Le fini des mers de Gardner Dozois

Célinedanaë
, 03/08/2021 | Source : Au pays des cave trolls

Le Fini des mers de Gardner R. Dozois est une novella parue dans la collection Une heure lumière des éditions Le Bélial’. Ce court roman a été publié en 1973 aux États-Unis, puis traduit en France en 2018 par Pierre-Paul Durastanti. Le roman, par son thème principal, est rattaché à la science-fiction mais certains éléments peuvent le classer plutôt en fantastique.

Le roman suit 2 fils narratifs bien distincts au départ. D’un côté, quatre vaisseaux extraterrestres arrivent sur le continent américain: 3 pour le Nord et un pour le Sud avec le Venezuela. Ces vaisseaux se contentent dans un premier temps de rester à la surface de la terre sans communiquer avec personne. De l’autre côté, on suit Tommy Nolan, habitant une petite ville américaine. Tommy n’a pas une belle vie, bien au contraire. Sa mère est comme absente depuis de nombreuses années, victime de la violence de son mari qui touche aussi Tommy. L’école n’est pas le point fort du jeune garçon, ni les amis qui depuis quelques temps semblent le fuir. La seule bonne note dans sa vie est sa capacité à voir et parler avec les Autres, des êtres intelligents qui vivent sur un autre plan que le notre.

L’arrivée des extra-terrestres est mentionnée par un gamin de l’école de Tommy, mais les deux récits semblent au départ ne pas avoir grand chose à voir. Puis peu à peu des indices apparaissent, des liens entre les deux récits. Les vaisseaux extra-terrestres ne communiquent pas avec les humains à l’image des Autres que seul Tommy semblent pouvoir voir. Les humains se montrent directement agressifs envers les vaisseaux alors qu’ils ne connaissent pas leurs intentions. Cette agressivité se retrouve dans la vie de Tommy, victime de la violence de son père mais aussi de la violence du monde scolaire, en particulier de sa professeur et du psychiatre qui ne l’écoute pas, ne prenne pas en compte sa situation. Tommy est isolé, sans possibilité de communiquer avec les adultes, à la merci de leur violence et ne peut rien faire pour l’éviter.

L’histoire de Tommy est poignante et est véritablement le cœur de ce roman. Il ne faut pas s’attendre à un histoire d’invasion extra-terrestres qui n’est pas vraiment le sujet du livre. Pour moi, les vaisseaux extra-terrestre sont plus à prendre comme une métaphore de ce qui arrive dans la vie de Tommy. Les intelligences artificielles sont les seules à pouvoir communiquer avec les vaisseaux à la manière de Tommy avec les autres. Le roman parle ainsi de la fin du monde de l’enfance, du gouffre de communication entre les enfants et les adultes, des enfants victimes de cette non parole, de cette violence. Il se rapproche en ce sens de Le Choix de Paul J. Mc Auley un excellent opus de cette collection UHL.

Le Fini des mers est ainsi un roman plus subtil qu’il ne parait à première vue. Ce n’est pas seulement une histoire d’extra-terrestres, c’est un récit à double niveau très bien construit, écrit et traduit. Cette double interprétation du roman en fait un livre d’une incroyable richesse aux thématiques nombreuses.

Autres avis: Aelinel, Apophis, L’épaule d’Orion, L’ours inculte, Ombrebones, Xapur, Yogo, Outrelivres, le dragon galactique, L’imaginarium électrique, Lorhkan et les mauvais genres, 233°C, Nevertwhere, , RSF Blog,

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En papier

En numérique

Auteur: Gardner Dozois

Traduction: Pierre-Paul Durastanti

Édition: Le Bélial’

Parution: 28 juin 2018

Un jour, ils débarquèrent, comme tout le monde l’avait prévu. Tombés d’un ciel bleu candide par une froide et belle journée de novembre, ils étaient quatre, quatre vaisseaux extraterrestres à la dérive tels les premiers flocons de la neige qui menaçait depuis déjà une semaine. Le jour se levant sur le continent américain, c’est là qu’ils atterrirent : un dans la vallée du Delaware vingt-cinq kilomètres au nord de Philadelphie, un dans l’Ohio, un dans une région désolée du Colorado, et un (pour un motif inconnu) dans un champ de cannes des abords de Caracas, au Venezuela…

Cette chronique fait partie du challenge estival S4F3

Romain Benassaya - La Dernière Arche

TmbM
, 03/08/2021 | Source : Touchez mon blog, Monseigneur...

romain benassaya la derniere arche critic
Romain Benassaya 

La Dernière Arche 

Ed. Critic 

 
Bien, commençons par le commencement. En 2018, Romain Benassaya publiait son deuxième roman, Pyramides, un excellent space-opera futuriste qui relatait les mésaventures des passagers d'un vaisseau parti coloniser l'espace et dont le réveil après deux cents ans de biostase ne se déroulait pas exactement comme prévu. Trois ans plus tard et pour mon plus grand plaisir, l'auteur propose de replonger dans cet univers, La Dernière Arche étant alors plus ou moins annoncé comme la suite de Pyramides.

