques », terme plus approprié et plus courant de nos jours.

Le même travail a été conduit sur la terminologie propre à différents domaines, dont la navigation maritime (!), et en particulier à la biologie. Le terme « race », incorrect, a été remplacé par « espèce » là où il le fallait. Autre exemple, « Papilles oculaires », a été remplacé par « ocelles ». Un terme particulier posait un problème de traduction. Il s’agit de Brood Kenner qui désigne une technique de sélection des individus pour former des groupes compatibles dans le cadre d’un élevage. Guy Abadia a créé un néologisme qui, pour des raisons d’étymologie, me dérangeait : « mulpathie ». Nous l’avons remplacé par le plus parlant « assemblage sélectif » et désigné ses pratiquants par le terme d’ « assembleurs ».

Un des changements les plus importants à travers le texte a été de mieux caractériser la description d’une espèce extra-terrestre présente dans le roman et nommée les Cavaliers des Skrodes. Il s’agit d’une espèce végétale, qu’on peut voir comme une sorte de bonzaï ornemental qui se déplace sur une planche à roulettes. Abadia avait malencontreusement utilisé les mots « tentacules » et appendices » pour désigner leurs membres, ce qui amenait à se faire une mauvaise représentation de ces créatures originales. Nous avons remplacé ces deux termes par « tiges », « vrilles », « frondes » et « frondaison » afin de mieux représenter les Cavaliers.

Ceci m’amène à évoquer des changements de noms qui nous avons introduits dans cette révision. Le premier concerne un des Cavaliers des Skrodes nommé précédemment « Coquille bleue ». Nous l’avons désormais appelé « Cosse bleue » pour rappeler son origine végétale. (Blueshell en anglais, shell signifiant aussi bien coquille que cosse.). D’autres noms ont été modifiés. Une partie du roman se déroule sur une planète occupée par une civilisation dont les membres sont les Dards. L’un des personnages principaux de cette civilisation est nommé Le Sculpteur (woodcarver). La ville créée par Le Sculpteur est désignée dans la version originale par la forme possessive woodcarver’s. Ne disposant pas de cette option en français, Abadia a utilisé le nom « Le Sculpteur » pour le personnage comme pour la ville, ce qui amenait à une certaine confusion, voire à des contresens. Nous avons opté pour une solution simple, et élégante à mon avis, qui est de garder « Le Sculpteur » pour désigner le personnage et d’adopter « Sculpture » pour la ville. Un autre personnage important de cette civilisation est Le Dépeceur (traduction de Flenser en anglais). Étonnamment, Abadia avait choisi d’utiliser aussi bien « Le Dépeceur » comme titre, et « Flenser » comme nom propre, ce qui introduisait parfois une certaine confusion. Nous avons préféré n’utiliser que « Le Dépeceur ». D’autres noms de civilisations ou groupes de personnes n’étaient pas non plus traduits, notamment dans les communications cryptées sur le réseau. Fabien Le Roy a fait un formidable travail de transcription de la poésie de ces noms. Je vous laisse apprécier le résultat : Twirlip devient « Tourne-bouche » ; Motley Hatch, « Couvée bigarrée » ; Windsong , « Chant-du-vent » ; Shortstop, «  Brefarrêt » ; Debley Down,  « Debley-le-bas », etc. Personnellement, je trouve ça superbe.

En parallèle à ces changements d’ordre technique qu’il est aisé de rapporter dans le cadre de cet article, le texte a largement été remanié, rendu plus clair, fluide et compréhensible. Je ne peux évidemment vous en donner le détail. Un tel compte rendu ferait très exactement la taille du roman. Mais je peux ici encore expliciter un aspect de notre travail. Nous avons porté un soin particulier au niveau de langage utilisé par les différents protagonistes de l’histoire. Le thème principal du roman Un Feu sur l’abîme est d’illustrer de différentes manières la confrontation d’une civilisation donnée à une technologie très avancée et a priori inconcevable. Je pense qu’on peut faire un rapprochement entre le roman de Vernor Vinge, et l’essai Guns, Germs, and Steel publié en 1997 par Jared Diamond, dans lequel le géographe lie le niveau développement des sociétés à leur occupation géographique sur les continents, pour des raisons de ressources essentiellement, et montre les dégâts historiquement induits par la rencontre de niveaux technologiques très différents.

Dans Un Feu sur l’abîme, les civilisations galactiques, dont les humains, sont confrontées à la menace d’une ancienne intelligence artificielle. Deux enfants humains échappent à un massacre et trouvent refuge sur la planète des Dards, proche du centre galactique, et dotée d’un niveau technologique de type médiéval. Cette partie du livre donne au roman une coloration fantasy, bien qu’il s’agisse indéniablement de science-fiction. Les Dards vont ainsi eux-aussi être confrontés à une technologie très avancée, celle des humains. Cette confrontation passe aussi par le langage. Celui des IA n’est pas le même que celui des humains, avec des différences notables entre le langage des enfants et celui des adultes, différent celui des espèces extra-terrestre plus avancées, et plus différent encore de celui des Dards. La traduction originale avait tendance à effacer ces différences, pour faciliter la lecture, alors que la version originale en anglais les marque. Nous avons choisi de retravailler cet aspect pour se rapprocher de la VO et distinguer nettement les capacités de chacun à exprimer certaines idées et manier les concepts technologiques. Je pense que nous y avons réussi. Mais ce sera aux lecteurs, à vous, de le confirmer.


Un Feu sur l’abîme, Venor Vinge. Robert Laffont, collection Ailleurs et Demain. Traduction révisée par L’épaule d’Orion et Fabien Le Roy. Couverture d’Aurélien Police. 672 pages. À paraître le 13 octobre 2022.

« Dans une galaxie où l’évolution technologique et les lois qui la gouvernent dépendent de la place que vous y occupez, il est risqué de s’aventurer en dehors de votre zone.

Lorsque la jeune et ambitieuse civilisation humaine libère accidentellement une ancienne intelligence artificielle, celle-ci – la Perversion – menace l’Univers tout entier.

Sans le savoir, deux adolescents rescapés du naufrage d’un vaisseau détiennent entre leurs mains le salut de millions d’espèces intelligentes. Mais ils échouent sur une planète primitive et ceux qui peuvent leur venir en aide se trouve à des milliers d’années-lumière.

Une terrible course contre la montre s’engage alors… »