Mais voilà, ce nouveau roman semble de prime abord n'avoir aucun lien avec le précédent : on y découvre le quotidien de Shory, une gardienne d'un fort entouré d'une profonde forêt. Depuis quatorze ans, elle accomplit sa mission, quand bien même elle ignore de quoi elle doit le protéger. Ce qu'elle sait, en revanche, c'est que l'homme qui l'a envoyée ici l'a libérée de sa condition d'esclave mésopotamienne en échange de cette tâche. Avec les autres gardiens, les Vigiles, qui ont tous été "recrutés" par le même personnage, Atim, et qui viennent tous d'époques et de lieux différents, elle monte la garde. Jusqu'au jour où arrive au fort une jeune femme, Lena, qui veut coûte que coûte rentrer chez elle et n'a même jamais croisé la route d'Atim... Shory se met alors à s'interroger sur le sens de sa mission et sur les raisons de sa présence...

J'ai tout de suite été embarqué par les aventures de Shory et j'ai donc rapidement arrêté d'essayer de tisser des liens entre les deux romans - Pyramides en était un, La Dernière Arche en était un autre, voilà. Dès la présentation des lieux et des protagonistes, on retrouve la plume de l'auteur, son imagination fertile et surtout sa maîtrise du récit et son intelligence narrative. La trame est rythmée, les décors sont visuels, les personnages sont nuancés, l'intrigue s'installe et les enjeux psychologiques se mettent en place. Jusqu'à ce que Shory décide d'aider Lena à quitter le fort et à traverser la forêt, le roman est particulièrement captivant. Malheureusement, il perd ensuite en intensité, l'auteur se disperse et on s'égare un peu dans un ventre mou romanesque. Alors, même l'enchaînement des accroches de fin de chapitre n'éclipse pas le flottement de la narration et l'utilisation d'une ficelle formatée et un peu épaisse.

Toutefois, la tension revient à son meilleur niveau dans le dernier tiers du roman et l'auteur retombe sur ses pieds ! Les mystères commencent à se lever, les interrogations trouvent leurs réponses et le lecteur comprend enfin le lien avec Pyramides. Si La Dernière Arche n'en est pas directement la suite, il y fait des allusions, des références, on en retrouve certains personnages et il peut alors manquer des clés à celles et ceux qui ne l'auraient pas lu. Pour les autres, le plaisir de lecture est de nouveau à son comble ! À tel point que j'en redemande !
 
D'autres avis ? Hop ! Yogo, Gepe, Lorhkan, Le Nocher, Lune...
 
Et pour faire le point sur ce challenge, c'est ici.

À l’ombre du Japon #39 { J’ai terminé de lire Chobits ! }

OmbreBones
, 03/08/2021 | Source : OmbreBones

Ohayo mina !

Au début du mois de juillet, Pika achevait de ressortir les huit tomes du manga Chobits, titre phare du collectif Clamp et du catalogue de l’éditeur, digne manière de fêter les vingt ans de la série. Vingt ans déjà ! Comment ce titre a-t-il vieilli ? Que peut-on en dire aujourd’hui ? Ce billet a pour ambition de proposer une réponse à ces questions.

FLASHBACK !
Avant d’aller plus loin, je pense pertinent d’évoquer mon propre rapport à ce manga. Lorsque j’avais une dizaine d’années -je ne me souviens plus combien exactement- l’animé Chobits était diffusé sur MCM entre One Piece et GTO. J’avais commencé à regarder, envoûtée par les belles robes de Chii, avant de ressentir un malaise au bout de quelques épisodes. Un malaise que je ne m’expliquais pas. Peut-être était-ce lié aux sous-entendus sexuels qui traversent le manga ? À ces questionnements plus profonds sur des questions d’intelligence artificielle et d’émotions qu’on trouve tout au long de la série et pour lesquels je n’avais pas encore les clés de compréhension ? Toujours est-il que je changeais de chaîne à chaque fois que le manga commençait et que je n’en gardais donc pas un super souvenir, l’étiquetant à destination de personnes un peu perverses.

Pourquoi je vous raconte ça ? Tout simplement parce qu’en lisant le manga dans sa version papier et avec mon regard, mon recul et ma maturité (enfin euh…) d’aujourd’hui, j’en ai une opinion totalement différente.

De quoi ça parle, Chobits ?
En quelques mots, l’histoire raconte comment Hideki Motosuwa trouve un jour un pc humanoïde dans une poubelle près de chez lui. Hideki, c’est typiquement le gars campagnard sur les bords, pas très au courant des avancées technologiques ni très porté dessus, qui débarque à la capitale pour suivre des études et semble tomber tout droit dans un autre monde Le choisir comme narrateur permet d’expliquer les bases de l’univers. Hideki, donc, trouve ce pc humanoïde qui ressemble à une jeune fille (toute nue enroulée dans des bandelettes) et décide de la ramener chez lui pour voir s’il peut en faire quelque chose. La réparer, hein, ne pensez pas mal ! (hum)

Par chance, le PC s’allume mais semble vierge de tout programme hormis un logiciel d’apprentissage, ainsi que de toute capacité langagière. Elle doit donc TOUT réapprendre de zéro. L’histoire aurait pu s’arrêter là mais de mystérieuses photos font leur apparition, désignant Chii comme une / la légendaire chobits, ce qui va éveiller les mauvaises intentions de certain.es.

L’intrigue en elle-même n’a rien d’original et le dénouement final est dans l’ensemble attendu. Pourtant, Chobits reste très intéressant pour ses thématiques.

Chobits et les questions technologico-psychologiques :
Plus notre technologie évolue, plus il devient nécessaire de s’interroger sur des points moraux : quel est notre rapport aux ordinateurs ? Aux intelligences artificielles ? Qu’est-ce que le développement de ces technologies nous apporte ? Et si, un jour, notre ordinateur commençait à développer des sentiments ? Ces émotions seraient-elles moins valides parce qu’issues d’un programme ? Est-ce que deux ordinateurs peuvent tomber amoureux au sens où nous l’entendons ? Tout cela appartient au registre de la science-fiction mais aussi de l’humain. Aucune réponse n’est franchement donnée dans Chobits, le titre invite plutôt à une prise de conscience et à une réflexion. Pourtant, selon moi, sa plus grande richesse se situe ailleurs, dans la manière dont est abordée l’image de la femme.

Si vous vous intéressez un peu au Japon, vous savez que les relations hommes / femmes ne sont pas comparables à ce qu’on connait en occident. La pression sociale est énorme, pourtant, paradoxalement, c’est très difficile pour de nombreux japonais d’approcher une femme. Je n’ai pas de chiffres à avancer, il s’agit seulement d’une réalité sociale bien connue. Ainsi, l’existence de pc humanoïdes comme dans Chobits montre ce que serait une société où il est possible de s’acheter un.e compagnon.ne  de vie, à programmer comme on le souhaite. Comment une femme humaine pourrait-elle rivaliser avec cela ? On peut aussi retourner la question dans l’autre sens et demander comment un homme humain pourrait être à la hauteur d’un pc programmé pour coller à 100% aux envies de sa partenaire. Dans le manga, c’est mis en scène à travers une amie de Hideki qui était amoureuse d’un homme, homme qui avait épousé précédemment son pc. Un pc qui lui ressemblait physiquement. Quand elle l’a appris, sa confiance en elle et en leur amour naissant a été profondément ébranlée, ce qu’on peut comprendre.

À ce stade, je souhaite vous partager une réflexion toute personnelle liée à la fin du manga. Attention, le paragraphe suivant contiendra des révélations ! Je vous invite à cesser votre lecture ici pour éviter que je vous divulgâche des choses si vous comptez lire le manga.

Une ode à l’amour platonique ?
On réduit, comme souvent, le support humanoïde des pc à une fonction sexuelle. C’est bassement humain mais compréhensible puisque beaucoup de gens y auraient pensé. Pourtant, ce que je trouve beau dans Chobits, c’est que la fin (bien qu’attendue et sans surprise) propose un twist intéressant sur ce point quand Hideki apprend qu’il lui sera impossible d’avoir des relations sexuelles avec Chii puisque son bouton de redémarrage se trouve dans son intimité. Ainsi, s’il y a pénétration, elle va se reboot et tout perdre : nom, souvenirs, identité dans son ensemble, et ne sera donc plus Chii. Hideki clame que cela lui importe peu et la dernière case du manga le montre marié avec Chii, tous les deux visiblement très heureux.

Certain.es pourraient y voir une pudibonderie toute nippone pour le sexe mais je ne suis pas d’accord. Avec ce choix scénaristique, le collectif libère plutôt la femme de son rôle d’objet de plaisir auquel on la réduit trop souvent tout en rappelant que l’acte sexuel n’est pas forcément ce qui importe dans un couple, qu’on peut aimer sans l’aspect physique, entretenir une belle relation, ressentir du bonheur, sans écarter les cuisses. C’est un très beau message d’une modernité sidérante pour un manga datant de plus de vingt ans ! Évidemment, chacun.e interprète cela comme iel le sent mais c’est ainsi que moi, je l’ai compris. Je précise également que chacun.e a le droit d’attendre ce qu’iel veut du couple, avec ou non une proximité physique, pour peu que son/sa partenaire soit d’accord avec ça. Je ne porte pas non plus de jugements sur les personnes pour qui l’acte sexuel a de l’importance. Je me réjouis simplement de lire une œuvre où ce n’est pas le cas.

Mais… ?
Parce qu’il y a quand même un mais. Chii est un ordinateur, doté d’une intelligence artificielle. Aucun problème pour moi qu’elle puisse ressentir des émotions, même si celles ci viennent d’un programme. Je ne les trouve pas moins valides que les émotions humaines. Par contre, Chii devant tout réapprendre de zéro, ayant été « reboot » jusqu’à oublier les bases du langage et des codes sociaux, elle me fait davantage penser à un enfant (si pas un bébé) qu’à une femme envers qui on peut éprouver un désir physique ou même de l’amour. Sa candeur charme probablement beaucoup de gens (hommes ou femmes) mais quand même…

Sur cette base, (attention, je divulgâche !) quand Hideki lui dit « je t’aime » et déclare qu’elle est la personne la plus importante dans son cœur, j’aurais presque préféré ne pas voir de bagues à leur doigt dans la dernière case puisqu’on sort alors du cadre d’un amour fraternel ou même paternel, ce qui peut interroger sur l’aspect sain de toute ça. Il reste une certaine ambiguïté au sujet de laquelle je ne sais pas trop quoi penser. Toutefois, l’acte sexuel ayant été retiré de l’équation et le manga touchant à un type de relation auquel on peut plus difficilement appliquer les codes moraux de notre société, je me contente de le souligner sans pour autant porter un jugement de valeurs. Mais je pense que ça peut déranger certain.es alors je trouve important d’en parler.

La conclusion de l’ombre :
Pour toutes ces raisons, je ne regrette pas de m’être plongée dans la version papier de ce manga qui m’avait laissé, plus jeune, une si mauvaise impression car même si le tome huit est (trop) court et semble un peu rapide comparé au reste de la série, il n’empêche que les questions posées par le collectif CLAMP ainsi que la fin sont très intéressant.es à lire. Chobits est donc un manga en huit tomes à découvrir et sur lequel réfléchir longuement !

✨Teixcalaan tome 1 : Un souvenir nommé empire d’Arkady Martine

Anne-Laure - Chut Maman Lit
, 03/08/2021 | Source : Chut Maman Lit !

Pour le challenge Summer Star Wars, j’avais mis deux livres dans ma PAL, deux livres qui pour moi étaient de vrais défis de lecture (du challenge pour le challenge quoi). Dans cette chronique, je vous parle d’un de ces deux livres qui a été un coup de cœur pour moi de manière complètement inattendue. Teixcalaan tome 1 : Un souvenir nommé empire d’Arkady Martine a reçu le Prix Hugo 2020 et a été publié cette année dans la collection Nouveaux Millénaires des éditions J’ai Lu. C’est un Planet Opera de 500 pages, premier tome d’un dyptique sur l’empire teixcalaanli. Le second tome du cycle sortira le 15 Septembre.

Yskandr, l’ambassadeur de Lsel en poste dans la capitale de l’Empire teixcalaanli, est mort. Sa remplaçante, la jeune Mahit Dzmare, part avec un handicap : la puce mémorielle censée lui fournir tous les souvenirs de son prédécesseur est défectueuse, la laissant démunie face à une société complexe dont elle a du mal à appréhender les codes. Elle peut cependant compter sur l’aide de Trois Posidonie, sa chargée de liaison pleine de ressources, pour la guider parmi les intrigues et les chausse-trappes de la politique teixcalaanlie. Mais plusieurs questions demeurent : qui a tué Yskandr, et pourquoi ? Risque-t-elle de subir le même sort ?

L’empire teixcalaanli est un monstre qui dévore et assimile les mondes les uns après les autres, depuis des milliers d’années, l’Empire s’agrandit de guerres d’annexion en guerre d’assimilation, c’est une force irrésistible. La jeune Mahit Dzmare est une stationniste, c’est à dire qu’elle vit sur une station spatiale comme plusieurs autres peuples à travers la galaxie et elle a été désignée pour devenir ambassadrice de sa station : Lsel auprès de l’Empire. Les stationnistes de Lsel ont une technologie secrète que reprouverait les Teixcalaanlitzlim et qui leur permet de sauvegarder les savoirs acquis sur plusieurs générations : les imagos. Un dispositif neurologique qui permet de sauvegarder les souvenirs, les savoirs et la personnalité d’une personne pour que celle-ci puisse ensuite être implantée dans son successeur, celui-ci peut alors fusionner avec les souvenirs de ses prédécesseurs. Malheureusement pour Mahit, Yskandr Aghavn, le précédent ambassadeur, n’est pas revenu sur la station depuis 15 ans, c’est donc avec une imago non mise à jour que Mahit entreprend le voyage de trois mois qui la sépare du Joyaux – Monde de l’empire teixcalaanli. Arrivée à la Cité, siège du pouvoir impérial, Mahit rencontre sa chargée de liaison culturelle Trois Posidonie et commence son immersion culturelle au sein de la politique teixcalaanli. Et son arrivée est pour le moins mouvementée puisqu’elle découvre rapidement que son prédécesseur est mort dans des conditions suspectes et en plus de quelques problèmes personnels de mémoires, Mahit va vite se demander si elle aussi n’est pas en danger de mort.

Soyons honnête, ce livre ne plaira pas à tout le monde. Dense, foisonnant, riche mais aussi plus descriptif que dans l’action, c’est un livre qui, à mon avis, trouvera autant de défenseurs que de détracteurs. Personnellement, j’ai adoré me plonger dans ce récit. J’ai trouvé les personnages attachants et bien campés. Quant au Joyaux – Monde avec sa classe politique et sa culture complexe, j’ai aimé le découvrir à travers les yeux d’une « barbare ». Personnellement je mets des guillemets car tout le long du récit j’ai eu un mal fou à accepter ce terme. Et pourtant pour les citoyens de l’empire, tout ceux venant d’une autre culture que la leur est un barbare, avec une petite nuance lorsque certaines personnes, comme Mahit, qui arrive à donner le change grâce à une éducation complètement tournée vers la culture teixcalaanli mais qui ne cache pas la profonde xénophobie de cet empire. L’autrice nous fait nager entre fascination pour une culture de plusieurs millénaires basée sur la poésie et les œuvres littéraires et répulsion devant un monstre qui broie mais ne semble pas apprendre des autres.

Trois Posidonie était devenue très gaie, entre le moment où elle avait eu une idée – qu’il lui restait encore à révéler – et celui où elle l’avait fait savoir. Mahit comprenait ça aussi. Le pouvoir d’avoir n’importe quel genre de plan, même complètement absurde ou impossible.

Clairement, il y a des longueurs, l’autrice s’attarde parfois un peu trop longuement sur les atermoiements des personnages et on se perd aussi un peu dans certains méandres de l’intrigue. Il n’empêche qu’une fois que j’ai mis le nez dans ce livre, je n’ai mis que trois jours à le finir tellement le récit m’a happé ! Si on aime ce type de roman très politique, où l’action est plutôt un coup de billard en trois bandes que de foncer dans le tas tête baissée, alors Un souvenir nommé empire est une lecture qui fait mouche. Le point central dans ce premier tome que nous découvrons rapidement est le problème de succession au sein de l’Empire : l’empereur est âgé et malade mais sa succession est peu claire et des dissensions commencent à apparaitre au sein de la classe politique et militaire. J’ai également aimé découvrir les contradictions de cet univers où les matrices artificielles pour donner naissance sont la norme mais où toute altération du cerveau comme les améliorations neurologiques sont tabous : une « triche » pour ceux qui vénèrent les esprits vifs et éloquents.

Deux Topographes, et on l’appelait Carte. Mahit sourit. « Pas de problème.Sur Lsel, on a beaucoup de gamins qui courent partout – en général par gros groupes d’age de la garderie -, et à son age, j’allais dans toutes sortes d’endroits. Ça ne me gêne pas du tout. C’est le votre?
– Mon fils », confirma Cinq Agate, avant d’ajouter avec un rien de fierté: « Mon fils par mon propre corps. »
Voilà qui était inhabituel à Teixcalaan, et du jamais vu sur Lsel. Engendrer un enfants avec son propre corps plutot qu’à l’aide d’un utérus artificiel était une débauche de ressources que la station ne pouvait tout simplement pas se permettre : des femmes mouraient de cette manière, ou détruisaient soit leur métabolisme soit leur plancher pelvien, alors qu’elles étaient des personnes capables de travailler.[…] Elle trouvait à la fois choquant et fascinant qu’on puisse avoir autant à gaspiller en toute décontraction.

Dans la construction du roman lui-même, j’ai bien aimé que chaque début de chapitre commence par des documents permettant d’avoir un point de vue supplémentaire sur une partie de l’intrigue via d’autres personnages ainsi que sur certains événements de l’Histoire de l’Empire. Un point qui donne à la lecture un gout particulier est les noms des Teixcalaanlitslim composés d’un chiffre (ayant bien sur une symbolique particulière) et d’un nom d’objet ou de concept. L’empereur est nommé Six Directions, Quinze Moteurs, le chargé de liaison de l’ancien ambassadeur de Lsel ou Deux Topographes le petit garçon de Cinq Agathe. Ce roman comporte un nombre conséquent de personnages très attachants : Mahit et Trois Posidonies mais aussi Douze Azalées et Dix-neuf Herminettes. Des personnages qui transmettent au lecteur leur fascination pour leur Cité majestueuse et leur culture complexe et exigeante.

Je porte l’exil dans mon cœur. Il anime ma poésie et ma politique ; je n’en serai jamais libre, ayant vécu si longtemps hors de Teixcalaan. Je mesurerai à jamais la distance qui me sépare d’une personne restée dans le cœur du monde, la distance entre la personne que j’aurais été en y restant et celle que je suis devenue sous la pression de la frontière. Lorsque la Dix-Septième Légion, sortant du portail de saut dans de brillants vaisseaux dérobeurs d’étoiles, a rempli le ciel ebrekti de formes de chez moi, j’ai commencé par avoir peur. Une discontinuité profonde. Reconnaitre la peur dans la forme de son propre visage.

Un coup de cœur inattendu donc et une lecture prenante pour ce Planet Opera riche et politique qui m’a complètement captivé. Et en plus, le tome 2 arrive le 15 Septembre aux éditions J’ai Lu dans la collection Nouveaux Millénaires, c’est peu de dire que j’ai hâte !

#SSW
#SSW

Sur la PàL - Juillet 2021

Elessar
, 02/08/2021 | Source : L'Imaginarium électrique

Bon bah, la déchéance de mon rythme de lecture continue sa longue descente aux enfers. L'école est terminé, le rythme de Minipuce est donc totalement pété, ma fatigue explose les sommets, j'arrive à rien, c'est la misère totale.Enfin bon, heureusement il y a les audio-livres et des lectures très agréables.Lectures du mois :[Star Wars] Poe Dameron : Chute Libre - Alex Segura (Chronique ici)

Trois aventures du Capitaine Hornblower

TmbM
, 02/08/2021 | Source : Touchez mon blog, Monseigneur...

Cecil Scott Forester

Les trois premières aventures du Capitaine Hornblower   


Né en 1937 sous la plume du romancier anglais Cecil Scott Forester, le Capitaine Hornblower est le héros d'une série composée d'une dizaine de romans. Librement inspiré de Thomas Cochrane, un amiral britannique controversé mais charismatique, il incarne la figure du marin investi et possédant une vive intelligence des éléments en général et de la mer en particulier.

Toujours très attaché à l'image qu'il renvoie et soucieux de correspondre à sa réputation de capitaine ferme mais juste, dont le sens aigu de la discipline, la maîtrise de la stratégie militaire et l'impassibilité face aux dangers lui ont permis de gravir les échelons de la Royal Navy, Hornblower dirige ses vaisseaux sans rien laisser transparaître des doutes qui l’accablent. En effet, s'il affiche le portrait d'un homme digne, droit, rigoureux et sûr de lui, il est rongé par l'incertitude, ravagé par la peur et il déteste autant la guerre qu'il est doué pour la mener.
 
Les trois premiers romans de ce cycle nous font partager le quotidien du marin, découvrir sa personnalité complexe et vivre certaines de ses aventures : une mission secrète en Amérique centrale au lendemain de la bataille de Trafalgar, l'escorte de navires de la Compagnie des Indes à travers le détroit de Gibraltar, son évasion alors qu'il est prisonnier des français et en route pour la potence... Les intrigues sont bien trop riches pour que je ne tente de les résumer ici. Disons que si je ne devais retenir qu'un élément de chacun de ces volumes, il s'agirait des suivants :

1 - L'heureux retour

 
Si chaque volume comporte ses scènes de batailles navales, celle qui oppose La Lydia et la Natividad est particulièrement immersive. La narration est rythmée, l'action est à la fois complexe et limpide et, jusqu'à l'issue du combat, à chaque page tournée le lecteur reçoit des paquets de mer, sent la fumée qui se dégage des canons, entend craquer le bateau et siffler les boulets.
"Le fracas de la bordée coïncida exactement avec celui de la bordée ennemie. Le navire fut enveloppé de fumée, à travers laquelle parvenait le claquement des éclis, le bruits des agrés coupés tombant sur le pont et par-dessus tout, la voix de Gerard lançant les ordres habituels :
- Fermez vos évents !"
 

2 - Un vaisseau de ligne 

 
Le Capitaine Hornblower ne se sent réellement vivant qu'en mer. Pour autant, il a une vie sur terre et une épouse qu'il l'y attend. Le profond mépris qu'il exprime pour celle-ci et ses remarques sur la vie maritale sont confondantes de cynisme. Mais les propos sont aussi choquants que leur formulation est élégante.
"Maria n'était assurément pas las sorte de femme que l'on s'attendait à voir au bras d'un officier distingué. Mais elle était sa femme cependant, et il fallait bien payer, maintenant, cette espèce de bonté indulgente qui l'avait poussé à l'épouser."

 

3 - Pavillon haut 

 
Évadé en pleine campagne française avec Bush, son premier lieutenant amputé d'un pied durant un combat, et Brown, un marin, Hornblower s'improvise infirmier. Le regard qu'il pose sur son subalterne et l'attention qu'il lui porte confirment qu'il y a bien un humain altruiste derrière le marin sévère. La douleur de Bush est communicative et certaines images font grincer des dents.
"- Bon, fit le médecin. Parfait.
Il observa de près les débris de chair morte emmêlés dans le nœud de la ligature, puis se pencha de plus près encore pour examiner le pus qui s'était écoulé de la plaie dès que la ligature avait cédé."

Ces volumes ne sont que les trois premiers d'une série. Il n'y a aucun doute sur le fait que je lirai les suivants, aussi bien pour creuser un peu plus la psychologie d'Hornblower et pour connaître la suite de ses aventures que pour la langue sublime avec laquelle elles sont contées. La version française est signée Louis Guilloux. L'auteur du Sang Noir, qui se révèle être un traducteur hors pair, n'a malheureusement pas traduits les autres romans. J'en ignore la raison... J'espère juste que la suite sera la hauteur...

Anthologie Apophienne – épisode 14

Apophis
, 02/08/2021 | Source : Le culte d'Apophis

L’anthologie Apophienne est une série d’articles sur le même format que L’œil d’Apophis (présentation de trois textes dans chaque numéro), mais ayant pour but de parler de tout ce qui relève de la forme courte et que je vous conseille de lire / qui m’a marqué / qui a une importance dans l’Histoire de la SFFF, plutôt […]

Les extraordinaires et fantastiques enquêtes de Sylvo Sylvain, détective privé, tome 2 : Avant le Déluge – Raphaël Albert

Snow
, 02/08/2021 | Source : Bulle de Livre

Synopsis :
Panam, dans les années 1880.
La ville est la capitale d’un vaste royaume où les humains côtoient des nains, ores, lutins et autres peuples fantastiques. Des motos à vapeur y doublent coches et centaures taxis. La magie très codifiée par des mages académiciens sert à la vie de tous les jours. Sylvo Silvain, un elfe exilé de sa lointaine forêt y a jeté l’ancre et ouvert une agence de détective privé. Le voilà enfin les poches pleines, à la tête d’une équipe haute en couleur.
Les affaires tournent et l’argent fait des petits ! Nonobstant, son ami l’ambitieux journaliste Jacques Londres disparaît dans des conditions louches. Aidé de ses comparses, Sylvo se lance à sa recherche. Cette fois, le tragique et la Grande Faucheuse s’invitent.

Mon avis :
Après avoir lu le 1er tome, il y a de ça des années déjà (lien plus bas dans l’article), il est sans doute temps d’avancer dans cette saga en 4 tomes ^^’

Un tome plus sombre.
On reprend les aventures de Sylvo et Pixel quelques temps après le premier tome. L’argent n’est plus un soucis et l’affaire tourne mieux que bien… jusqu’à ce que Grosses Lunettes disparaissent… il va falloir résoudre cette affaire concernant leur (erm) ami. Sylvo va comprendre qu’apprécier des gens ne doit pas se faire au détriment des autres. Cette enquête est sans pause et dense, à la limite de l’essoufflement tellement nos héros ne peuvent pas se poser 5min.

Des flashs back toujours aussi intrigants
Lors des rares épisodes de sommeil de Sylvo, on plonge dans ses souvenirs qui sont souvent sans contexte du coup il sont toujours aussi intrigants et j’ai hâte d’en apprendre plus sur la vie « précédente » de notre elfe détective

Des lieux et des personnages variés
On se retrouve encore une fois dans le Panam de Raphaël Albert, un Paris alternatif avec moult nom différent de la capitale qu’on connait et dont les habitants sont divers et variés entre humains et moults créatures allant du Lutin malin à l’Orque secrétaire en passant par le leprechaun cireur de chaussures.

En conclusion,
Un tome plus sombre, bien dense mais qui passe à une allure folle… qui m’aura balladé de tous les côtés avant de trouver la bonne résolution et accroché toutes les pièces du puzzle.

Article associé : Rue Farfadet
D’autres avis chez : OmbreBones, BlackWolf, Sia, Zina

Stone Spring, de Stephen Baxter

Herbefol
, 02/08/2021 | Source : L'affaire Herbefol

Bien qu’étant l’un des écrivains anglophones de SF les plus traduits en français ces vingt-cinq dernières années, Stephen Baxter a de nombreux ouvrages qui restent inédits dans notre langue. J’ai ainsi déjà parlé de sa tétralogie Time’s Tapestry ou bien du diptyque Proxima/Ultima. Cette fois, il va être question de Stone Spring, premier volume de … Continuer la lecture de « Stone Spring, de Stephen Baxter »

Zapping VOD, épisode 61

Lorhkan
, 02/08/2021 | Source : Lorhkan et les mauvais genres

Bon, cette fois on met Disney de côté, on laisse tomber les paillettes et les arcs en ciel pour aller vers quelque chose de plus sombre, plus mature. Et là, entre catastrophe nucléaire, invasion par des créatures extraterrestres hypersensibles au bruit et monstre destructeur, côté chaos on est servi.

 

Chernobyl, de Craig Mazin

Très largement plébiscitée, détenant même la première place au classement des meilleurs séries de l’histoire sur plusieurs sites de notation, “Chernobyl” a marqué de son empreinte le monde des séries télé lors de son arrivée en 2019.

À juste titre d’ailleurs puisque sans tomber dans le pathos ou l’émotion “facile”, la série nous présente l’accident de Chernobyl et la gestion de crise de l’état soviétique sur un mode presque documentaire. L’effet n’en est que plus redoutable : on frémit devant ce qui a conduit à la catastrophe, et on est stupéfait quand on voit comment l’accident a été géré, entre communication de propagande et moyens archaïques pour tenter d’endiguer le problème.

Les hommes sont sacrifiés, parfois sans le savoir, parfois en connaissance de cause, les moyens semblent bien dérisoires devant une catastrophe majeure qui ne semble pas être comprise par les décideurs politiques. Heureusement que les scientifiques finissent par être écoutés sans quoi le désastre aurait pu être bien pire.

Très réaliste (les petits arrangements avec la réalité sont semble-t-il très peu nombreux) et donc absolument glaçante, parfois à la limite du soutenable quand on voit les effets des radiations sur les corps (et là encore, c’est tout à fait réaliste…), la série n’épargne pas le spectateur en lui dévoilant ce qui s’est passé à Chernobyl, avant et après l’accident, et la sidération l’envahit à plusieurs reprises devant la légèreté de certaines actions, la méconnaissance de certains dirigeants, la volonté de ne pas faire de vagues pour d’autres, et bien sûr l’impact sur la population.

Certaines scènes restent douloureusement en mémoire (l’enterrement sous une chape de béton, les irradiés, les nettoyeurs sur le toit de la centrale pendant un temps limité mais pourtant ultra dangereux, etc…), et même si la série est volontairement anti-spectaculaire on saluera la performance et la sobriété des acteurs, au premier rang desquels il me faut citer Emily Watson (nommée aux Golden Globes 2020 pour son interprétation), Stellan Skarsgård (lui aussi nommé aux Golden Globes 2020, et futur Baron Harkonnen dans le “Dune” de Denis Villeneuve) et Jared Harris (déjà excellent dans “The Terror”, lui aussi nommé aux Golden Globes 2020 et futur Hari Seldon dans l’adaptation TV du “Fondation” de Asimov).

Tout à la fois passionnante et terrifiante, les cinq épisodes de cette mini-série ne peuvent laisser indifférents. “Chernobyl”, meilleure série de l’histoire ? Difficile à dire, mais excellente série assurément, à condition de ne pas être dépressif.

 

Sans un bruit 2, de John Krasinski

Le premier “Sans un bruit” avait su créer la surprise avec un concept original (des créatures extraterrestres hypersensibles au bruit on ravagé l’humanité, condamnant les survivants à rester dans le silence le plus complet, sinon c’est la mort assurée), même s’il ne fallait pas y regarder de trop près question cohérence. Mais l’essentiel restait qu’il était efficace et parvenait à surprendre en jouant sur certains effets de réalisation pour accentuer son intensité (le son).

La suite reste sur la même tendance, sauf qu’évidemment l’effet de surprise ne joue plus. Un inévitable écueil qui n’empêche pas le film de bien fonctionner malgré tout, toujours en usant d’effets sonores adaptés aux personnages (une jeune fille est malentendante), avec quelques jumpscares à la clé.

Le concept restant le même, certains éléments paraissent toujours un peu tirés par les cheveux (un bébé sous oxygène pour qu’il ne pleure pas, sérieux ?), mais on passe volontiers sur ces séquences un peu tordues pour profiter d’un sympathique film de SF qui, plutôt que de renouveler son histoire (qui reprend quasiment pile à la fin du premier), préfère passer la main de manière symbolique à une nouvelle génération, les enfants étant les vrais acteurs de l’histoire.

Donc, oui ok, on n’y croit toujours pas une seconde, mais on passe quand même un “bon” moment de terreur silencieuse.

 

Shin Godzilla, de Hideaki Anno et Shinji Higuchi

Le podcast “C’est plus que de la SF” ayant récemment fait un épisode très intéressant sur la saga “Godzilla”, l’idée de regarder un “vrai” Godzilla japonais a fait son chemin, et me voilà donc devant le dernier film (pour le moment) produit au Japon de cette vaste franchise.

Datant de 2016 et réalisé par Hideaki Anno (créateur de la série animée “Neon Genesis Evangelion”) et Shinji Higuchi (qui a travaillé en tant que scénariste sur la même série et réalisé plusieurs films), le film est un “reboot” de la franchise, effaçant jusqu’au tout premier film emblématique de 1954. Contrairement à la plupart des autres longs métrages mettant en scène Godzilla, ce dernier est donc seul et ne se retrouve pas confronté à toutes sortes d’autres monstres.

Filmé sur un ton résolument réaliste, Godzilla, clairement identifié comme étant une résultante de la pollution des océans par des déchets nucléaires, est ici un prétexte pour analyser et critiquer (c’est le moins que l’on puisse dire…) les réactions d’un gouvernement confronté à une crise majeure, inattendue, destructrice et causant des ravages parmi la population. Un tel évènement de cette ampleur, dans le secteur du nucléaire, se serait-il produit au japon ces dernières années ?…

Car en effet, sur un montage très “cut”, les réalisateurs nous montrent frontalement les atermoiements d’un gouvernement engoncé dans des procédures interminables (il faut une réunion pour valider la décision prise dans une autre réunion, et il faut pour cela aller dans une nouvelle salle de réunion située un ou deux étages plus haut que la précédente, etc…), incapable de prendre la mesure de l’évènement et donc de prendre une quelconque décision, jusqu’à finalement mentir pour être directement contredit par les évènements quelques minutes après.

Bref, la critique est rude, et la classe politique en prend pour son grade, entre vieux pachas masculins (une seule femme est présente) qui ne comprennent pas ce qui se passe et arrivistes ambitieux. Seule la jeunesse semble trouver grâce au yeux des réalisateurs, dès lors qu’elle parvient à sortir des chemins bien balisés d’une hiérarchie politique mise sur la touche.

Et Godzilla dans tout ca ? On pourra toujours sourire sur le design du monstre (notamment lors de sa première apparition) lui donnant un look que je qualifierais poliment de “curieux” (on dirait une murène sous ecstasy…), et son animation très statique (loin de ce que nous ont présenté les Américains en 2014 avec leur “Godzilla”), mais on oublie rapidement cela quand on se rend compte que ce n’est pas Godzilla qui importe, ni même les personnages humains qui se débattent dans un film qui en fait n’a pas de héros.

Tout cela n’empêche pas d’insuffler une forme de sidération dans la tête du spectateur en lui offrant des images de villes ravagées, dont on imagine bien qu’elles doivent fortement ressembler à ce qu’ont vu les Japonais lors de tsunamis (Fukushima là encore) ou de tremblements de terre qui ont secoué le pays.

On a donc un vrai et superbe film de monstre, dont la symbolique dépasse très largement le genre qu’il illustre. Son message est éloquent, et certains thèmes, même si typiquement japonais et liés à leur histoire (le choix fait par les alliés des Japonais pour se débarrasser de la bête, là encore très fort symboliquement), font mouche. “Shin Godzilla” est donc un film majeur, un film de monstre qui est presque l’exact opposé de ce qu’avait proposé Gareth Edwards en 2014, loin de toute esbrouffe, visuelle comme émotionnelle. C’est un film tout à fait sérieux, qui a bien mérité les multiples récompenses glanées au Japon. Et l’incompréhension devant l’absence de distribution en France est totale. Excellent !

 

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